‹ Traité de versification françaiseChapitre 122 sur 212 · Tant de chefs, de t^tcs · texte numérisé non relu

Tant de chefs, de t^tcs

4. Et parcillcuieut en prose. Villchardouin toit toujours les n^g ( accent, bien entendu ).

avec dessers dans Marot. Alors on prononçait eneore sm, comme dans cerf -volant. Une preuve, entre autres, nous en est fournie par deux vers de J. Marot en rime équivoque :

Que désormais me faille èlre asservie; Mais au contraire ai donné aux serfs vie.

IjSl rime de clef avec chef, légitime alors, est Causse aujourd'hui :

Heureusement ton dard n'est que la clef Pour aller voir Jésus-Christ notre chef, marot.

Pareillement Vf ne se faisait pas sentir dans les mots en if, et même elle n'est pas écrite dans les vieux textes. Vis, pensis, chaitis ou cheitis^, massis^ pour vifs, pensifs, ehétijs, massifs, sont fréquents dans nos anciens romans. De même on prononçait , et souvent on écrivait Jui, au lieu de Juif.

Nous trouvons encore dans le Roman de la Rose :

Comme sers et cheitis et nices.

Et dans le Nouveau recueil de M. Jubinal :

Un mal li envoia, dont il fu si acquis.

Qu'il n*out en tout son osl garçon tant fust chétis.

Cette prononciation explique beaucoup de fausses rimes qu'on trouve encore au xvi* siècle :

Dont puis conter qu'à celle heure je vis

Piteusement les morts tuer lesri/s. j. marot.

Est agitée* : ainsi vous êtes, Juifs,

De tous côtés déchassés et fuïs. marot. Que j'aimerois bien mieux, chargé d'âge et d'ennuis, Me voir à Rome pauvre, entre les mains des Juys*! râgnier. Vous ressemblez à ceux qui font les tragédies, Lesquels, sans les jouer, demeurent tout craintifs, Et en donnent la charge aux nouveaux apprentifs. ronsabd.

1. Cotte prononciatiou s>st consenée en Bourgogne, où ron dit eoGore êhêti, ou plutôt ch*ti.

î. La nacelle.

3. On lit ainsi dans Tc^dilion de 1608. C*est postérieurement qu*on a substitué Juifs,

RiMi. 373

Ron»nrd en son métier n'étoit qu*un apprmttif: Il aToit le cerveau fantastique et rétif, kégnikb.

Nous mentionDerons encore les exemples suivants :

De Villon : massifs et mercis;

De Crétin : natifs eX jadis (i muette; ;

De Le Maire : massifs et trente-six {s muette) ;

De Marot : vi/s et avis, massifs et rarcourcis, craintifs et petits, craintifs et gentils, excessifs et châssis, La rime ^prentifs et gentils est restée légitime.

On est choqué de voir dans La Fontaine apprentif rimant avec inventif.

Par suite du même principe , Villon fait rimer neufs avec cskrfiM?; Marot et Saint-Gelais, neufs avec nœuds. Dans les CHnpagnes on dit encore : des souliers neus.

17* L finale est muette dans un grand nombre de mots :. fusil, gentil, outil, coutil, sourcil. La même lettre ne se fait également pas sentir dans fils. Ces mots ne sauraient donc rimer avec une finale dans laquelle il conserverait toute sa %aleur , comme subtil, exil, dit-il.

L«*s anciens ne faisaient |>as cette distinction entre des mots écrits dr iiirme. Us prononçaient subti, comme genti. De là eui'on* iiuiiibre de rimes devenues fausses :

Car n'e>i dolors, maU ne pfril% Dont par muinles fois n'uil {laris. bf!«oist. Car voici de quoi je me ris Et doot je me rirai toujours :

Car de touti mes maui et /irn/f Elle me iKiilla drui fins touri». o>gi illaiit Afin, mon Dumi, qu'a nii'< niaux ri jrrils N'invoqiir i«ii m» t«*s -ant- rporiN m%iiot.

Villon fait rimer périls avec Paris, suhtils avec %*oultis ; il réaùïX les cinq rimes suivantes : ril (ctliii, , persil, sourcil^ txil, subtil: et uillriirs .Sciïn/-/>r«».f, Aulnis , périls /\e péris , bariis;

Et J. Le Maire : outils, gentils, subtils.

Quand les poètes s«> rapprochent de notre é|K>que . cette devient rèpréhensible dans leurs écrits :

374 IfOTBB.

C'est toi, courtois eiffeiUil

Qui d'exil Retires ces passagères, billiau.

Du Bellay fait rimer subtils avec outils, et Rabelais, subtils avec gentils et outils,

La Fontaine n'avait pour excuse que Texemple des andens quand il écrivait les vers suivants :

En ce cas-là je les prendrai, dit-il.

L'histoire en est aussitôt dispersée; Et boquillons de perdre leur outil.

La prononciation dit-fj s'est conservée dans le langige populaire.

Du Bellay a eu raison de faire rimer sourcil avec «è * ; il a eu tort d'altérer l'orthographe du premier mot , et d'écrire sourd. C'était l'habitude de ce temps.

Cruel s'est prononcé crue : d'où la rime cruels avec tués, autels avec beautés, qu'on trouve dans Uarot, et qu'approuve Sibilet. La prononciation cié, au lieu de ciel, est attestée dans un passage de Rabelais : il parle de ces glorieux de court, de ces transposeurs de mots, qui composaient des rébus , faisant pourtraire un lit sans ciel, pour un licencié*. Ex. :

Apprenez, enfans, et notez :

Aucuns y a qui ont beau faire Gentilshommes de bons hôtels, goquillart.

On prononçait pareillement seu, au lieu de seul :

Ils étoient, ce crois-je, tous deux

En leur chambre enfermés tous seuls, goquillart.

Dans bien des campagnes on dit encore queu pour quel, queuque pour quelque.

Nul se prononçait nu, et s'écrivait anciennement nus. Je vois encore dans Mcschinot nuls rimant avec nuds et retenus,

IS"" Plusieurs autres consonnes finales s'éteignaient dans la prononciation. De ce nombre était la lettre x, que les vieux

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