D parle de la lerpe
2" Pendant longtemps, les adjectifs qui en latin avaient le féminin semblable au masculin suivirent la même règle en français. Ainsi de grandis on avait fait grant ou grand pour les deux genres : un grant homme, une grant femme, de gram douleurs. Plus tard ces adjectifs prirent le signe du fémioii], d'après un principe général de notre langue ; mais pendant quelque temps encore Tancien usage subsista concurremment.
Au xvr siècle les deux manières sont employées, à la volonté du poëte. L'accord étant le cas le plus rare dans Marot, j'en citerai deux exemples :
Et quand en Teau vit ses cornes nouvelles,
Eut grande peur.
Veuille dlo finablement finir
La grande peine.
L'ancienne règle a persisté jusqu'à nos jours dans quelques locutions : fai grand'peur, à grand'peine, cest grand pitié, la grand'mère, la grand'salle, etc. On a critiqué cette apostrophe, dont rintroduction ne remonte guère qu'au xvr siècle; mais comme la règle primitive a totalement disparu de notre syntaxe, grand mère sans apostrophe serait un archaïsme inintelligible.
Voici d'anciens exemples :
Contre midi ténèbres i a grans, (rolaxd.)
Assez ot grant terre et grant rente, (brut.) Les grans cités, les forts châteaux, benoist.
Us sont innombrables. Passons aux temps plus modernes :
Soient mes deux bras ruisseaux où eau s'épand,
£tma poitrine une mer haute et grand, marot. Cessez vos grans audaces, id.
Du pasteur Phélippot s'élever la grand' tour, ronsard. Le fier Napolitain pour sa grand' vanité, du bellat. Les grandes pointes de feu, les poutres flamboyantes, baïf. Durant les grand's chaleurs j'ai vu cent mille fois, desportes.
L*âpre chaleur d'une grand* flamme éprise, rabelais.
Voire moitié, voire la plus grand' part, la font. Le bal et la yrand' bande, à savoir deux musettes, mol.
Voici d'autres adjectifs soumis à la même règle :