‹ Traité de versification françaiseChapitre 15 sur 212 · MONTEL · texte numérisé non relu

MONTEL

Ces exemples ne se trouvent que dans des auteurs i^eu cUAUésou dans i genres qui admettent une certaine négligence. La Fontaine , qui souvent < peu sévère sur ce point , reconnaît toutefois , dans le iwissage suivant , 1% 1 gitimité de la règle t

Il entend U bergère adresser ces paroles

Au doux Zéphyr, et le priant

De les porter à son amant.

Je voua arrête à cette rime ,

Dira mon cennear à l'inatant \

Je ne la liens pas légiiime.

0£ LA MIMK. 31

HMi. U Harpe blâme les rimes vent et brûlant, iiinr fflans et vents, grands et temps, dans le style 90Utenu.

Eq fîénéral, les rimes devront être d*autant plus «oignées qu'elles sont plus abondantes. Le même La llar[>e critique la rime orageux et heureux.

t'i' La finale ion ne rime qu'avec elle-même. Pas- ""A rime bien avec action , mais rime mal avec ^9i$ùn\ Ex.:

if duooe par devoir à i»ou afftcÀion

Tout ce que Tautre avoit par inclination, corn.

'Hi (hasfa ces docteurs prêchant sans mismion:

<»n \tt renaître Hector, Andromaque, //ion. boil.

It saij combien, crédule en ta dévotion,

It [-•uple suit le frein de la religion *. eac.

E; 1 h imMe procéflé de la dévotion

St«(Tre mal let fclats de cette ambition, mol.

\n reste, les rimes en ion ont une certaine lenteur ^uifn rend Tusage assez rare chez les bons poMes*.

IV 1^ finale en hs rime bien avec elle-môme. Elle {*»it rimer aussi avec les syllabes (m\v, ai7,v, iVs :

I \'^'mf *4lrt tri>p viu\rul df* |iartiUe« riiuo.i. La lUrpo a occasion do. "> ^j-- «t* potMom» a%ec /bcfionf. liai» Voltaire , nous iirroiu obliK<^

* « t^ménpi r I* n «l*'^ fub , r%i Ut\n iVHre lui inuUèlt> dt* \f nifiralkML Tn V"^ fM «entait ilaa» un Rfnr<' bien moiii» éW^é (|uc la iragédk , (Uiaulieu, «W! « m '^vfl plu* ni{MJ«» 4|ui' \uluiiv : • Il faut obwntT, dU-41 , que 1«

• tk«{ .g^fwrni uni^imir : aiii»i , J«* ne frroK |»as rim«'r orraiiun a^ec 'ia<« ^ k^ tV* I uiK* étant ion, ft non pa» on. •

1 ll«r»ar â vil* Aitkur« , uiau (1ju<i un** rumêdit* : I . « ««^fif «u (AU**- A i-rU que fatl on '

I • 7» t# «Auonrra* «k %àn\r , ttil Itouwnl , %i ce n'c^ |tar contrainte, «le '«rrij i>« «Mitt trnniiieft m ton (|ui fa^v^nt |ilu% Uc iruî» ou quatre ayl- «»i - «uB»' o «miMifioii, fft(i/iC4ili"M ; car t«-U uiiil% Miiit laiigtuMaiia , "te b^ :r«.i&4ul- %i*i\ , rt , qui |ilii> ( nI , (K't u;>< ni Uiqtunlruh nt la ni(»itii^

Et d'un sens détourné n*abuse avec succès ; Mais fuyez sur ce point un ridicule excès, boil: Promettent du repos sous ces ombrages frais : Dans ces tranquilles bois, pour eux plantés exprès, etc. id. D*un courage naissant sont-ce là les essais ' ? Quels triomphes suivront de si nobles succès? rag. Tous deux dans votre frère envisagez vos traits; Mais, pour en mieux juger, voyez-les de plus près. ro.

1 S"" La rime riche peut avoir lieu entre deux syllabes dont Torthographe diffère, comme austhre % salutaire; travaux, dévots; répond, Hellespont ; content, attend ; possesseur, sœur. La rime suffisante présente une consonnance pareille, mais non pas rarticulation tout entière.

Les finales en ir ', eux, eur, riment plus généralement de toute l'articulation : repentir, sortir; heu-veux, affreux; auteur, corrupteur. Si elles ne riment pas de la consonne qui les précède, la rime est dite sufiGisante.

Les poëtes du siècle de Louis XIV offrent très-peu

i. De même que succès ne rime pas avec tracés, parce que le première est

ouvert et le second fermé , de môme tu sais ne doit pas rimer avec essais»

parce qu*il y a la m6me différence entre la prononciation de ces deux mots :

Allons. — Si tu le vois , agis comme ta sait, —

Ce n^esipas sur ce coup que je fais mes essais, corn.

La remarque de Voltaire mérite d'élre transcrite : « 7tt sais ne rime ptf avec essais; c*est ce qu'on appelle des rimes pro\inciales. On proDOOce tu sais comme sMl y avait tu ses, et essais est long et ouvert. Si Ton voulait ne rimer qu'aux yeux , cuiller rimerait avec mouiller. Tous les mots qui se prononcent à peu près de môme doivent rimer ensemble : il me parait que c'est la règle générale concernant la rime. » 1^ rime de sais avec essais est d'un usage fort ancien : on la trouve fréquemment dans Marot et dans les portes antérieurs. C'est ce qui lui a donné une sorte d'autorité.

2. Fondé sur le misérable système qui demandait la rime pour TopII, l'abbé Cotin reprochait à Boileau d'avoir fait rimer ferre avec c/iatre. Henri EsUenne traite de licence outrée les rimes vin et vain , pin et pain,

3. La Hari>e blâme dans Voltaire la rime de repentir avec souffrir. On trouve cependant plusieurs fois dans Corneille soupir avec désir.

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e rimes masculines suffisantes dans le genre des uivantes :

Punirez dooc, seigneur, Métrobate et Zenon * ;

Pour la reine et pour moi, faitee-vous-en raison. coâN.

Six chevaux, attelés à ce fardeau pesant^

Ont peine à l'émouvoir sur le pavé glissant, boil.

Que, retiré chez lui, le pai9ik>lo marchand

Va revoir ses billets et compter son argent. lo.

Des sentimens d*un cœur si 6er, si dédaigneux,

Pem-lo me demander le désaveu honteux? mlac.

El n'esl-ee pas assez do père et des enfans^,

quit aille plus loin chercher des innocens? id.

Cependant, lorsqu'une certaine désinence est peu ibondante dans notre langue, les bons poëtes admetint la rime suffisante :

Dn jeune Martian, qui d*Age presque égal, tkMi resté sans mère en ce moment fatal, corn. Aimodante en richesse, ou puissanle en crédit. Je deaaeyre toujours la fille d*un yroscrit,.. Quel est voire dessein après ce beau discours ? — X/t mtèmt que j'a vois, et que j'aurai toujours... Le aei a trop fait voir, en de tels attentats, Qu'il hait ieà assassins, et punit les ingrats, id. Tantôt pour un enfant excitant mes remords. Tantôt m'èblouissaot de tes riches trésors, rac. Mati je veux à mon tour mériter les tributs Que je me sens forcé de rendre à ses vertus. lo.

La rime féminine suffisante se trouve plus fréquemment. Ainsi l'on mettra bien ensemble : stérile^ ^lailU ; ienxiblfy infaillible; Vnlèrc, contraire; davantaje, couratje; manifeste^ funeste; célèbres, ténèbres;

l L^ pkm cirttInjiftrriBmt (Uns Cornrllk U rime suffiftante a lieu pour un : Béfûdiut, confus; Martian, fyran; Phocas, élats.

1 r^ <|p«i «cfi Mwf dam Us Frères ennemis. Radne n'offrirait pat ail*

*V1 VP^ tWÊge aHM ■CKIIBK*

nature, injure; monarchique, publique; étonne, courenne; liquide, humide; magnanime, estime, etc.

Mais il faudra respecter les règles données précédemment. Comme on Ta vu, frappée ne peut absolument pas rimer avec tombée. Il est défendu, par Tusage des grands poètes, de se contenter d'une rime suffisante pour les finales en aire ou ère, euse, ie, ne, du moins dans le style soutenu.

i &" La rime masculine suffisante est bonne quand Tun des deux mots est monosyllabe. Finis rimerait mal avec ennemis; mais fils rime avec ces deux mot8^'

Mes liens sont trop forts pour être ainsi rompus ;

Ma foi m'engage encor, si je n'espère p/ttô. coaN.

Et, sans lasser le ciel par des vœux impuissans.

Mettons-nous à l'abri des injures du temps, boil.

Tout conspire à la fois à troubler mon repos.

Et c'est encore ici le moindre de mes maua;...

Qui tous deux pleins de joie, en jetant un grand cri.

Avec un rouge-bord acceptent le défi. id.

Vous ne répondez point. Mon fils, mon propre fils

Est-il d'intelligence avec nos ennemis? kxc.

Peut^tre en ce moment Âmurat en furie

S'approche pour trancher une si belle vte...

Quelle importune main, en formant tous ces nceuds,

A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveux ? id.

Il faut bien se garder d'étendre à une rime formée de deux mots polysyllabes la licence particulière au cas précédent '.

I?"" La ressemblance des consonnances ne suffit pas toujours pour autoriser la rime.

i. Il y a cependant une grande rigueur pour l'emploi des mots sang, rang, flanc, Yoyei ci-après,

2; Les poètes du xvir siècle , si scrupuleux pour la rime des polysyl-

Le singulier tie rime pas avec le pluriel dans les noms, dans les adjectiTs ou dans les verbes, ni la seconde personne des verbes avec ud autre mot qui ne prend pas d's à la an'.

Rues vicieuses. — Arnte, larmes; dard, étendards. Tu rharmes, alarme.

lis charmenî, U arme; ils charment, alarme ou alar- "\n; pardmt, céflonx.

F.II général, un mot sans x finale ne rime pas avec un mot terminé par une s, un z ou une x.

RiKES VICIEUSES. — Ténotti, moins; accord, corps; iim, mietix; vers, découvert.

. Hais l'on Fera bien rimer douas avec 7wus, ordonjiavec entraînez.

Le (, le d, ie c, ou autres lettres placées à la Un JuD mot, empêchent la rime avec un mot qui n'aufïit pas une de ces lettres, bien qu'elles ne se pro- I Boocent absolument point.

RlMft viCiEiisKs. — Or, sort ou bord; toi, loil; fer,

DuM CameiUe : Rrrut , plus ; haurd , pari ; lnce«tu(fui, tcbui ; flii p-Tm]*. pfotnl*, <UilLi; , i-nncmh; prrd, déi^aiiTcrl; indMn, nom; < D'il : tnasporU . morts ; trnlls , fdli ; ardeur, cuur.

Itam B»ïl*(iu;GT«Ddi, cnccii»; trr, pair; sens, vcnans; nom, Ëci maaa , buKS ; Jrun , Importun ■. draps , pas.

nu» Katiiu * FU» ar<e Hlih , at)>, Fiiwvrlfs, S9«it , a9M>r>l«, ne • kr acn Impie, bunilc,«iiucml«i pu a Vf c rendit, vu; Incrsluciii, ■BTiUiv , pïra t UMifdU, poIX; autel . (ri : iMs, pu.

AJnatri k «• moti I» prOMiiDM tnui, toi, nous, voiu, lui, (te,, i lorwml b plDpirt du Irmps iju'unc rlmi> suDunir.

ont U dc^ï Taiti i|uc nous apprérlrrous daiu la nul« 3.

souffert y /otVi, point} vœu^ veut} an, enfant; tyran, rang ou rend} Apollon, long*} son^ sont, etc.

Il est également défendu de faire rimer é avec er: changé avec berger.

Les mots rang, sang, riment bien ensemble : ils riment encore avec flanc, franc, banc} mais parent ne rime pas avec rang, ni reconnaissant avec sang\

i 8^ Certakxs mots, qui offriraient une rime défectueuse au singulier, riment bien au pluriel. Tels sont les suivants : fers , soufferts} tyrans , expirants; rangs, parents. Ex. :

Je t'ai préféré môme à ceux dont \eaparens

Ont jadis dans mon camp tenu les premiers mngs, goriv.

Bientôt l'amour, fertile en tendres sentimens.

S'empara du théâtre ainsi que des romans, boil.

Mais jusque dans la nuit de mes sa^crés déserts.

Le bruit de mes malheurs fait retentir les.atrs. lo.

Viens voir tous ses attraits, Phœnix, humiliés.

f . Rachie , mais dans une comédie , a fait rimer donc avec pardon. On trouYe dans le Misanthrope :

Je viens, pour commencer entre nous ce beaa nœud^ Voas montrer un sonnet, que j'ai fait depuis peu. mol.

Molière se permet encore la rime de seing et main ; mais de pareilles rimes sont rares dans ce poCte. Elles sont fréquentes , au contraire , dans La Fontaine. 11 fait rimer Jupiter ci désert, cncor et fort, mort et trésoT, accourt et tour, coup et cou, artisan et s'opposant, hiver et rerC, champ et l'an. Voltaire , chez qui se trouvent toutes les n<^gligcnccs en fait de versification , a osé mettre dans des tragédies les rimes cher et désert, enfer et enfr'ourerr, char et rempart, et dans des odes les rimes char et hasard, Luxembourg et jour,

2. Racine le fils a péché contre cette règle quand il a dit :

Les pasteurs ne briguoient qu'un supplice plus grand : Tel Tut chez les chrétiens l'honneur du premier rang.

DeliUe a fait la même faute :

Enfin dans les replis de ce couple tanglanl Qui déchire son sein, qui dévore son flanc.

DE LA RIUE. 37

1 Allons. — Allez, seigneur, vousjeler à sespiViis '. bac. Uaiîoous, qui d'un autre œil jugeons àes eonqttérans. Nous savons que les dieux ne sont pasAes lyrans... liais je veux à mon tour mériter les Iribula Que je me vois forcé de rendre à ses l'erfui, m. Hais cette liberté ne doit pas aller jusqu'à faire fi- Sier un mol terminé en mcnts avec ua mot qui n'aurait paa d'm ù sa ûnale. Ainsi Voltaire fait preuve d une grande négligence quand il écrit :

Uaitro du momie entier, île Rome hcureui enfant, CoDSeririà jamuiâcesntibles aentimens.

Il a beaucoup trop de semblables rimes. liB rime vengh et bergers serait tout à fait incor- Hcte.

Ilï* On trouve de temps en temps dans les meilleurs pofites une voyelle simple rimant avec une liiphtliongue, comme ciel, éternel; vieux, heurexixj iNtcrf, vivre; suite, dite; prière, pire, etc. Ces rimes lie satisfont pas complètement l'oreille : elles ont or- I Jipairement pour excuse soit la rareté des conson- I Unces pareilles, soit la présence d'un monosyllabe : [ Eh bien, sans vous donner la peine de pnur^mv,

Auurez-vous l'honneur de m'empécher de vivrr. cob>, Vôlrû ordre est rigoureux. — Il faut que je le suive. Si je teiu em|>ècher qu'un désordre n'arrivt *, ut.

n <|<jM tvn htnu Irinps «iiuniVj'T mclLni it pirA. mol. '

PaiTillnDPnt dans Naiiiiir, Voltatrt fatl rimer amttiV avec pi'cd, qu'il fcrli

^>A0* Iruaiv danit le iii^uw pocii', ordinal rFiiivnl si

Que, donnant de fureur tout le festin au diable. Je me auts vu vingt fois prêt à quitter la table, boil. L'Ignorance et l'Erreur, à ses naissantes piécM^ En habit de marquis, en robes de comtesses, Yenoient pour diffamer son chef-d'œuvre nouveau, id. Égine, tu le vois, il faut que je la fuie. Loin que ma fille pleure, et tremble pour sa vie , etc. mac. Fille d'Àgamemnon, c'est moi qui la première. Seigneur, vous appelai de ce doux nom dep^e *... Cher Abner, quel chemin a pu jusqu'en ces lieux Vous conduire au travers du camp qui nous assiège? On disoit que d'Àchab la fille sacrilège, etc. id.

20"" Deux syllabes, dont Tune est longue et Tautre brève, forment une rime qui affecte désagréablement l'oreille. Tels sont âme et femme, grâce et place, entraîne et incertaine, accable et coupable, trône et couronne, etc. 11 faut reconnaître que les grands poètes ne se font guère scrupule d'employer cette consonnance, que j'oserai dire imparfaite. Il sera mieux de ne pas les imiter en ce point*. Ainsi on trouve :

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