‹ Traité de versification françaiseChapitre 159 sur 212 · I. Lrl Krchinhfi Je la Foi · texte numérisé non relu

I. Lrl Krchinhfi Je la Foi

450 KOTES. — - RIMK6 TRIPLÉES.

Si ne pues * apercevoir Pourquoi Dieu veut l'un avoir, Et l'autre laisse pour voir :

Ce passe l'humain savoir; L*œil créé ne le peut voir, Et en gré faut recevoir Ce qu*il lui plaistde pourvoir.

Marot n*a pas fait de pièces monorimes ; Saini-Gelais m t laissé une. Ce système est resté un jeu d*esprit, dans lequel iei modernes , nous Tavons vu , se sont quelquefois exercés.

La succession de rimes procédant régulièrement par traii aurait pu être admise. C'eût été un moyen de varier let oouibinaisons de la poésie et le plaisir de l'oreille. Hais ce sysIèoM n'a pas été admis , et je n'ai trouvé qu*uu auteur qui Tait teofé. C'est Martin Lefranc, dans une pièce d'une quarantaine de vers. Voici un fragment de ce curieux essai :

0 homme, reconnois ce que peux et que vaulx ; L'œil en terre ne mets, ne sur monts, ne sur vaux. Sans priser or, argent, armures ou chevaux, Regarde vers le ciel; rends ton devoir à cil Qui note tous tes faits jusques un poil de cil, El ne fais, comme Adam, condamner en exil : Qui ne voulant user de sa bonne puissance, Fourût vers son Seigneur par désobéissance. Fiche ton cœur en Dieu, car lu ne peux sans cv.

NOTE 17 (page 83).

Il y a peu d'exemples de trois rimes difiérentes se auooédanl, avant que l'une d'elles reçoive sa rime correspondaoie. A celui de Rabelais nous en ajouterons un de J. Marot:

r Tu ne p«ux.

TROIS RIMES DIFFÉRENTKS. 451

Que fit Gérés, Que fit bis, Que fit Ara igné?

L'une les bleds, L'autre courtils, L'autre la laine.

es sonnets de Pétrarque se terminent assez souvent par X tercets, dont Tun présente trois rimes différentes, qui t reproduites dans le second. Ainsi , dans le sonnet 179 de remière partie , on voit pour les six derniers vers les rimes rantes : sole, corso, viia; dote, soccorso, m'wta; et dans le * : pietate, posso, sorte ; beliate, scosso, morte. lette remarque n*a pas échappé à Port-Royal. On lit dans ^rève instruction sur la poésie italienne : « La poésie Italie diffère en deux choses de la Françoise touchant le mé- ^ des rimes. La première est que nous n'avons jamais s rimes différentes de suite dans une mesme ttance; mais tâlien cela est ordinaire. » Et plus loin , quand il est ques* I des six derniers vers du sonnet : « L'un (des arrangents) est de faire les trois premiers vers du sixain de trois érentes rimes , et les trois derniers répondant à ces rimes quel ordre on veut. «»

«e sonnet espagnol peut distribuer de même ces deux ^ts.

NOTE 18 (page 83j.

los anciens poètes subdivisaient les rimes en de nomuses catégories , que nous allons passer en revue. * Us reconnaissaient une rime léonime, qui était regardée fime la plus parfaite. C'était non-seulement la rime riche , is rhomophonie des deux dernières syllabes. VArt et mce de rhétorique donne pour modèle Denis etfenis (phé- ). L'Art poétique provençal , déjà cité , produit beaucoup temples de rimes léonimes. Telles sont ; natura, noyri^ -a; gastos, bastos; guerriers, derrière, et avec l'accent sur

la pénultième , sanetat, vanetat. Nos classiques oot fidt incidemment, et bien sans le savoir, des vers à rinies léoniina- Nous en avons cité plus haut (p. 22 ).

L'exemple Denis et jenis est du Roaian de la Rose. Kot» voyons de ces vers à rimes doubles dans un autre oamge de Jean de Meung ayant pour titre les Sept articles de lafà. En voici le début :

0 glorieuse Trinité ,

Un seul Dieu en vraie unité ,

En trois singulières personnes * ;

0 glorieuse Déité,

Ouïe, et voie, et vérité,

Qui mon Dieu de toutes parts sonnes,

Que toutes amours fesis' bonnes, etc.

La poétique provençale appelle rime léonime plus-que -parfaite celle noyridura eipoyridura,

Pierre Fabri dit que la rime léonime est la plus belle des rimes, ainsi que le lion est la plus belle des bestes. Pte bil veut faire entendre que Tétymologie de léonime est le mol latin leo (lion). Mais il est infiniment probable que léoniffle est une corruption de léonine, et que cette rime doit son nom au poète Léonin , dont nous avons parlé dans la note 15. C'f>t l'opinion du judicieux Estienne Pasquier. Après avoir cité m certain nombre de vers latins nionorimes composés par ot poète, il ajoute : « Par cela vous voyez que Léonin s'estudioit de se rendre admirable en ce subject, ores que ridicule, au regard des autres vers par luy composez à Tantique. Qui m faict croire , veu le nom qu'il pouvoit avoir acquis entre les siens , qui s'il fit beaucoup d'ouvrages de cette trempe , de luy furent ces vers latins rimez appelez léonins*, mot qui s&t perpétué jusques à nous, entre ceux qui renment rancienneté Car de dire qu'ils ayent emprunte ce lillre du lion, je ne It puis ny ne le veux croire. »

L Vrononcez panonnes, Voyex ci-dessus, p. 300. 2. Fte(/i?cw(i).

â. Les vers latiiis dits léonins ne sont pas des >ers uiouoriuH*»; iiMt ^ milieu est consonnaiit avec la fin.

a>ciI':nnr8 rimes. ''■58

On a vu ci-dessus que les pièces latines de Léonin, citées par Estienne Pusquier, riment de la muette et de la syllabe accentuée, et en mémo temps sont monorimes. De lit un sens particulier et plus restreint de l'expression rime léonime. Elle désigne le système de rimes uniformes suivi dans la plupart des romans de gestes.

L'n autre système s'était produit presque concurremment : c'était celui des rimes pliilcs. Elles se nommaient rimes e<m-

J'insisterai un peu sur ce point , que Je n'ai jamais vu bien expliqué.

Un des auteurs les plus Téconds du \ii* siècle, Chrestien de Troyes, écrit, dans son roman du ftni fhiiflaume rVAn' ff/fterr'' :

Chrestiens se veut etitremellre Sans nieuï ôler, sans rien mettre.

Ou conswiani ou léonime.

On trouve ce passage dans un roman de Juiins^ Itfarhnhèr mposé par un nommé Gauthier (avant I2W)] :

Je ne dis pas qu'aucun beau rtfl

N'y melle por foire lu rime

Ou consonani ou iikmim'.

Les vers qui suivent se lisent iliins un fiihliau inlilnlé : /Vt I r>nmes:

Ma peiue mettrai et m'ent^nle,

Taot coni serai en oia jovente,

A coDier un fabliau par rime

Sans couleur et âuos Ifunirnr;

Mais s'il y a conionanlie,

Il ne me chaut qui mal en die.

Faucher cite l'extrait suivant d'une Vif de nointu ChrisUtif, écrite vers l'an 1300:

fr

Seigneun, qui eu vos livres por mslirie mellex Ëquivocatiou et U

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