Éloigne
Amours, couleur décolorée, Ris pleurant, enfer glorieux , Félicité très-malheureuse , Paradis mélancolieux, etc.
Mellin de Saint-Gelais a fait aussi dans ce genre une description de I*amour :
Cest un portier qui ouvre sa maison Aux ennemis, et aux amis la ferme, Fai:»ant les sens gouverneurs de raison.
G*est un refus qui assure et afferme, Un affermer qui désassure et nie, Rendant le cœur et inconstance ferme.
Cest un jeûner qui pait et rassasie, Un dévorer qui ne fait qu*affamer.
Un être * sain en fièvre et frénésie.
C*est un tromper qui , sous le nom d*aimer. Tient tout en guerre, et tout réconcilie. Sachant guénr ensemble et entamer, etc.
Marot vient clore la liste de ces poètes froidement subtils :
En espérant, espoir me désespère.
Tant que la mort m'est vie très prospère , Me tourmentant de ce qui me contente, Me contentant de ce qui me tourmente Pour la douleur du soûlas que j'espère , elc.
Ce faux goût cessa définitivement à la fin du règne de Louis XIll . Molière lui a porté le dernier coup avec son fameux sonnet, qui semble fait pour l'exemple de Marot :
Belle Philis, on désespère Alors qu'on espère toujours.
20» Vers a réponse. — J'en trouve un exemple dans Christine de Pisan * :
Mon doux ami. — Ma chère dame. — Raconte-moi. — Très volontiers. —
i. C'est lo verbe être à l'Infinitif.
i. Le titre est : BnUade à réponse.
ANGiENNES RIMES. 477
M*aimes-tu bien ? — Oyl, par m'àme. — Si fais de toi. — C'est doux métier, etc.
Voici quelques vers d'une longue pièce de Tabouroi :
Comment vous portez ? — Bien.
Qu*avez-vou8 souvent? — Faim. Et que mangez- vous? — Pain.
Quel est votre pain ? — Bis.
Quels sont vos habits? — Gris.
Qu*aimeZ'V0U3 l'hiver? — Feu, etc.
NOTE 19 (page 84).
Quand nous parlons de licences, il est clair que nous nous plaçons au point de vue des modernes. L'ancienne poésie n'altérait pas Torthographe ou la grammaire dans le but de faciliter la versification. Elle n'admettait pas simultanément souspeçon et Moupçon, nous demourrons et nous demeurerons, pour qu'on eût la commodité de donner à ces mots une syllabe de plus ou de moins. Primitivement la poésie ne différait pas de la prose : Tune et l'autre écrivaient les mots de la même façon. Seulement l'orthographe était incertaine alors que notre langue n'était pas encore fixée. D'un autre côté, les mots, en s'abrégeant, par une tendance naturelle du langage, s'éloignaient de plus en plus de leur origine latine. Il est arrivé que les poètes du xv* et du xvi* siècle, ayant pour instrument une langue déjà notablement modifiée , et pour objets de constantes études les nombreux ouvrages de leurs devanciers, choisissaient, suivant le besoin présent, les formes noodernes ou les formes anciennes. Celles-ci constituaient des licences. Plusieurs de ces licences se conservèrent au xvu* siècle; quelques-unes sont même parvenues jusqu'à nous. Ce sont autant de souvenirs du passé.
1* L'addition de 1'^ à la première personne du présent de l'indicatif (excepté à la première conjugaison) , ne remonte guère qu'au xvi* siècle. Nos anciens auteurs écrivaient : je
fini (et plus tard , je Jlny), je vd, je di, comme , je park. Et pareillement au prétérit : je/«, je vi, f aperçu. Ainâ, loin qu'il faille s'étonner de trouver cette manière d'écrii^ dans Marot, c'est rintroduction de Vs qui doit firapper.
Au milieu du xvr siècle, l^bilet protestait encore contre cette innovation. « Tu dois te garder de mettre s aux premières personnes singulières des verbes de quelque mœuf (mode) ou temps qu'ils soient , comme, je voy, yaimoye\ je rendi, je boirai, si je faisoie, je diroie. C'est ce que pratiquent les savans , parce que s est note de seconde personne aux Grecs et aux Latins; et doit être à nous, qui tenons d'eux la plupart du bien que nous avons. Marot observe cela en général. Que si tu y trouves : je veis, je dys, je Jis, je mets, je promets, dis que c'est pour la rime; ou dans le vers, que c'est Taute d'impression ; ou l'attribue à l'injure du temps , qui n'avoil encore mis ceste vérité en lumière. De même k llmpèratif : fay, dy. H, voy, ripon, tien, vien, mor, va, eroy, sVy, etc., non pas fais, dis, lis, etc. S'il te semble que, je puis, ja suis, est mieux dit, pense y trois fois. »
Voici un des exemples , effectivement assez rares, qid battaient en brèche la doctrine , au reste fort sensée , du critique :
Mais fis trembler de main victorieuse
Lès plus hautains : c'est Rome rorgueilleose ,
Et ses soudards, que hn je combattis
Par maintes fois, et non point des craintifli,
Mais des plus fiers fis un mortel déluge, babot.
Mais, d'autre part, on trouve dans Marot une infinité de rimes dans le genre des suivantes : je sai, essai; je di, enhiâi; je tien, le tien-^j'aperçu, su; juperdi, mardi;
Dans Ronsard : je voi^foi; je reçoi, moi; je vi (de viûttti de voir)y ravi ; je répondi, hardi ; je devien, tien ; je n'eu, à nw ; fépan,fappren.
Lasl voici bien l'endroit où premier je la vi;
Où mon cœur, de ses yeux si doucement ravi , etc. iuëgnibe.