Voyez ci-dessus, p
LICENCES D'ORttttOGRAPHE. 4td
€àr eneor que là dame , en qui seule je vi.
M'ait avecque douceur à ses lois asservi...
FuC-H jamais mortel plus malheureux que moi ?
Je lis mon infortune en tout ce que je vot... J'écris , je lis , je mange et bot , Plus heureux cent fois que le roi. aéGincR. Un aussi grand désir de gloire Que j'avois lorsque je coMvri I)'expIoits d*éternelle mémoire Les plaines d'Arqués et d'Ivry. malh.
C'est la seule fois que Malherbe a terminé un vers de la sorte.
J'ai cité un certain nombre d'exemples empruntés au XVII* et au xviir siècle. Ils suffisent pour montrer que cette licence s'est maintenue dans notre versification.
M. Génin fait cette judicieuse observation sur l'addition de 1*5 moderne : « Dans ce poste où elle s'était glissée , à la faveur de l'euphonie, 1'^ rendit de si bons services, que son usurpation est aujourd'hui consacrée et convertie en droit légitime. U n'en est pas moins vrai que , ^uand Molière et La Fontaine écrivent ^> di,je croi,je voi,je recoi, ils usent d'une forme aiidenne,.et ne se permettent pas de supprimer Vs pour le besoin de la ritoie , comme leurs commentateurs ne manquent pas de l'affirmer. »
L'5 était également inconnue à la seconde personne de l'impératif :
Pren cette fose^ et ensemble reçcy, etc. eonsabd. Force donc ton respect, ma chère fiHe, et croy Que 6hacan est sujet de l'anafour, comme toi. atofirai.
J'ai cité des exemples anaiogttee de Racine, de La Fcmtaiïiid et de Voltaire. .
Si 1*5 finale était supprimée dans le cas précédent, d'un aultrecôté notre vieille langue avait fait à cette lettre une part trl^Iarge, qu'elle n'a pas conservée.
2* Dms les noms, c'était, sinon une règle \ du moins un
1. GeU est posé comme règle dans le grammairien pro?ençal Hugues
usage très-commun, que les noms masculins prissent !'< auBo*. minatif et au vocatif singulier. On écrivait, li rets ou leroU,lt mons (monde), le diables, riens. Cette s se trouve encore , sans qu'on y fasse attention, dans quelques noms propres: CkarUs, Georges, Jacques, On l'ajoutait lors môme qu'elle n'existait pas dans le mot racine : Alexandres (Alexander), le siècles ;$eculum), Vhoms (homo), le prestres (presbytcr), te langagt^ (ital, linguaggio). Le nominatif pluriel, au contraire, supprimait r^^ mais elle repaiiiissait aux cas obliques.
Les adjectifs suivaient la môme règle. On écrivait aussi u»> (unus) , nuls ou nus (nuilus). Ex. :
Et AUxaniîres ol su terre à lui donnée. (al£>l\ndbc.} Signor, di^l Alixandres, cis damages est gros, (ib.) Li evéques a pris del duc Richard congé, (rou.) Prenez le Iraïlor, à Richart le livrez : Si vengera son père, qui par li fu tuez, (ib.) Allez, que Diex vous aoh débonnaires et doux! (iubixal.; Chacun qui sages crts'en put apercevoir, (ib.) Vous qui rimes me demandez, Comment je me suis amendez. RUTEBEtF.
Ctir sages lions sa langue garde, (n. de ui ro6e.j
Cet usage avait disparu bien avant la renaissance. J'en trouve la trace dans une pièce apocr^'phe de Murot (Colloque d'Erasme) :
Ne l'avez- vous, quand tous vos bieoâ Vos parens les ont, et vous riens ?
Beaucoup d'adverbes qui aujourd'hui finissent générale ment en e muet , se terminaient anciennement par une s. U plupart ont non-seulement perdu cette s, mais encore i'e, par apocope. Je ne reviendrai pas sur ceux que la poésie admet encore dans leur ancien costume , tels que guères , naguères-
3*" Mêmes, même. — Primitivement Tadverbe mêmes s'écrivait toujours avec une s. Il faut remarquer que ce noot était
Faldit. Cette question a soulevé cl soulève encore de grands d<^t>ats pwi les énidits.
^ LICENCES d'orthographe. 481
toujours adverbe, et qu'on écrivait moi mêmes, nous mêmes, sans qu'il y eût dans ce dernier la marque du pluriel.
Les exemples abondent dans nos vieux romans. J'en citerai de plus modernes, qui , à ce Utre, seront plus frappants.
Dans une ballade de Villon , les mots crèmes, brèmes, blémes, riment avec le refrain suivant :
Je connois tout, fors que moi mimes.
Cette s s'est conservée pendant tout le xvi* siècle :
Mêmes alors que ta flûte champêtre, marot.
Quand tu Tauras elle mêmes enquise...
Du mêmes œil qui ne se sut garder
De voir naguère, etc. id.
Et ne se plaira trop pour raffété langage Des flaUeurs de la cour. Il ne se déplaira A soi mêmes au>si. du bellat.
Mêmes étant malade, est toutefois allée, etc. ronsard. Débande tous ses nerfs, à soi mêmes échappe, du bartas.
Rien ne m'écris, mais toi mêmes apporte. Rabelais. Vous ne fassiez, vaincue, à vous mêmes hommage, desportbs. Et ravie en l'objet de leurs beautés extrêmes. Se retrouve dans eux, et se perij en soi mêmes, régnibr.
Mais la naïveté Dont mêmes au berceau les enfantilti^ r'>nfe86ent. malh. Quand mêmes il liendroit les clefs de sa prison, matnard. Mêmes elle ose bien passer jusqu'au mépris, desmabets.
Cette s commençait à s'effacer du temps de Corneille. Il a écrit dans Polyeucte :
Ici dispensez-moi du récit des blasphèmes Qu'ils ont vomis tous deux contre Jupiter mêmes.
Dans le Menteur il avait mis ce vers :
Moi mémês à mon tour je ne sais où j'en suis,
que postérieurement il corrigea ainsi :
Je ne sais plus moirmême à mon tour où j'en suis.
A propos du premier exemple , Voltaire semble attribuer spécialement à Corneille cette licence, que du reste il défend contre l'usage moderne. Sur le second passage, il fait cette simple remarque : « U ne faut point ici A's à même, » Cela est
vrai ; mais ie commentateur aurait dû donner une petite explication ; d'ailleurs précédemment ^ il regrettait cette 9.
L'archaïsme se reproduit encore dans deux vers de Boileau :
Que si méineê un jour ie lecteur gracieux... S'empare des discours mémm académiqBes.
Si, dans ce dernier vers, mêmes n'était pas un adverbe, Boileau aurait péché contre la règle de la césure : fsEuile qu'il évita toujours avec le plus grand scrupule.
Voici un exemple encore postérieur :
Tu sais mêmes en flaUerie
Si bien tourner la dureté, etc. ghàulibu.
Mais Ton trouve dans Marot, Ronsard, Du Bellay, même écrit sans s, surtout lorsqu'il est joint aux pronom^.
J'ai donné ci-dessus (p. 87; des exemples de même restant invariable, quoiqu'il fût joint à un pluriel.
4° AvECQUES, AVECQUE, avecq' , AVEC. — Avccques est la forme ancienne, et qui a longtemps existé seule. Je néglige encore les très-anciens auteurs , pour arriver à des poètes plus modernes :
Avecques un de profundis. viLLOif.
Sa femme aussi, dames et demoiselles, Honnêtes gens tout plein avecques elles. cnériN. Et verts osiers joints avecques écorces. barot Je t*en rapporterai avecques un pinson, ronsard. Avecques eux emportent nos plaisirs, du bbllat. Qui leurs chansons Joindront avecques elle. baïp. Av€cq^^es un bonjour, amis comme devant, régnier.
Ce grand pilier de cabaret
Avecques un hareng sauret. matnard.
Cette 5 fut supprimée dans le courant du xvr siècle. Beaucoup de passages de Ronsard et de Du BeUay ne la prennent pas quand elle n'est pas nécessaire à la mesure. On ne la voit plus dans Malhei^be ; mais le que est conservé. Ex. :
1. « Les poètes, tant gênés d'ailleurs, peuvent avoir la liberté d'ôter et d^i|dulnr «ne 1 à ce mot. 1 •
LICENCES d'okthographe. 4S3
Marieront la fortune avecque le bonheur, maih. Et ce que je aupporte avêcque patience... J'ai mis avecqm toi mes desseins dans la tombe. n>. Sire, avecque regret je l'ai vu de mes yeux, iiaibbt. Et joignant la richesse avecqite les appas, racan. Travaille à Aa cuirasse avecque i%ui d'ardeur, matnard. N'avez-vous point eu prise avecque votre fnè««? iu>riou. Gomme avecque rigueur jadis elle éprouva. st-Amakt. Je soulage ma peine avecque mes soupirs, boisrobsrt. Avecque le présent l'avenir se consume, i^emoinb. Sans elle, avecque tout tu seras misérable, scudéry. Avecque l'innocence ont perdu la raison, chapelain. fit mon courage a^>ecque ma raison, voiture.
Corneille suivit cet exemple , surtout dans ses premières pièces i
Ne viens-je pas de voir son père mvecque toi?... Afloiblir mon desm (wecque mon amour...
Mais laissons là Dorante avecque son audace.
Hais adoptant la réforme opérée de son temps, il corrigea postérieurement plusieurs passages de ses pièces dans lesquelles il retrouvait cette syllabe parasite :
N'attaquez plus ma gloire avec tant de douleurs. Les premières éditions portent :
N'attaquez plus ma gloire avecque vos douleurs. De même à ce vers de Cinna :
Et sont-ils morts entiers avecque leurs desseins ? il substitua celui-ci , dix ans plus tard :
Sont-ils morts tout entiers avec leurs grands desseins?
n On observe que c'est avec raison que nous avons rejeté
avecque de la langue : œque était inutile et rude. ^> (Voltaire.)
Molière et La Fontaine ont souvent employé avecque Boi-
leau en offre deux exemples , et Racine un seul , dans
Alexandre :
Et je puis l'ajuster avecque la pudeur, mol.
Et qu* avecque le cœur d'un perfide vaurien...
Uunion de Valère avecque Marianne, id.
Les loups firent la paix avecque les brebis, la pont.
La sotte vanité jointe avecque l'envie, la font. Le possesseur du champ vint avecque son fils. td. Tous les jours je me lève avecque le soleil, boil*
Cependant nous rirons
Avecque la bouteille, id.
M'entretenir moi seule avecque mes douleurs, bac.
Voici encore deux exemples postérieurs :
QvL^avecque plaisir du haut style Je te vois descendre au quatrain ! ghapbllb. Tu te fais haïr comme un diable Avecque toute ta bonté, bouss.
Avecq' ou avec' est employé au milieu du tw siècle :
Le suc de Tun avecq' l'autre s'assemble, du bbllat.
Ronsard non-seulement autorise cette apocope, mais il trouve que « avecques, composé de trois syllabes « donne le plus grand empeschement au vers, mesmemeni quand il €St tout court. » Il conseille de revenir à l'ancien adverbe à, comme à lui, pour avecque lui.
5** Presqdes. — Cet adverbe prensût déjà rarement Vs au XVI* siècle :
En tous endroits je visite et contemple.
Fresques étant de merveille égaré, mabot. Ces palais qui dans les nues Rendent presques inconnues, etc. matnabd.
& Ores , ore, or' , or. — Ores est resté jusqu'à Malherbe:
Qui languit or65 en prison, (r. de la rose.) Tel qu'à présent ores il m'abandonne, marot. Ores il court le long d'un beau rivage, Ores il erre en quelque bois sauvage, bonsabd.
Ores à mes dépens j'en fais l'expérience, rbgnieb. f^ Ore en mes bras, ore devant mes yeux, bonsabd. Or' plein de joie, ore plein de douleur, id.
Ore le ventre creux d'une roche sauvage, or babtas. Ores je pèche, or* je vais à la chasse, despobtes.
Si je l'aimai jadis, ore je m'en repens. régnieb.
Ronsard , dans sa poétique , admet ces différentes manières d'écrire.
LICENCES d'orthographe. 485
Encores. — C'est la forme primitive :
Et vous ferai encores un bon tour, mabot.
Et à présent encores on t'appelle, id.
Qu*encores aujourd'hui j'en reste demi-sourd, ronsaed. Ce qu'encores en vous reconnoftre je dois, du bbllav. On fait de Phaë'ton encores un vieux conto. baïp. Faut-il que nous soyons encores en danger? ptbrag.
7* Onques ou oncques , onqub , oncq', onc. — Onques est la plus ancienne manière d'écrire. Cet adverbe vient du latin nnquam. L'addition de Vs se faisait par règle générale. Ex. :
Et n'aura onques hom, s'il le visttraïtor. (alexandrb.) Car il n'avoit onques eu Du pauvre misération. (jubinal.) Examine s'oncques il vit. goquillart.
Tout courroucé sans nuls plaisirs quelconques : Et toutefois aussi bon qu'il fut onques. marot. Je vous supply, si onques amitié, etc. id. Tout le bien que la nature Eut onques en son trésor, du bbllat.
Au XV* siècle, et même avant, Tapocope pouvait se faire, à plus forte raison Vs se retrancher. Ex. :
Onq mon cœur rien n'en oublia, (b. db la rose.) Car onc^ ne fut de revanche meilleure, crétin. Qui de garder ne fut onc^ paresseux Parcs et brebis, et les maîtres d'iceux. mabot.
Qu'oncç' ue perdit en cour de Rome, du bellat. Si votre cruauté ne s'est oncq' amortie, despobtbs.
Nous avons dit que ce mot s'est conservé dans le style nuurotique :
Onc n'avoit vu^ ne lu, n'ouï conter, la pont. Je ne vis onc mémoire si féconde, rouss.
DONQUBS ou DONCQUtS , DONCQUE , DONCQ*, DONC. — C'cst
l'italien dunque, avec addition de Vs, lettre caractéristique des adverbes :
Donques ot si grant ire , onques mais n'ot si grant. (albxandrb.) Banques a cbevance et honneur, butebeuf. Pour revenir doncques à mon propos, marot.
486 lions*
Doncques en vain je me paissais d'eepcnr^ wonbâmù, Doncques autant de fois que dos vers ou histoires, du bilut. Quelqu'un doncques indigne aura la jouissance, baïp. Doncques sera-t-il vrai qu'il faille que je suive, dbspoitis. Doncques, sans mettre enchère aux sottises du monde. BiGmii.
Doncques ce ciel inexorable
Veut que je vive misérable, matnabd.
Ouvrez-moi doncques sa maison, ragan.
L'as'td doncques sauvé de Thorreur des batailles? boisiobiit. Doncques aveo honneur tu pourras au besoin, nn rtbb. S'étant doncquês levé qu'encore les étoiles, baint-amant. Doncques pour conserver cette fidèle ville. ciuPBLAiif. Doncques si de parler le pouvoir m'est ôté. MOLiÉas.
Toute la nuïi doncques il plut,
Et tant d'eau cette nuit il chut, chapbllb et bach.
Dans plusieurs de ces exemples, on est libre de supprimer Vs, Donc était déjà usité au xv* siècle.
Adonques ou adoncques, adoncqur, adongq', adonc. — On dit également en italien adunque.
Adoncques il leur demanda. viLLOif.
En un lit haut adoncque il se coucha, mabot.
Pensez adoncque en quelle doute et presse, m. Adoncques l'air, qui est Jupiter tout puissant, du bellat.
Adonc je vins en réputation, id.
Adonc jo répondis : Appelez-vous athée , etc. ronsard.
Combien qu*adoncque il eût dans sa pensée, baïf.
Phébus adonc se va désabuser, rouss.
tlonsard autorise les trois façons d'écrire ces mots (par cques, cque et c).
Remarque, L'adjectif indéflni quiconque, quelconque, prenait également Vs du simple :
Quiconques est ami de la science, créti?!. En tel' façon , quiconques ait été Élu des dieux , etc. marot.
NOTS 20 (page 95).
Nous allons réunir et classer les principales inversions qui étaient autrefois en usage. Si nous ne remontons qu'à Marot, nous avons à peine besoin de prévenir qu'elles so trouvent à plus forte raison chez les poètes antérieurs. La prose alors en faisait également usage.
Inversion du sujbt.
Bien me connolt (a prudente Cybèle. maiot.
T'éveillera la pie ea 9od caquet,
T'éveillera aussi la colombelle. id.
Et ne pourroient ni le temps ni l'usage
Y ajouter un seul point davantage, du bellat. Et donne l'intérêt le prix aux actions, régnier. Et peut un Jeune sot^ suivant ce qu'il conçoit... Et ne m'ont les destins, à mon dam trop constans, Jamais après la pluie envoyé le beau temps, id. Apollon n'a plus de mystère, El sont profanes ses chansons, malh.
Par qui se vit l'Asie autrefois possédée, desiiarets. Vous devez oublier un désespoir jaloux Où força son courage un infidèle époux, corn. Que nommoient nos guerriers poudre de sympathie... Que venoient ses beautés allumer dans mon âme. id.
Il y avait un cas particulier et très-fréquent de l'inversion ; c'était lorsque le verbe être, joint à un participe, formait un verbe passif; alors le nom se mettait entre l'auxiliaire et le participe. Cette inversion se trouve encore deux fois dans Racine :
Et les villes où sont les peuples amassés, ronsard. Et de mainte figure est sa beauté marquée. Régnier. Et sera jusqu'au cuir ton carrosse doré. id>. À quel exploit sera notre main occupée? théoph. Par qui sont les héros en triomphe menés, la font. Le sage par qui fut ce bel art inventé...
Et sont nos gens logés sous même toit. id.
De quel démon est donc leur âme travaillée ? mol. Sur qui sera d'abord sa vengeance exercée? bac.
Quand sera le voile arraché Qui sur tout l'univers jette une nuit si sombre? id.
Inversion db l'attribut.
Mômes alors que ta flûte champêtre ,
Par trop chanter, lasse sentiras être, maeot.
Es terre aussi, des Faunes et Hymnides
Connu je suis; connu je suis d'Orphée, id. De son état pourtant digne je ne l'estime, du bbllat. El qu'en ces trahisons, moins sage devenu. aicifiBB. Et par feu, comme Hercule, immortel devenir, id. Vous le fîtes enfin immortel devenir, mat^xard. Vous êtes maigre entrée, il faut maigre sortir, la font. Chaque castor agit : commune en est la tâche, id.
Invbrsion du régimb direct.
Rien de plus fréquent dans les vieux poètes. Citons quelques exemples, en remontant seulement jusqu'à Ronsard:
Je vis Amour qui son arc débandoit,
Et dans mon cœur le brandon épandoit
Qui des plus froids les mouelles enflamme, ronsard.
Les ennemis armés nos gens outrageront ,
Et, gâtant le pays, nos champs saccageront, baïp.
Et ne veut par le sang la victoire acquérir, du bellat.
Car devant que le tems nos deux cœurs désassemble. DESPoms.
De toutes vos frayeurs vos esprits assuroil. Régnier.
Que la terre de soi le froment rapportoit. id.
Malherbe continue d'employer cette construction, qui se maintient encore après lui :
Devoit sous ta merci les rebelles ployer, malh. Que cette âme de roche une grâce m'octroie... Je veux de mon esprit tout espoir rejeter... D'EspiignoIs fibattus la campagne pavant, id- Eux-mêmes qui le cours de la nature suivent. rnéoPH. De myrte et de laurier mes cheveux environne, matnard. Tandis que leurs esprits la vengeance respirent, mairet. Et des pièges dressés les risques évita, saint- amant. Sous votre aimable joug tous les peuples unir, chapelain.
Et leur prédiction sur le marbre écrivirent* lkmoinb. L'âge , qui toute chose efface, yoiturb. Et pour rencontrer le cercueil Qui le fameux Voiture enserre, sarrasin.
Je veux de votre muse une grâce obtenir, desmarbts.
Comme on le voit , les poètes du siècle de Louis XIII faisaient encore usage de cette licence. Corneille, dans la maturité de son talent, s'en est abstenu ; mais dans ses premières pièces il imitait ses contemporains :
Sans que mes actions de plus près j'examine... Mon respect à l'amour tout le monde convie...
Sa défense entreprend,
Vois que fourbe sur fourbe à nos yeux il entasse.
Boileau , Molière et Racine achevèrent de proscrire cette inversion. Elle reparaît encore une fois dans la première tragédie de Racine :
Et si quelque bonheur nos armes accompagne.
La Fontaine continue à suivre , comme d'ordinaire , Texemple des andens :
Le pauvre Eschyle ainsi ses jours sut avancer... Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite...
Puisqu'il vouloit son bonheur réparer...
Panurge alloit Toracle consulter.
La Harpe reproche à La Monnoye une de ces inversions que déjà Racine et Boileau avaient interdites à notre langue dans le style noble :
Toi qui sais la heUe âme au bel esprit mêler.
Nous avons conservé la vieille locution , adieu vous dis (je vous dis adieu) :
Adieu vous dis, ô vous, herbes encore, du bbllat.
Inversion du participb passé.
Nous avons déjà donné quelques exemples de l'inversion du participe passé , employé dans la conjugaison avec l'auxiliaire avoir, et devenant variable par suite de cette transposition. Nous pourrions en accumuler ici un grand nombre, en
490 Nons.
citant les plus anciens poètes ; mais nons ne vonlons pis remonter au delà de Régnier :
Ayant votre beau nom lâchement démerUi. aiGifiXB. À comme d*ua brouillard ta personne couverte... Après avoir, cruel, tout respect violé. id. Ibiis déjà la roiée a vos tapis mouillés. THtoa. Jamais depuis sa mort ses vaisseaux n'a taris. Uâim, Leurs pieds qui n*ont jamais les ordures presiéci... Leur camp , qui la Durance avoil presque tarie... Le centième décembre a les plaines ternies, id.
Nous voyons cette inversion se conserver pendant une partie du xvii* siècle :
Que j'ai de vos clartés les excès décovioerts. mathard.
Passant, qui de la France a son nom entendu, eacaiv.
Quand j'aurois en un jour trois batailles perdues,
Et cent places de marque aux ennemis rendues, hairit.
Et j'aurois cette injure impunément soufferte, rotrou.
De qui le seul récit m*a Tesprit enchanté, dbsmarbts.
Car en cette saison sa rage redoublée
De spectacles affreux l'Egypte avait comblée. SAnnNUUirr.
Il avoit cent assauts l'un sur l'autre endurés^
Et cent fois dans leur camp les Anglais resserrés. CHiPSurf.
Corneille use aussi, mais bien plus sobrement, de cette licence :
J'ai leur crédulité sous cet habit trompée,..
D'un trouble bien plus grand a mon âme agitée...
Aucun étonnemont n'a leur gloire flétrie.
J'avois de point en point l'entreprise tramée...
A dedans ce billet ma passion décrite...
De toute ma famille a la trame coupée...
Le seul amour de Rome a sa main animée.
Molière ne se Test permise que dans ses premiers ouvrages:
Et m'a droit dans sa chambre une ho\ie jetée... Dans le plus bel endroit a la pièce troublée... Et n'ont point de ces lieux le beau monde chassé.
La Fontaine, ici comme ailleurs, conserve Tarchaîsme :
Combien de fois la lune a leurs pas ^clatr^... Que les tièdes zéphyrs ont l'herbe rajeunie...
LICENCES. *-« lEYERSIONS. 491
Il avait à grand tort son village quitté...
Et qu'aucun de leur mort n'ait nos lôles rompues.
Boileau et Racine , en s'en abstenant, ont décidé la réforme. Les exemples de cette inversion deviennent bien rares au nii* siècle :
Et piquant l'appétit dont le ciel m'a doué,
Sur la place à l'instant l'odorat m'a cloué, piron.
Voltaire, citant le vers de Corneille : Chaque goutte épargnée a sa gloire flétrie ,
it cette remarque : « La sévérité de la grammaire ne permet is ce flétrie; il faut dans la rigueur : a flétri sa gloire. Mais, sa gloire flétrie, est plus beau, plus poétique, plus éloigné j langage ordinaire , sans causer d'obscurité. » Les regrets de Voltaire ne ramèneront pas une licence en- ^remenl tombée en désuétude , et qui , il faut le reconnaître, mérité d*étre proscrite , parce que souvent elle engendrait 3 Tobscurité. Ainsi, quand on lit ce vers de La Fontaine :
Il avait dans la terre une somme mfouie, 1 ne sait pas si Fauteur a voulu dire : il avait enfoui %me mme, ou, il possédait une somme enfouie. Roliaseau , dans ses pièces marotiques, a voulu emprunter »U« transposition ; mais il a eu le tort d*y introduire un sole'sme :
Soit : Richelet Jadis en raccourci Vous a de l'art les règles dégrossi,..
Ami Marot, que je vous sais bon gré D'avoir les sots en vos vers dénigré /... . . . Non qu'on m'ait imputé D'avoir jamais nouveautés adopté,,.
J'ai quatre mauvais jours passé.
Sans, je vous jure, avoir pensé , etc.
C'est là violer grossièrement notre règle si logique des parîîpes: il fallait dégrossies, dénigrés, adoptées, etc. Le partipe , au prétérit J'ai vu, ne reste invariable , quand le régime t après, que parce que ce régime est inconnu ; mais il n'en t pas de mSme quand le régime précède :je les ai vus, les Tsonnes que f ai vues, je les ai toutes vues.
On trouve, mais rarement, cette faute dans des poêles
antérieurs :
S'envole au bois, au bois se tient caché, Honteux d'avoir sa fenune tant cherché. PASSBaAT.
Une faute opposée, mais moins grave, consistait i Un accorder le participe quand le régime est après. Cette ooostruction est fort ancienne. Ex. :
Lors a traite l'épée, si regarde à ses pieds, (alcxandu.)
Vers le palais a tomée sa tète *.
Quand Félix envers Dieu oi faite sa prière, (jubdcal.) En follement dépendre ? avoitmtM sa cure, (ib.) Afin d'avoir tous les faits honorés Du bon seigneur qui tant a décorés Et embeUis les livres de musique. CEiriN. Ni ne ferai jamais, voire eussé-je avalée L'onde qui court là bas sous l'obscure vallée. moiiSAiD. Mignonne, allons voir si la rose , Qui ce matin a voit déehee Sa robe de pourpre au soleil, etc. m.
Les Italiens peuvent dire de même : La Ittna aveva perdoti t raggi. C'est la construction latine.
Anciennement le participe passé , combiné avec l'auxiliaire avoir dans les temps composés, pouvait se mettre avant lui:
Quand ton temps perdu y auras, (r. db là bosb.) Comme l'état que tu pris as. MBSCHiitor.
Lequel des deux gagné le prix avoit. mabot.
Sache de vrai, puisque demanderas...
Vrai est que l'arc les malins tendu m'ont.
Converti ont leurs danses en douleurs, id.
Inversion de l'infinitif.
Nos anciens poctes pouvaient mettre l'infinitif avant le verbe, à un mode personnel , qui le régissait. Cette construction s'est conservée dans le genre marotique :
Vous me direz ce que dire savez, marot. ... Et sonner ne s'amuse.