‹ Traité de versification françaiseChapitre 25 sur 212 · SUCCESSION DES RIMES · texte numérisé non relu

SUCCESSION DES RIMES

r Les rimes plaies ou suivifs sont celles qui se iDccédent par couples de ileiix , alternalivement misculioes et féminines :

Du iHa de ma loi que sert do vous parfr ? Par de stériles vœux pensex-vous m'tionorer? Quel fruit me revienl-il de tous vos Mcrificm? Ai-je besoin dusuog des boucs et des génisses^ Le s3Dg de vt» rois crie, et n'est point tenut^. Bompex, rompez loul pacte avec l'impiété; Du milieu de moii peuple citertninez les eTiiiies : Et TOUS viendrez alors m'mimoler vos victimes, bac « Les vers masculins sans mélange , dit Mannonlel, inraient une marche brusqne et heurtée; les vers linins sans mélange auraient de la douceur, mais ie la mollesse. Au moyen du retour alternatif ou pé- ■iodique de ces deux espèces de vers, la dureté de "un et la mollesse de l'autre se corrigent mutuelleneot; et la variété qui en résulte est, je crois, un ivantage de notre poésie sur celle des Italiens, dont a finale est toujours faible, excepté dans les vers vriques. »

2* Les rimes norsecs présentent alternativement 30 vers masculin et un vers féminin. On donne en- Mre ce nom à deux rimes masculines séparées par \X rimes féminines suivies, ou réciproquement : Tel, en un secret vallon, Sur les bordsd'uneonde pure, Croit, i l'aliri do l'aquilon, Un jeune lis, l'amour de In nature, hait. Ainsi l'on vil l'a i m nble Samuel

llrallre h l'ombre du tabernacle ; devint d» tli^breux l'espérance et l'oracle. lisei'S'tii, romnie liii.ron-ioier Isra^'ll m. Hkiqs, ciianlon^, dit relie triiupe impie; Do fleurs en Heur*, do plaisirs en plaisirs

74 ciÀHimB vif.

Sur l'avenir ipsensé qui se fiie. maç.

y Les rimes mêlées sont eeU«9 doitf la uccmmm n'est soumise qu'à ]% rigle géoémU 4<NUé6 cL^cMos. Les chœurs d'Esther et d'iitAoJtésoDt en rimes mêlées :

Quel aaka à nos yeux yimi àe luire?

Quel sera, quelque jour, cet eoUsnt marvaïleux? Il brave I9 teste orgueilleux, Et ne se laisse pas séduire A tous ses attraits piériUeux. mac.

0& Toit par cet exemple^ composé de emq yers, que^ dans ce système , les rimes maseuliiias et fêtaiaines peuvent ne pas être en nombre é^.

4^ Les rimes redoublées ofErent le retonr ou la eoa* tinuatioB de la même rime :

Que leur restera- t-il? Ce qui reste d'un songe

Dont on a reconnu Terreur.

A leur réveil (6 réveil plein d'iiorreur l).

Pendant que le pauvre à 4a table Goûtera de ta paix rineffable douceur, Us boiront dans la coupe affreuse, inépuisable, Que lu présenteras, au jour de ta fureur,

A toute la race coupable, kag.

On en voit encore un exemple dans ce beau début de Topera de Proserpine^ par Quinault; c'est Gérèa qui parle :

Les superbes géants, armés contre les dieux.

Ne nous donnent plus d'épouvante :

Ils sont ensevelis sous la masse pesante Des monts qu'ils entassoient pour attaquer les cieux. Nous avons vu tomber leur chef audacieux

Sous une montagne brûlante :

Jupiter l'a contraint de vomir à nos yeux Les restes enflammés de sa rage mourante:

SUCCESSION DES BIMES. 75

ter est victorieux , ï l'eflurl de sa main foudroyante '.

redoublées ont de la grâce dans la poésie légère. Gresset a su particulièrement eij faire asage :

Daos celte retraite chérie

De la sagesse et du plaisir,

Avec quel goût je vais cueillir

Le première épine fleurie.

Et de Pbilomêle attendrie

Recevoir le premier soupir I

Avec tes Qeurs dont la prairie H A chaque instant va s'embellir,

^b Mon ûmc, trop longtemps flétrie,

^B Va de nouveou s'épanouir,

^B E^ sans pénible rêverie,

^V^ Voltiger avec le zéphyr.

^1 plies De se rencontrent qu'incidemment dans une ' pièce de poésie. Il faut avoir soin , en général , de ne pas les prolonger au del^ de la période : Quels parfums remplissent les airs?

IOu porter mes regards avides?

[les tapis plus frais et plus verts Renaissent dans nos champs arides :

La nature efface ses rides ; Tous ses trésors nous sont ouverts, Et le jardin des Ikspérided £il l'image du l'univers.

C'en est tait; la Vierge céleste.

En découvrant son front refTneïI, Adoucit d'un regard modeste L'ardeur brOIaole du Boleil. bebms.

■ On pml rminiucr. dit La Haqw, que le rpdoublement dei ritan n ' " 9t le plus Miuvrol une dociUMsdp ta langueurclustjie, o

parce qu'ellrt »ODl loutfï hannonleuse) «t plUorctqUM. < loin le lableiu une mime couleur qui ta di*t«niilne le «

Voltaire dtali née beaucoup à'ëan cette Urade.

76 CRAPITRB TU.

Ici les rimes changent avec la pensée. C/esl ainsi qu'en use Voltaire.

Les rimes redoublées deviennent monotones quand on les prodigue. Ce défaut a été reprochée Bernis^

On trouve des pièces peu étendues dans lesquelles le poëte n'a employé que deux rimes :

Un sot par une puce eut l'épaule mordue.

Dans les plis de ses draps elle alla se loger.

« Hercule, ce dit-il, tu devrois bien puiser

La terre de cette hydre au printemps revenue !

Que fais-lu, Jupiter, que du haut de la nue

Tu n'en perdes la race, afin de me venger? »

Pour tuer une puce, il vouloit obliger

Les dieux à lui prêter leur foudre et leur massue, la fo^it.

D'autres fois , c'est une difiiculté que le poëte s'impose à dessein , pour remplir un cadre obligé. On en voit un exemple dans cette épître de Voltaire :

Mon Dieu! que vos rimes en ine*

M*ont fait passer de doux momens !

Je reconnais les agrémens

Et la légèreté badine

De tous ces contes amusans

Qui faisaient les doux passe-tems

De ma nièce et de ma voisine.

Je suis sorcier, car je devine Ce que seront les jeunes gens.

Je m'aperçus bien, dès ce temps.

Que votre muse libertine Serait philosophe à trente ans :

Alcibiade en son printemps Ëtait Socrate à la sourdine.

Plus je relis et j'examine

Page 1