‹ Traité de versification françaiseChapitre 39 sur 212 · On pourra en wir d'autres à la Un du volume « uote t · texte numérisé non relu

On pourra en wir d'autres à la Un du volume « uote t

L1C£KCES DE GRAMMAIAE. 115

En ioù giron jadis me ixMirhâaoil Douce fortune.

Ceitainemeot si bien ferme vous n êtes... La terre encor du soc oo verra feodre ; ynies ei bourgs de murailles défendre.

llBupprime firéqnemment les pronoms personnels :

S*aiasi étoit, pour Palier voir seuleite,

Souvent /ëroti de ma lance hoalette;

Et ocmduirois, en lieu de g^ans années,

Brebis aux champs côtoyés de ramées :

Lors la verrois séant sur la verdure;

Si lui diroiê la peine que f endure

Pour son amour...

Si recevez un plaisir , je le sens...

Car si de joie ensemble /ouïssons...

En son giron jadis me nourrisstMt

Douce fortune , et tant me ckéri$$oit^

Qu'à plein souhait me faisoit délivrance

Des hauts honneurs et grands trésors de France...

Las! trop s'en faut qu'il se veuille cacher.

Pour, 7> ferais, etc., vous recevez, 7)0(/5 jouissons, '•'/^chérissait, etc.

Il se sert des adverbes doncques ou doncque, aâoncfjues et adoncy oncques, ores ou ore^ las, lors^jà^ etc.

La tournure naïve de Marot a paru assez séduisante pour qu'on empruntât son langage, depuis longtemps vieilli.

Le marotisme, employé avec choix et sobriété dans les genres qui le comportent, tels que le conte, l'épigramine, Tépître badine, et tout ce qui tient au genre familier, contribue à donner au style de la naïveté et de la précision. La Fontaine en a fait usage avec succès dans ses contes, et Ta judicieusement exclu de ses fables, où la morale et la raison n'admettent point cette bigarrure, et où les animaux qu'il

116 CHàP1TE£ X.

introduit devaient parier la même langue. Voltaire s'en est servi de mème^ avec ce goût exquis qui savait distinguer les nuances propres à chaque sujet. Le style marotique permet de retrancher les articles et les pronoms, comme on les retranchait au temps de Marot, ce qui donne à la phrase un tour plus vif. Il permet une espèce d'inversion qui ne ya pas au style sérieux y et quelques constructions anciennes que notre langue empruntait du latin, ayant qu'elle eût une syntaxe régulière. Ces formes vieillies ont Tavantage de nous rappeler le premier caractère de notre langue, qui était la naïveté; et d'ailleurs, tout ce qai est ancien prend à nos yeux un air de simplicité , parce que Télégance est moderne \

La Fontaine est peut-être Tauteur qui a le plus contribué à ressusciter la langue de Marot*. Rousseau et Voltaire ont suivi ses traces.

Voici quelques constructions emprun tées à la langue de Marot :

Inversion du sujet :

A peine fut cette scètie achevée, la royr. Or est le C€is allé d'autre façon, id.

Vous à qui donnèrent les dieux

Tant de lumières naturelles, volt.

One n'avait vu le vrai polichinelU Semblables tours, rouss.

Inversion de Tattribut:

A sa Judith Boyer par aventure Itltoit assis près d*un riche caissier :

r La Harpe (Cours dr l.iHerntitrc, l. VI. p. VOl ;. i, 11 dit t{ueiqut' part : u Le \ieux langage , pour les choses de cette tiire p a des grâces que celui de notre siècle n*a pas. »

LICENCES DE GRAMMAlEtF..

Bien arstrétoit. uc.

Viennes je peux tes dire , pi mon reg«au En serait plein sans ce maudit oiseau, la fo.st.

ÉMsia le dedans : autre esl la question, rocaïi. fibnni itéras, ainsi que je prévui. lo. Avantageux le marché fui trouvé, volt.

Sacrés ils «rat, car personne n'y toucbe, id toversloQ du régime :

Puis en autant de paris le ceTfi\ dépeça, la pont. . Jititiu et droit à tous il aaclie rendre,

^H Aider le foible, et l'opprimé dérendie. nocss. ^U D'un air galant leur figure étalaienl. volt j|r De l'amitié l'autel ensanglaolèreot... Mais svn récit on Trundera. id.

Pour se rapprocher de leur modèle, les imttateura de Marot lui emprunteiit eacore renjambement et des expressions sui^nnées.

Noua termlneroDs par deux exemples, qui montreroDt réunies les diverses licences du style marolique. U premier est de La Fontaine :

Deux avocats, qui ne s' accord oient point, Rendoient perplexe un juge de province : Si ne put onc ' découvrir le vrai point . Tant lui sembloit que fût obscur et mince. Deux pailles prend * d'inégale grandeur ; Des doigts les serre : il avait bonne pince La longue échut sans Taule nu défendeur ; Dont Knvoyé s'en va gai comme un prince. La cour s'en plaint, et le juge repart : Ne me blâmez , messieurs , pour cet égard : De nouveauté dans mon fait il n'est maille*; Maint d'entre vous souvent juge au hasard. Sans que, pour ce , lire à la cour te- paille.

|. AumI uc pul-41 Jaaiaiï.

t. Il prend deux piillei.

], Il n't a pu du toal dr noti>c>ui# . U n'y

Rousseau a souvent imité ce vieux langage. Daos son épître à Marot^ c'était plus que jamais le lieu de le reproduire. En voici un fragment :

-Par quoi , sitôt qu'en mon adolescence

Mon odorat, f>ar vos vers éveillé,

Des autres vers ne fut plus chatouillé,

Il n'eut repos (jeunesse est téméraire l)

Que ne m'eussiez adopté pour confrère...

Vous ne verrez sot qui soit honnête homme... 7

Bien le savez, Clément, mon ami cher... [^

Combien de fois , las I me suis-je vu peindre i

De traits pareils! Non qu'on m'ait imputé ''^

D'avoir jamais nouveautés adopté : '

Des gens dévots , que j'estime et respecte , ^

Ainsi que vous, je n'ai honni la secte 1

Qu'en général , sans aucun désigner : :v

Et fîtes mal de les égratigner...

Vient des neuf Sœurs la fontaine infecter^

Et de sa griffe Apollon molester...

Lors chacun crie : 0 l'esprit éminentl...

Sans la raison puis-je vertu connottre?

Et sans le sel dont il faut l'apprôter,

Puis-je vertu faire aux autres goûter?...

Et ne pouvant son foible vous cacher,

Le vôtre au moins il tâche d'éplucher.

La Harpe parle du marotisme employé avec choix et sobriété dans les genres qui le comportent. C'est qu'effectivement le marotisme ne doit pas sortir de ces genres. Voltaire revient en plusieurs endroits sur cette règle du bon goût.

(( Il me semble qu'en poésie^ dit-il, on ne doit pas plus mélanger les styles qu'en prose. Le style marotique a depuis quelque temps gâté un peu la poésie par cette bigarrure de termes bas et nobles, surannés et modernes; on entend, dans quelques pièces de morale, les sons du sifflet de Rabelais parmi ceux de

'Licences de grammaire. 11!)

Il llùte d'Horace. J'avoue que je suis révolté de voir dans une épître sérieuse les expressions suivantes :

Dm n meurs disloqués , à qui le cerveau tinle,

Plus amers qu'aloËE et jus de coloquinle,

Vices portant méchor. Gens ds tel acabit,

QiilTonniers , Ostrogolhs. maroufles que Dieu fit. " Le critique ne dit pas que c'est là un centon eompoBé avec des fragments de l'épitre h Marot par J. B. Rousseau.

« ... llneTaut paseonrondre les vers de cinq pied^ ■Tcc lea vers marotiques. Le style qu'on appelle do Marot ne doit Être admis que dans une épigramme et dans un conte, comme les figures de Catlot ne doivent paraître que dans des grotesques. Mais, quand il faut mettre ta raison en vers, peindre, émouvoir, écrire élégamment, alors ce mélange monstrueux de la langue qu'on parlait il 7 a deux cents ans et de la langue de dos jours parnU l'abus le plus condamnable qui se soit glissé dans la poésie. Marot parlait sa langue : il faut que nous parlions la ndtre. Citte bipimiro est aussi révoltante pour les hommes judicieux que le serait l'architecture gotiiique mêlée avec la moderne. Les jeunes gens s'adonnent à ce sljli-, parce qu'il est malheureusement facile, u

DB l'HARMONUE SN GÉNillAL.

Si l'/mrmonte du style est nécessaire à réloqaence, elle Test bien plus encore à la poésie. Le pofite, en adoptant le rhythme cadencé du vers , s'est engagé à offrir à Toreille un charme qu'elle ne trouvait pas dans la prose : à plus forte raison doit-il, à Texemple de Torateur, choisir, parmi les mots qui se présentent à lui y ceux qui sont les plus doux à prononcer, et faire en sorte que leur mélange produise encore une agréable impression. 11 sera parlé plus tard de Yharmonie imiiative; nous verrons alors quelles restrictions il faut mettre à la règle générale de Tharmonie.

Boileau, dans ces vers de T Art poétique ^ nous a donné à la fois le précepte et l'exemple :

U est UD heureux choix de mots harmonieux ; Fuyez de mauvais sons le concours odieux. Le vers le mieux rempli , la plus noble pensée Ne peut plaire à Tesprit quand Toreille est blessée.

Racine est peut-être, de tous nos poëtes, celui qui avait le senliment le plus exquis de l'harmonie. Voyez dans ces beaux vers combien la mélodie des paroles ajoute à la grandeur des pensées :

Que peuvent contre lui ' tous les rois de la terre? En vain ils s'uniroicnt pour lui faire la guerre :

i. Dieu.

DB L HAtMOIf IB. 1 21

Pour dittiper leur li^e, il n'a qu'à se moDlrer; Il ptrle , ec dans la poudre il les fait tous rentrer. Au seul son de sa voix la mer fuit, le ciel tremble; Il >oit comme un néant tout Tuni vers ensemble ; Et les foibles morteb, vains jouets du trépas, Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étoient pas.

Boileau s'est souvent moqué des vers rocailleux de CbapelaÎD. On verra, par quelques échantillons i combien cette critique était fondée :

Un seul endroit j mène, et de ce seul endroit Drmie «I roide êti la côte, et le sentier étroit.

m Quels vers! juste ciel! s'écriait-il; je n*en puis entendre prononcer un que ma tète ne soit prête à se fendre. »

Laotenr de la Pucelle dit ailleurs :

A ton iUmeirt aspect mon cœur me sollicite, Et, grimpamt amtrt mont, la dure terre * quitte.

La parodie suivante , que le satirique a faite du >tvle de Chapelain, est fort connue:

Haudit soit l'auteur dur, dont l'âpre et rude verve , >oQ cerveau tenaillant, rima malgré Minerve; Et de »oo lourd marteau martelant le bon seni^ , A fait de méchans vers douze fois douze cents.

Voici une autre parodie du même genre , qu'on ut>nve dans une lettre de Boileau :

Droite et roides rochers, dont peu tendre est la cime, De mon fl4mbu\ant cœur l'âpre état \ou6 savez,

fl i.'m ki k ttru ifapplkfurr la ivniarqiH' de L» Harpe , au Hijet de Le Artftt : « Crtlr àmrrté B'etl pas •eulrmrnt dans k concourir kleuidfftMN», eam la ■ilfci«riiii arranfemcnl drt molt , qui m montiv preique partoyl ; Aaaa la Mt«rt drt coottnictkNU. > Bolkau « dam im ptrodlct , f< cèarfé ce doaMe déCant de Ckapelaân.

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