‹ Traité de versification françaiseChapitre 43 sur 212 · CHAPITRE XII. DE LA CADEHCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. DE LA CADEHCE

po8 habilement ménagés, les rimes heureusemeot agencées.

« Dans les vers rimes à deux, dit MarmonteI,ie sens peut finir après le premier, et le second peut commencer une nouvelle période K Mais dans Ics^ers entrelacés, la rime et la pensée doivent se clore ensemble, si Ton veut que la période poétique soit nombreuse et arrondie. C'est ce qu'on désire souveat dans les poésies de Cbaulieu '. Qui croirait, par exemple, que ces vers fussent d'une pièce rimée:

Il faut encor que mon exemple, Mieux qu*une sloïque leçun, Tapprenne à supporter le faix de la vieillesse, A braver l*injure des ans.

« Si la rime enjambe d'un sens à l'autre , la pensée a parcouru son cercle avant que l'barmonie ait achevé le sien : l'esprit est en repos, l'oreille est encore en suspens. »

On trouvera le même défaut dans ces vers de La Fontjtine :

Jadis une jeune merveille Méprisoit de ce dieu le souverain pouvoir.

On Tappeloit Alcimadure :

Fier et farouche objet, toujours courant aux bois, Toujours sautant aux prés, dansant sur la verdure.

I* BoUeau en offre souvent l'exemple.

2* dumlieu ne mérite pas cette critique ainsi généralisée.

juand la parole exprime un objet qui , comme !, afTecte l'oreille , elle peut imiter les sons par les i, la vitesse par la vitesse et la lenteur par la leur, avec des nombres analogues. Des nrticulais molles, faciles et liantes, ou rudes, fermes et irtées, des voyelles sonores , des voyelles mueltes, Bons graves, des sons aigus, et un mélange de sons, plus lents ou plus rapides, forment des La qui, en exprimant leur objet à l'oreille, en tenl le bruit ou le mouvement, ou l'un et l'autre I fois, comme en français les mois hurlement, oui 1 1er , mugir, aboyer, miaiiler. C'est avec ces nés imitalifs que l'écrivain forme une succession Bons qui, par une ressemblance physique, imi- I l'objet qu'ils expriment'.

)a appelle onomatopée un mot ou une suite de ts qui peignent ainsi la nature.

)aDS tous les exemples que nous donnerons de irtiMitie imilative, uu verra que les préceptes géaux sont presque constamment violés. Le pofite rs

Sort àeé règles prescrites, Et de Tart mime apprend àfrancbir leurs limiter, mil.

Nous subdiviserons les divers procédés par lesquels on produit cette imitation de la chose par le son; bien qu'ils se trouvent assez souvent réunis.

§ 4 . HABMONIB IMITATIVB RÉSULTANT DU CHOIX DB CBETAIMBS LBTTBES,

DB CBMTAIFIBS BTLLABI8.

V Certaines lettres dures à prononcer^ comme r, t, m y une suite de monosyllabes, pourront imiter un bruit qui affecte désagréablement nos seos, ou exprimeront Teffort, la difficulté. Des syllabes peu sonores imiteront un bruit sourd.

Boileau est peut-être Tauteur qui a su le mieux tirer de notre poésie les effets qu'elle avoue.

Il dit dans la satire des Embarras de Paris :

Car à peine les coqs, commençant leur ramage, Auront de cris aigus frappé le voisinage.

Outre la dureté du second vers, on remarquera dans le premier le rapprochement des consotinances coq$ , commençofit ^

Délivre les vaisseaux, des Syrtes les arrache. loiL.

f * Un écrivain qui a pris riiarmonle ImltatlTe pour sajtt d'un po€m«, de t^, « Toulu reproduire cet effet :

L'aube n'a pas plus t6t de £es lueurs obliques Argenté le sommet des cabanes rustiques, {Hae deux coqt comtneruauœ, par uo cri matinal » D'an combat singulier se donnent le signal.

mifl Botteati, en séparant les deux oonsonnancet par ta cénre, éU resté dans les limites du goût, tandis que son imitateur est tombé dans la charge.

CoUetet le père avait fait le vers suivant :

La cane i7ium8cl«r dans la bourbe dc« eaux. KiclieMea, qui voulait y introduire de l'harmonie imitatlve, proposait : La cane barbotter dans la bourbe des eaux.

Mais Tauteur repoussait ce terme, qu'il Ux>UYait trop bas.

liiiiHOiiii-: miTAîivb:. 147

b dureté savante de cet hémistiche , dis Syrks les ■'iihe, peint admirablement les efforts de Ne])-

(juoi ! dil-elle d'un ton qui fil Irembler les vitres, botl.

Il résulte de celle heureuse disposition de mots une sorte de vibration qui se prolonge à la fin du vers, et fait entendre le bruit des tiVres ébranlées'.

Du lugubre instruDienl fool crier les re^wiis...

De l'aolre redoulé les soupiraux gémirent...

Lh dodiee dans Im aii^, de leurs voix argentines*,

Appdoienl i grand bruit le» chantres â meiines. mil.

tTout le monde admire cet hémistiche de Racine : L'esaieu crie et se rompt*.

Et ces deux vers du même poète :

ladamplable taureau, dragon impélueui, Sa croupe se recourbe en repii i torlutui'. L'harmonie imitative est encore sensible danaces vers de la Uenriade :

^^ Tel que du haut d'un monl de frimas courooné, ^^ Au milieu dca glaçons et des neiges TondueB, ^V Tombe et roule un rocher qui menace les nues. volt. ^P Et dans ceux-ci de Crébilloo :

J'ai cru longtemps errer parmi les cris alTreux

Que des mânes plaiolib poussoient jusques aux deux :

Amar (MlHoa daatlqnedB BoUean).

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