I. nARMONIB HIT
On produit encore l'harmonie imitative par le choix des syllabes longues ou brèves , pesantes ou rapides, par la disposition des accents, la place d'un mot, l'emploi d'une inversion.
\' Pour peindre un mouvement prompt, une lurse agile, on choisit une cadence légère: Je m'en vais lea pleurer. Va, cours, vole et me venge, cor?*. Sa iwrvante Aliâon la rattrape et la suit. aoii.. Du passant qui le fuit semblent suivre les yeiii... Le L'bagria monte en croupe, et galopa avec lui... Apprenti cavalier, galoper sur ta trace...
1. ^'<w tl^ui po^lts u« possédaient pas cclto factun: lubUe «ont Mm souvcDI racai1l<'ui, sans songer Aiieinicjunil â riiArrunnle Imlui|t«. VuicI ci'peiHlanl un passage où Ûarol, soit hasard, mit liiunlli hcurr usmieiit peint U nature i
Marchez, courez, volez où l'honneur tous appelle. Boa. Où fuirai-je? Elle vient, je la vois... je suis mort. id. Fais donner le signal, cours, ordonne et reviens, bac. Va, cours; mais crains encor d'y trouver Hermione. id. Compagnons, apportez et le fer et lea feux; Venez, volez, montez sur ces murs orgueilleux, volt. Les torrens bondissans précipitent leur onde, deullb. Dans les champs effleurés il court, vole et feod Fair. id.
Voyez comme La Fontaine peint avec vérité le lapio allant prendre le frais à la pointe du jour :
Il étoit allé faire à Taurore sa cour Parmi le thvm et la rosée.
Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours, etc.
Dans le début de la fable de Perrette et le Pot au lait, les syllabes sont également coulantes, les nombres précipités :
Perrelte, sur sa léte ayant un pot au lait.
Bien posé sur un coussinet, Prétendoit arriver sans encombre à la ville. Légère et court-vétue, elle alloit à grands pas. Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile.
Cotillon simple et souliers plats, la pont.
Saint-Lambert a su tirer parti du rbythme , dans les vers suivants :
Le foudre éclate, tombe, et des monts foudroyés Descendent à grand bruit les graviers et les ondes, Qui courent en torrens sur les plaines fécondes.
« La phrase court , la construction descend et se précipite : voilà les secrets du style poétique. Comparez à ces vers celui où Roucber a voulu peindre la même chose :
Les torrens en fureur des montagnes descendent.
« Vous verrez que le rbythme est vif dans le premier hémistiche, et lent dans le second, ce qui forme
HARHOME IMlTATIVe. 1 ,i7
un contre-sens pour l'oreille; et ce sont là de ces fautes t|u'un vrai poète ne commet point '. »
2° La lenteur, l'effort, la diffîeullé , le calme, I accablement, seront rendus par des syllabes lourdes, pénibles, par des cadences graves, pesantes : Déjà de toutes parts s'a va moulent Iva approrlies. Ici couroit Mimas; là Typlion sebatloil, Et là suuil Euryt« à détarlier les roches Ou'Encélude jetoit. màlh.
Dans le premier de ces deu\ derniers vers, on i^ent le travail du ^éant qui détache la roche; dans le dernier on la voit partir '.
Quatre bcBuT^ altelé^, d'un pa^ tranquille eL lent Prumenoieot dans Paris le monarque indoteol. mil. Les vers, dit La Harpe \ marchent aussi lentement que tes bœufs qui tiraient le char.
Le blé, pour^e donoei', sans peine ouvrant la lerre, N'aitenrjoit pas qu'un Ueur, preâtiéderaijjuillun, Tntçâtâ pas tardifs un pénible hIIod. boil. On est contraint, dit Itacine le ûls, de prououcer ces vers avec peine et lenteur; au lieu qu'on esl emporté malgré soi dans une prononciation douce et rapide par celui-ci :
Le momeoloù Je parle est déjà loin de moi. hoil, La Ilarpe* analyse ainsi le commencement d'une fable de La Fontaine :
C*aiis un chemin montant, sabiunneux, nidlatsc,
1^1. t« Hwpe t Covrt dt LiUintHn. L VIII, p. 101 ). là ^ I^Hartw (t. Il, p. ilO). La dmilen! remarque a mil a une sorte dlwnnoDle ImitatlTc duot nuu* parleroM blcnUli. S. Court dt LilUraluTt, l. VI, p. 2liS. 4. tbtiL, L VI, p. ait.
158 CHAPITRE XUl.
Et de tous les côtés au soleil exposé,
Six forts chevaux tlroientun coche*.
(c La phrase est disposée de manière que Tœil se porte d'abord sur la montagne et sur tous les accessoires qui la rendent si rude à monter : la roideur, le sable, le soleil à plomb; on voit ensuite arriver avec peine les sico forts chevaux j et au bout le coche qu ils tirent, mais de manière que le coche paraît se traîner avec le vers. Ce n'est pas tout : le poëte achève le tableau en peignant les gens de la voiture :
Femmes, moines, vieillards, tout étoit descendu ; L'équipage suoit, soufQoit, étoit rendu.
(( On ne peut prononcer ces mots suait^ simfflaitj sans être presque essoufflé : on n'imite pas mieux avec des sons. »
Mais tout dort, et Tannée, et les vents et Neptune, sjg. Il fallut s'arrêter, et la rame inutile Fatigua vainement une mer immobile, id.
Ainsi dans un vaisseau qu'ont agité les flots, Quand Tair n'est plus frappé des cris des matelots, On n'entend que le bruit de la proue écumante *, Qui fend d'un cours heureux la mer obéissante, volt.
Ces deux derniers vers semblent imiter , autant qu'il est possible, le mouvement et le brait uniforme d'un vaisseau dans une mer calme \
3^ Les poëtes rendent encore la nature en plaçant à la césure ou à la rime un mot qu'ils veuleot faire ressortir; ou bien ils le mettent en saillie à Taide d'une inversion :