S 4. VBBS DB HUIT SYLLABES
Le vers de huit syllabes , qu'on nomme aussi octosyllabe ou vers de quatre pieds, et tous ceux qui ont oioins de syllabes , ne sont pas soumis à la règle de la césure.
11 est y avec le décasyllabe et Talexandrin, un de nos plus anciens mètres. On le trouve employé dans les romans de gestes et dans les fabliaux.
Exclu aujourd'hui du genre héroïque, il se prête d'ailleurs à différents tons : il sert à Tépître (sérieuse ou badine), à la poésie descriptive, à Tode, aux stances, à l'élégie, au conte, à la chanson, à l'épigramme, au rondeau. 11 semble moins convenir à la ballade et au sonnet.
Dans les genres où les repos ne sont pas fixés, comme ils le sont dans les stances , odes et chansons, le vers de huit syllabes peut se construire en périodes longues et pleines de nombre.
On en jugera par cet exemple de Bernis :
J'espérois que l'affreux Borée Respecteroit nos jeunes fleurs, Et que l'haleine tempérée Du dieu qui prévient les chaleurs Rendroit à la terre éplorée Et ses parfums et ses couleurs :
Mais les nymphes et leurs compagnes Cherchent les abris des buissons; L'hiver, descendu des montagnes, Souille de nouveau ses glaçons, Et ravage dans les campagnes Les prémices de nos moissons.
Rentrons dans notre solitude, Puisque l'aquilon déchaîné Menace Zéphyr étonné
188 CHAPITBB XIY.
D'une nouvelle servitude :
Rentrons, et qu'une douce étude Déride mon front sérieux.
Vous, mes Pénates, vous, mes dieux, Écartez ce qu'elle a de rude. Et que les vents séditieux N'emportent que l'inquiétude.
Et laissent la paix en ces lieux.
Cbaulieu a su manier ce vers avec bonheur :
Pour vous *, successeur de Villon, Dont la muse toujours aimable Fait de Sully * ce beau vallon Que nous a tant vanté la fable, Sachez que si, dans nos repas, Par quelque gentil vaudeville Nous avons réprimé les fats Qui sans nous inondoient la ville, Jamais notre malignité Ne sentit l'aigreur de la bile, Et jamais toute la gatlé De notre troupe encline à rire Ne passa jusqu'à l'âpreté De la plus légère satire.
Suivez ces utiles leçons ; Et, toujours occupé de plaire.
Cueillez au jardin de Cylhèro Des fleurs pour orner vos chansons.
Voltaire en a fait très-souvent usage dans ses pièces
légères. Voici un fragment d'un petit po^me sur les
Héros du Rhin :
Muses, peignez de traits de feu Celui dont il ne faut rien dire, Plutôt que le louer de peu :
L'apprenti qui l'ose décrire Ne voit en lui* qu'un cordon bleu.