‹ Traité de versification françaiseChapitre 69 sur 212 · Mtrmontel · texte numérisé non relu

Mtrmontel

VKRS l)b DlFFÉHENltS MtSL'HE;». ',^05

l*aD8 Piron :

A vulru lotir il faudra

Du (Jue vulre cœur âoil conbUiiil,

^Tant Çue vulrepelit mari Soii toujoure chéri.

\'n poole ilu xMii" siècle avait mis la passion en I (l'une s)llabe. En voici un ccbaiitiUan :

[De Sort

Ce Fort

Lieu Dur,

Dieu Hais

Hort Tràs

H tours de force ne prouvent que la triste manie occuper laborieusement de petites choses. Dire vieille poésie, qui otVre des exemples de e» les puérilités, n'a pas ignoré le vers d'une ibe%

n trouve encore quelquefois des vers de onze bes et quelques autres ; mais ces tentatives , que ■monie désavoue et que l'usage n'a point auto- «, ne nous occuperont pas ici'.

oT«i 1j lUrpc. (■ IV, p. ïiô.

, a U Ho da lolunM , la uotv i ojTM ta note Ut.

MÉLANGE DE DIFFÉRENTS MÀTIOti. *— VBBS LIMIBS.

On peut mélanger des vers de mesure inégale: tantôt symétriquement^ comme dans les stances ou strophes, dont nous parlerons plus loin, tantôt sans cadre régulier.

On appelle vers libres, poésie libre, des vers dans lesquels le poëte entremêle à son gré les différentes mesures , sous la condition expresse de produire on ensemble bien cadencé. Racine^ Quinault, RonsseaUi dans la poésie noble; La Fontaine ^ Chanlieu, Voltaire^ dans le genre familier; ont particulièrement eu Tentente de ce genre de versification.

Comme modèle parfait de vers libres, nous citerons les chœurs d'Esther et à'AihaUe. 11 suffira d'en transcrire un fragment :

J*ai vu rimpie adoré sur la terre : >

Pareil au cèdre, il cachoit dans les deux Son front audacieux ; Il sembloit à son gré gouverner le tonnerre, » *^

Fouloil aux pieds ses ennemis vaincus : '0 Je n'ai fait que passer, il n'étoit déjà plus. bac. i^

On voit , dans une Idylle sur la Paix , de beaux vers du même poëte qui sont moins connus :

Tu rends le Bis à sa tremblante mère; ' Par toi la jeune épouse espère D*étre longtemps unie à son époux aimé;

MlaNUE Bt HtTRES.

IV Ion retour le laboureur cliurnié ' '''^^•^riitit plusddM>nnaUq'/une main étrangèid Uuitwnnc uvuDt le temps lo ctuimp tlu'il a tenié ; Tu parcs nos jardina d'une grâco nouvelle; 1 7;

^u rends le jour plus pur el !a terro plus belle. • '

les opéras de Quinault sont en vers libres. Ils of- ''"enl beaucoup de morceaux tour à tour pleins de •ïooceur ou d'élévation. On trouvera le premier de t'es caractères daoB le suivant :

Ce fut dans ces vallons, ou parmillo détours l 'tnachus prend plaisir à protungcr son courd ,

Ce fut sur ce channaot rivage Que aa fdle volage

Me promit de m aimer toujours.

Laiétihyrtut lémoin, l'onde tutatlentive Qti»uA la DyiDphe jura de ae changer jamais ; Mai!> le zéphyr léger el l"onde fugitive Ool bientôt emporlé les sermens qu'elle a rails.

Voici une tirade admirée par Voltaire. C'est Médée qui parle :

Sortei, ombres, sorte» de la nuit éternelle ;

Voyei le jour pour le troubler :

Que l'affreui Désespoir, que la liage cruelle

Prennent soin de vous rassembler.

Avancei, malheureui coupables,

Soyez aujourd'hui di^ehalnês; Goùtei l'unique bien des eœurs infortunés,

Ne soyez pas c«uli misérables.

lia rivale m'expose à des raaus efTroyables : Otf elle ail pari aux lourmens qui me sont destinés.

Non, les enfers impitoyables Ne pourront inventer des horreurs comparables

Aux lourmens qu'elle m'a donnés.

GoAlons l'unique bien des cœurs infurlunés,

Neioyons pas seuls misérables', quikault.

r . f> **ul foiipln. lia Vululrc, \*M ptul-eirt iiiltuv i|i

208 CBAPITRE XV.

Rousseau , daus ses cantates , a employé arec succès le système des vers libres. Voici le début de la cantate de Circé :

Sur un rocher désert, Teffiroi de la nature, Dont Taride sommet semble toucher les deux, Circé, pâle, interdite, et la mort dans les yeux,

Pleuroit sa funeste aventure.

Là, ses yeux, errant sur les floU, D^Uiysse fugitif sembloient suivre la trace. Elle croit voir encor son volage héros ; Et, cette illusion soulageant sa disgrâce,

Elle le rappelle en ces mots, Qu'interrompent cent fois ses pleurs et ses sanglot».

La Motte , dans ses opéras , a connu cet heureux agencement de différents mètres. Témoin cette iotocation à Toracle de Dodone :

Arbres sacrés, rameaux mystérieux.

Troncs célèbres, par qui l'avenir se révèle ; Temple que la nature élève jusqu'aux cieux, A qui le printemps donne une beauté nouvelle; Chênes divins, parlez tous ; Dodone, répondez- nous.

Mais déjà chaque branche agite sa verdure ; Les chênes semblent s'ébranler; Chaque feuille murmure : L'oracle va parler.

Quoique Chaulieu ait écrit des épîtres légères, il nous fournit le morceau suivant , qui est d'un ton fort élevé :

D'un Dieu mattre de tout j'adore la puissance;

La foudre est en ses mains, la terre est à ses pieds.

Médéc de S«iiè(|uc , de Corneille et de Longepierrc, parce qu*U est fort ^ naturel , baroionleux et sublime. » — Voyez encore, du UMînie auteur, un fragment de Proscrpine tWt précédemment, p. 7 1.

MÉLAMGB DE MÈTRES. 209

Ltt élémeiM bumiiiéfl M'amioooMil sa grandeur et sa magnificence.

Mér vaste, vous fuyez !

El Coi, Jourdain, pourquoi dans tes grottes profondes, Retournant sur tes pas, vas-tu cacher tes ondes? Tu frémis à Taspect, tu fuis devant les yeux D'un Dieu qui sous ses pas fiait abaisser les deux.

Les fables de La Fontaine sont un modèle de vers libres dans le genre familier.

Marmontel en a fait usage dans le dialogue de ses opéras-comiques. Voici le début de la Fausse Magie :

Respirons cet air pur. Le beau lieu! le beau temps!

Je crois rajeunir au printemps.

Ld chant des oiseaux , la verdure , Tout m'enchante; à mes yeux tout renatt, tout jouit;

El mon cœur, avec la nature,

Se ranime et s'épanouit.

Nous citerons encore quelques vers de VAmphi^ iryon de Molière , le commencement du monologue <l«* Sosie :

{JMi va là ! Hé! ma peur à chaque pas s'accroît!

Messieurs, ami de tout le monde.

Ah! quelle audace sans secondo

De marcher à l'heure qu'il est !

Que mon maître, couvert de gloire,

Me joue ici d*un vilain tour!

(^Hj'-i ! si pour son procluiin il avoit quelque amour, Il auroit-il fait partir par une nuit si noire? Kl . pour me renvoyer annoncer son retour

Et le détail de 9a victoire.

Ne (ouvott-il pas bien «illmdrc qu'il fût joui ?

Oter.nvATioNs. — Dcins les vers libres les rimes sont toujours croisées, quelquefois ralouhlcrs.

Il vt entre les difTérents mètres des concordances n des discordances naturelles , que Toreille ap-

piécie.

Les vers qui s'entremêlent avec le plus de grâce sont les vers de douze syllabes et ceùxdë huit, les vers de douze et ceux de «ta?. ""^"^

La câaence des vers de sept syllabes brise celle des vers de huit^ et n'est point analogue à TharmoDie du vers de douze : les vers de sept ont une marche sautillante qui leur est propre , et ils yeulent être isolés K

En général y deux mètres qui ont une syllabe de plus ou de moins ne peuvent être placés à la suite. Le plus court semble boiter désagréablement.

Le vers de diœ syllabes se mêle quelquefois au vers de douze, mais en laissant une mesure vide , ce qui est pénible à Toreille , et ce n'est jamais dans la stanee que ce mélange doit avoir lieu \

Le vers de diœ syllabes ne s'allie pas volontiers avec celui de sept '.

Malherbe entremêle d'une manière peu harmonieuse des vers de sia> syllabes^ avec des vers de

cinq :

Que n'étes^vous lassées,

Mes tristes pensées, De troubler ma raison?

Et faire avecque blâme

Rebeller mon âme Contre sa guérison?

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