‹ Traité de versification françaiseChapitre 96 sur 212 · M0TB · texte numérisé non relu

M0TB

dans les adjectifs on ie^ix (du latin /ot«x). Au contraire, on trouvera, dans de vieux textes, hébrieu\ Herre, pour A^hw, terre, etc.

V Chez les poètes du xvi' siècle , les deux premièrM vojelks Aq lierre sonnaient séparément :

Laurier, lierre el lis blancs honorés, iiaiot. Sans plus, fais-la-moi de chêne.

Ou de lierre ou de frêne, ronsaed.

A plis serrés, comme fait le lierre.

Qui de ses mains les murailles enserre, id. Je plante mon lierrt au pied de tes lauriers. aiGNiBi^. D'un tapis damassé moitié de mousse verte, Moitié de vert lierre, un argenté ruisseau, du baetas. L*onneau ne souffroit point la vigne.

Et trouvoit le lierre indigne D'embrasser ses dignes rameaux, sabaasin. Soudain les rames sont couvertes De feuilles de lierre vertes, richsr.

Sibilet prescrit cette quantité , d'après rantorité de Marot. Cependant les deux voyelles ne tardèrent pas à former une diphthongue. Ex. :

Où les fontaines sont , où plaisans espaliers

De lierre dur au froid, et de tendres lauriers. BAïr.

Quand les ormes suivront Tembrassement du lierre, th. oosk.

Il disott que le foible est ainsi que le lierre, mol.

Couronnés de myrte et de lierre, volt.

Qu'un arbuste servile, un lierre tortueux, bernis. Le pin, le lierre noir, les ifs contagieux, dblille.

Disoit un jour le lierre au thym, florian.

Et plus souples qu'un jeune lierre, lebrcn.

Maintenant, de ces deux quantités, quelle est la préférable? La chose peut être facilement décidée , en appliquant le principe que j'ai rappelé tout à Theure. L't ne doit pas faire syllabe, parce qu'il est ici une lettre parasite. Lierre vient,

\, Même encore dans Ronsard :

Obstinés, aveuglés : ainsi le peuple h&fritu N'avoit point de créance aux prophètes de Dieu.

comme on le sait , du latin hedera : c'est un des mots dans lesquels Tarticle s*est incorporé avec le nom, comme lendemain, et quelques autres. Hedera, accentué sur la première, sonnait à peu près comme hèdre. Les Italiens disent encore edera, et par syncope poétique edra. Au premier e du latin nous avons ajouté un i, comme il est arrivé très-souvent : ainsi Aierde keri, ital. ieri; hièhle de ebulum. Le d B, été rejeté par une tendance assez commune : ainsi père vient de paier, ital. padre. Le mot Pierre a été formé d'après la même loi que Vierre ; un < a été ajouté , et la dentale a disparu {Petrus, ital. Pietro, espagn. Pedro).

2"" Pendant très-longtemps , ier, dans les noms et les adjectifs , fut une terminaison monosyllabique , et Ton ne ditinguait point le cas où elle se trouvait précédée de deux consonnes dont la seconde était une liquide, /ou r. Ainsi Ton scandait meur-trier et non meuriri-er, bou-clier et non bùncli-er. Ex. :

Puis sont montés sur leurs corans désirera*, (kolaxd.) Dur sont li colps, et li calpes' est grefs. (id.) Thiéri séoit sur un destrier de prix, (garin.) De plaine terre saute, ne s'y prist à estrier. (Alexandre.; D*amour par qui amans vivent en grief prison, (id.) Ma mère fut ouvrière; née fut vers Aussai. (bbrthb.) A leur dommage ont-ils les biens à ces Templiers, (jurinal.)

Maçons et couvreurs et plâtriers, (id.)

Ains va les lévriers appeler, (méon.)

S*en va brûlant par la bruière,

En feu, en vent et en poudrière, (id.)

Mais le grief mal que c'est d'attendre, alain charti0I.

Et sont si subtiles otim^res,

Qu'elles entrent sans porte ouvrir, martin lbframc.

Dès janvier et /(»6i;ri«r mourront, mischinot.

Cette quantité syllabique se conserva pendant tout le xvr siècle :

I. Ce texte supprime toujours Ti^ comme aussi daus cheraler, dener i gref, etc. Destrier ne fait anssi qne deux syllabes en italien. S. Calpe, coup d'épée.

Là les templiers fonlleut^ prucersioui^. le maim.

L*an vingt et sept, février le froidureux. marot.

Là ménestriers ne sonnèrent aubades...

J*en crois tous les arbalestriers, (id.} Je veux soigneusement le coudrier arroser, roivsard.

Bas à tes pieds ta fneurtrière massue... Enferrer un sanglier de défenses armé... Vous me laissez tout seul en un tourment si grief, m. En voyant ce baudrier, en son cœur pensera, baïf. Ainsi chante Vouvrier en faisant son ouvrage, du belut. Mais réchauffé destrier s'embride Gèrement. du babtas. Tenant le fer tout nu dans sa dextre meurtrière, despobtbs.

Moi le templier, et elle la prétresse, du pbbbox.

Qui perd son cours es prochaines /bncfriVres. ptbrac.

Nous la retrouvons au commencement et pendant une partie du xvir siècle :

Le meurtrier que la peur bourrelle incessamment, théomr/ed avec ce bouclier qu'il falloil se défendre, maibkt.

Il sollicite les étoiles

De prendre le vin de Vitrier, xaynabd.

C est Corneille qui a fixé sur ce point la véritable quantité. Il avait déjà osé l'introduire dans le Cid, L'Académie loi en fit un reproche :

Il est juste, grand roi, qu'un meurtrier périsse.

il Ce mot de meurtrier, qu'il répète souvent , le fiiisant de trois syllabes, n'est que de deux. » Voltaire répond : « Jfc«rfrier, sanglier, etc., sont de trois syllabes. Ce serait une contraction très -vicieuse, et prononcer ^an^fer, meurtrer, que de réduire ces trois syllabes distinctes en deux. »

Corneille a encore mis ailleurs :

Ne le recevez point en meurtrier d'un frère... Jamais un meurtrier en fil-il son refuge^.. De tous les meurtriers te dirai-je les noms?

Avant lui , le mot ouvrier avait été fait de trois syllabes par quelques auteurs :

Dont mandèrenl maçons vaillans.

Bon? ouvriers cl biens sachans. (ROM.\M,fcno.,

QUANTITÉ SYLLABlQUe. 293

Il n*e&t, parle vrai Dieu, ^our ouvrier ni fêle. aiGNua. El tommer gravant l'image des humains, théoph.

Après U Cid, les poètes furent partagés entre l'opinion de k>meille et celle de TAcadémie. Les uns suivirent Texemple lu preoûer :

Un cnid sanglier eût terminé vos jours, th. ooaju. Sur l'or du bouclier de ses braves neveux. sBûaAiK. En forme d'un vieillard sous un peufdier verd... C^oaune un vieux sanglier écume de furie. id. L'âne, mauvais plaisant, railloit le sanglier, aaNSKaàna. n charge encor Capot, qui perd les étriers, siaaASiN.

Mais d'autres, et en particulier les poètes favoris ou courfluu de Richelieu , n'acceptèrent pas l'autorité de Comeilie, t la synérèse continua d'avoir lieu pendant une trentaine 'années environ :

El le méoie bimdier met ma léte à couvert, aoraou.

J'en coonois le meurtrier, et j'attends son supplice, la.

Qnt mèoie son bouclier lui servoil de défense, ou STsa.

ïje sanglier écumeux que le chas:»eur attend. uuiod«i.

El cet ouvrier adruit qui toujours réuséit. scL'oaaY.

Parut danâ son bouclier gravé si dextremeni,

gu'oo n'eât pu sansTourriVr cet ouvrage détruire. Boisaonaar

i>peodanl un sanglier, monstre énorme et superbe, la ro?rr.

Que lesoueriers qui sont après son édifice, mol.

La diérèse, dans tous ces mots , est admise sans contestaiciii depuis Boileau et Racine :

Ouvrier Sitimé dans quelque art néce»saire. auii..

I^es Tyriens, jetant armes et huucliers. a^c.

Kt je m'en vais pleurer leurs faveurs ineurtrierts.,.

Les glaives nieurtriers, les lances homicides, m.

Ne perdroit pas un coup de ses dents meurtrière», uol

El ce m*est une double joie Iv te tenir de toi. Je vois deux lévrier», la vum

MénM Ton dit que l'oucrier

Eut a peine achevé l'ouvrage. . .

Selon son compte et son calendrier.,.

La plus grievê des oflenses.

C'esi d'étrs ingrate : Dieu l'a dit. i»

Le meurtrier d'un roi respire en ces états, volt. Armé d'un fer sanglant, couvert d*un bouc/ter. lo. Contre la fraude meurtrière De l'impie adroit et puissant. Rorss.

6'eipose à mettre un pied dans /V/rter... Lequel lui dit : Portez votre griep Chez quelque sage et discrète personne. id.

Les auteurs didactiques qui furent témoins de là réforme l'approuvaient; mais de graves autorités laissaient encore quelque hésitation dans leur esprit. Ainsi, De Lacroix écrivait à la fln du xvir siècle : « Les poètes font le plus souvent ier monosyllabe dans les noms de deux syllabes. U y a pourtant quelques-uns de ces noms qui paraissent si rudes, en faisant ier d'une syllabe , qu'on a de la peine à les prononcer; comme sont : meurtrier, sanglier, baudrier, ouvrier, etc. Il est bon, dans ces rencontres, de consulter l'oreille : il n'6st pas de meilleur juge de la prononciation et de Ui Uai^oa des

mots tellement qu'on ne sauroit donner aucune raison

que grief ne doive être que d'une syllabe, ni ùtwrier, meurtrier, etc., que de deux. C'est, sans doute, pour cette raison qu'on a jugé mauvais ce vers de M. Racan : 0 nonpareil ouvrier des œuvres nonpareilles !

«• Au contraire , on est très satisfait de ce vers de Corneille :

Mais le goùl est bien dilléreut De Vouvrier et de l'ouvrage. »

On s'étonne que Delille , dans la première édition de sa

traduction des Géorgigues, ait mis encore :

Livrer au fier sanglier un assaut courageux.

Ce vers fut critiqué , et Tauteur retrancha l'épithète de fier,

3* Le mot quatrième est de quatre syllabes :

i. Ainsi que nous l'avons dit, Vi parasite a été supprimé dans une foule de mots en iV, ier, Brief a disparu , et n'a laissé que bref; cottàéquemmenî yn>/' aurait dû être cliangé en grêf, d*âuiant plo»que nous disons grever» ei non yriéver. Mais i't ayant été coa»ervé, yrrV/'doit être dinfltabe.

OUAl«iTlTÉ &YLLABIQUE. 295

Dans l'acte quatrième.., 0 Dieu, cher Amidor, J'eotends quelqu'un venir pour nous troubler encor. dbaiiarets. Et si quelqu'un de vous touche à la qwUriéme, etc. la font. Le quatrième jour, cet augure est certain, dbulle.

Où le faisait autrefois trisyllabe :

Le quatrième de juin, jour de la Trinité. I. mabot. La sœur du roi a la tieroe partie, Toi la quairOmê, Or ils donnent leurs droits, marot. Des Muses la dixième et la qucUrième Grâce, ptbrao. A peine la quatrième lune Commence de faire son tour. malu.

El le quatrième jour, la nuit se rapprochant, lemoinb.

4'' Le mot chambrière est de quatre syllabes, suivant la règle moderne :

11 étoit une vieille ayant deux chambrières, la font.

U a également quatre syllabes dans les textes anciens; ce qui semble contraire à l'analogie. La raison en est qu'on prononçait et qu'on écrivait chamberière, forme sous laquelle ce mot est plus voisin de sa racine latine cameratia. Est. :

Sa chamberière appelle, ce li dit : ça, venez, (gauthier.) Valet y faut et chamberière. (jubinal.) Or se prend à sa chamberière. (lo.) Par jeunesse sa chamborière. (homan db la aosé.) Que la dame et la chamberière. coquillaat. lU endorment les chamberièree. marot.

Peut-être même Régnier a-t-il encore écrit :

Qu'on merioit au nez, et qu'une chamberière, etc.,

au lieu de chambrière ^ que je lis dans les éditions.

5*" Anciennement , conmie aujourd'hui , la terminaison iezy dans les verbes, était en général monosyllabique. 11 n*y avait pas d'exception pour le cas où elle était précédée de deux consonnes, comme dans mon-triez, sem-bliez, vou-driez.

Je citerai, sans remonter au delà du xvr siècle :

Vous la prendriez, malgré tous ses gendarmes, j. marot. Conjnic voudriez vous-même être traitée, marot. Pur quoi devriez, si vous étiez bien sage, ele. i». Vuudritz trouver à qui querelle prendre, saint-gblais.

Veuve maison, pleurer vous devriez bien. Que vous ne voudriez pas pour Tempire du monde, mâim. Vous étiez leur vive couleur, Et livriez de si belles choses A la merci de la douleur. id.

Molière, dans ses premières pièces, a suivi ces exemples:

Elle u*e8t pas fort bonne, et vous devriez lAcher... Vous me voudriez encor payer pour précepteur... Vous buviez sur son reste, et montriez d'affecter, etc.

Mais Corneille, consultant mieux lo jugement de rordlie, avait établi la véritable quantité , et depuis Racine elk ni restée invariable :

Vous estimez trop Rome, et vous devriez faire Plus d'estime d'un roi qui vous tient lieu de père. cob>'. J'ai cru qu'au sang vous reiulnes justice, th. cotx. Vous devriez leur mettre un bon exemple aux yeux. mol. Eb quoi 1 vous voudriez, Valère, injustement... Ne voudriez-wus point par vos belles sornettes, etc. m. Abl mon fils, à ce prix t;ou(irt>3-vous régner? AAaNE. Comment souffriez'\ous cet horrible partage? id. Vous vous plaindriez bien si j'en usois de même, pontexelik Vous perdriez le temps en discours superflus, id.

" On en excepte encore voudriez, perdriez, devriez, dit De Lacroix , qui ont chacun trois syllabes. La remarque eu e&t fort nouvelle , et je ne crois pas qu'elle soit encore généralenient reçue : ce qui n'empêche pas qu'elle ne {daise, à cause que Ton trouve que ies, dans ces mots , a la prononciation plus conforme à l'oreille, en le faisant de deux syllabes, que lorsqu'on ne le fait que d'une, suivant la coutume. •

Quelques exemples , mal écrits dans des éditicuQs moderues, pourraient faire croire que très-anciennement cette finik comptait pour deux syllabes. Mais il y avait intercalation d'un e nmet, et l'on disait deveriez ', au lieu de devriez, Ex. :

Ne ileveriez pour mil marcs d'or penser, (garin.) Ne devenez Soissons mettre en oubli. fiD.'i

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