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DU JEUNE

Au bout de trois jours de privation de nourriture, un oiseau moyen meurt de faim ; l’homme ordinaire peut vivre environ cinquante à cinquante et un jours

sans prendre aucune espèce de nourriture solide ou liquide, nous mentionnerons un fait caractéristique à ce sujet. L’homme entraîné, le Yogi, comme le serpent et autres reptiles, supporte la privation d’air, d’eau, d’aliments un très long temps, en diminuant le nombre de ses respirations, en pratiquant la Yoga et la Raja Yoga que nous décrivons dans le chapitre suivant.

Un serpent peut vivre trois mois et plus sans nourriture ; placé sous un récipient, on a observé que dans l’espace d’une heure, il consomme si peu d’oxygène que l’on peut à peine découvrir dans ce récipient la trace de l’acide carbonique produit par sa respiration.

La plupart de nos lecteurs connaissent les expériences pratiquées par le docteur Tanner de New-York. Ces expériences tendaient à prouver « qu’il est possible à un homme de se passer entièrement de nourriture solide et de vivre uniquement d’eau et d’air pendant quarante jours et quarante nuits ».

Cette idée aurait été suggérée au docteur américain par la durée du jeûne de Jésus-Christ dans le désert.

« Mais, nous dit le Theosophist (numéro de septembre 1880), ce nombre spécial de quarante jours remonte au delà du christianisme ; le jeûne de quarante jours a été observé par plus d’un ascète préchrétien ; ils se basaient sur la physiologie ancienne,

qui connaissait bien la limite de ce que peut supporter l’homme et les pouvoirs des organes vitaux. Aucun homme, à moins de se mettre en état complet d'hil^ernage, ne peut dépasser cette limite (i).

La température d’un jeune enfant, dont les respirations sont plus fréquentes que celles d’une personne adulte, arrive facilement à atteindre une température de 65 à 66 degrés centigrade.

Semblable au serpent, le Yogi peut supporter la privation d’air, d’eau et de nourriture en diminuant sa respiration par la pratique de la Hatha et de la Raja Yoga, comme nous venons de le voir.

Suivant les Rishis hindous il y a cinq stages pour la suppression des mouvements respiratoires ; ce sont nous l’avons déjà vu : Prânâyâma ; Prathyâhara, Dhàrana, Dhyana et Samadhi.

Nous donnons dans le tableau suivant la durée de l’inspiration, l’intervalle séparatif (Kumbakha) et l’expiration de chaque divers stage de la suspension des mouvements respiratoires ; la durée est notée en secondes.

Phases

Inspirations

Intervalles

Expirations

Crânâyama

Pratyâhâra

Dharâna

Dhyâna

Samadhi

12 secondes »

320 secondes

24 secondes »

I, Nous mentionnerons un exemple qui s’inscrit en faux contre cette affirmation.

TRAITÉ DE ITOGA

Le nombre normal des inspirations diffère chez les différents animaux ; ainsi chez les oiseaux le nombre normal des inspirations par minute est pour le pigeon 34, pour le duc 21, pour le héron 22; chez les mammifères, le nombre des inspirations par minute est pour l’homme 6, pour le porc de Guinée 36, pour le chat 24 ; pour le chien 28 et pour le cheval 12 ; et chez les reptiles, la tortue ne fournit que 3 inspirations par minute; de tous les animaux, c’est la tortue qui a la plus lente des respirations ; et c’est ce qui lui permet de supporter la suppression de l’air atmosphérique et de supporter aussi la suspension de la respiration (Prânâyâma). Aussi la tortue devient-elle très vieille ; elle atteint jusqu’à cent dix et cent douze ans. Ce reptile se retire sous terre depuis le milieu de novembre jusque vers le milieu d’avril, c’est donc cinq mois qu’il repose par an et pendant ce temps, il ne respire pas, ni ne prend aucune nourriture .

Un autre animal le lacerta paliistris, vit d’insectes et hiverne comme la tortue, le sel commun est pour cet animal un poison et il meurt si on l’immerge dans de l’eau salée ; il a ceci de particulier qu’il se refait les différentes parties de son corps, dont un accident l’aurait privé. Ce serait à cette circonstance que serait dû le traitement de la phtisie pulmonaire par l’abstinence du sel commun. C’est en observant le même régime que ce reptile, que les

Yogis hindous ont appris pour leur hygiène personnelle de se priver du sel marin.

On peut comparer le repos hivernal du Yogi à celui de la tortue terrestre.

Nous venons de voir ci-dessus que la suppression de la respiration prépare et prolonge l’iiivernage de ranimai, nous allons par la citation suivante démontrer que la suppression de la respiration transforme certains infusoires en une sorte de graine morte qui se revivifie dans certaines conditions ; nous sommes heureux, au lieu de narrer nOus-même le fait, de pouvoir l’emprunter à un de nos confrères^au docteur Fugairon ; on ne pourra ainsi nous accuser d’avoir forcé la note pour prouver en faveur de notre thèse ; voici donc ce qu’il dit dans son volume de la Sarvi~ vance de VAme, sur les animaux ressuscitants :

« Un grand nombre d’animaux sont susceptibles de tomber dans un état tout à fait comparable à celui de la graine. Tels sont beaucoup d’infusoires et entre autres les Kalpodes. Mais les plus célèbres de ces animaux appelés ressuscitants ou reviviscents, sont les Rotifères, les Tardigrades elles Angttillales du blé niellé.

Les Rotifères sont des animaux appartenant au troisième degré d’organisation, c’est-à-dire auxannelés, qucdque très petits, leur longueur est de i millimètre environ. On les trouve dans les mousses et surtout dans celles qui forment les touffes vertes sur

les toitures. Les Tardigrades sont des animaux encore plus parfaits que les précédents. Ils appartiennent à la classe des Arachnides : ils vivent dans la poussière des toits ou sur les mousses qui y végètent, dans l’eau qui baigne le sable des gouttières.

Lorsque l’eau vient à leur manquer, ces animaux se rétractent, se racornissent et se confondent avec la poussière voisine. Ils peuvent rester plusieurs mois, sans manifestation de la vie, dans cet état de dessiccation. Mais si on humecte cette poussière, on voit au bout d’une heure les animaux y fourmiller actifs et mobiles ; ils reprennent, en un mot, toute la plénitude de leur vitalité jusqu’à ce que la sécheresse vienne l’interrompre encore une fois. On a pu même les faire revivre après les avoir desséchés par la chaleur artiOcielle portée à une température élevée ordinairement incompatible avec toute espèce de vie manifestée. 11 est donc bien certain que la oie est complètement arrêtée chez les animaux, malgré la complexité de leur organisation. Les mêmes phénomènes nous sont offerts par les anguillules du blé niellé. Baker, en 1771, observa que des anguillules conservées mortes depuis vingt-sept ans, reprenaient leur activité, quand on les humectait et Claude Bernard en a vu revenir à la vie après avoir été conservées pendant quatre années dans un flacon très sec et bien bouché...

Quelques animaux à sang chaud présentent les

mêmes phénomènes, tels sont la marmotte, la chauve-souris, le loir, le hérisson, la gerboise, le hamster, on les appelle animaux hit^rnants.

Revenant au jeûne, nous ajouterons que :

« La durée prescrite par les Djaïns était la même, (quarante jours), et il existe à Bombay des gens qui observent jusqu’au bout et avec succès un jeûne de quarante jours. Nous connaissons personnellement deux de ces fanatiques. Il y a un mois, on aurait non seulement mis en doute, mais positivement nié la vérité de cette assertion, de même que les praticiens orthodoxes d’Amérique ont vivement combattu l’assertion du docteur Tanner (i).

Pour compléter ce qu’il est essentiel de savoir sur Tanner, au sujet du jeûne, nous emprunterons à la New- York Tribune, les lignes suivantes :

« Vers le douzième jour du jeûne du docteur, les médecins firent quelques expériences, afin de vérifier si sa sensibilité était ou non diminuée.

« On employa l’oesthésiomètre, instrument composé de deux pointes fines se mouvant en compas sur une échelle graduée.

« L’instrument fut appliqué sur les pieds, les

I . Il ne faut pas oublier que ceci est écrit en septembre 1880, c’est-à-dire depuis près de vingt-sept ans, or en 1886, six ans après, les Physiologistes français étaient dans une ignorance complète au sujet du jeûne, comme l’ont démontré leurs assertions relatives à Succi, Merlatti, Sacco et autres jeûneurs.

TRAIT]ê DE YOGA

jambes, les mains et les bras du docteur Tanner. Presque invariablement il a pu dire si Ton appliquait une seule pointe ou les deux ; lors même qu’elles étaient très rapprochées, il appréciait les distances de 3/8 de pouces (9 millimètres 1/2). L’opinion des médecins est que sa sensibilité n’était pas diminuée. »

Nous devons ajouter à ce qui précède, que si les médecins avaient poursuivi leurs expériences, ils se seraient sans doute aperçus que le docteur devenait à peu près insensible à la douleur physique.

Nous terminerons ce paragraphe sur le jeûne en parlant de celui des veuves hindoues. — Les veuves des castes supérieures, à qui il est défendu de se remarier, doivent deux fois par mois jeûner rigoureusement en plus des autres jeûnes prescrits et dont le nombre est considérable dans l’Inde, surtout à Bénarès, la ville sainte, qui est considérée par beaucoup d’auteurs, comme le grand foyer delà superstition (i).

I. Au sujet de cette superstition, le Theosophist dit avec raison : « La justice la plus élémentaire nous oblige à rappeler que lesjeûnes rigides ne sont pas la spécialité de la Superstition hindoue, — Les catholiques romains n’ont rien à leur envier à cet égard, et dans plus d’une commirnauté religieuse, surtout en Orient, les moines, dans leur effort incessant pour mortifier la chair, ajoutentà ces jeûnes des tortures volontaires en portant, par exemple, des vêtements de crin (cilice) ou en infligeant des flagellations réitérées.

« Aux Indes, les natifs chrétiens et les convertis au catholicisme

Si

Une veuve hindoue fidèle, qui observe tous les jeûnes prescrits parles S/iâstras,et de plus, qui s’abstient de céder aux plaisirs des sens (sexuels), jouit d’une bonne santé, aussi les exemples de longévité parmi les veuves abstinentes et chastes, sont-ils fort nombreux à Bénarès ; cette longévité est même proverbiale.

romain, après la confession, reçoivent comme pénitence de se fouetter en présence de leurs prêtres jusqu’au sang. «

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