CORRELATION ET ASSOCIATION DES ORGANES
généralement avec la différenciation d'un système nerveux aux dépens du feuille! externe. Enfin apparaissent sur le corps des bourgeons, disposés tantôt suivant la symétrie rayonnée, tantôt suivant la symétrie bilatérale, qui se métamorphosenl soit en organes de nutrition (branchies) nécessités par La multiplication des surfaces, soit en organes préhensiles et locomoteurs (bras préhensiles, tentacules, membres).
La diversité croissante de l'organisation, à mesure que la niasse du corps s'acCroît, ne repose donc pas seulement sur l'extension des surfaces douées de fonctions végétatives, et sur l'apparition des organes de la vie animale, mais encore sur une division du travail physiologique de plus en plus grande; car les différents actes nécessaires à l'entretien de la vie se localisent de plus en plus manifestement dans certaines parties du corps déterminées. A mesure que l'on s'élève dans l'échelle des êtres, les fonctions se multiplient, se distinguent plus nettement les unes des autres au très réel avantage de l'organisme, puisque l'activité de tous les organes se résume, en définitive, en un tout harmonique, d'où résulte une vie plus élevée et plus parfaite. Avec la diversité de l'organisme et l'accroissement du corps, la vie atteint donc un degré de perfection supérieur; cependant, sous ce rapport, la forme et la disposition des organes qui caractérisent certains groupes (embranchements), ainsi que les conditions vitales particulières qui en sont la conséquence, apportent des modifications souvent profondes. Tels sont les facteurs principaux, dont il faut tenir compte pour arriver à connaître les relations réciproques qui existent entre la masse, l'organisation et le degré de perfection de la vie.
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Les organes de l'animal affectent entre eux des rapports multiples, aussi bien au point de vue de la forme, de la grandeur, de la position, qu'à celui de la fonction; car, si l'existence de l'organisme doit reposer sur la réunion de toutes les activités particulières en une expression unique, il faut que les organes soient disposés et. subordonnés entre eux, d'une manière bien déterminée suivant des lois définies. On a désigné ce rapport de dépendance, qui découle nécessairement de la nature de l'organisme (et déjà reconnu par Aristote) par le terme très juste de corrélation. Il a servi de base depuis de longues années à des principes fondamentaux, dont l'emploi judicieux a conduit à des aperçus féconds dans la zoologie. Chaque organe doit, relativement à la quantité définie de travail exigé de lui pour le maintien de la machine animale, comprendre un nombre déterminé d'unités actives, être borné par conséquent à une certaine dimension, et posséder une forme dépendant de sa fonction et de ses rapports avec les autres organes. Un organe s'accroît-il d'une manière démesurée, cet accroissement n'a lieu qu'aux dépens des organes voisins, dont la forme, l'activité, la grandeur, sont modifiées, et même, dans quelques cas, atrophiées. De là résulte le principe du balancement des organes, ainsi nommé par Geoffroy Saint-Hilaire, qui amena le célèbre naturaliste à fonder la science des monstruosités (Tératologie).
Cependant les organes physiologiquement équivalents, c'est-à-dire ceux qui accomplissent d'une manière générale le même travail, par exemple la mâchoire, le tube digestif, lesorganes du mouvement, sont soumis à des modifications diverses parfois très considérables, et le genre de vie, le mode de nutrition de chaque espèce, dépendent de la disposition et de l'activité de chaque organe. De la forme et de la structure d'un seul organe ou d'une de ses parties seulement, on peut donc conclure la structure de beaucoup d'autres organes, même de l'organisme tout entier, et reconstruire en quelque sorte l'animal complet dans ses traits essentiels, à l'exemple de Cuvier, qui montre comment, à l'aide d'un petit nombre de fragments d'os fossiles et de quelques dents, l'on pouvait reconstituer des espèces de Mammifères depuis longtemps éteintes. Si l'on considère la vie et la conservation de la machine animale, non pas simplement comme le résultat, mais comme le but de la structure et des fonctions particulières de tous les organes, on est conduit au principe des causes finales de Cuvier, et par conséquent au raisonnement téléologique, qui ne nous aiderait guère dans la recherche de l'explication physico-mécanique des phénomènes. Quoi qu'il en soit, ce principe rend de très réels services; il est même indispensable pour saisir certaines corrélations complexes, pour comprendre l'enchaînement harmonique delà vie de la nature, à la condition qu'on n'y cherchera point, comme l'entendait Cuvier, une fin placée en dehors ^de la nature, mais une expression anthropomorphe pour désigner les rapports nécessaires entre la forme et les fonctions des parties et du tout.
Les organes, par leur mode d'union et par leurs fonctions réciproques, ne présentent point, comme Geoffroy Saint-Hilaire l'exposait dans sa théorie des analogues, un seul et même schéma pour tout le règne animal, mais se laissent plutôt ramènera différentes formes d'organisations, à différents types (plans d'organisation de Cuvier) déterminés par un ensemble de caractères tirés de la forme et de la fonction réciproque des organes. Les différents degrés de développement d'un même type représentent essentiellement la même configuration fondamentale commune, tandis que les caractères secondaires varient pour ainsi dire à l'infini. Ces types ou embranchements ont cependant entre eux des rapports variables plus ou moins éloignés, comme le montrent la parenté des formes inférieures et les phénomènes du développement; ils ne représentent donc pas des groupes absolument séparés les uns des autres et sans aucune coordination entre eux.
A la morphologie appartient la tâche de rechercher l'identité du plan sous les conditions les plus diverses de l'organisation et du mode d'existence entre les animaux d'un même embranchement, et au delà entre les divers embranchements. Cette science a pour objet, vis-à-vis des analogies, qui se montrent dans les groupes les plus différents et qui marquent la parenté physiologique d'organes semblables, tels que l'aile de l'Oiseau et l'aile du Papillon, de déterminer les homologics, c'est-à-dire de ramener à la même forme fondamentale les parties identiques de différents organismes appartenant à un même embranchement, ou même à des embranchements divers, qui, sous une forme différente et dans des conditions vitales également différentes, ne remplissent pas les mêmes fonctions, comme par exemple l'aile de l'Oiseau et le membre anté-
rieur du Mammifère. De même, les organes construits sur un même plan, qui se répètent dans le corps du même animal, comme les membres postérieurs, seront aussi considérés comme homologues.