ANNÉLIDES
thique). Les organes des sens sont représentés par des taches oculaires munies de corps réfractant la lumière, par des yeux: possédant une structure complexe sur la tète, par des vésicules auditives sur l'anneau œsophagien (Vers branchiaux) et par des filaments tactiles qui, chez les Chétopodes, ont la forme d'antennes sur la tête et de cirres sur les anneaux. Quand les antennes et les cirres font défaut, la sensibilité tactile semble résider dans l'extrémité an térieure du corps et au pourtour de la bouche. Il peut exister aussi dans l'œsophage des organes
sensoriels spéciaux analogues aux papilles gusta-
r ° ' ' Fig. 527. - Coupe verticale â tra-
tives des Vertébrés. vers le mips du Prolodrilus (!d'a
On rencontre presque partout un appareil vascu- Z^^u^u^l laire distinct, mais à des degrés de développement veux;G.leur revêtement ganglion
très divers. Chez certaines formes il semble ne pas £f;0?;,S;tin;iy'reins; " "
être complètement clos, mais communiquer avec
la cavité viscérale remplie de sang. D'ordinaire, on trouve deux troncs vascu laires principaux, un vaisseau dorsal et un vaisseau ventral, réunis tous les deux par des anastomoses transversales. Tantôt le vaisseau dorsal, tantôt les branches anastomotiques, tantôt le tronc ventral, sont contractiles, et le sang, généralement coloré en vert ou en rouge, est mis de la sorte en mouvement. Souvent il existe en outre des vaisseaux latéraux, que l'on doit probablement, chez les Ilirudinées. considérer ainsi qu'un sinus sanguin médian contractile, comme une partie de la cavité viscérale qui s'est isolée (R. Leuckart). Les Chétopodes à respiration branchiale sont les seuls Annélides qui possèdent des organes de respiration spéciaux.
Les organes excréteurs correspondent au système aquifère des Plalhelminthes. Ils ont la forme de canaux enroulés (organes segmentaires), qui sont situés par paire dans chaque anneau, ont souvent un orifice infundibuliforme, cilié, libre dans la cavité générale et s'ouvrent au dehors sur les parties latérales du corps par leur autre extrémité (fig. 98). Dans certains segments ces canaux servent, comme les organes analogues, mais très réduits en nombre des Géphyriens. de conduits vecteurs aux glandes sexuelles. Dans le segment céphalique il se trouve aussi un organe segmentaire (rein céphalique), qui chez la larve fonctionne comme rein et disparait plus tard
Cette organisation, jusqu'à un certain point indépendante, cette individualité subordonnée des anneaux (zoonites) laisse facilement prévoir d'avance morphologiquement l'existence de la reproduction asexuelle par scissiparité et bourgeonnement suivant l'axe longitudinal (petits Chétopodes). De nombreuses Annélides (Oligochètes, Hirudinées) sont hermaphrodites. Chez la pUipart des Chétopodes marins, au contraire, la séparation des sexes est la règle. Beaucoup d'espèces pondent leurs œufs dans des sacs particuliers et des cocons; le développement a alors lieu directement, sans métamorphose. Les Vers marins subissent une métamorphose plus ou moins complète. Les Annélides vivent en partie dans la terre, en partie dans l'eau, et se nourrissent le plus souvent d'aliments animaux; plusieurs sont accidentellement parasites {Hirudinées).
5Ô8 IIIRUDINEES,
i . SOUS-CLASSE HIRUDINEI1, DISCOPHORI. HIRUDINÉES
Vers non annclés, ou a anneaux courts, à région céphalique non distincte, à ventouse terminale et ventrale. Pas de pieds. Hermaphrodites et parasites.
Le corps des Hirudinées, en général aplati, rappelle par sa forme ainsi que par l'existence de ventouses celui des Trématodes, avec lesquels (surtout avec les ectoparasites) ce groupe de Vers offre des rapports multiples, au point que quelques zoologistes l'ont rangé parmi les Vers plats.
Les anneaux sont très courts; ils sont parfois peu distincts et finissent même par disparaître. Les anneaux extérieurs ne correspondent nullement aux segments internes, incomplètement séparés par des cloisons transversales; ils sont beaucoup plus petits, et il y en a en général 5, 4 ou 5 pour un segment interne. L'organe principal de fixation est une grosse ventouse, placée à la partie postérieure du corps; fréquemment il en existe une seconde plus petite devant ou autour de la bouche. Les pieds font complètement défaut, à moins que l'on ne considère comme tels les appendices particuliers des Ilistriobdetlides. 11 en est de môme des soies, à quelques exceptions près. Il ne se développe non plus jamais de tète distincte, car les anneaux antérieurs ne se différencient pas essentiellement des suivants et ne portent jamais, comme dans de nombreuses espèces de Chétopodes, des antennes et des cirres.
La bouche est très rapprochée du pôle antérieur, et toujours ventrale ; tantôt elle est placée au fond d'une petite ventouse antérieure (Rhynchobdellides) , tantôt elle est surmontée d'un appendice en forme de cuiller (Gnathobdellides, fig. 528). A la bouche fait suite un pharynx musculeux pourvu de glandes, qui est armé dans sa partie antérieure, ou cavité buccale, de trois lames ovalaires munies d'une crête dentelée, mâchoires (Gnathobdellides) , plus rarement d'une mâchoire dorsale et d'une mâchoire ventrale (Branchiobdella), ou qui renferme une trompe exsertile (Rhynchobdellides). L'intestin, situé dans l'axe longitudinal du
1 Brandt urid Ratzeburg, Medicinische Zoologie, 1829. —A. Moquin-Tandon, Monographie de la famille des Hirudinées; 2 édit. Paris, 1846. — Fr. Leydig, Zur Anatomie von Piscico/a geometrica. Zeitschr. liir wiss. Zool. T. I, 1819. — Gratiolet, Recherches sur le système vasculaire -1rs Sangsues, Paris, 1860. — H. Rathke, Beitrâge zur Entwickelungsgeschichte der Hirudineen. Leipzig. 1862. — R. Leuckart, Parasiten des Menschen, vol. 1, Leipsig, 1863. — Van Beneden et Hesse, Recherches sur les Bdelloïdes ou Hirudinées ri 1rs Trématodes marins, 1863. — Fr. Leydig, Handbuch der vergleichenden .[mitonne, lûbingen 1864, et Tafeln sur vergleichenden Anatomie. — Corner, Veber Die Gattung Branchiobdella. Zeitschr. fur wiss. Zoologie. T. XV, 1863. — Vaillant, Contribution à /'élude anatomique du genre Pontobdelle. Ann. scienc. nat., sér. 3. vol. XIII, 1870. — F. (irube, Beschreibung einiger Egelarlen. Airliiv fur Naturg., 1871. — Robin- Mémoire sur le développement embryogénique des Hirudinées, Paris, 1873. — C. II- Hoffmann, Zur Entwickelungsgeschichte der Clepsinen. Niederl. Archiv. 1877. — Ch. 0. Whitman, The Embryology of Clepsine. Quart. Journal ot microscop. Science, T. XVIII, 1878.
aie
IUUIDINÉES. 559
corps, tantôt est divisé par des étranglements en nombre égal aux anneaux, tantôt présente un nombre plus ou moins considérable de caecums pairs et aboutit dans un rectum court, parfois également pourvu de dilatations, qui débouche au pôle postérieur prés de la ventouse.
Les organes d'excrétion sont représentés par les canaux ni lacets, distribués par paire dans chacun des anneaux de la ré gion moyenne du corps (fig. 529). heur nombre est très variable : ainsi la Branchioàdellû astaci, qui vit en parasite sur l'Écrevisse, n'en renferme (pie deux paires, tandis que laSangsue en a dix-sept paires. Les canaux en lacets forment un système de tubes pelotonnés à parois glandulaires. Ils présentent parfois, par exemple chez les Nephelix, Clepsines et Hranchiobdelles, un orifice interne en l'orme d'entonnoir cilié, situé, dans les deux premiers genres, dans les sinus sanguins latéraux, dans le dernier, dans la cavité viscérale, et, après avoir décrit des circonvolutions très compliquées, se continuent dans un conduit excréteur contractile, souvent élargi eu vessie, qui débouche sur les côtés de la face ventrale des anneaux, souvent à l'extrémité d'un petit mamelon.
On caractère particulier aux Ilirudinées, c'est la présence d'un grand nombre de glandes unicellulaires sous la peau et dans les couches de tissu conjunctif profondes du corps (fig. 550). Les premières renferment un liquide muqueux finement granuleux, qui recouvre la peau, tandis que celles qui sont situées plus profondément, au-dessous de l'enveloppe musculo-cutanée, sécrètent une substance claire, visqueuse, qui se solidifie rapidement hors du Corps et qui sert pendant la ponte des œufs à former les cocons. Ces glandes sont accumulées principalement dans le voisinage des orifices sexuels, dans celle partie du corps qu'on appelle la ceinture.
On rencontre partout un système circulatoire, mais à des degrés très divers de développement et jamais séparé de la cavité viscérale, au moins dans ces parties du système qui sont empruntées ;'i cette cavité et qu'on peut considérer comme un système lacunaire. C'est chez la Brancliiobdella1 qu'il est le plus simple. Il est clos et le système de lacunes est
ig. o^s. — Sangsue médicinale. — a. Extrémité céphalique. La cavité buccale a été fendue pour montrer les trois mâchoires. — b. Une mâchoire isolée, avec ses nombreuses denticules sur son bord convexe libre.
g. j"29. — Coupe longitudinale de la Sangsue médicinale (d'à près R. Leuckarl).
— 0, appareil digestif; G, cerveau ; GK.
chaîne ganglionnaire abdominale ; Ex, canaux en lacets.
1 Les Branchiobdelles ont récemment été considérées comme des Cliéfopodes dépourvus de soies, mais munis d'une ventouse.
HIRUDINÉES.
''Ti.
-da-
encore représenté par la cavilé viscérale. 11 y existe un vaisseau dorsal contractile et un vaisseau ventral réuni au premier dans la partie antérieure du
corps par des anses. Chez les Sangsues à trompe {Clepsine, Piscicola), le vaisseau dorsal, toujours contractile, contient des valvules qui servent probablement à la production des globules du sang (fig. 551). Suivant R. Leuckart, le système vasculaire compliqué de la plupari des Hirudinées provient de la transformation de la cavité viscérale en troncs vasculaires, qui représentent le système des lacunes sanguines, de telle suite que des organes qui appartiennent à la cavité viscérale se trouvent renfermés dans des espaces sanguins. La cavité viscérale paraît divisée en trois cavités contractiles parallèles, communiquant les unes avec les autres par des ynasto.moses transversales. Ces cavités sontles deux vaisseaux latéraux et le sinus médian, qui contient toujours la chaîne raies; da, branche intestinale; bg, vaisseaux ganglionnaire et parfois aussi le canal sanguins; H>, espaces sanguins lymphatiques; . .„ ,n ■ Pitrirnliù 1 e sinus
bbz, cellules formatives du sang de l'appareil lym- dlgestll [Liepsine, riSCWOld). Le Sinus phatique. médian peut se borner, comme c'est le
cas pour les Hirudo, à entourer dans la région céphalique l'anneau œsophagien et sur le côté ventral la chaîne ganglionnaire. Et alors il se développe autour du canal digestif mi lacis de vaisseaux. En même temps les troncs vasculaires primitifs subissent des réductions considérables. Eu effet, le plus souvent le vaisseau
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Fig 550. — P pratiquée da
ie latérale (l'une coupe verticale la région moyenne des corps de a Clepsine complanata (d'après A. Lang). — Ke, épithélium; hd, glandes cutanées ; /c. cellules du parenchyme ; Im, fibres musculaires longitudinales; dm, fibres musculaires dorso-ven
Fig. 551. — Appareil circulatoire, tube digestif et un des canaux en lacets, d'un jeune individu de Clepsine marginata (d'après C. 0. Whitman). — P, pharynx; o, œsophage; c, c, caecum de l'estomac; int, intestin: cg, guidions cérébraux; S Ego, canal en lacets; En, son oriiiee externe: vl, vaisseau ventral; rit. vaisseau dorsal; l'b, branche pharyngienne; ms, sinus marginal ou latéral: MEdS, sinus médian.
ventral disparaît, et même chez les Nephelis le vaisseau dorsal, de telle sorte qu'il n'existe plus qu'un large sinus médian et deux troncs latéraux. Chez la plupart des Hirudinées munies de mâchoires, le sang est rouge; la coloration n'est pas due aux globules du sang, mais au liquide sanguin. 11 n'existe point d'organes
HIRUD1NEES.
de respiration particuliers, excepté chez le Branchellion et quelques autres Hirudinées parasites des Poissons, qui portent des appendices branchiaux foliacés.
Le système nerveux présente un haut degré de développement1. Il se compose d'un cerveau, d'une commissure œsophagienne avec une masse ganglionnaire sous-œsophagienne et d'une chaîne ganglionnaire abdominale. Les deux troncs longitudinaux, qui constituent celte dernière, sont toujours 1res rapprochés l'un de l'autre sur la ligne médiane et les ganglions sont réunis par pair par des commissures transversales. De chaque paire de ganglions (il en existe d'ordinaire vingt), partent à droite et à gauche, chez les Hirudinées munie- de mâchoires, deux troncs nerveux. Le cerveau et le dernier ganglion, ou ganglion caudal, en émettent un plus grand n bre. Les nerfs, qui partent
du cerveau, innervent les organes des sens, les muscles et la peau du disque eéphalique; les nerfs de la chaîne abdominale se distribuent aux segments ou zoonites correspondants; ceux du ganglion terminal à la ventouse abdominale. La structure du cerveau présente une disposition spéciale des cellules nerveuses, que Leydig qualilie de folliculaire, parce que la surface des renflements nerveux présente comme des paquets adhérents de follicules (fig. 552). Il en est de même des ganglions de la chaîne ventrale et principalement du ganglion sousœsophagien, où l'on observe souvent quatre rangées longitudinales de pareils renflements follicu- '( laires, deux médianes sur le côté ventral, les autres latérales, mais saillantes sur le côté dorsal. Un cordon longitudinal médian (Faivre, Leydig), qui s'étend d'un ganglion à l'autre entre les moitiés de la chaîne abdominale, correspond très probablement au cordon impair, que Newport a découvert chez les Insectes. Il existe en outre un système nerveux viscéral découvert par Brandt, formé d'un nerf gastrique situé au-dessus et à côté de la chaîne ganglionnaire, qui vient du cerveau et se ramifie sur les caecums gastriques. Trois petits ganglions mune, sont situés devant le cerveau et qui envoient un plexus nerveux aux muscles des mâchoires et à l'œsophage, sont regardés par Leydig comme des renflements des nerfs du cerveau et président peut-être aux mouvements de déglutition.
Presque toutes les Sangsues ont des yeux, disposés en demi-cercle sur la face dorsale de l'anneau antérieur; ce sont des taches pigmentaires munies de corps réfractant la lumière et auxquelles aboutissent des rameaux nerveux. En outre,
Fig. 53- — Extrémité antérieure de VHirudo medicinalis (d'après Leydig). — 'G, cerveau avec la masse ganglionnaire sous-œsophagienne :
Sp, sympathique; A, yeux; Sb, organes sensoriels en forme île coupe.
qui.
chez la Sangsue com-
1 Voyez les travaux de Brandt, Leydig et Hermann, Das Centralnervensysiem von llirudo me dicinali». Mùnchen, 1875.
TE.UTE DE ZOOLOGIE. 2e ED1T.
562 HIRUDINÉES.
on trouve, suivant Leydig, sur les anneaux céphaliques de la Sangsue médicinale des fossettes en forme de coupe au nombre d'environ soixante, qui renferment de grosses vésicules claires et communiquent avec des nerfs spéciaux terminés par des poils très fins. Il est difficile de déterminer quel est le rôle de ces organes sensoriels, peut-être se rapprochent-ils des organes du goût, et serventils à percevoir les propriétés du milieu ambiant.
A l'exception des Histriobdeîlides, qui sont encore peu connues, les Hirudinées sont hermaphrodites (fig. 553). Les organes sexuels mâles et femelles débouchent, comme dans beaucoup de Planariées marines, dans la région antérieure du corps, les uns derrière les autres sur la ligne médiane, l'orifice mâle, d'ordinaire avec un cirre saillant, en avant de l'orifice femelle. Il existe d'habitude plusieurs paires de testicules, chez les Hirudinées pourvues de mâchoires, de 9 à 12 dans un même nombre d'anneaux et, de chaque côté, un conduit déférent, dans lequel les testicules se déversent chacun par un court canal ; son extrémité antérieure chacun de ces conduits déférents s'enroule, et constitue un épididyme à parois glandulaires qui se termine par un canal musculeux (canal éjaculateur). Le canal éjaculateur de chaque côté se réunit avec son congénère pour former un appareil copulatcur impair, qui porte une prostate très développée et tantôt a la forme d'un sac exsertile bicorne [Rhynchobdellides), tantôt d'un long tube protractile, filiforme et recourbé (Gnathobdellides). L'appareil femelle est localisé dans un seul anneau et se compose, ou bien de deux ovaires longuement tubuleux débouchant par un orifice commun (Rhynchobdellides), ou de deux ovaires arrondis pourvus de deux oviductes, d'un canal commun allongé et sinueux, entouré d'une glande de l'albumine, et d'un vagin très élargi (Gnathobdellides) (fig. 5 "4). L'accouplement chez les Hirudinées est réciproque ; les organes mâles sécrètent un amas de spermatozoïdes renfermé dans une gaine commune, spermatophore, qui est introduit dans le vagin ou au moins adhère fortement à l'orifice génital. Dans tous les cas, la fécondation de^ œufs se fait toujours dans l'intérieur du corps de l'individu mère; bientôt après a lieu la ponte, qui présente également des phénomènes particuliers. Les animaux cherchent une place convenable sur des pierres ou sur des plantes, ou bien quittent l'eau, et comme la Sangsue médicinale, s'enfoncent dans la terre humide. Les anneaux génitaux sont à cette époque renflés, en partie par la turgescence des organes sexuels, en partie par le grand développement des glandes cutanées, dont la sécrétion a une grande importance pour les œufs
Fig. 533.
génital de la Sangsue. — T, testicules: Vd, canal déférent;Wi,épididyme; Pr, prostate : C, cirre; Ov, ovaires avec le vagin.
Fig. 534; — a. Cocon; — b. Appareil génital femelle de l'Hirudo medii inalis (d'aprèsR. Leuckart).
HIRUDINÉES. 563
pondus. Pendant la ponte, la Sangsue se fixe avec sa ventouse ventrale et s'enveloppe, en se tournant et se contournant dans tous les sens, d'une masse muqueuse qui entoure principalement les anneaux génitaux et se durcit de manière à former une ceinture solide. Les organes génitaux produisent de nombreux petits œufs et une quantité considérable d'albumine ; l'extrémité céphalique se retire de cette enveloppe en forme de tonneau maintenant remplie, el qui, en rétrécissant ses deux ouvertures, se transforme en un cocon presque complètement clos.
Jadis on croyait faussement que les cocons étaient les œufs, tandis que en réalité, ils ne sont que des réceptacles d'œufs, qui protègent les embryons pendant leur développement, et renferment les aliments qui leur sont nécessaires. Quelque petits que soient les œufs qui sont déposés en nombre variable, mais jamais bien considérable, dans les cocons, les jeunes Sangsues ont déjà, lorsqu'elles quittent le cocon, une taille considérable (environ 17 mill. de long dans la Sangsue médicinale), et possèdent, dans ses traits les plus essentiels, l'organisation de l'animal adulte. Les Clepsines seules éclosent de très bonne heure et diffèrent beaucoup de l'animal sexué, aussi bien par la forme du corps que par l'organisation interne. Avec un tube digestif simple, et dépourvues encore de ventouse postérieure, elles restent pendant longtemps fixées à la face ventrale de l'individu mère, et n'acquièrent que peu à peu, après avoir absorbé de nouvelles quantités d'albumine, l'organisation qui leur permettra de mener une vie indépendante.
Le développement de l'embryon dans l'œuf est très particulier. 11 a été principalement étudié chez la Clepsine parmi les Rhynchobdellides et parmi les Gnathobdellides chez les Nephelis et les Hirudo. Dans ces deux cas la segmentation est inégale; elle est précédée par l'expulsion de plusieurs globules polaires et par la formation du premier noyau de segmentation aux dépens du pronucléus mâle et du pronucléus femelle. Après la division en quatre globes, se forment au pôle supérieur ou animal, par division de trois globes de segmentation (Robin), quatre petites cellules de segmentation, auxquelles s'ajoutent plus tard, par division du quatrième globe, quatre autres cellules plus grandes qui. de même que les premières, se multiplient et enveloppent peu à peu les trois grands globes, qui restent longtemps sans subir de changements. Plus tard apparaissent à la surface de ces derniers, au moins chez la Clepsine, une quantité de noyaux, qui formeront l'entoderme ou la paroi cellulaire du tube digestif (Whitman). L'œsophage et l'intestin terminal sont produits par une invagination de l'ectoderme. D'après Whitman les produits de division du quatrième grand globe, qui a contribué aussi, au préalable, à la formation des quatre petites cellules au pôle supérieur, constituent deux mésoblastes au pôle postérieur (ébauche du mésoderme) et huit neuroblastes (ébauche du système nerveux) (?), tandis que les produits de division des quatre petites cellules (ectoblastes) deviennent l'ectoderme. De bonne heure la bouche apparaît au pôle antérieur; et après la formation du pharynx et de l'estomac l'albumine, contenue dans le cocon, est avalée grâce aux mouvements de succion du premier de ces organes. La bandelette primitive déjà mentionnée par Rathke et R. Leuckart serait simplement produite par les deux mésoblastes symétriquement disposés au pôle
564 HIBUDINÉES.
postérieur ainsi que par les huit neuroblasfcs adjacents (?), qui forment un épaississement médian rubanê et dont les deux moitiés s'écartent en avant, de façon à décrire un anneau.
Les Sangsues vivent la plupart dans l'eau, quelques-unes aussi au moment de la formation des cocons dans la terre humide. Elles progressent, soit en rampant à l'aide de leurs ventouses, soit en nageant par les mouvements vermiformes de leur corps en général aplati. Beaucoup vivent en parasites sur la peau ou les branchies des animaux aquatiques, par exemple des Poissons et des Écrevisses. Presque toutes du reste sont accidentellement parasites, elles recherchent la peau des animaux à sang chaud pour se nourrir à leurs dépens. En général elles se gorgent de sucs nutritifs qui leur suffisent pour longtemps. Quelques-unes enfin sont véritablement carnassières, comme la Sangsue de cheval, Aiilastomum gulo, et se nourrissent de Mollusques et de Lombrics, nu, comme les Clepsines, s'attaquent aux Gastéropodes. Elles ne paraissent pas chercher leur nourriture exclusivement sur certains animaux. Il semble que suivant leur âge elles choisissent des animaux différents. Ainsi par exemple la Sangsue médicinale se nourrit dans le jeune âge du sang des Insectes, puis du sang des Grenouilles, et ce n'est que plus tard, lorsqu'elle est devenue adulte, que le sang chaud lui devient nécessaire.
1. Fam. Rhynchobdellidae. Sangsues à trompe. Corps allongé, cylindrique ou large el aplati, avec une ventouse postérieure et une forte trompe exsertile dans la cavité buccale. Deux yeux sur la ventouse antérieure. Dans le vaisseau dorsal contractile sont placés les organes producteurs des globules du sang.
1. Sous-Fam. Ichthyobdellidae. Sangsues des Poissons. Piscicola Blainv. (Ichthyobdella). Boucbe au fond de la ventouse antérieure, nettement distincte du corps. D'ordinaire deux paires d'yeux. P. cjeometra L., sur les Poissons d'eau douce. P. respirans Tr., avec des vésicules latérales qui se remplissent de sang. P. marina F. S. Lit sur l'Ànarrhicbas, P. hippoglosi Van Ben., etc. Ophibdella Van Ben. liesse. Une très grosse ventouse céphalique. 0. labracis Van Ben. Hesse.
Pontobdella, Leacb. Peau rugueuse et verruqueuse. Outre les vaisseaux médians deux vaisseaux latéraux; cavité viscérale divisée en chambres correspondant aux segments. Segments formés de quatre anneaux. P. muiicatah., sur les Baies. Branchellion Sav., caractérisé par ses appendices latéraux foliacés. B. torpedinisSax. B. rliombi Van Ben. Messe. Calliobdella Van Ben. liesse. Hemibdella\an Ben. Hesse. Cijstobranchus Troscb. Ozobranchus Quatref. PhijUobranchiis Gir.
2. Sous-Vam. Clepsinidae. Clepsine Sav. Corps large pouvant s'enrouler, à ventouse orale peu séparée du reste du corps et au fond de laquelle est située la boucbe; 1-4 paires d'yeux. Segments formés d'ordinaire de 5 anneaux. La face inférieure du corps adhère aux pierres et forme une sorte de cavité incubatrice pour les œufs. Les embryons éclosent de très bonne heure et restent encore fixés un certain temps à la mère. Les Clepsines se nourrissent de Mollusques. Cl. bioculata Sav. Une paire d'yeux. Cl. complanata Sav., 3 paires d'yeux et 6 paires de caeeums gastriques. Cl. marginala 0. F. Mûll., 2 paires d'yeux. CL. maculosa Bathk, d'un noir de velours avec des taches marginales rouille. Cl. catenigera Moq.- Tand., Alger, etc., Haemenlaria de Filip. Corps acuminé en avant avec une ventouse orale bilabiée. 2 yeux sur la face dorsale du deuxième anneau. Segments formés de cinq anneaux. La trompe longue est pointue et communique avec des glandes. S'attaque à l'homme. //. mexicana de Fil. //. officinalis de Fil. Toutes les deux dans les lagunes de Mexico; la dernière est employée en médecine. //. Ghilanii de Fil., dans l'Ama- , zone.
IIIRUDCNEES. 56b
9. Fam. Gnathobdellidae . Sangsues à mâchoires. Pharynx armé de 3 mâchoires planes, souvent dentées, plissé en long. Seg nts composés d'ordinaire de î à 5 anneaux. Devant l'ouverture buccale un appendice unnelé en forme de cuiller, qui constitue une sorte de ventouse. Sang généralement rouge. Cocons à coque spongieuse.
Hirudo L. Le plus souvent 95 anneaux distincts, «Ion! i pour la lèvre supérieure en loi nie (le cuiller. Les 5 premiers anneaux, le 5m° et le 8mo portent les cinq paires d'yeux. L'ouverture sexuelle mâle est placée entre le 24mo et le 25mo anneau, l'ouverture femelle entre le 29m' et le 30œ '. Les •"> mâchoires finement dentées agissent comme des scies circulaires. Estomac avec 11 paires de poches latérales, dont la dernière est très longue. Les cocons sont déposés dans le sol humide. //. medicinalis h. avec une variété désignée sous le nom de H. officinalis. Possède 80 à 90 dents sur le bord libre 'les mâchoires, jadis répandue en Allemagne, aujourd'hui encore abondante en France et en Qongrie, est élevée dans des marais spéciaux et devient adulte au bout de trois ans. //. intermpta Moq.-Tand., Alger. //. mysomelas Virey., Sénégambie. H. granulosa Sav., Bourbon. //. javanica Wahlbg., Java. H. sinica Blainv., Chine. H. quinquestriata Schm., Sydney. Toutes employées en médecine. Très voisin est le genre Bdclla Sav. (Limnatis Moq.-Tand.) avec une ventouse ovale profonde et 4 paires d'yeux. Bd. nilolicaSax., Nil. Bd. aequinoclialis Pet., Mozambique.
Uacmopis Sav. Corps moins aplati, non distinctement dentelé sur le bord. Mâchoires à dents plus grandes. II. vorax Moq.-Tand. Sangsues des Chevaux, avec 30 grosses dentssur le bord des mâchoires, qui lui permettent d'entamer les membranes muqueuses. Indigène, eii Europe et dans le nord de l'Afrique, s'attache au pharynx des Chevaux, des Bœufs et aussi île l'Homme. Aiilastomum Moq.-Tand. Corps comme l'Haemopis. Dents des mâchoires émoussées. Caecums de l'estomac peu considérables. Intestin long. H. gulo Moq.-Tand., vit de Mollusques. Nephelis1 Sav. (Helluo Oken). Corps mince, non denté sur le bord, avec 4 paires d'yeux. Orifices sexuels entre le SI1" et le 32me anneau, et entre le 54" et le 55me. Au lieu des trois mâchoires, de simples plis longitudinaux sur le pharynx. Des organes ciliaires en forme de rosette sont situés dans des renflements vésiculaires des anastomoses qui réunissent les vaisseaux latéraux au tronc latéral. N. vulgaris Moq.- Tand.
Ici se placent les genres Oxyptychus Gr., Centropygus Gr., Trochetia Dutr., Liostomum Wagler, Blennobdella Gay, Pinacobdella et Tiphlobdella Dies.
5. Fam. Branchiobdellidae. Corps presque cylindrique quand il est étendu, composé d'un petit nombre de segments inégalement annelés; lobe céphalique divisé en deux, dépourvu d'yeux; une ventouse à l'extrémité postérieure. Pharynx sans trompe avec deux mâchoires aplaties situées l'une au-dessus de l'autre. Branchiobddla Odier (Astacobdella Vallot). Lobe céphalique avec des papilles marginales. B. parasita Henle. A la face inférieure de la queue, à la base des 'antennes de l'Écrevisse. A. asiaci Odier, plus petite, plus souvent sur les branchies de l'Écrevisse. A cette famille appartient encore le genre Myzobdella Leidy {M. lugubris sur le Lupea diacantha), ainsi que le genre Temnocephala Gay, à lobe céphalique digité et muni de deux yeux (T. chilensis Gay).
Ici se placent encore deux formes aberrantes, les genres Acanlhobdella et Hislriobdella, pour lesquels on a créé des familles distinctes.
Acanthobdellidae. Corps presque fusiforme, légèrement aplati, acuminé en avant, armé de chaque côté de quelques soies en crochets. En arrière une ventouse, au fond de laquelle est l'anus. Acanthobdella Gr. A. pcledina Gr., Sicile.
Histriobdellidae. Région céphalique distincte, des organes locomoteurs spéciaux, semblables à des pieds à l'extrémité antérieure et postérieure. Sexes séparés. Œufs pédicules, pondus isolément. Hislriobdella Van Ben. Corps semblable à une larve de Diptère. Région
1 Voyez, outre Leydig, Bidder, Unlersuchungen iïber das Blutgefdssijslcm einiger Hirudineen. Dorpat, 1808.
CHÉTOPODES.
céphalique avec deux paires d'appendices et une grosse ventouse membraneuse pédiculée. Extrémité postérieure avec deux appendices articulés très mobiles, qui servent aussi de ventouses. H. homari Van Ben., sur les œufs de Homard.