‹ Traité de zoologie (volume 2)Chapitre 71 sur 271 · FORMES DE TRANSITION EYI'KE ESPÈCES VOISINES · texte numérisé non relu

FORMES DE TRANSITION EYI'KE ESPÈCES VOISINES

En ce qui concerne les formes de transition, elles ont été infiniment plus nombreuses qu'on ne l'admettait jusqu'ici en paléontologie. Seulement la plupart de ces formes sont considérées comme des espèces. S'il est souvent impossible aux zoologistes et aux botanistes de décider, pour les plantes et les animaux actuels, si l'on a affaire à des variétés ou à des espèces, les difficultés sont bien plus considérables. pour les restes fossilisés des animaux qui ont vécu jadis. Le paléontologiste ne peut employer que les caractères morphologiques de la définition de l'espèce et encore d'une manière bien incomplète, puisqu'il n'y a que les parties solides de l'organisme qui soient conservées, et encore en petit nombre. Dans la pratique, les paléontologistes distinguent les espèces et les variétés en se basant sur des considérations qui, dans l'état actuel de nos connaissances, ne peuvent avoir qu'une valeur tout à fait incertaine. Des formes voisines qui ne présentent souvent que des différences minimes, sont regardées comme des espèces, quand on ne connaît point de transition de l'une à l'autre, tandis que parfois des formes très différentes, qui passent de l'une à l'autre par une série de formes intermédiaires, sont considérées comme des variétés extrêmes. Plus est restreint le nombre des individus connus qui représentent une forme, plus la distinction des espèces sera nette et précise, tandis que la présence d'un grand nombre d'individus rend la délimitation de l'espèce très difficile. Parfois, à mesure que la science progresse, on découvre des séries de variations, de transitions entre des formes tenues jadis pour des espèces, et que l'on rabaisse dès

lors au rang de simples variétés. On voit que dans de pareilles conditions le paléontologiste n'est pas en état, pour beaucoup de formes voisines, que l'on distingue comme autant d'espèces, de fournir la preuve de leur différence spécifique, et dès lors espèce et variété ne doivent être pour lui que des catégories purement relatives.

Parmi les nombreux exemples de séries de passages que la paléontologie nous fait connaître, nous nous bornerons à en citer quelques-uns des plus probants1. Les Ammonites sont, de tous les groupes de celte classe des Céphalopodes si riche jadis en formes différentes, celui dont les espèces varient le plus et passent les unes aux autres par de nombreux intermédiaires. UAmmonites capricornus, fossile caractéristique du lias, est le point de départ d'une foule de variétés. que M. Schlotlheim avait déjà reconnues et qui ont été rangées en partie dans plusieurs espèces distinctes. UAmmonites amaltheus, également du lias, présente un nombre de variations si considérables, que pas un seul de ses caractères ne reste constant; les formes lisses et hérissées de saillies, géantes et naines, alternent les unes avec les autres. UAmmonites Parkinsoni, un type important du jurassique, varie tellement qu'on pourrait le considérer comme un groupe d'espèces voisines. Les groupes d'Ammonites, auxquels on attribue la valeur de genres et de familles, passent de l'un à l'autre dans les couches successives par une série de formes de transition. Les plus anciennes Ammonites, les Goniatites, ressemblent encore beaucoup aux Nautilides, dont elles descendent probablement, et apparaissent pour la première fois dans le silurien. C'est d'elles que proviennent les Ccratitea, caractéristiques principalement du muschelkalk, et enfin de ces dernières les véritables Ammonites, qui présentent une extension considérable dans le terrain jurassique, et arrivent jusqu'à la craie, où elles se terminent par un grand nombre de formes secondaires dépourvues de spirale régulière (Scaphiies, Hamites, Turrilites). Déjà, avant l'apparition du célèbre ouvrage de Darwin, M. Quenstedt avait prouvé les relations génétiques directes de différentes formes dans des couches consécutives. De nombreux paléontologistes, qui ont étudié depuis lors d'une manière approfondie les Ammonites, ont confirmé les preuves données par M. Quenstedt et, comme NYurtemberger pour les Planulates et les Armâtes, les ont encore développées. « L'existence d'une série de formes, dit M. Neumayr2, dont la plus récente diffère à peine de celle qui la précède immédiatement, jusqu'à ce que la somme de toutes ces petites variations entraîne des divergences considérables avec l'espèce souche, conduit irrésistiblement à admettre un lien génétique » ; et plus loin . « Une classification des Ammonites n'est possible que si l'on prend comme principe de classification cette méthode de groupement des espèces d'après leur origine, que l'on a employée jusqu'ici presque sans en avoir conscience. Les difficultés, queles lacunes de nos connaissances opposent à ce mode de procéder, sont, il est vrai, considérables, mais ne me paraissent pas insurmontables; la séparation si commode et en apparence si tranchée des genres par des diagnoses précises n'est plus possible ;

1 Voy. Quenstedt, Handbuch der Pelrcfaclenkiuulc, 3e édit., Tûbingen, 1882. — Pictet, Traité de Paléontologie, 2e' édit., Paris, 1853-57.

2 Neuinayr, Die Faunu der Schichten mil Aspidoceras Acanthicum, Wien, 1873, p. 144.

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