‹ Traité de zoologie (volume 2)Chapitre 79 sur 271 · HYPOTHESE D'UNE TENDANCE AU PERFECTIONNEMENT · texte numérisé non relu

HYPOTHESE D'UNE TENDANCE AU PERFECTIONNEMENT

en somme à produire une différenciation progressive, une division du travail, c'est-à-dire un perfectionnement, puisqu'elle donne à l'organisme certains avantages dans la lutte pour l'existence. On peut donc rapporter, du moins jusqu'à un certain degré, la formation des types supérieurs au principe d'utilité de la sélection naturelle, sans être obligé de recourir, comme M. iNàgeli, à cette vague idée d'une tendance inexplicable de l'organisme au perfectionnement. Souvent, au contraire, on peut considérer la fixité d'une espèce ou même son retour à une organisation pins simple (organes rudimentaires, métamorphose régressive) comme corrélatif à certaines conditions vitales, et aussi, dans le premier cas, le manque de variations utiles comme un obstacle au développement ultérieur. C'est pourquoi le l'ait, que beaucoup de lîbizopodes, de Mollusques et de Crustacés, tels que les genres Lingula, Nautilus, Limulus, se sont conservés depuis les périodes les plus anciennes jusqu'à notre époque, sans presque avoir subi de ebangements, n'est pas contradictoire avec la tendance au perfectionnement de la sélection naturelle. On est aussi peu autorisé à objecter encore, (pie dans L'hypothèse Darwinienne les types inférieurs devraient avoir disparu depuis longtemps, tandis qu'en fait toutes les classes renferment des genres inférieurs et supérieurs, et que les organismes les plus simples présentent une riebesse de formes excessive. La grande variété dans le degré de l'organisation est la cause, qui rend possible le développement de la vie, et toutes les formes qu'elle revêt, inférieures ou élevées, adaptées de la manière la plus favorable à leurs conditions vitales et alimentaires particulières, peuvent occuper de la manière la plus parfaite, et, jusqu'à un certain point, revendiquer une certaine place. Les êtres, même les plus simples, ont clans l'économie de la nature un rôle qui ne saurait être rempli par aucun autre organisme, et qui est nécessaire à l'existence d'une infinité d'êtres plus élevés. Quelques naturalistes, tout en reconnaissant le lien généalogique qui unit la création tout entière et la part qu'ont les espèces anciennes dans la formation des nouvelles, ont voulu rejeter la transformation graduelle et insensible des espèces, principalement parce qu'il est probable que depuis la période diluvienne, — ils s'appuient surtout sur l'identité des plantes des hautes montagnes, dérivant de la flore alpine diluvienne, avec celles de l'Islande et du Groenland, — et certainement aussi haut que remonte l'histoire, il ne s'est produit aucune nouvelle espèce. Cette objection, non seulement ne tient nullement compte de différents animaux supérieurs du diluvium et de l'époque actuelle, mais encore exige que la sélection naturelle produise dans le court espace de quelques milliers d'années ce qui, d'après la théorie de Darwin, ne peut apparaître que dans le cours de périodes excessivement longues. Que depuis les commencements de l'histoire aucune variation, ayant au moins le caractère de variété, ne se soit produite, c'est ce que personne ne peut sérieusement prétendre, en présence des changements qu'ont éprouvés les animaux domestiques et les plantes cultivées. De même on ne peut pas invoquer contre la transformation progressive, et en faveur de l'idée, que les types auraient été « subitement frappés à une nouvelle effigie », cette opinion également émise par M. 0. Ileer, que le temps, pendant lequel une espèce conserve une forme donnée, est incomparablement plus considérable que celui dont elle a besoin pour se transformer en une nouvelle espèce. La doctrine de Darwin

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n'admet nullement, comme M. Heer le suppose, une transformation ininterrompue et uniformément progressive des espèces, mais précisément, comme le croit le savant botaniste, que les périodes, pendant lesquelles ces espèces restent sans se modifier, sont démesurément longues en comparaison de celles pendant lesquelles elles varient pour constituer des variétés et de nouvelles espèces. Aucun résultat ne peut se produire, suivant Darwin, si au préalable ne sont survenus quelques changements avantageux qui, en s'accentuant graduellement, déterminent le commencement de cette lente transformation. « La durée du temps en soi ne fait rien, ni pour, ni contre la sélection naturelle. » « Quoique chaque espèce ait passé par une série de formes transitoires, il est cependant vraisemblable que le temps, quelle qu'ait été sa durée, pendant lequel ces espèces ont varié, a été très court, comparé avec les périodes pendant lesquelles elles sont restées sans éprouver de modifications. »

L évolution \ï: procède pas par roxds

Bien que nous ne méconnaissions pas les grosses difficultés contre lesquelles la doctrine de la sélection a à lutter, nous devons cependant nous considérer comme d'autant mieux autorisés à reconnaître, dans le mode lent et progressif de transformation qu'elle suppose, la seule explication rationnelle de la variation des espèces, qu'on n'a pu lui opposer jusqu'ici aucun fait. Nous avouerons volontiers que la sélection naturelle seule ne suffit pas pour rendre pleinement compte de la grande série de changements que le monde organisé a éprouvés, depuis les obscurs commencements des organismes similaires et inférieurs jusqu'à l'infinie diversité des types d'organisation les plus élevés. Dans tous les cas, elle agit comme facteur essentiel, en s'appuyant sur des phénomènes naturels dont nous pouvons suivre, sur une petite échelle et dans un temps limité, l'action. La théorie, qui est basée sur elle, n'est pas autre chose que l'application de la grande loi que l'ensemble d'actions infiniment petites, mais agissant pendant des périodes de temps immenses, produit un effet total paissant. Elle emploie en quelque sorte le calcul différentiel en biologie, et compte avec des variations infiniment petites, qui, se répétant d'une manière continue, arrivent, en se combinant avec d'autres facteurs, à produire un résultat définitif considérable. Il est possible aussi, et même probable, que de nouvelles espèces peuvent dériver des anciennes, principalement parmi les organismes inférieurs, d'une manière plus directe et plus rapide, par une autre voie. Dans quelques cas, des formes intermédiaires peuvent avoir été produites par hybridation. Il a pu aussi se développer des espèces par un procédé parallèle à celui que nous ont révélé récemment les phénomènes d'héférogonie. Par contre, on ne peut pas invoquer des arguments offrant quelque probabilité pour admettre des transformations apparaissant subitement, comme le croit M. Kôlliker, en se fondant sur la généraration alternante1. Naturanon facit satlum. 11 nous est d'autant moins facile de

1 Kôlliker, Ueber die Darwins'chq Schôpfungstheorie, Leipzig, I86i. — Il est certainement

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