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DÉVELOPPEMENT. nt
en soit, nos connaissances entogénétiques sont suffisantes pour nous montrer que ses spéculations ingénieuses, appuyées sur une nomenclature non moins ingénieuse, ne sont qu'une tentative anticipée, peu justifiée scientifiquement, d’esquisser une histoire comparée du développement, histoire qui ne peut être basée que sur les résultats positifs d’études embrassant toutes les parties de l'embryologie. Si l'on se contente d'attribuer à ces spéculations une valeur purement relative, de les considérer comme de simples hypothèses, destinées à faciliter la découverte de faits nouveaux et de rapports naturels, rien de plus légitime. Mais si l'on élève la prétention d'avoir fourni à l'aide de ces spéeulations la véritable explication des phénomènes du développement, d’avoir complètement éclairé les rapports phylogénétiques des divers types, on tombe dans l'erreur des philosophes de la nature, qui considéraient comme vérités infaillibles des abstractions, tout au plus plus vraisemblables, fondées sur des bases insuffisantes, et jugeaient tous les faits, tous les phénomènes au point de vue de leur dogmatisme étroit. Le dogme fondamental de l'homologie des deux feuillets du blastoderme n’a que la valeur d'une hypothèse, et bien qu’on nous affirme avec assurance qu'il est hors de toute contestation, cependant il a d'autant plus besoin de preuves, que de nombreuses considérations militent contre lui, ou du moins nous avertissent de nous tenir sur la réserve. Le fait que la Gastrula se forme tantôt par invagination, tantôt par délamination, tantôt résulte du groupement des cellules embryonnaires, immédiatement après la segmentation, en une couche externe et une couche interne, rapproché du fait que la bouche de la Gastrula se comporte d'une façon variable, donne aussi fort à réfléchir. D'un autre côté, la situation identique des deux feuillets n'implique nullement la nécessité d'une homologie complète, et encore moins l'identité, dans tous les embranchements, des organes et des tissus qui en dérivent.
Tout animal qui possède des organes formés de cellules différenciées, qui absorbe de la nourriture, qui digère, a besoin, outre la membrane extérieure qui limite son corps, d'une membrane interne digestive, qui, par la nature de ses fonctions, doit être composée au moins d'une couche de cellules. Mais, de même qu'il ne viendrait à l’idée de personne d'admettre chez les animaux des différents types de Métazoaires, par cela seul qu'ils possèdent une enveloppe tégumentaire et un tube digestif, l'homologie complète et la communauté d'origine de ces organes, de même nous ne devons pas considérer comme morphologiquement équivalentes ces deux couches cellulaires, qui produisent des organes communs à tous les Métazoaires (sauf les formes qui ont subi une métamorphose régressive), par cela seul qu'elles sont situées l’une à l'extérieur, l'autre à l'intérieur, et qu'elles apparaissent de bonne heure dans le développement de l'embryon. En admettant la descendance monophylétique de tous les types animaux et l'apparition {primitive d’une surface digestive interne, il n'en résulte nullement que l'existence d’une seule souche ancestrale des Métazoaires représentée par le groupe des Gastréades en soit la conséquence nécessaire. Et dans le Cas où il aurait existé différentes formes primitives différentes de la Gastræa et où elles auraient, ainsi que celle-ci, donné naissance par un développement progressif aux différents embranchements des Métazoaires, les mêmes relations anatomiques auraient dû se représenter, et il aurait tvujours fallu que l'épithé-
lium cutané corresponde à la couche cellulaire externe, l’épithélium digestif à la couche cellulaire interne, et que les couches cellulaires situées entre eux, ou mésoderme, aient donné naissance à tous les organes intermédiaires. La question de savoir si l'histoire du développement suffit à elle seule, dans tous les cas,
pour fournir un critérium absolu à la morphologie, n’est donc nullement
résolue.
Pour les tissus du mesoderme, Hæckel se contente d'admettre (malgré la notion du cœlome!) une homologie incomplète, parce que tantôt ils dérivent de l'entoderme, tantôt de l'ectoderme, tantôt de tous les deux à la fois. Il.est certain que le mésoderme des Cœlentérés à une signification entièrement différente que celui dés autres types, tandis que son origine, identique chez les Annélides, les Bryozoaires et certains Mollusques (aux dépens de deux couches de cellules intermédiaires et symétriques, dérivées de l'entoderme), paraît indiquer des rapports étroits de parenté entre ces trois groupes.
Sans entrer dans les détails de la doctrine de Hæckel, que l’on peut considérer' d’une manière générale comme une généralisation de la théorie des feuillets blastodermiques de de Baer et Remak, étendue des Vertébrés à l’ensemble des Métazoaires, nous nous bornerons à faire remarquer que, par des spéculations aussi ingénieuses qu'’artificielles, l’auteur n’a nullement réussi à fournir à l’'embryologie comparée ce principe supérieur, fondamental, que la réflexion seule ne peut créer et auquel on ne peut arriver qu’en s'appuyant sur le terrain solide des faits.