RÉLATIONS DES FURMES FOSSILES AVEC LES ESPÈCES ACTUELLES
intérêt à partir de la faune mammalogique récente et à remonter à travers. les formes pleistocènes jusqu'à l'époque tertiaire. Il sera plus facile pour les Mammi- fères, plutôt que pour tout autre groupe, d'entrevoir les liens qui réunissent les . formesactuelles aux formes fossiles et de déterminer approximativement les formes . ancestrales d’une série d'espèces, ainsi que les rapports génétiques des familles et mêmes des ordres. Effectivement, dans ces derniers temps des tentatives de ce genre ont été faites par plusieurs naturalistes, et il faut citer en première ligne, à côté des mémoires de Rütimeyer et de Kowalevsky, le beau travail de Gaudry". Rütimeyer entreprit le premier d'esquisser le développement paléontologique des Ongulés et en particulier des Ruminants, et il est parvenu, en s'appuyant sur des comparaisons zoologiques et anatomiques (dents de lait) minutieuses, à des résultats qui ne permettent pas de douter que des séries entières de Mammifères actuels ont des rapports de parenté très intimes, soit directement, soit collatéralement entre eux et avec les espèces fossiles’. Les travaux ultérieurs de M. Kowalevsky ont confirmé en principe les vues de Rütimeyer, et, grâce à des obser- vations soigneusement faites etapprofondies, ont réndu possible l'établissement
d'une classification naturelle phylogénétique des Ongulés”. . La plus ancienne faune tertiaire de l'Europe, telle que nous la connaissons d’après les restes fossiles de l'éocène, trouve son parallèle, représenté, il est vrai, par des genres de Mammifères tout différents, dans la population actuelle de l'Afrique tropicale, empiète cependant encore sur l'Asie et l'Amérique, et paraît renfermer les formes souches des espèces actuellement répandues sous les tropiques dans l’ancien et le nouveau monde, et particulièrement en Afrique. — Dans tous les cas, l'examen approfondi de la faune miocène, qui se sépare nettement de la faune éocène en Europe, tandis qu'en Amérique elle s'y relie insensiblement, montre que les espèces qui la composent peuvent être ramenées à celles de l’éocène. C'est là que nous trouvons, dans les dépôts de Nebraska, les formes de transition, jusqu'ici inconnues en Europe, des Anoplotherides et des Palæocherides aux Ruminants et aux Porcs américains, et que nous reconnaissons dans J'Anchitherium, que l'on a du reste trouvé en Europe, le passage de l’Urohippus de l'éocène à l'Hipparion, qui conduit aux Chevaux pliocènes: D'après Marsh, les nombreuses découvertes faites en Amérique sont venues compléter la généalogie du genre Equus (fig. 169). Entre ce genre, en effet, et le genre Urohippus ne s'intercalent pas moins de 30 espèces, réparties dans une série de genres‘. À côté des modifications dans la conformation du pied, les transformations du système dentaire doivent être mentionnées en première ligne. Dans les formes les plus anciennes de l’éocène, les molaires montrent des plis simples. de l'émail, tandis que ces plis sont compliqués chez les Anchithériums et rappellent les dents de lait de l'Hipparion. Les dents perma-
4 Albert Gaudry. Les enchaïnements du monde animal dans les temps geologiques, Paris, 1878.
bu Rütimeyer, Fersuch einer natürlichen Geschichte des Rindes, etc., Schweizer Denkschriften, I, 1867.
# Waldemar Kowalevsky, Monographie der Gattung Anthracotherium und Versuch einer natürlichen Classifikation der fossilen Hufthiere, X Theil. Cassel, 1873.
* Urohippus, Miohippus, Anchitherium, Pliohippus, Hipparion, Equus. Comparez les travaux de Hensel, Rütimeyer, Kowalevsky; ainsi que le mémoire de Marsh, Notice of new Equine Mammales from the tertiary formation, American Journal of Sciences and Arts, vol. NII, 1874.
nentes des Chevaux de la partie sopérinure; du miocène et du pliocène sont
de l'émail, mais Rs le nombre, : comparé avec celui des. m res de la forme cestrale, a dimint Les Ruminants éprouvé : pendant. e cours de la: période tertiaire des -changements analogues. Très Fig. 169. — Extrémités antérieures d'Équidés. — a, Urohippus; probablement. la plub, Anchitherium; c, Hipparion; d, Equus (d'après Marsh). part de leurs typesdér vent d'animaux ongulés lourds et massifs, qui possédaient, outre quatre molaires, des incisives sur l'intermaxillaire et des canines, dont les pieds reposaient sur le. sol par tous les doigts et se sont bifurqués par le développement graduel qi pris les deux doigts du milieu, en même temps que les doigts latérauxs phiaient. Ces Ongulés à doigts pairs, ou Artiodactyles (Anoplotherides l'estomac était problablement simple, et qui ne ruminaient pas encore, peu être finalement rattachés à des formes ancestrales, d'où dérivent aussi les Suides (Palæocherides) et les Rhinocerides. Au début de la période tertiaire, les Ongulés à doigts impairs ou Périssodactyles (Palæotherides), auxquels se rattachent Chevaux, étaient déjà distincts des Ongulés à doigts pairs, et il faut remont jusque dans les premières couches de la période mésozoïque pourtrouver L gine commune de ces deux groupes. Malheureusement ier il y à une ënoi libnë: car même dans les couches crétacées de l'Amérique, qui sont si riches Mammifères tertiaires, on n'a jusqu'ici trouvé aucune forme que Von pu considérer comme la souche commune des Ongulés à doigts pairstet à doi, impairs. Chez ces premiers Ongulés encore inconnus, le pied a dû présente l'origine un caractère indifférent (pied antérieur du Tapir), et ce n’est que plus tard, que la forme du pied tétradactyle, peut-être commençant déja à s se: ee se divisa de manière à présenter deux appuis centraux égaux. Déjà, dans l'éocène inférieur, les Ongulés à doigts pairs die divisaient en genres à dents tiberculetises (Bunodohtes) et à dents à lobes forme de croissant (Solenodontes), dont les membres présentaient encore: Ja conformation. Les formes intermédiaires ne dépassent pas la limite sup: de l’éocène. C'est à cette époque que les pieds subirent dans le nombre doigts une réduction avantageuse pour la locomotion, la nutrition, etc. ge: Bunodontes, les Suidès remplacèrent les Palæochérides. Les genres de St dontes qui vivaient en Auvergne à l’époque miocène inférieure remplac peu à peu les Anthracothériums, les Hyapotamus, les Anisodontes, et se formèrent en Ruminants, si abondants aujourd’hui. Parmi ceux-ci, aux ancien formes, dépourvus de cornes, à dentition complète, ont succédé des anim cornes caduques et creuses, qui ont la dentition caractéristique des Rum