VERTÉBRÉS
qu'admettent les auteurs mêmes de ces théories si diverses, il est possible de faire entre ces dernières un choix décisif.
Tout d'abord, il ne saurait, d'après ces lois, exister aucune parenté entre les Vertébrés et un groupe quelconque d'Arthropodes. Les Arthropodes sont, en effet, caractérisés par la faculté que possèdent leurs épithéliums exodermiques de transformer en chitine la paroi périphérique de leurs éléments. Cette transformation a été la cause déterminante du sens dans lequel les Arthropodes ont évolué; elle se manifeste déjà chez les nauplius; il s'agit donc ici d’une propriété primitive qui s'oppose à ce qu'on puisse admettre qu’un Arthropode quelconque à partir du nauplius ait pu se transformer en un animal originairement cilié tel que le Vertébré. Les Mérostomés, les Arachnides et les Insectes sont ainsi éliminés.
Le corps des Vertébrés est neltement métaméridé et nous avons vu p. 2160 que sa métaméridation est exactement de même nature que celle des Vers annelés. Comme la métaméridation est un phénomène précocement réalisé, correspondant à un mode déterminé de formation de l'embryon, il serait tout à fait contraire à la loi de patrogonie de considérer comme pouvant être les ancêtres des Vertébrés des animaux qui ne seraient pas nettement métaméridés à l’état adulte. Si de tels animaux présentaient quelque parenté avec les Vertébrés, ils n'en pourraient être que des descendants simplifiés. Cela élimine les Némertiens, les Balanoglosses et les Appendiculaires dont nous avons déjà discuté les rapports avec les Vertébrés, p. 1919 et 2171. C’est donc seulement du côté des Vers annelés qu’on peut espérer trouver les formes ancestrales. Ces animaux présentent, comme les Vertébrés, des cils vibratiles, un corps métaméridé, un appareil vasculaire clos, des néphridies s'ouvrant par un pavillon cilié dans la cavité du corps et évacuant à l'extérieur des produits variés; dans les deux groupes, si l’on prend le système nerveux comme point de repère, le tube digestif et les centres circulatoires sont semblablement placés; l’histoire de l’'Amphiozus nous a fait connaitre comment s'était constituée la corde dorsale, et par quels changements successifs l'attitude des Verlébrés actuels, inverse de celle des Vers, avait élé préparée puis réalisée (p. 2165). Les développements dans lesquels nous sommes entrés montrent d'ailleurs que la dissymétrie de l'Amphioæus n'est pas nécessairement un signe de dégradation, mais simplement un caracière transitionnel qui a été remplacé chez les Vertébrés proprement dits par une symétrie presque parfaite. Il n’est pas davantage nécessaire d'admettre que les Vertébrés primitifs avaient un cerveau très développé; leurs organes des sens devaient être très réduits, comme ceux des Vers aunelés, et le développement du cerveau a dù suivre celui de ces organes. L'Amphioxus n'est donc pas aussi éloigné des Vertébroides ancestraux qu'on à pu le croire. Il est vraisemblable cependant qu'il en diffère par une certaine réduction des organes des sens et du cerveau, un grand développement du sac branchial et de ses fentes, et par la constitution d'une cavité péribranchiale. Ces deux derniers caractères sont liés à l'existence sédentaire de l'animal; il s’en est développé, pour les mêmes causes, de presque semblables chez les Tuniciers quoique probablement d’une manière indépendante.
Il y a encore une grande lacune entre l'Amphioæus et les plus infimes des Vertébrés proprement dits, les Poissons marsipobranches, dont la Lamproie est le type; mais cette lacune n'est pas beaucoup plus grande que celle qui sépare les Poissons