‹ Traité de zoologie (volume 2)Chapitre 48 sur 96 · SL ESS QE · texte numérisé non relu

SL ESS QE

Fig. 1802. — Oreille membraneuse de l'Esturgeon (Acipenser sturios), vue du côté interne. — ca, cp, canaux semi-cireulaires antérieur et postérieur: ap, ampoule postérieure; er, crête acoustique de l'ampoule; rap, rameau nerveux de l’ampoule postérieure ; /, lagena; pl, papille de la lagena ; rt,rameau nerveux de la lagena; cus, canal de communication du saccule et de l’utricule; ac, nerf acoustique ; ra, rp, sesrameaux antérieur et postérieur ; s, saccule ; #8, sa tache acoustique; ru, rameau nerveux de l’utricule ; raa, rameau nerveux de l'ampoule antérieure: »4%, tache acoustique du eul-de-sac de l'utricule: aa, ampoule antérieure ; cr, sa crête acoustique ; ae, ampoule externe; 4, utricule ; se, de, sac et canal endolymphatiques (d'après Retzius).

liquides en équilibre de pression avec le milieu extérieur, comme le pensent divers auteurs (Hasse, Bridge et Haddon, Gegenbaur); les Physostomes chez qui elle a été observée ne sont pas d’ailleurs des animaux soumis à des pressions très variables. Il est plus probable qu'il s’agit ici d'un appareil de résonnance.

Le saccule présente surtout des modifications dans la disposition de sa macula; elle est simple chez les Chimæra, où elle s'élève cependant en papille à son extrémité postérieure et demeure à peu près dans le même état chez les Dipxés et la plupart des GANOïDES. Chez le Lepidosteus, la papille commence à se différencier nettement; un diverticule spécial se forme dans la région du saccule qui lui correspond; c'est la lagena. La lagena est bien développée chez les REQUINS et sa papille acoustique

1 BRinGE and HapDox.

se sépare neltement de celle du saccule chez les RAIES; elle se retrouve avec des formes variées chez tous les TÉLÉOSTÉENS. Cet organe demeure à l'état de simple cæcum chez les Reptiles etles Oiseaux, mais s’allonge énormément et s’enroule en hélice pour constituer le limacon des Mammifères. Le nerf de la lagena arrive peu à peu à s’individualiser; il nait de la branche postérieure du nerf acoustique qui se rend au saccule et à l'ampoule postérieure, tandis qu’une branche antérieure innerve les deux autres ampoules et la tache acoustique de l’utricule. Toutefois un rameau du nerf de l’ampoule postérieure ou de celui de la lagena se rend aussi à l’utricule; ses terminaisons y forment la macula neglecta de Relzius, assez souvent divisée en deux autres chez les TÉLÉOSTÉENS.

Chez les Poissons inférieurs, les otolithes que contient toujours le labyrinthe ne sont qu’une masse molle, pulpeuse, formée de petits cristaux de carbonate de cal-

Fig. 1803. — Oreille membraneuse d’un Cyprin (Cyprinus idus), vu du côté interne. — ca, cp, ce, canaux semi-circulaires antérieur, postérieur et externe; ss, sinus utriculaire supérieur; ass, son cul-de-suc; u, utricule; de, canal endolymphatique; ap, ampoule postérieure; rap, son rameau nerveux; /, lagena ; rl, son! rameau nerveux; pl, sa papille ; 0, otolithes; s, saccule; ms, sa tache acoustique; rs, son rameau

nerveux ; aa, ampoule antérieure; raa, son rameau nerveux; rae, celui de l'ampoule externe (d'après Retzius).

cium unis par une substance organique. Cette masse se consolide, mais demeure friable chez l'Esturgeon; elle devient au contraire pierreuse et résistante chez le Lepidosteus et les TÉLÉOSTÉENS (fig. 1803, 0); elle prend pour chaque genre une forme caractéristique, en rapport avec celle de l'organe qui la contient, recessus de l'utricule, lagena ou saccule. L'otolithe du saccule est généralement de forme simple, mais atteint souvent des dimensions considérables; il en est de même de celui de la lagena lorsque celle-ci prend de l'importance.

Enveloppes de l'axe cérébro-spinal !. — L'axe cérébro-spinal comprend chez

1 SAGEMENL, Einige Bemerkungen über die Gehirnhaute der Knochenfische, Morpholog. Jahrbuch, Bd. IX.

les Poissons, comme chez tous les autres Vertébrés, deux régions distinctes : l'encéphale et la moelle épinière. W est contenu dans un système de cavités à parois carlilagineuses ou osseuses, correspondant à ces deux régions : la cavilé crânienne à l'encéphale, le canal rachidien à la moelle épinière. Entre la cavité crânienne ou le canal rachidien et les centres nerveux s'étend d’abord un tissu conjonctif lâche sans rapport plus particulièrement étroit soit avec les parois des cavités céphalo-rachidiennes, soit avec la surface des centres nerveux. Mais bientôt dans ce tissu apparaissent des espaces lymphatiques qui confluent peu à peu les uns avec les autres et divisent ainsi le tissu conjonctif, primitivement indifférent, en deux membranes, l'une, l’exoméninge ou dure-mère, appliquée contre la paroi de la cavité céphalorachidienne, l’autre, l’entoméninge, appliquée contre la surface nerveuse; l’espace compris entre les deux méninges est l’espace subdural.

A part quelques exceptions (Mormyrus), le cerveau ne remplit pas entièrement la cavité crànienne chez les Poissons. Dès lors, dans l'épaisseur de l’exoméninge apparait un tissu exclusivement gélatineux ou muqueux chez les ÉLASMOBRANCHES, les DIpNÉS, les CHONDROSTÉENS, les SILURIDEÆ, les Esocib# et les GADIDEÆ, mais que des cellules graisseuses finissent par envahir complètement chez les GANOIDES osseux et les TÉLÉOSTÉENS. L'espace subdural est ainsi presque complètement supprimé, et la couche de tissu conjonctif la plus extérieure fonctionne comme un périchondre ou un périoste. L'entoméninge est, de son côté, formée par un tissu conjonctif plus ou moins lâche d’où partent les vaisseaux qui irriguent la substance nerveuse; elle peut être, pour cette raison, désignée sous le nom de membrane vasculaire. Elle contient déjà des espaces lymphatiques qui la subdiviseront chez les Vertébrés plus élevés en deux autres membranes, l'arachnoïde et la pie-mére. Dans le canal rachidien, la dure-mère est aussi divisée en une couche périchondrienne ou périostique et une couche gélatineuse, limitée par une mince membrane. Les espaces lymphatiques de l'entoméninge médullaire sont déjà confluents chez l’Acipenser et contiennent, par places, des amas cellulaires; cette membrane est, au contraire, très mince chez les Calamoichthys et séparée de l’exoméninge par un grand espace subdural; elle présente parfois un épaississement longitudinal médian (SÉLACIENS, Protopterus, Acipenser, Calamoichthys).

Encéphale. — Il est déjà possible de reconnaitre dans le cerveau de l’Amphioxus (fig. 1804, n° 1) des régions que des plissements spéciaux accusent davantage chez les embryons des Poissons et que des épaississements ou des transformations diverses rendent plus distinctes encore chez les Poissons adultes. Le plan du cerveau n’en demeure pas moins constant et il est possible de le poursuivre jusque dans les formes les plus élevées des Vertébrés. On y distingue, en effet, cinq régions : 1° une région olfactive ou rhinencéphale (fig. 1804, h, à, n°5 1 à 6, g); 2° une région optique (f, e, c, d), origine des hémisphères (g) des Vertébrés supérieurs et constituant avec la précédente le télencéphale; 3° le thalamencéphale, diencéphale ou cerveau intermédiaire (i, k, 1, n), portant l’épiphyse ou glande pinéale (m) et constituant, avec le télencéphale, le cerveau antérieur ou prosencéphale, issu de la vésicule antérieure du cerveau de l'embryon; 4° le mésencéphale où cerveau moyen (b, 0); 5° le rhombencéphale (a), formé en avant par le cervelet (p) ou métencé-

phale, en arrière par la moelle allongée (a), post-encéphale ou arrière-cerveau par tachygénèse.

Le prosencéphale est la partie la plus longue du cerveau des MARSIPOBRANCHES, fig. 4804, n° 2. Il est formé de deux parties symétriques, subdivisées elles-mêmes chacune par un sillon transversal en lobe olfactif sphéroïdal et en hémisphère de forme un peu irrégulière ;-les hémisphères contiennent chacun un ventricule communiquant avec la fente médiane qui les sépare en arrière ; ces ventricules pénètrent dans la base des lobes olfactifs. L'’épiphyse née du thalamencéphale est couchée sur la partie postérieure de la fente qui sépare les hémisphères. A sa base elle est constituée par deux ganglions, les ganglions trabéculaires, dont le gauche est

Fig. 180%. — Figures schématiques illustrant la morphologie du cerveau des Poissons. — 1, Amphioxus; — À, embryon de Lamproie; — 3, embryon d'Esturgeon; — 4, embryon de Truite; — 5, embryon d'Hexanchus; — 6, Protoptère. — 4, plancher et toit de la fosse rhomboïdale ; b, région de la flexion

postérieure de l'infandibulum ; ce, infundibulum; d, récessus postoptique; €, chiasma des nerfs opliques; f, lame terminale ou récessus préoptique; g, lames infra et supra-neuroporique du lobe olfactif impair; h, plexus inférieurs et plexus des hémisphères ; à, paraphyse ou plexus vasculaire (adergefluhknoter); k, velum; !, support (polster) de l'épiphyse; m, épiphyse; n, lame intercalaire; 0, cerveau moyen; P, cervelet; g, région des hémisphères (d'après Rab Burckhardt).

notablement plus petit que le droit; ces glandes se continuent en avant, chacune en un cordon qui va se terminer sur l'épiphyse elle-même, cette dernière essenliellement formée par les veux pariélaux décrits ci-dessus. Le mésencéphale est globuleux, il présente en avant, sur sa ligne médiane, un orifice que circonscrivent les lobes bijumaux, entourés eux-mêmes par un épaississement ammulaire consti= tuant les lobes optiques ; sur sa face inférieure le mésencéphale porte l'Aaypophyse où corps piluitaire, Enfin le métencéphale a la forme d'une massue persistant sur sa face.

Le cerveau des Myxines diffère de celui des Lamproies par le grand développement des ganglions olfactifs et leur forme spéciale, la brièveté du cerveau olfactif et sa grande largeur, le volume du cervelet qui couvre toute la fosse rhomboïdale (fig. 1805).

Le cerveau antérieur forme chez les ÉLASMOBRANCHES une masse impaire, volumineuse quadrilobée, encore creuse chez les NoTiIbANIDEÆ et les Scymorhinnus, presque dépourvue de cavité chez les autres formes par suite du développement de l'épaisseur de ses parois. Sa surface ne présente encore aucune différenciation particulière chez les Carcharias; il s'y développe de chaque côté, chez d’autres types (Squalus) une ou deux saillies qui n'occupent qu'une partie de sa surface (Galeus, Mustelus). À l'origine du développement, les lobes olfactifs sont au contact du cerveau antérieur, et ils demeurent à cet état chez les HOLOCÉPHALES ; mais, par suite du développement de la région ethmoïdienne du crâne, ils s'en éloignent d'habitude, demeurent attachés aux organes olfactifs qui sont pairs et sont reliés au cerveau par des pédoncules olfactifs, courts chez la plupart des Requins (Squalus, Scyllio-

Fig. 1805. — Vue latérale d’un cerveau de Myxine. — ro, organe olfactif périphérique avec son squelette cartilagineux; 4, cerveau olfactif; v, cerveau oplique; », cerveau moyen; A, cerveau postérieur; ñn, arrière-cerveau ; la’, branche sensitive du vagus; va, vagus; e, moelle; s, nerfs spéciaux ; ae, acoustique; {4, fs, ls, branches du trijumeau; /, facial; «, œil (d'après Retzius).

rhinus, Mustelus), très longs chez les Squatina, Torpedo Raja, qui peuvent passer insensiblement au cerveau (Chlamydoselachus, fig. 1806, n° 1 ; Heæanchus, fig. 1812, Bo), ou naître brusquement sur ses côtés. Ces pédoncules sont pleins et il en est de même des lobes olfactifs (N) chez les Raies, tandis que chez les Requins le diverticule de la cavité cérébrale qu'ils contenaient lors de leur formation persiste plus ou moins et se continue avec la cavité plus ou moins marquée des ganglions basilaires du cerveau antérieur. Il n’y a pas de séparation nette entre le cerveau antérieur (VA) et le cerveau intermédiaire chez les NoTibANIDÆ,; cette séparation s'accuse chez les Sélaciens plus élevés. Le cerveau intermédiaire est creux; sa base et ses faces latérales constituent les pédoncules cérébraux; 'épiphyse s'élève sur la région postérieure de sa face dorsale, qui se continue plus loin avec le plexus choroïde; les ganglions habénulaires sont peu développés; entre eux, plus profondément, se trouve la commissure postérieure. Sur la face ventrale, en arrière du chiasma des nerfs optiques, la région infundibulaire présente une saillie médiane dans laquelle se continue la cavité ventriculaire et qui est comprise entre deux saillies latérales, les lobes latéraux ou inférieurs; l'extrémité de l'infundibulum ou lobe postérieur, très développé chez les. Raies, se dirige en arrière et constitue le

sac vasculaire; elle repose immédiatement sur l’hkypophyse, qui est déjà enfermée dans une excavation du cartilage correspondant à la selle tureigue des Vertébrés supérieurs. Dans le cerveau antérieur, les cellules nerveuses sont encore rares, semblables entre elles et non disposées en couches; elles demeurent rares dans le cerveau moyen, mais affectent déjà les formes qu'elles présenteront dans les types plus élevés. Les tubercules bijumeaux constituant la plus grande partie du cerveau moyen contiennent une vaste cavité communiquant en avant avec le troisième ventricule, en arrière avec la cavité de la moelle allongée; un tractus nerveux les unit à la région du chiasma. Un simple repli du bord antérieur de la bandelette qui limite en avant, chez les Petromyzon, la fosse rhomboïdale, est la première indication, chez les embryons de Sélaciens, d'une partie nouvelle de l'encéphale, le cervelet (Ce). Le cervelet se développe déjà chez les NOTIDANIDE en une poche volumineuse qui recouvre en avant une partie du cerveau moyen et en arrière s'étend jusqu'à la fosse rhomboidale. Sur sa paroi externe commencent à se dessiner chez les CHLAMYDOSELACHIDE (fig. 1806) et les Noribanibæ des plis longitudinaux et transversaux qui, chez les types supérieurs, se multiplient, se groupent, se contournent de la façon la plus irrégulière (Careharias) et qui atteignent leur maximum de complication chez les Cephaloptera. Chez les CRLAMYDOSELACHIDE, les Noripa- NIDE, les SCYMNORBINIDE, elc., le cerveau postérieur demeure peu différencié de la moelle; mais chez les autres formes, cette région se raccourcil peu à peu, la fosse rhomboidale, dans toute la région où ses bords s'unissent au plexus choroïde, est ourlée par une bandelelte, le corps resti/orme, qui s’unit à sa symétrique sur la ligne médiane; cette bandelette, à mesure que la fosse rhomboiïdale se raccourcit, se plisse de plus en plus dans sa région antérieure, comme si elle était refoulée contre le cervelet, auquel elle finit par ressembler tellement que celui-ci semble constitué par trois lobes, un médian et deux latéraux !.

L'encéphale des DipNËS (Protopterus, fig. 1804, n° 6, et 1833) présente de frappants rapports avec celui des Noripanipæ. Les nerfs olfactifs sont très allongés et aboutissent à de véritables hémispheres (fig. 1813, H); ces hémisphères ne forment qu'une seule masse continue chez les Ceratodus: chez les Protopterus, ils ont la forme de longs ellipsoides contigus, mais entre lesquels s'étend jusqu'au cerveau intermédiaire un sillon longitudinal. La voûte dorsale du cerveau antérieur demeure à l’état d'une simple membrane épithéliale qui s'accole à la pie-mère pour former le palliuwm. Cet épithélium n'est que la continuation de celui qui tapisse toutes les cavités cérébrales et qu'on appelle l'épendyme. Les parties basilaires sont au contraire épaissies et forment deux ganglions symétriques, les ganglions antérieurs Ou corps stries, séparés par un sillon profond. Le cerveau intermédiaire (1) porte sur sa région dorsale antérieure une épiphyse assez courte; sur sa face inférieure, le chiasma optique (fig. 1804, n° 6, e) ne fait pas de saillie, bien qu'il soit très normal à l’intérieur, et l'infundibulum (e) se continue avec une hypophyse (e)

1 E. Sauensecx, Ziom feineren Bau der Selachiergehirns, Anatomische Anzeiger, Bd. XII. — Buncxmanpt, Der Bauplan des Wirbelthiergehirn, Morpholog. Arbeïiten, Bd. IV. — In., Der Lobus olfactorius impar der Selachier, Anat. Anzeiger, Bd. VIL — In., Beitrage sur Morphologie des Klsinhirns der Fische, Archiv für anatomie und Physiologie, Suppl, 1897. — Ronox, Das centralorgan des Nervensystem der Selachier, Denksch. der Wiener Anat., Bd. XXXVTII. -2 Mixruxo-Macrav, Beitr. :. vergl. Neurologie der Wirbelthiere, Leïpsig, 1870 (Jenaisehe Zeitschrift, 1868).

qui s'étend en arrière au delà de la région du cervelet. Le cerveau moyen et le cervelet forment en s’unissant un coude qui s'élève à un niveau supérieur à celui du cerveau antérieur et même de l’épiphyse. Le cervelet (fig. 1813), recouvert en grande partie par le cerveau moyen est réduit à une simple bandelette

Fig. 1806 et 1807. — Vue de dos et de profil d'un cerveau de Chlamydoselachus anguineus. — 1, lobe olfactif ; — 2, nerf optique; — 3, nerf oculo-moteur; — 4, nerf trochléaire; — 5, nerf trijumeau; — 6, nerf moteur oculaire externe; — 7-8, nerf acoustico-facial ; — 9, nerf glosso-pharyngien:; — 10, nerf vague. — VA, cerveau antérieur; Wh, cerveau intermédiaire; Ce, cerveau postérieur ou cervelet; Mo, arrière-cerveau ou moelle allongée (d'après Garman).

transversale; la fosse rhomboïdale est couverte par un plexus choroïde à plis transverses nombreux et profonds (fig. 180%, no 6, a), son sommet, le calamus scriptorius, est oblitéré par une lame plus épaisse (Obeæ).

Le cerveau des Polypterus offre les mêmes dispositions générales que celui des Dipnés; il en diffère par le plus grand développement des lohes olfactifs relativement aux hémisphères, par le très grand volume de l'epiphyse, par la très nette délimitation des tubercules bijumeaux et par la différenciation d’un cervelet qui s'élève sous la forme d’une bandelette transversale en arrière des tubercules bijumeaux, en avant et au-dessus de la bandelette basilaire de la fosse rhomboïdale.

Des dispositions analogues à celles que présentent le cerveau des Dipnés et celui du Polyptère se retrouveront chez les Batraciens. Au contraire, les traits Caractéristiques du cerveau des GANOÏDES (Acipenser, Lepidosteus, Amia) se couservent

Fig. 1808. — Encéphale des Poissons osseux. — À, Face dorsale : 7, moelle; /rA, fosse rhomboïdale ; Myel (b.r.) myélencéphale (bulbe rachidien); Met (cerv.), métencéphale (cervelet); Mes (£4.b.), mésencéphale (tubereules bijumeaux) ; Ep, épiphyse; À, manteau (hémisphères rudimentaires) : il a été enlevé à gauche pour montrer les ganglions basilaires ou corps striés (c.str); lo, lobes olfaclifs; {0, tractus olfactif; bo, bulbe olfactif, — B, Face ventrale : Z-X77, les nerfs cräniens ; lo, lobes olfactifs; c.str, corps strié; hyp, hypophyse ; (b, tubereules bijumeaux; /0, lobes olfactifs; li, lobes inférieurs; sv, sac vasculaire: Pr, bulbe ruchidien. — C, Coupe longitudinale du cerveau antérieur : c.s{r, corps strié; À, hémisphère rudimentaire; ep, épiphyse. — D, Coupe transversale du cerveau antérieur, montrant sa cavité incomplètement divisée en deux ventricules : h, manteau; c.str., corps strié.

diversement accentués chez tous les TÉLÉOSTÉENS ; le degré de développement et la configuration des diverses parties de l'appareil cérébral ne présentent pas moins ici

une variété extraordinaire ‘. Les lobes olfactifs peuvent être éloignés des Jobes antérieurs et reliés à eux seulement par de longues bandelettes (CYPRINIDE, GADIDÆ) ou en contact immédiat avec eux (Platessa, Scomber, Belone, Perca): ils sont reliés l’un à l’autre par une étroite bandelette transversale chez les Conger et Anguilla, où ils sont particulièrement volumineux. Le cerveau antérieur est plus court que chez les Dipnés et les Crossoptérygiens, mais le pallium et les corps striés y conservent les dispositions qu'ils présentent dans ces deux groupes. Un repli interne du pallium qui part de son bord antérieur et s'étend horizontalement en arrière (fig. 1804, n° 3 et 4, k) constitue déjà un véritable plezus choroïde. Ce repli sépare l’une de l’autre la région de la cavité ventriculaire qui correspond au cerveau antérieur de celle qui correspond au cerveau intermédiaire. Ce dernier (fig. 1808, e), encore bien apparent chez les Ganoïdes, est pour ainsi dire refoulé chez les Téléostéens entre le cerveau antérieur (A) et le cerveau moyen (M); il cesse presque d'être visible à l'extérieur. L'insertion de la glande pinéale marque la limite qui le sépare du cerveau moyen. La glande pinéale, dirigée en avant et renflée vers son extrémité libre, est couverte d'un plexus vasculaire. En arrière du pied de cette glande, le long du bord antérieur du cerveau moyen une bande transversale de substance nerveuse forme la commissure postérieure (fig. 1809, cp), tandis que dans sa voûte même le cerveau intermédiaire contient une commissure supérieure. Sur la face basale, en arrière des corps striés, se trouve d’abord le chiasma (fig. 1804, n° 4, e; fig. 1809, ch). Interne chez les Dipnés, peu apparent au dehors chez les Ganoïdes, il est particulièrement saillant chez les Téléostéens, où sa surface est sillonnée de manière à paraitre constituée de groupes de lamelles entrecroisées. Dans le plancher du troisième ventricule font saillie, à son intérieur, la commissure antérieure, située en avant du chiasma, et em arrière de ce dernier, dans une même masse, la commissure inférieure el la commissure horizontale. En arrière de l'infundibulum les lobes inférieurs (li) prennent aussi un grand développement et leur surface est également marquée de sillons et de saillies; ils contiennent une cavité en continuité avec celle de l’infundibulum qui supporte une grosse hypophyse dirigée postérieurement et à laquelle fait suite un saccus vasculosus (sv). Exceptionnellement (Mormyrus), le cerveau moyen peut se couvrir de circonvolutions qui simulent celles des hémisphères des Mammifères; en général, sa surface apparente est lisse, régulièrement, mais fortement convexe et divisée par un sillon longitudinal en deux lobes bijumeaux symétriques (fig. 1808, Mes); ces lobes correspondent à la région antérieure du cerveau moyen; ils constituent la vote optique (fig. 4808, to), au-dessous de laquelle s'enfonce d'ordinaire la région postérieure de celle partie du cerveau ainsi que la région antérieure du cervelet (p). Celui-ci est constitué chez les Ganoïdes par une bande pleine et épaisse de substance nerveuse, développée sur la bande d'union des corps restiformes et que sa longueur oblige à replier sur elle-même. Ce reploiement s'effectue chez les Amia de manière que le

1 E. BauoeLor, Recherches sur le système nerveux des Poissons, Paris, 1883. — STrEINER, Ueber das Gehirn der Knochenfische, Sitzb. der Berliner Akad: der Viss., 1886. - SCHaPEr, Die Morphologie und histologische Entwickelung des Kleinliirns der Teleostei, Morphologische Jahrbuch, Bd. XXI. — C.-J. Henrik, Contribution to the Morphology of brain of bony fishes, Journal of Comparative Neurology, vol. 1, IL. — Io., Brain of Ganoïd fishes, ibid., vol. I.

sommet de la plicature fasse saillie au-dessus du cerveau et se rabatte en partie sur la fosse rhomboïdale; chez les Acipenser, au contraire, la partie repliée prend la forme d’un arc à sommet inférieur, de sorte que la branche antérieure de l'arc pénètre sous la voûte optique et remplit presque la cavité du cerveau moyen, tandis que l'extrémité de l’arc postérieur soulève avec lui le toit choroïdien de la fosse rhomboïdale avec lequel il est en continuité. C’est là le point de départ de la disposition propre aux Téléostéens; mais ici le cervelet originel devait constituer une vésicule qui s’est fortement agrandie et dont la partie antérieure s’est alors insinuée sous la voûte optique en se repliant de diverses façons, tandis que la partie postérieure demeure une poche volumineuse qui s'étend au-dessus de la fosse rhomboïdale (fig. 1809, ve). La partie qui a pénétré sous la voûte optique

Fig. 1809. — Coupe longitudinale médiane du cerveau de la Carpe. — 1, nerf olfaelif; — 2, nerf optique. — ch, commissure transverse de Haller; e/, commissure horizontale de Fritsch; À, cerveau antérieur; 1, cerveau intermédiaire; M, cerveau moyen; P, cerveau postérieur; ca, commissure antérieure; cp, commissure postérieure ; e, épiphyse; to, voûte optique; — 4, nerf trochléaire; ve, valvule du cervelet; c, cervelet proprement dit, formant avec la valvale le cerveau postérieur P; £a, tubercule acoustique; /t, lobe du trijumeau /r, lobe du vagus; gi, commissure interpédonculaire (d'après Mayser).

constitue la valvule du cervelet (ve) et la portion de la cavité du cerveau moyen qui subsiste au-dessous de la valvule est l'agueduc de Sylvius. L'aqueduc met en communication le troisième ventricule avec le quatrième et avec le ventricule du cervelet.

Le cervelet présentait déjà chez les Sélaciens des différenciations histologiques plus grandes que celles des autres parties du cerveau; il en est de même chez les Téléostéens, où les cellules nerveuses sont disposées en plusieurs strates distinctes.

Le cerveau postérieur est souvent flanqué de deux saillies latérales, les lobes postérieurs (Perca, etc.). Chez les Lophius, le calamus scriptorius est suivi d'une lame nerveuse qui remplit la fente médullaire et qui contient plus de deux cents cellules multipolaires géantes, déjà visibles à l'œil nu (/obes du nerf latéral, de Fritsche). Ces formations occupent la même place que les lobes électriques des Torpilles ; mais leur prolongement cylindrique chemine dans la région des nerfs trijumeau

el vague pour se rendre à des organes des sens tégumentaires très développés chez les Baudroies.

Le cerveau des Poissons ! contient déjà les éléments que nous retrouverons chez tous les Vertébrés : cellules épithéliales constituant l'épendyme; cellules ramifiées éparses, dites de la névroglie; éléments nerveux proprement dits ou neurones. Ces divers éléments dérivent tous du feuillet nerveux de l'embryon; ils ont par conséquent la même signification initiale. Avec les vaisseaux, pénètrent parmi eux des éléments conjonctifs, issus de la pie-mère, qui forment à ces canaux une mince trame de soutien. On distingue dans la substance nerveuse une substance grise principalement formée par le corps des neurones muni de ses prolongements protoplasmiques ou dendrites, et une substance blanche formée surtout des prolongements cylindre-axiles ou axones. Seulement les dendrites sont moins ramifiées et les axones moins faciles à distinguer des dendrites que chez les Vertébrés supérieurs. On peut reconnaitre les deux sortes de cellules nerveuses de Nissl : ses cellules somatochromes, au rélicule protoplasmique desquelles se trouvent associés des corpuscules chromatophiles que colore fortement le bleu de méthylène et qui se dépose également en fins chromosomes sur la lanine du noyau, et ses cellules caryochromes, dont le noyau seul est coloré par le réactif. Parmi les cellules somatochromes on peut signaler : les cellules motrices de la moelle allongée, les cellules radiculaires du nerf oculo-moteur commun, les cellules de la voûte optique, les cellules de Purkinje du cervelet, les cellules du télencéphale, les cellules mitrales du bulbe olfactif qui n’ont pas encore revêtu la forme caractéristique à laquelle elles doivent leur nom chez les Vertébrés supérieurs; parmi les cellules caryochromes, les myélocytes ou grains du cervelet. Quelques différences dans la répartition et l'aspect des corpuscules chromatophiles ou corpuscules de Nissi distinguent les diverses cellules somatochromes; d’une manière générale ces corpuscules sont moins gros et de forme moins nettement définie chez les Élasmobranches que chez les Téléostéens, chez ces derniers que chez les Vertébrés supérieurs.

Comme chez les autres Vertébrés, les axones sont les uns nus, les autres recouverts par une gaine de myéline. Leur longueur caractérise deux sortes de neurones : les neurones courts et les neurones longs. Les neurones courts ne produisent que des axones courts, dépourvus de gaine de myéline, se divisant déjà au voisinage de la cellule qui leur a donné naissance et ne quittant pas la substance grise ; ce sont les neurones d'association, relativement rares chez les Poissons et qu'on observe dans les lobes optiques (neurones de Golgi, type IT), dans le lobe olfactif de l'Esturgeon (neurones de Cajæl), dans la couche granuleuse du cervelet; ils meltent fréquemment en rapport entre eux des neurones longs.

Les axones des neurones longs sortent de la substance grise et s’entourent d'ordinaire de myéline. Ce sont les axones qui forment les commissures intracérébrales et les nerfs. Ces axones caractérisent les neurones de sensibilité spéciale, bipolaires; les neurones intercalés entre les neurones courts des lobes olfactifs et optiques, les neurones commissuraux, les neurones encéphaliques sensitifs de 4° et de 2° ordre qui relient, les premiers les organes des sens périphériques aux centres, les seconds diverses régions du cerveau à d’autres régions; les neurones encéphaliques moteurs dont la forme n’est pas encore pyramidale, comme chez les Vertébrés

1 D' Eu. Carois, Recherches sur l’histologie et l'anatomie microscopique de l'Encéphale <hez les Poissons, Bulletin scientifique de France et de Belgique, t. XXXVI, 1902.

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