‹ Traité de zoologie (volume 4)Chapitre 134 sur 202 · TROMPE · texte numérisé non relu

TROMPE

laire et les muscles circulaires. Gette similitude entre la structure de la trompe et celle des parois du corps se poursuit dans les autres types; les deux couches musculaires sont interverties chez les Eupolia; chez les Cerebratulus, une couche de fibres annulaires est comprise entre deux couches de fibres longitudinales; c'est le contraire chez les ENoPLa. Les cellules épithéliales inermes de la trompe des Cerebratulus contiennent de nombreux rhabdites. Ces cellules à rhabdites sont souvent associées (Carinella, Cerebratulus) à de véritables cellules glandulaires.

La trompe des ENopLaA se divise en trois régions, savoir : {° en arrière du rhynchodæum, une chambre antérieure, extroversible; 2° une chambre moyenne contenant les stylets; 3° une chambre postérieure à parois glandulaires.

La musculature de la chambre antérieure est formée de deux couches de fibres annulaires, comprenant entre elles une couche de fibres longitudinales qu'un réseau de tissu conjonctif rassemble en faisceaux distincts; dans cette dernière couche sont logés les nerfs de la trompe. La couche des muscles annulaires, qui est extérieure quand la trompe est rétractée, est couverte d’un épithéiium plat, reposant sur une fine membrane basale anhiste; la couche interne est couverte par une épaisse couche gélatineuse, pauvre en noyaux, sur laquelle repose un épithélium inégal, formant de nombreuses papilles, soutenu par des saillies de la couche gélatineuse. Ces cellules sécrètent vraisemblablement la mucosité qui recouvre la paroi de ia chambre antérieure.

La chambre moyenne est caractérisée par l'amincissement de la couche épithéliale interne, qui n'y forme plus de papille, l’atrophie de la couche de muscles annulaires sous-jacente, sauf sur son plancher supérieur, et surtout par un épaississement de la couche musculaire longitudinale de la trompe dont les fibres, en se dirigeant horizontalement, déterminent la formation d’un véritable diaphragme séparant la chambre antérieure de la chambre postérieure. Ce diaphragme est luimême divisé par une cloison conjonctive en deux étages; l’antérieur contient le stylet; dans le postérieur, qui est d'une grande épaisseur, est creusée une cavité axiale, ovoide, le réservoir que prolonge en avant un canal excréteur légèrement excentrique, s'ouvrant dans la chambre antérieure de la trompe, tandis qu'un autre canal axial, beaucoup plus court, met le réservoir en communication avec la chambre postérieure.

Le stylet est implanté dans la paroi antérieure du diaphragme; il comprend deux parties : la lame et le socle. La lame a exactement la forme d’une courte épingle dont la tête, parfois à peine renflée (Eunemertes gracilis), est enfoncée dans la socle; elle est lisse et transparente. Le socle a une forme ovoide ou ellipsoïdale, plus ou moins allongée; il est formé par l'agglomération de granules extrêmement fins et serrés dans la région centrale, plus grossiers et lächement unis à la périphérie; de nombreuses trainées de granules unissent le socle lui-même à d’autres masses granuleuses, colorables par le vert de méthyle et l'hématoxyline qui sont situées dans le plancher supérieur du diaphragme; ces masses sont probablement sécrétées par les glandes qu’on observe dans le même plancher, et auxquelles il faudrait, dans ce cas, attribuer la sécrétion de la substance granuleuse du socle luimême. Cette substance se dissout dans l'acide acélique, en laissant comme résidu une trame organique; le stylet se dissout aussi, mais complètement dans les acides, sans qu'on puisse cependant considérer comme établi qu'il soit de nature calcaire.

1898 NÉMERTIENS.

Le socle est revêtu d’une couche de cellules sur laquelle se fixent des fibrilles musculaires rayonnantes, détachées de la couche des muscles longitudinaux de la trompe; il repose, chez les Prosadenoporus, sur un coussin musculaire, enveloppé de tissu conjonctif et auquel s'attachent de nouvelles fibres musculaires immédiatement au-dessous du socle; c’est là un appareil de mouvement. De chaque côté du stylet central sont les poches styligènes, au nombre de deux, sauf de rares exceptions. Chacune de ces poches contient des lames de stylets dont le nombre varie de deux (Prosadenoporus) à quinze; les nombres les plus habituels sont quatre et cinq; le nombre des lames est généralement, mais pas constamment, le même dans les deux poches; leur orientation peut être quelconque. D'ordinaire les lames ne sont pas toutes au même degré de développement, elles semblent se développer aux dépens de vésicules spéciales, contenues dans les poches et dans lesquelles leur pointe se forme tout d’abord. Chaque poche styligène communique par un canal spécial avec le fond de la chambre antérieure ; ce canal aboutirait même (Eunemertes gracilis, Tetrastemma flavidum) au voisinage du stylet !, de telle façon que par son intermédiaire les lames des poches styligènes pourraient venir remplacer la lame du stylet principal lorsque celle-ci vient à se briser; en effet, on trouve assez souvent une jeune lame à la base de l’ancienne dans le socle; d’autre part le mode de constitution de l’armature de la trompe chez les Drepanophorus rend vraisemblable le remplacement des lames actives par d’autres. Ici en effet, le socle s’allonge en une sorte d’arc sur lequel une vingtaine de lames viennent s'implanter en série linéaire. En même temps les poches styligènes se multiplient, et à chacune d'elles est annexé un long tube dans lequel les lames sont disposées en série. Il semble bien que cette disposition en série tout à la fois des lames du socle et de celles des poches styligènes indique une corrélation entre les deux sortes d'organes. Chacun des stylets de l’armature repose sur un coussinet cellulaire, et est en rapport avec un groupe de cellules glandulaires dont les longs cols traversent en faisceau l'axe du coussinet.

Les noms de réservoir et de canal abducteur donnés à la cavité axiale de la région postérieure au diaphragme et au canal qui lui fait suite antérieurement semblent indiquer qu'il s'accumule dans le réservoir un liquide qui est porté au dehors par le canal; mais l’épaisseur des parois musculaires du réservoir indique que ce doit être un organe actif, capable de projeter à l'extérieur le liquide qu'il contient et qui est exsudé soit par ses propres parois, soit par celles de la chambre postérieure de la trompe. Les parois de cette chambre sont d’une structure fort simple. Sous l'épithélium interne glandulaire, on trouve successivement des fibres musculaires longitudinales, puis des fibres transversales, une membrane basilaire et enfin un épithélium plat, semblable à celui du rhynchocælome. Dans cette chambre s’accumule un liquide probablement vénéneux qui est émis par le réservoir et le canal excréleur lorsque le stylet entre en action.

Le rhynchocælome contient un liquide dans lequel flottent des corpuscules libres; cette cavité dont les parois sont revêtues d’un endothélium, est un reste de la cavité primitive de segmentation; elle est située au-dessus du tube digestif. Son elendue va en augmentant des CARINELLIDÆ aux ENOrLA. Sa longueur est 1/5 de

1 L. VarcLantr, Annelés (suites à Buffon), t. III, p. 512, 1890.

celle du corps chez les Carinella et Eupolia, 1/3 chez les Cerebratulus et les Langia; elle augmente encore chez les ENOPLA, ne se termine que 2 millimètres en avant l'anus chez le Drepanophorus rubrostriatus, et arrive à l’atteindre chez le Prosadenoporus badio-virgatus. Les parois du rhynchocælome comprennent, de dedans en dehors : un épithélium plat chez les ANOPLA, une couche de fibres musculaires longitudinales, logées dans la substance gélatineuse du parenchyme, une épaisse couche de fibres annulaires; le tout est revêtu par une assise serrée de cellules du parenchyme. Ces couches se confondent en un même réseau dans la région antérieure au cerveau, chez quelques espèces (Cerebratulus rubens, C. luteus, C. pullus, Langia formosa) la couche des muscles annulaires est revêtue sur sa face ventrale d'une nouvelle couche de muscles longitudinaux qui latéralement se continue avec les muscles longitudinaux de la paroi du corps. De chaque côté de la ligne médiane la couche du parenchyme de la paroi du rhynchocælome forme deux replis longitudinaux dont le bord peut être lui-même subdivisé en deux rubans distincts, recouverts par l’épithélium plat habituel; ces replis n’occupent d'ailleurs qu’une faible étendue de longueur du rhynchocælome. La structure des parois du rhynchocælome des ExopLa est la même que chez les Némertes à trompe inerme. Seulement, la cavité est plus rapprochée de la face dorsale, et chez les Drepanophorus elle présente des diverticules latéraux métamériques, exactement placés au niveau des poches intestinales pénétrant dans l'épaisseur même des dissépiments ét s’y terminant en cæcum, sans communiquer ni avec les vaisseaux auxquels elles ressemblent parfois, ni avec l'appareil néphridien.

Appareil vasculaire. — Tous les Némertes possèdent deux vaisseaux latéraux, placés de chaque côté du tube digestif dans la région antérieure du corps, mais qui passent peu à peu au-dessous dans la région postérieure. Ces deux vaisseaux s’'anastomosent au moins deux fois l’un avec l’autre. L'anastomose antérieure typique ou anastomose ventrale, avec laquelle beaucoup d’autres peuvent coexister, est située immédiatement en avant de la bouche (Carinellu, fig. 1283, n° 1), dans la région cérébrale même, au-dessous du rhynchocælome; chez la plupart des espèces à trompe inerme, l'anastomose postérieure se trouve en avant de l'anus. Très souvent (ENoPLa, beaucoup d’ANoPzaA) les deux vaisseaux latéraux sont unis par une anse céphalique, dans la région amincie de l'extrémité antérieure du corps. Il existe fréquemment aussi un tronc dorsal impair (m); ce tronc manque chez les CARINELLIDÆ; il nait chez les autres ANoPLA de la commissure ventrale; il est d'abord contenu dans le rhynchocælome et appliqué contre sa paroi ventrale; quand il a dépassé l'æsophage, il pénètre dans cette paroi et, après un certain trajet, en sort pour se placer dans le parenchyme entre le rhynchocælome et l'intestin; à partir de ce point, des branches latérales, métamériquement disposées (fig. 1283, n° 3, 4 et 5, {), l'unissent aux troncs latéraux, dans les régions moyenne et postérieure du corps. Outre l’anastomose ventrale, les vaisseaux latéraux des CARINELLIDÆ présentent une anse céphalique et un grand nombre d’anses anastomotiques, serrées les unes derrière les autres et passant au-dessous du rhynchodœæum. Vers lœsophage et la bouche se dirige, de chaque côté, un rameau vasculaire, né du tronc latéral du même côté, qui revient, en avant, se jeter dans ce tronc, avec lequel l'ont déjà réuni d’ailleurs, sur son trajet, plusieurs branches anastomotiques. De même, aux bandelettes saillantes dans la cavité du rhynchocælome, les

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troncs latéraux envoient chacun une branche de dérivation, g, à laquelle ils demeurent unis par des anses transverses, métamériquement disposées. Chez les Eupolia (fig. 1283, nos 3 et +) et les autres formes où il n’y a pas d’anse céphalique, les vaisseaux latéraux se prolongent, en avant du cerveau, en deux branches qui donnent chacune naissance, dans la région céphalique, à un réseau vasculaire extrêmement serré; les capillaires des deux réseaux s'anastomosent probablement et mettent les deux troncs latéraux en Communication.

Dans la région antérieure du cerveau reposent sur le rhynchocælome de fins vaisseaux médians qui plus loin entourent le cerveau du côté dorsal, en formant d'énormes sinus. De la face ventrale de ces derniers naissent deux vaisseaux symétriques qui se réunissent bientôt en un canal médian, passant au-dessous du rhynchocælome et qui ne tarde pas à diviser de nouveau pour se jeter dans deux sinus que forment autour des organes latéraux les vaisseaux principaux.

A la région buccale et à l'intestin les troncs latéraux fournissent des branches qui se divisent rapidement, et forment dans la région œsophagienne un réseau présentant de fré-

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