AMIBOÏDES
Après qu'un pseudopode s’est allongé quelque temps, il passe à l’état de repos, sans que son courant axial s'arrête. Puis les courants internes du protoplasme se dirigent vers un autre point de la surface où un pseudopode nouveau ne tarde pas à apparaître; cependant le courant axial de l’ancien pseudopode, de centrifuge qu'il était, devient centripète et le pseudopode rentre peu à peu dans la masse commune.
Malgré la simplicité des pseudopodes, leur forme et leur distribution présentent une assez grande variété et il est impossible d'établir une démarcation tranchée entre les différents types. Leur disposition est elle-même très variable. Ceux des Petalopus naissent d’un pédoncule commun et s’élargissent de manière à ressembler à des nageoires membraneuses; ceux des Placopus ont la forme de membranes rectangulaires qui se rejoignent par leurs bords de manière à comprendre entre eux une cavité en forme d’'entonnoir. Nous avons déjà vu comment la disposition des pseudopodes distinguait les Amiboides Iobés des radiés.
Capture des proies et digestion. — Lorsqu’'en se déplaçant à l’aide des modifications de forme de ses pseudopodes un Amibe rencontre une particule alimentaire, il développe autour d'elle, suivant ses dimensions, d’une partie quelconque de son corps un ou plusieurs pseudopodes, qui finissent par l’englober entièrement ou en partie seulement, en même temps qu’une petite quantité d'eau. Lorsque la particule n’est que partiellement enveloppée, le fragment enveloppé se détache souvent du reste et est seul digéré. Chez les espèces à pseudopodes grêles et raides, ces pseudopodes servent surtout à la capture des proies. Si un petit animal vient à les frôler, il y demeure souvent adhérent ; ses mouvements ne tardent pas à s'arrêter, et d'ordinaire (Actinophrys, Actinosphærium, Acanthocystis, Rhaphidiophrys, etc.) un prolongement protoplasmique assez large se dirige de la surface du corps vers lui et l'enveloppe peu à peu. D'autres fois (Clathrulina), les pseudopodes qui ont capturé la proie l’enveloppent et la digèrent sur place. La proie peut aussi glisser simplement jusque dans la substance du corps le long des pseudopodes qui l’'enveloppent plus ou moins complètement (Acanthocystis). Sauf chez l’Actinosphærium, les matières alimentaires demeurent dans l’ectoplasme ; les résidus sortent par un point quelconque de la surface du corps.
Mouvements. — Les mouvements des Amiboïdes sont en général lents et souvent très peu appréciables, surtout dans les formes à pseudopodes rigides. Cependant, même dans ces formes, on observe des mouvements plus rapides. Les Pompholyxophrys peuvent se déplacer en roulant comme des boules sur la surface des corps submergés; un mouvement analogue est produit à l’aide des mouvements des pseudopodes, chez beaucoup d'espèces. Enfin, dans certains cas, peut-être en raison du développement de bulles gazeuses dans leur protoplasme, un assez grand nombre d’Amiboides quittent le sol, flottent quelque temps entre deux eaux pour retomber plus tard en expulsant la bulle gazeuse, en la résorbant ou simplement en contractant leur protoplasme de manière à diminuer de volume.
Reproduction.— La reproduction des Amiboïdes consiste simplement, autant qu'on l'ait observée jusqu'ici, en une simple division. Les Protamæba se divisent en deux, les Gloidium en quatre parties semblables. Chez les Amæba qui se divisent en deux, la bipartition du noyau parait constamment précéder celle du protoplasme, même chez les Amæba plurinucléées, telles que l'A. Blattæ; Greeff a cependant décrit chez
son À. brevipes une division simultanée du protoplasme et du noyau à peine modifié dans sa forme.
Les Amiboides de la famille des ARCELLIDÆ se multiplient par bipartition ou multipartition. Le phénomène peut s’accomplir au sein même de la carapace que l’un des deux individus abandonne après avoir acquis un flagellum locomoteur (Trinema). Mais chez les Arcella une partie du protoplasme forme au-devant de la carapace un pseudopode qui se couvre d’une carapace nouvelle et constitue alors une jeune Arcella qui ne tarde pas à s’isoler. Dans certains cas les pseudopodes qui s’individualisent ainsi peuvent se produire tout autour du corps et être relativement nombreux; on en a compté jusqu'à neuf. Ce mode de reproduction est intermédiaire entre la multipartition et le bourgeonnement.
Conjugaison. — 1Il arrive fréquemment, lorsque des Amibes rampent dans le voisinage les uns des autres, qu'un certain nombre d’entre eux se soudent temporairement par leurs pseudopodes sans former cependant de véritables plasmodies; parfois cette soudure s’accomplit entre deux individus et peut être suivie d'une fusion complète; c’est là vraisemblablement un phénomène de conjugaison. De tels phénomènes ont été observés avec certitude chez divers Amiboïdes à carapace (Arcella, Difflugia, Euglypha, Trinema, Cyphoderia) : les deux individus s’accolent de manière que les deux coquilles s’abouchent étroitement par leur ouverture, et les deux protoplasmes fusionnés coulent alternativement d’une coquille dans l’autre; parfois trois individus prennent part à cette union. On ignore comment se comportent les noyaux durant la conjugaison et de quels phénomènes elle est suivie.
Enkystement. — On rattache d'ordinaire aux phénomènes de reproduction, le phénomène de l’enkystement si fréquent chez les Protozoaires. Il consiste dans la production par l’animal d’une membrane de nature albuminoïde qui l’isole d’une manière complète du milieu extérieur. Les Amiboïides s’enkystent, mais il ne semble pas qu'ils subissent à l'abri de leur kyste de phénomènes de multiplication. L’en- Kkystement se produit surtout chez eux lorsqu'ils ont pris une grande quantité de nourriture et se trouve lié en conséquence aux phénomènes de digestion. Il peut avoir lieu aussi bien chez les espèces pourvues d’une carapace que chez les espèces nues. Les espèces déjà protégées par leur carapace peuvent se borner à fermer l'ouverture de celle-ci par une sorte d’opercule en forme de verre de montre(Difflugia, diverses Euglypha); certaines Quadrula se ramassent au centre de leur coque dont l’orifice se ferme en vertu de son élasticité propre; mais entre cet orifice et son corps, l’animal produit un diaphragme qui l’isole du monde extérieur. Les Arcella, les Cochliopodium et les Amiboides nus produisent un kyste complet sphérique, qui présente chez les Gloïdium, en un point de sa surface, une disposition permettant la sortie du protoplasme. Chez les Placopus le Kyste est conique et fixé par sa pointe prolongée en un court pédoncule. Les Euglypha alveolata s'enkystent complètement à l’intérieur de leur coque, dont l’orifice est en outre bouché par un opercule à la constitution duquel sont employés des filaments d'algues et des Diatomées. Le kyste lui-même est double : son enveloppe extérieure, ovale, est formée par un assemblage de plaquettes hexagonales, semblables à celles de la coque; son enveloppe interne est sphérique et garnie de très petits mamelons saillants tant à sa face interne qu'à sa face externe; un ligament raide et homogène relie ce kyste intérieur au
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sommet antérieur du kyste extérieur. Les Trinema s’enkystent à peu près de la même facon; mais le kyste extérieur peut varier de la forme ovale à la forme tétraédrique.