PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES
alimentaires au détriment des moins actifs, peut amener chez eux des modifications plus ou moins profondes, ou déterminer leur dépérissement et leur mort.
Les excrétions ont une action plus étendue : elles peuvent être inutiles, ou nuisibles à tous les éléments de l’organisme ou à l’organisme lui-même, comme aux éléments qui les rejettent; elles peuvent aussi être diversement ulilisées suivant leur état physique, ieurs aptitudes mécaniques, leurs propriétés chimiques.
Les excrétions gazeuses ne sauraient rester dans l’organisme ; elles sont éliminées par toutes les surfaces en rapport avec l'extérieur. Les excrétions liquides peuvent
Fig. 296. — Éléments figurés des humeurs. a, globules incolores de l’Anodonte; b, de la chenille d'un Sphinx; ce, globuie rouge du Protée; d, globule rouge et d' cellule lymphatique de la Couleuvre lisse: e, globule rouge de la Grenouille; f, globule rouge, et f”, cellule lymphatique du Pigeon; g, globule rouge de l'Homme.
être : a, rejetées au dehors sans avoir été utilisées, comme l'urine des animaux supérieurs; b, conservées temporairement dans l'organisme, où leurs propriétés sont diversement utilisées, comme cela a lieu pour les sérosités, les mucosités, les larmes, qui assouplissent, lubrifient ou protègent les membranes, les sucs digestifs qui préparent l'assimilation des matières alimentaires, le lait, la soie, les venins, les liquides dans lesquels flottent les éléments reproducteurs ou qui se solidifient autour d'eux pour leur former des enveloppes; c, conservées indéfiniment dans l'organisme pour en faire en quelque sorte partie intégrante, comme le liquide de la cavité générale des Echinodermes, des Arthropodes, des Vers, des Mollusques, le chyle des Echinodermes, la lymphe des Vertébrés, le plasma du sang des Vers annelés et des Vertébrés, l'humeur aqueuse, l'humeur vitrée de l'œil, les liquides de l'oreille interne, le liquide céphalo-rachidien des Vertébrés. Les liquides ainsi conservés dans l’organisme se mélangent parfois à l’eau venue du dehors (liquide cavitaire des ECHINODERMES); des éléments anatomiques libres, corpuscules de la cavité générale, leucocytes, globules du sang (fig. 296), flottent en général dans ces liquides. On a souvent comparé à de véritables tissus l’ensemble formé par les liquides organiques et les plastides vivants qu'ils contiennent; on leur donne d'ordinaire le nom d'humeurs. Comme il est impossible d'établir une démarcation tranchée entre l'état liquide et l’état solide des substances albuminoïdes, capables de s’imprégner d'une quantité d'eau très variable, qui forment la partie essentielle des humeurs, on comprend, en effet, que l’on puisse étendre aux humeurs cette qualification de tissus qui leur conviendrait parfailement si leur partie liquide se consolidait.
Les excrétions liquides peuvent demeurer au sein même des éléments anatomi-
ques qui les ont formées et finalement se substituer à leur cytosarque; c’est ce qui arrive pour le glycogéne, les matières grasses qui constituent des inclusions (fig. 138, page 96) ordinairement utilisées comme aliments de réserve.
Suivant que les éléments qui produisent des excrétions solides sont isolés, groupés en surface ou disposés en masses plus ou moins épaisses, ces excrétions peuvent elles-mêmes jouer un rôle différent dans l'économie de l'animal. Les excrétions solides produites par des éléments isolés sont rejetées au dehors, comme cela arrive pour les excrétions des reins des Mollusques, ou conservées à l’intérieur de ces éléments; elles prennent alors souvent une forme déterminée et forment ce qu’on appelle des spicules. Ces spicules (fig. 297 et 298) sont très fré-
Fig. 297. — Spicules siliceux de différentes Éponges siliceuses : a, spicule de Spongilla dans l’intérieur de la cellule formatrice; b, amphidisque d’une gemmule de Spongilla; c, ancre d’Ancorina; d, crochets siliceux d'ÆZsperia; e, étoile de Chondrilla ; f, g, h, i, différentes formes de spicules d’Æuplectella aspergillum.
quemment calcaires (ÉPONGES CALCAIRES, fig. 91 e, p. 65, ALCYONNAIRES, fig. 298,
ÉCHINODERMES), moins souvent siliceux (HÉLIOZOAIRES, RADIOLAIRES, ÉPONGES SILI-
CEUSES, fig. 297); ils peuvent être formés exceptionnellement d’une substance
‘organique (ACANTHOMETRIDÆ, fig. 31, p. 30). Les spicules persistent dans l’organisme après la mort des éléments qui les ont produits; ils peuvent alors former un squelette presque exempt de matière organique, dont les spicules constituants demeurent libres ou sont soudés par une substance amorphe, produite par les plastides spiculigènes, avant leur disparition (Squelette siliceux de certaines
HEXACTINELLIDÆ, axe calcaire du Corail).
Lorsque les éléments qui produisent des excrétions solides ou solidifiables sont disposés en revêtement sur une surface, la substance excrétée se répand comme un vernis sur cette surface et forme alors, si elle est en couche mince, ce qu’on nomme une cuficule (VERS ANNELÉS). Si elle est en couche épaisse, elle peut prendre des aspects très variés. Le squelette externe des Arthropodes n’est autre chose qu’un revêtement ainsi constitué, formé par de la chitine, substance très résistante à l’action des acides et des alcalis, et qui n’est pas sans analogie avec