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Fig. 400. — Attache des lames électriques Fig. 401. — Coupe transversale des lames de l'organe élecde la Torpille à la gaine intime des prismes. trique de la Torpille, faite après injection interstitielle — cl, gaine intime des prismesélectriques ; d’une solution d'acide osmique à 4 pour 100, macération v, lamelle nerveuse ou ventrale ; p,lamelle des fragments de l'organe injecté dans une solution de dorsale ; e, couche mince du tissu conjonctif bichromate d'ammoniaque à 2 pour 100, et aclion subqui double la lame électrique sur sa face séquente de la gomme et de l'alcool pour compléter le dorsale ; b, couche intermédiaire ; n, noyaux durcissement. Coloration par l'hématoxyline. — c, tissu de cette couche; a, portion réfléchie de la conjonctif qui double la face dorsale de la lame électrilame électrique. — 400 diam. (d’après que ; {, lamelle dorsale ; à, couche intermédiaire; v, lamelle Ranvier). ventrale. — 1200 diam. (d’après Ranvier).

une couche intermédiaire, incolore, contenant des noyaux arrondis. Cette couche est protégée par une lamelle dorsale, mince, vitrée, sans structure, au-dessus de laquelle s’entre-croisent les fines fibres conjonctives du tissu muqueux intercalé entre les lamelles (fig. #01). Arrivée au contact de la cloison des prismes, chaque lame électrique s’aplatit sur elle, en s'infléchissant du côté ventral de manière à présenter la forme d'un cristallisoir renversé, dont le bord libre s'appuierait sur le pourtour de la lame suivante (fig. 400, a). La cloison est, elle-même, formée d’une série de membranes fenestrées, anastomosées entre elles, dans lesquelles on observe des faisceaux de tissu conjonctif et de fibres élastiques, plongés dans une substance interstitielle. Les deux faces des membranes sont revêtues d’un endothélium. A mesure qu'on approche des parois des prismes, les faisceaux connectifs des membranes deviennent de plus en plus grêles, et la dernière membrane, la gaine interne des prismes, est finalement composée de fines fibrilles entrelacées, qui se prolongent sur la lamelle dorsale, comme nous l'avons déjà indiqué.

Les ramifications nerveuses cheminent d'abord dans les cloisons; elles viennent

ensuite ramper sur la face ventrale des lames électriques, où leur gaine de myéline, puis leur gaine secondaire ne tardent pas à disparaitre (fig. 402). La fibre dépourvuekde gaine continue à cheminer en se ramifiant « en bois de cerf » (R. Wagner); finalement, chaque ramification se résout en un système de ramus-

Fig. 402. — Lame de l'organe électrique de la Torpille marbrée, se présentant par sa face ventrale. Préparation obtenue par dissociation après injection interstitielle d’une solution d'acide ocsmique à 2 pour 100 et macération dans la même solution pendant 24 heures. — n, tube nerveux; ge, gaine secondaire ; eæ, ramifications en bois de cerf de Wagner; c, cellules connectives du tissu conjonctif muqueux; t, granulé correspondant à l’arborisation terminale ; ne, noyaux de la couche intermédiaire. — 300 diam. (d’après Ranvier).

cules très sinueux, fournissant un assez long trajet, parfois anastomosés et pourvus

latéralement de courts appendices de même diamètre qu'eux, légèrement renflés

en {bouton (fig. #03). Ge sont là les terminaisons nerveuses qui couvrent toute la surface de la lame électrique :.

Sous l'influence d’une excitation artificielle des nerfs électriques, ou sous l’action de la volonté de l’animal, l’une des faces de la lamelle électrique se charge d’électricité positive, l'autre d'électricité négative et, la distribution électrique étant la même pour toutes les lames, chaque prisme fonctionne comme une petite pile de Volta. En l'absence d’excitations, les organes électriques n’ont qu’un pouvoir élec-

1 Ranvier, Traité technique d'histologie, 2° édition, 1889, p. 596.

tromoteur beaucoup plus faible que celui des muscles. Cependant une légère excitation électrique de l’organe détermine un dégagement proportionnellement très grand d'électricité, ce qui s'explique facilement par la structure même de l’appareil et son analogie avec une batterie électrique. Il n’est pas nécessaire, pour que les décharges apparaissent, que les nerfs excités soient en communication avec le cerveau. Toute excitation produite sur un rameau d’un nerf électrique délaché du cerveau, provoque la décharge de la partie de l'appareil électrique à laquelle il se distribue et de celle-là seulement. On le démontre en plaçant des pattes écorchées de Grenouille sur Îles diverses parties de l'appareil électrique d’une Torpille; on ne voit se contracter, au moment de la décharge, que les pattes placées sur les parties de l'appareil correspondant aux rameaux nerveux eXCi- Fig. 403. — Lame électrique de la Torpille imprégnée tés. L'appareil électrique, mécaniquement LUE are der ee auras Coninns excité, peut donc produire des décharges de la gaine secondaire; b, dernière branche ner- ; ; veuse correspondant aux ramifications en bois de partielles ou une décharge totale. Il se- cerf ; {, arborisation terminale; s, mailles comprises rait intéressant de savoir s’il en est de entre les branches de l’arborisation terminal. — ne : ; 1000 diam. (d’après Ranvier).

même pour les décharges volontaires.

Il y à de grandes analogies, mises en évidence, surtout par M. Marey, entre les propriétés des muscles et les propriétés des organes électriques, entre les décharges électriques et les phénomènes de contraction musculaire. De même que les muscles exsangues gardent quelque temps le pouvoir de se contracter, de même les organes électriques, privés de sang, donnent encore des décharges; de même que la répétition des contractions épuise la contractilité musculaire qui se régénère par le repos, de même la faculté de produire des décharges électriques s’épuise par des excitations répétées et se régénère spontanément quand l'organe est abandonné à lui-même; de même qu'une excitation d’un nerf moteur produit toujours une secousse musculaire unique, de même une excitation d’un nerf électrique produit toujours un flux électrique isolé; de même que la contraction volontaire des muscles résulte de la fusion de secousses musculaires très rapprochées, de même les décharges volontaires de la Torpille résultent de la fusion de flux électriques successifs; de même que la contraction musculaire s’affaiblit par la fatigue, ces flux successifs sont d'autant moins nombreux que l'animal est plus fatigué. Lorsqu’un animal est empoisonné par la strychnine, une excitation de ses nerfs moteurs détermine non plus une secousse musculaire, mais un télanos: de même, l'excitation d’une Torpille strychninisée produit non plus un flux électrique isolé, mais une décharge multiple. Le curare paralyse les organes électriques comme il paralyse les muscles; mais plus tardivement. Entre l'excitation d’un nerf moteur et la contraction musculaire qui en résulte, il s'écoule un certain temps; il s'écoule de même un certain temps entre une excitation du nerf électrique et le

flux qui la suit. Ce retard est, dans les deux cas, d'environ 1/100 de seconde. Enfin, la décharge électrique d’une Torpille dure environ 14/100 de seconde, comme la secousse d’un muscle de Grenouille, et la vitesse de l'agent nerveux est sensiblement la même dans les nerfs électriques des Torpilles et dans les nerfs moteurs (Marey). :

L'analogie entre les appareils électriques et les muscles se retrouve même, à certains égards, dans leur mode de développement.

Quoique divers auteurs, parmi lesquels Adanson, aient eu l'idée de comparer la commotion produite par les Torpilles à une décharge électrique, on doit attribuer à Walsh (1772) la première démonstration de l'identité des deux phénomènes. Ses recherches ont été reprises, en 1827, par Davy, de Blainville et Fleuriau de Bellevue; elles ont été complétées depuis par Matteucci, Faraday, du Bois-Reymond, Armand Moreau, Sachs, Steiner, Marey. Les décharges des Poissons électriques peuvent produire des étincelles, décomposer certains corps, tels que l’iodure de potassium, aimanter un barreau de fer doux, provoquer dans une bobine des phénomènes d'induction. ll n’est donc pas douteux que ce soient bien des décharges électriques. A quel appareil de laboratoire peut-on comparer lappareil physiologique qui les produit? Il semble d’après ce que nous venons de dire, qu'il réunisse certaines des propriétés des machines statiques, aux propriétés des appareils d’induction, mais qu'il se rapproche surtout de ces derniers. Le caractère intermittent des excitalions nerveuses que révèle l'étude de la contraction musculaire, aussi bien que celle des décharges des Poissons électriques, est bien en rapport avec ce rapprochement. |

Iaflux nerveux. — Les nerfs conduisent jusqu'aux centres ganglionnaires ou cérébro-spinaux les excitations périphériques ; ils ramènent vers les glandes, les muscles et les organes électriques, d’autres excitations qui semblent être spontanées et qui ont pour point de départ les centres nerveux. Habituellement ces phénomènes de transport s'’accomplissent dans des nerfs différents, de sorte qu'il existe, en fait, des fibres nerveuses afférentes et des fibres efférentes. Il n’y a aucune différence histologique importante entre ces fibres; toutefois les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs n’ont pas exactement la même coloration (Lowe). D'autre part diverses expériences ont montré que, suivant les circonstances, les mêmes fibres pouvaient être afférentes ou efférentes, de sorte que, quel que soit le sens dans lequel les excitations se propagent, le phénomène est identiquement le même ‘.

1 La démonstration de cette transmission des excitations indifféremment dans les deux sens au travers des fibres nerveuses est très délicate. Vulpian pensait l’avoir obtenue en coupant deux nerfs voisins, l’un sensitif (lingual), l’autre moteur (hypoglosse), et en unissant le bout central du lingual, au bout périphérique de l’hypoglosse. La cicatrisation une fois produite, en excitant le bout central du lingual on obtient à la fois des signes de douleur et des mouvements de la langue; mais de nouvelles expériences de Vulpian l'ont conduit à penser que les mouvements étaient dus, dans ce cas, à des fibres motrices, fournies au lingual par la corde du tympan et qui s’uniraient aux fibres de l’hypoglosse. Paul Bert à pensé fournir la même démonstration en greffant l’extrémité de la queue d’un Rat à la peau du dos de l’animal; si l’on coupe la queue à sa base quand la soudure est complète, le Rat donne des signes de douleur lorsqu'on vient à exciter la portion de sa queue fixée à la peau de son dos, bien que l’excitation soit alors transmise en sens inverse par les fibres sensitives; mais il se peut qu’il y ait là un simple phénomène de sensibilité récurrente (François Franck). La démonstration la plus nette a été tirée par Babuchine de l'étude des propriétés des nerfs électriques des Malaptérures, composés d’une

Comme on ne constate aucun changement apparent dans la fibre nerveuse pendant cette propagation, on est amené à penser qu'elle se produit dans un milieu impondérable, tel que celui où s’accomplissent les phénomènes lumineux et les phénomènes électriques, et, pour ne rien préjuger sur sa nature, on donne le nom d’influx nerveux à la cause inconnue qui permet aux fibres nerveuses, excitées périphériquement, d'agir sur les cellules ganglionnaires, et à celles-ci de réagir par l'intermédiaire d’autres fibres nerveuses sur les glandes, les muscles et les appareils analogues.

Nous avons vu que les excitations périphériques des nerfs développent toujours un changement électrique dans ces nerfs; qu'il en est de même de Paction spontanée, de l’action volontaire des cellules cérébrales ; que la sécrétion glandulaire, la contraction musculaire, provoquées par les nerfs, sont accompagnées de phénomènes électriques ; que, dans certains cas, ces phénomènes électriques peuvent atteindre une intensité considérable; d’autre part, de faibles décharges électriques lancées dans les nerfs efférents remplacent exactement les excitations des cellules centrales, et ces cellules elles-mêmes ne sont pas indifférentes aux excitations électriques, comme cela résulte des expériences de Ferrier sur le cerveau t; il y à donc quelques raisons de penser que les phénomènes attribués à l'influx nerveux rentreront un jour, au moins en partie, dans la catégorie des phénomènes électriques. On a objecté à cette hypothèse que la vitesse de propagation des excitations dans les nerfs était très inférieure à la vitesse des courants électriques. Mais cette dernière vitesse n’est très grande que dans les corps bons conducteurs, tels que les métaux; elle descend, dans une mèche de coton imbibée d’eau, à des valeurs relativement faibles, supérieures encore, ilest vrai, à celles de la vitesse de l'influx nerveux, mais comparables cependant (Beaunis); la vitesse de l'électricité s'atténue encore dans des conducteurs hétérogènes (d’Arsonval). Il n’y a donc pas d'objection absolue à rattacher l’influx nerveux aux actions électriques. La vitesse de linflux nerveux moteur est, d'après Baxt et Helmholtz, de 34 m. 53 par seconde; celle de l’influx nerveux sensitif est, d'après M. Marey, de 30 mètres par seconde. Ces nombres varient d’ailleurs, suivant l'espèce des animaux et l’état des individus soumis à l'expérience. Chez le Homard, même en été, la vitesse de l’influx nerveux tombe à 12 m. (Frédéricq el Van de Velde).

Phénomènes réflexes et phénomènes psychiques. — Les excitations périphériques transmises par les nerfs jusqu'aux plastides des centres nerveux provoquent dans ces derniers, des phénomènes d’un tout autre ordre que les phénomènes périphériques de contraction musculaire, de sécrétion glandulaire ou de décharge électrique, dont nous venons de nous occuper; ce sont les phénomènes psychiques dont l'essence nous échappe encore presque complètement. Ces excitations se transforment d'abord en sensations. Les sensations elles-mêmes s'impriment, pour ainsi dire, dans les centres nerveux de manière à être reconnues quand elles se présentent de nouveau, ce qui constitue la mémoire. Leur souvenir peut être évoqué, soil

seule fibre nerveuse ramifiée. On isole une des branches de cette fibre, on la coupe, puis on en excile le bout central; on obtient aussitôt une décharge électrique qui n’a pu être provoquée que par la transmission centripète d’une excitation exercée sur une fibre habituellement centrifuge.

1 FERRIER, les Fonctions du cerveau, traduit par de Varigny, 4878.

par une excitation analogue à l'excitation première, soit par une excitation qui s’est trouvée accidentellement concomitante de celle-ci, soit même en l'absence de toute excitation; ce souvenir peut être assez puissant dans le rêve, dans l’état hypnotique, par exemple, pour donner l'illusion de l’excitation première: il constitue une idée, et la faculté, commune à l'Homme et à un grand nombre d’animaux, d'évoquer des idées est ce que nous appelons l'imagination. Les idées qui s’éveillent peuvent agir comme des excitations aptes à éveiller d’autres idées; de longues séries d'idées peuvent ainsi se dérouler successivement appelées, pour ainsi dire, les unes par les autres; c’est là le phénomène de l'association des idées. Deux idées peuvent être comparées entre elles, de manière à être distinguées, et rapportées Chacune aux sensations qu’elles représentent, aux objets qui ont fait naître ces sensations; Ces opérations intellectuelles constituent autant de jugements. Les jugements sont eux-mêmes la source de réactions accomplies par les organes périphériques, et qui révèlent l'existence d’une faculté psychique nouvelle, la volonté.

La volonté peut d’ailleurs également maintenir présente une idée ou une chaïine.

d'idées, elle fait ainsi naitre l'attention. Les sensations, la mémoire, les idées, les jugements, les actes de volonté, sont les bases de la conscience que possèdent beaucoup d'animaux, de la solidarité des parties de leur organisme, de la nécessité de les préserver des actions extérieures qui pourraient tendre à les détruire, notion qui les porte à accomplir certains actes et à s'abstenir de certains autres. La continuité de la conscience, assurée par la mémoire, amène à son tour dans l’animal la notion de la durée de son organisme, la notion de sa personnalité. La faculté qui permet à l'animal de juger de ce qui lui est utile ou nuisible, d'approprier ses actes à un but déterminé, immédiat ou lointain, de relier les effets à leur cause, est l'intelligence. De l'intelligence dérive, chez certains animaux, un sentiment plus précis de leurs relations avec leurs semblables, qui leur fait apprécier les avantages de leur assistance. Ainsi se forment des sociétés, dans lesquelles les actes des individus sont bientôt régis par des lois précises auxquelles, par une sorte de moralité, tous se soumettent.

Enfin le besoin de connaître les rapports de l'individu avec le monde extérieur, de pénétrer sa propre essence, et de rechercher celle du monde lui-même, le souci perpétuel des causes et la tendance à remonter à une cause toujours plus haute, caractérisent la raison humaine.

L'étude de ces phénomènes a été longtemps bornée à l'Homme et est demeurée le domaine préféré de la psychologie. Mais la psychologie a réussi à créer à son tour, pour son usage, des méthodes scientifiques et rigoureuses. D’une part l’analyse plus complète des actes psychiques des animaux à irréfutablement démontré chez eux l'existence si longtemps contestée d’une véritable intelligence ‘. La clinique des maladies mentales a fourni entre les mains du Dr Charcot et de ses émules d'importants documents à l’histoire des phénomènes psychiques. Enfin l'expérimentation physiologique a trouvé prise sur quelques-uns d’entre eux. Le temps que met une sensation lumineuse à provoquer une réaction musculaire de la main a été rigoureusement mesuré. Les astronomes avaient depuis longtemps constaté que ce

1 Consulter surtout les ouvrages de Romwanes : lIntelligence des animaux, trad. française, 1887, Bibliothèque scientifique internationale, et l’Évolution mentale chez les animaux, trad. française, 1884.

temps n’est pas le même pour les divers observateurs, et ils avaient donné le nom d'erreur ou d’équation personnelle au temps qui s'écoule entre la production d'un phénomène et le moment où il est enregistré par chaque observateur. L’équation personnelle varie pour chaque individu avec son état nerveux; elle peut être amoindrie par l'habitude. Un astronome éminent, M. Wolf, a pu ainsi réduire son équation personnelle de 0”30 à 0”10. Par des méthodes analogues à celles qui ont été employées pour mesurer l'équation personnelle, Helmholtz a pu déterminer le temps que met le cerveau à apprécier l'intervalle de deux sensations auditives ou lumineuses ; Donders a mesuré le temps employé à distinguer l’une de l’autre deux sensations de lumières colorées; il a suivi de la même facon un certain nombre d'opérations qu’il compliquait graduellement. Toutes ces données sont encore bien restreintes, mais elles ouvrent la voie aux observations précises, qui seules peuvent servir de base à des explications rigoureuses.

Une des remarques les plus importantes auxquelles puisse donner lieu l'étude des actes qui se rattachent au domaine psychique est qu'ils peuvent se présenter sous deux formes, qu'on peut nommer la forme réflexe et la forme consciente.

Dans le premier cas les actes s’accomplissent sans laisser aucune trace dans le sensorium de l’animal, ou tout au moins dans son souvenir. L'animal ne sait pas qu’il accomplit ces actes; il ignore dans quel but il les accomplit, sa volonté ne parait intervenir en rien dans leur accomplissement qui a, en conséquence, quelque chose de fatal, et sa sensibilité ne se distingue guère de cette propriété générale de toute substance vivante qu’on nomme l’irrilabilité.

La forme réflexe parait être la seule forme sous laquelle se présentent les réactions de l’organisme chez les Protozoaires, ainsi que chez les Éponges, les Polypes, les Échinodermes, c’est-à-dire chez tous les Phytozoaires. Mais, comme nous n'avons d'autre moyen d'apprécier les phénomènes psychiques des animaux que l'observation des actes qu'ils déterminent, et que ces actes sont peu nombreux chez des animaux lents à se mouvoir et très souvent fixés au sol, tels que les Phytozoaires, nous sommes peut-être portés à exagérer chez eux l'étendue des actes réflexes. Quoi qu'il en soit, un des caractères de l'acte réflexe c’est que la réaction suit de très près et d’une manière fatale l'excitation, si les conditions de l’expérimentation restent les mêmes; de telle façon qu’on peut dire que l'humidité, la chaleur, la lumière, des odeurs et des sons déterminés, etc., attirent certains animaux, en éloignent d’autres, et que l’on peut prévoir à coup sûr de quelle manière tel animal se comportera dans telle circonstance connue.

Chez les Artiozoaires les actes réflexes demeurent toujours extrêmement nombreux. Les glandes sécrètent sous l'influence des stimulants les plus variés, les muscles lisses se contractent, sans que l’organisme en ait aucunement conscience, sans que la volonté intervienne en rien. Ce sont là les actes le plus nettement réflexes; mais les réflexes peuvent mettre en jeu la sensibilité; dans ce cas l’organisme à plus ou moins pleinement conscience des actes qu’il accomplit, sans que cependant ni ses sensations, ni sa volonté aient eu à intervenir pour les provoquer ou les commander; c’est ce qui a lieu le plus souvent pour les battements du cœur. Les mouvements de l'appareil respiratoire s’accomplissent de même d’une manière régulière sans que la volonté intervienne; mais nous en avons conscience dès que notre attention se porte sur eux, et nous pouvons à notre gré les ralentir, les accé-

lérer ou les arrêter momentanément. Ces mouvements se rapprochent ainsi des mouvements qu’on peut appeler mouvements volontaires à répétition, tels que les mouvements nécessaires pour la locomotion. [ci, nous coordonnons une fois pour toutes nos mouvements en vue du but à atteindre; mais cette coordination accomplie, nous pouvons laisser s’effacer momentanément la conscience du mouvement qui s’exécute, celle même du but à atteindre, jusqu’au moment où les réveille un acte de volonté excitant de nouveau notre attention. La marche, le vol, la reptation, la natation s’accomplissent ainsi comme de véritables actes réflexes. En fait, les expériences sur les animaux décapités ou privés de leurs hémisphères cérébraux, l'aptitude à se mouvoir que présentent dès leur naissance tant de jeunes animaux, même de type élevé, montrent que les actes nécessaires à la locomotion sont combinés une fois pour toutes dans la plupart des organismes, de manière à pouvoir se produire automatiquement, en l'absence de toute volonté, sous l’action de stimulants appropriés; la volonté intervient surtout pour modifier les détails du fonctionnement de ce mécanisme.

Une ancienne opinion, aujourd'hui complètement réfutée, ne concédait aux animaux que cette sorte d'intelligence inconsciente, imperfectible, la même pour tous les individus d'une même espèce, à laquelle le nom d'instinct à été attribué et qui fait des animaux de simples automates. Il est possible qu’il en soit encore ainsi d'un certain nombre d'Artiozoaires : on ne peut guère attribuer davantage aux Artiozoaires fixés (CIRRIPÈDES, BRYOZOAIRES, BRACHIOPODES, ASCIDIENS), aux Artiozoaires parasites (LERNÉENS, NÉMATODES, TRÉMATODES, CESTOIDES), aux Artiozoaires simplement sédentaires (ANNÉLIDES tubicoles, MOLLUSQUES LAMELLIBRANCHES, beaucoup de GASTÉROPODES); la plupart des Vers errants semblent même ne s'élever que fort peu au-dessus de ces animaux ; mais beaucoup de Crustacés, surtout parmi les Décapodes, les Scorpions, les Araignées, les Insectes sociaux, les Mollusques céphalopodes, la plupart des Vertébrés donnent, à des degrés divers, des signes de facultés plus ou moins développées, et que rien ne distingue de l'Intelligence. Cette faculté demeure sans doute très loin de l’Intelligence humaine, telle qu’elle se révèle dans les races civilisées; elle atteint cependant un haut développement chez certains animaux dont l'Homme a associé définitivement l’existence à la sienne, tels que le Cheval et le Chien, et même chez certains animaux sauvages, tels que l’Éléphant ou les Singes anthropomorphes !.

Bien plus, par la répétition, par l'habitude, des actes ordinairement accomplis d’une manière consciente, et dont l’accomplissement a exigé d’abord des efforts soutenus, peuvent devenir absolument involontaires, inconscients et s'effectuer exactement comme des actes réflexes, dès que se renouvellent les circonstances dans lesquelles ils se sont produits. Les exemples de cette transformation sont trop nombreux et chacun peut en trouver dans ses souvenirs trop d'exemples pour qu'il soit utile d’insister. On peut donc dire qu'entre les actes réflexes les plus simples et ceux qui résultent des combinaisons psychiques les plus compliquées, il existe un nombre infini d'intermédiaires. La conscience, c’est-à-dire la sensation de

1 Voir sur ce sujet, outre les livres de Romuanes déjà cités, le XIV® volume des Leçons de physiologie et d'anatomie comparées de H. Mrxe-Enwarps et les volumes des Merveilles de la Nature de Brera, consacrés à l'Histoire des Mammifères et des Oiseaux.

l'acte qui est exécuté, du raisonnement qui s’accomplit, peut exister ou faire défaut sans que rien soit modifié ni dans la rectitude du raisonnement, ni dans la précision des mouvements nécessaires à l'exécution de l'acte. C’est ainsi que le voyageur qui a parcouru un grand nombre de fois la même route, que le pianiste qui a joué cent fois le même morceau, arrivent, l’un à se diriger, l’autre à faire courir ses doigts sur le clavier de son instrument sans commettre une erreur et sans avoir cependant aucune conscience de ce qu'ils ont fait.

Dans le somnambulisme et dans le sommeil hypnotique, cette disparition de la conscience peut devenir complète. Dès lors il est facile, au moyen de la parole, du geste ou de tout autre moyen approprié, de substituer dans l’esprit du malade telle sensation subjective que l’on veut aux sensations réelles, d'évoquer une idée quelconque, de provoquer l’accomplissement inconscient d'actes fort compliqués, ou même de diriger à son gré la suite des raisonnements. L'inconscience apparait ici dans les phénomènes psychiques les plus élevés; le cerveau travaille à l'insu du malade; des idées non perçues, de véritables idées réflexes, surgissent et s’enchainent comme dans l’état normal.

Ces faits sont d'un haut intérêt : la création des habitudes, le passage à l’état inconscient des actes les plus compliqués, les mieux adaptés à un but déterminé, qui peut être lui-même hors de la conscience, enfin l’hérédité des habitudes fournissent, en effet, des bases sérieuses pour l'explication des phénomènes singuliers, propres cette fois non plus à l’individu, mais à l'espèce, qui ont été, sous le nom d’instinct, opposés à l'intelligence.

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