DEVELOPPEMENT DES FORMES AGAMES
migrations, on comprend que les migrations soient la règle du développement chez les vers rubanés. Toutefois la simplification manifeste qu’a subi le phénomène chez l’ Hymenolepis murina semble indiquer que les oncosphères de divers Tæniidæ pourraient arriver à se développer directement dans l’intestin de leur premier hôte, sans subir aucune migration. On a pensé qu’il devait en être ainsi des Anoplocepiialinæ, dont les hôtes intermédiaires sont inconnus; mais on n’a, sur ce point, aucun argument décisif.
En général, on observe une certaine fatalité dans les migrations. Les oncosphères d’une espèce déterminée de Tænia se logent dans un hôte intermédiaire, toujours de même espèce, ou périssent; de même chaque métacestode ne peut arriver à l’état adulte que dans l’intestin d’un Vertébré déterminé. Mais, comme d’habitude quand il s’agit de parasitisme, la fatalité rigoureuse n’est que l’exception et le résultat d’une longue adaptation. D’une part certains hôtes intermédiaires, les Glomeris limbata , par exemple, logent un grand nombre de formes de métacestodes ; d’autre part, le même métacestode peut vivre dans plusieurs espèces; le métacestode du Tænia solium vit, par exemple, dans la chair du Porc, mais se rencontre aussi dans celle de l'Homme; les échinocoques habitent n’importe quel Mammifère, et on peut rencontrer le même Cestoïde adulte dans l’intestin de plusieurs animaux; ainsi le Dipylidium caninum du Chien se rencontre chez l’Homme, qu’habitent aussi le Tænia solium, le Tæniarhynchus saginatus, YHymenolepis nana , le Bothriocephalu slatus.
Développement des formes agames; lenr structure : Plérocercoïdes et Cysticercoïdes *. — Les transformations que subissent les oncosphères une fois qu’elles sont arrivées à la place définitive qu’elles doivent occuper dans leur hôte intermédiaire, les formes finales qu’elles revêtent dans cet hôte, sont assez diverses, mais peuvent être disposées en une série dont les termes initiaux se superposent d’une manière remarquable aux divers degrés d’accélération embryogénique que nous avons signalés en passant du développement des Boturiocephalidæ à celui des ànoplocephalin.e. Les formes agames sont assez différentes les unes des autres pour qu’on ait cherché à les répartir en catégories, à établir pour elles une véritable classification. 11 est assez facile de saisir la loi de leur complication graduelle. Un certain nombre de Cestoïdes acquièrent dans la cavité générale de leur hôte intermédiaire un développement voisin de celui de l’animal adulte, de sorte que la forme issue directement du développement de l’oncosphère ne diffère de la forme définitive que par l’imparfait développement des appareils génitaux, c’est le cas pour le Bothriocephalus cordiceps du Salmo Mykiss qui devient adulte dans un Pélican ( Pele canus erythrorhynchus), pour la Ligula simplicissinia des Poissons d’eau douce déjà signalée, qui achève son développement sous forme de L. uniserialis dans l’intestin des oiseaux aquatiques, pour le Schistocephalus solidus, qui acquiert un grand développement dans la cavité générale de l’Épinoche et devient adulte, comme la Ligula,. dans le tube digestif des Oiseaux aquatiques. Les Ligula et les Schistocephalus , encore dépourvus d’organes génitaux, ont été quelquefois rencontrés en liberté, parfaitement vivants; il est possible qu’ils quittent spontanément, dans certains cas, la
1 R. Moniez, Essai monographique sur les Cysticerques ; Travaux de l'Institut zoologique de Lille, t. 111, 1880. — A. Villot, Mémoire sur les Cystiques des Ténias. Ann. des Sciences naturelles, 6e série, t. XV, 1883. — Bhaun, Die thierische Parasiten des Menschen , Wiirzburg. 1883.
cavité générale de leur hôte temporaire et soient alors avalés par leur hôte définitif. Le Bothriocephalus latus n’atteint pas à beaucoup près, dans son hôte intermédiaire, un développement aussi considérable; son métacestode est un petit ver très contractile (fig. 1253) de 8 à 30 millimètres de long, et de 0 mm. 5 à 3 millimètres de large, présentant à l’une de ses extrémités un scolex capable de s’invaginer à son intérieur; sauf qu’il n’est pas segmenté et ne contient pas d’organes génitaux, le jeune ver a la
même structure que l’adulte ; il est rarement enkysté et se trouve dans la paroi de l'intestin, le foie, l’ovaire, etc. ; il se loge dans un canalicule qu’il a creusé. Braun a proposé d’attribuer à ce métacestode et aux métacestodes analogues le nom de Plérocercoïdes. Quelques-uns de ces métacestodes ont encore été trouvés en liberté.
Chez les ïrypanorhyncha la forme agame est assez différente de la forme sexuée; elle était autrefois désignée sous le nom &' Anthocephalus (fig. 1234). Elle se compose de deux parties : 1° une masse ovoïde dont les seuls organes sont une vésicule excrétrice, située à son pôle libre et deux canaux qui y aboutissent; 2° un scolex présentant à peu de chose près l’aspect de celui du Cestoïde adulte. Les tentacules spinifères sont cependant moins développés et le scolex porte parfois une ventouse médiane qui manque aux adultes ( Scolex polymorphus ). Le métacestode de l’ Echinobothrium typus vit dans le foie de la Nassa reticulata ; il est susceptible de se mouvoir en trainant à l’arrière son scolex qui est ainsi nettement déterminé comme appartenant à la région postérieure du corps. Les autres métacestodes de Trypanorhyncha vivent enkystés dans les tissus des Poissons de mer; les adultes habitent l’intestin des Requins et des Raies.
Des métacestodes plus simples encore se trouvent dans la tribu des Hymenolepinæ où ils ont été désignés sous le nom de Cysticercoîdes ; mais chez les Tæniinæ on voit la structure de la forme agame se compliquer d’abord par la formation aux dépens de l’oncosphère ou par elle d’une ampoule remplie de liquide, la vésicule cystique. L'ensemble de cette vésicule et du scolex qu’elle porte est ce qu’on nomme un Cysticerque. La vésicule cystique n’est d’abord qu’un abri pour le scolex : mais elle acquiert peu à peu une indépendance de plus en plus nette, en même temps qu’un grand volume ; elle est capable de produire plusieurs scolex à sa surface; c’est alors un Ccenurc ; enfin le cœnure s’entoure d’une cuticule lamellaire spéciale et devient capable de produire des vésicules filles qui portent à leur tour de plus ou moins nombreux scolex; c’est alors un Èchinocoquc. Entre ces quatre types principaux, il existe de nombreux intermédiaires qui précisent les rapports de ces diverses formes les unes avec les autres.
Fig. 1254. — Anthocéphale du Tethrarhynchus filicollis. — 1, Anthocéjdiale entier. — 2, Partie antérieure grossie. — a, tentacules spinifères évaginés; b, bothridies; c, gaines des tentacules; cl, portion renflée, musculaire des gaines ; m, muscles réfracteurs des tentacules; V, branches principales, v, branches récurrentes des canaux néphridiens; e, masse ovoïde (d’après Vaullegeard).