BRANCHIES ET ÉLYTRES
D’autre part les cirres, en se modifiant plus ou moins, peuvent tenir lieu d’organes respiratoires; c’est le cas pour les cirres aplatis en lames foliacées des Myrianida , des Phyllodocidæ et des Lysaretinæ. Dans beaucoup de familles de Polychètes la distinction entre les cirres et les organes qu’on peut regarder comme de véritables branchies est même assez délicate, et l’on est conduit à désigner sous le nom de branchie toute expansion tégumentaire suffisamment vascularisée pour jouer un rôle dans la respiration. Les branchies ainsi définies ne sont pas nécessairement homologues; elles sont généralement, mais pas toujours dorsales. Les plus simples, celles des Spionidæ, sont de petites languettes dorsales, reliées chacune par une membrane à la rame pédieuse qui les porte; elles ne contiennent qu’une anse vasculaire sans ramifications; partoutailleurs la branche afférente et la branche efférente de l’anse vasculaire sont reliées entre elles par de petites branches transversales ou même par un réseau vasculaire plus ou moins complexe. L’épilhélium des branchies ainsi construites porte des cils vibratiles, souvent disposés en une seule rangée longitudinale (Spionidæ), ou en deux rangées (Ariciidæ). Ces branchies simples, en forme de languette, de cirre ou de filament, se trouvent chez la très grande majorité des Polychètes branchifères et sont souvent fixées sur un parapode et même protégées par ses soies (Opheliinæ).
On ne trouve de branchies plus complexes que chez les Eunicinæ (fig. 1114), Amphinomidæ, Arenicolidæ, Terebellidæ et chez quelques espèces de Glycera (G. unicornis,
G. lævis). Chez les Eunicinæ et les Terebellidæ, il semble que le passage se fasse graduellement des branchies simples aux branchies ramifiées. Dans la tribu des Eunicinæ, les Hyalinœcia ont des branchies cirriformes; les branchies sont cirri formes chez certaines espèces à'Onuphis, pectinées chez d’autres; chez les Eunice et Marphysa, elles sont le plus souvent pectinées, et, chez les Diopatra, elles passent suivant Fis- m'1- — Partie anté
. , tin .. . rieure d 'Eunice Harassii ,
les especes, de la forme simple a la forme pectinee ou a celle d’une tige tout autour de laquelle des filaments branchiaux sont disposés en hélice. Dans toute cette famille, les branchies sont tellement liées au cirre dorsal que ces deux appendices ne paraissent être que deux parties différenciées d’un même organe. Les Glycera présentent dans la forme de leurs branchies une gradation analogue à celle des Diopatra; mais ici les rames pédieuses peuvent porter une branchie sur leur face dorsale, une sur leur face ventrale ; c’est à cette dernière catégorie de productions qu’on peut rattacher les branchies en forme de crochet que portent, du côté ventral, les rames dorsales des Nephthys. Il est possible que, dans cette famille, les languettes que portent les pieds servent dans une certaine mesure à la respiration, au moins en ce qui concerne le liquide cavitaire. Dans la famille des Terebellidæ, on s’élève de même des Polycirrinæ sans branchies et sans vaisseaux aux Amphitrite à trois paires de branchies forte-
Polychète errant. Une partie des branchies de gauche a été rabattue sur le côté.
— a, premiers segments apodes, soudés entre eux ; b , segments sétigères abranches ; c, segments sétigères et branchifères (d’après de Quatrefages).
POLYCHETES.
ment ramifiées, en passant par les Pherea et genres voisins pourvus de vaisseaux, mais sans branchies, les Trichobranciiinæ, Thelepus, Pista, les Artacamacinæ à branchies filiformes, mais parfois multiples sur chaque segment. Le nombre des paires de branchies peut varier de un à trois dans un même genre de ce groupe; il n’en existe jamais que sur les premiers segments du corps. Les branchies des Arenicolidæ sont en houppes arborescentes, limitées à la région moyenne du corps (fig. 1116, p. 1556). Celles des Amphinomidæ présentent le maximum de complication : sur un même segment, de chaque côté du corps, il peut exister jusqu’à huit arbres branchiaux ramifiés, disposés en série transversale, comme les filaments tentaculaires des Cirratulidæ et comme les branchies cirriformes des Thelepus.
De telles branchies n’ont plus rien à faire avec les cirres; elles semblent conduire au contraire, par l’intermédiaire des filaments tentaculaires des Amphictenidæ, localisés sur le deutoméride et par ceux des Sabellariidæ qui se superposent aux parapodes de ce segment, aux branchies céphaliques des Serpulidæ. Nous avons indiqué page 1553 leurs différents modes de disposition; il nous reste à préciser leur structure qui est toute particulière. Chaque branchie céphalique a la forme d’une plume dont les barbes plus ou moins espacées sont symétriquement disposées par rapport à l’axe qui les supporte. Le nombre de ces plumes varie suivant les genres; il n’y en a que quatre à barbes espacées chez les Spirorbis, jusqu’à 80 à barbes serrées chez la Bispira volutacornis. L’axe porte souvent sur sa face interne, entre les deux lignes de barbes, deux bourrelets épidermiques, symétriques, couverts de cils vibratiles. Chaque barbe est constituée par un étui épithélial, enveloppant un axe fibreux (Serpulinæ) ou formé de cellules à parois rigides, constituant une sorte de cartilage (Sabella) ; les deux rangées de cellules qui soutiennent respectivement les deux barbules symétriques se rejoignent dans l’axe de la plume, en formant ensemble une lame pliée en V. L’axe cartilagineux des barbes, le V de l’axe de la plume sont entourés d’un périchondre épais, surtout autour de la lame en V. Ce périchondre est formé de tissu conjonctif, comprenant une substance fondamentale dans laquelle sont disséminés des amas fusiformes, longitudinaux, de noyaux, et que traversent des fibrilles rayonnantes dans sa région interne, longitudinales dans sa région externe; ces deux régions sont quelquefois séparées ( Spirographis Spallanzanii ) par des grappes également rayonnantes de noyaux. Entre les deux branches du V de substance cartilagineuse se trouve la cavité qui contient les vaisseaux afférent et efférent de chaque plume. La paroi de cette cavité, tournée vers l’intérieur de l’entonnoir branchial, est tapissée par une épaisse couche de cellules qui paraissent être des cellules nerveuses.
Le nom de branchies n’est appliqué que par une sorte d’abus de langage à certaines expansions tégumentaires d’Annélides dépourvues d’appareil circulatoire, comme les Polylepinæ, Sigalioninæ et Capitellidæ. Ces expansions sont d’ailleurs de simples languettes dorsales, cirriformes, qui peuvent coexister avec des expansions ramifiées chez certains genres de Capitellidæ ( Dasybranchus , Mastobran chus). La position de ces appendices n’est même pas fixe; ils sont placés sur le côté neural des parapodes chez les Dasybranchus , sur le côté hémal chez les Mastobranchus. On pourrait désigner ces branchies sous le nom de branchies cœliaques ; le nom de branchies lymphatiques ne saurait, en effet, leur convenir puisque le