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IV. — Cysto-flA(;ellés

Pour peu que le lecteur ait vécu au bord de la mer, il a été à même de constater le phénomène de la phosphorescence. Cette production de lumière est due, dans la plupart des cas, à un tout petit animal que l'on a appelé à cause de cela, la Noctiluque, Noctiluca millaris. Il est on ne peut plus facile de se procurer ces animaux; il suffit d'attendre que la mer se soit retirée; dans les petites flaques qu'elle laisse sur la plage ou entre les rochers, on les trouve en grande quantité. La côte du Pas-de-Calais mérite d'être signalée comme la plus riche en Noctiluques que je connaisse : pendant les temps orageux, il suffit parfois de tremper la main dans les flaques de la plage, dans celles surtout dont les bords présentent des reflets rougeâtres, pour la retirer pleine de Noctiluques.

La Noctiluca mUiaris se présente sous l'aspect d'un corps transparent, assez semblable à un grain de tapioca qui commence à se gonfler dans l'eau. Elle présente en un point de la surface que l'on peut désigner sous le nom de pôle oral, une dépression de laquelle part un sillon longitudinal qui fait ressembler l'animal tout entier à un abricot. Ce sillon a reçu le nom de sillon dorsal. Quelques individus sont rendus cordiformes par un court allongeaient du pôle opposé à celui qui porte la bouche ou pôle aboral.

Le sillon dorsal présente, au niveau de son extrémité la plus déprimée, c'est-à-dire dans l'enfoncement déjà signalé au pôle oral, une bouche à lèvres jaunâtres, visible seulement quand les bords du sillon s'écartent et quand l'animal ingurgite des corps un peu volumineux.

Le sillon qui part de l'enfoncement se termine en pointe sur la face dorsale; il est limité par deux lèvres saillantes et plissées qui s'écartent ou se rapprochent suivant que l'animal se contracte ou se dilate; « au point de la sphère où le pli s'enfonce de la portion dorsale dans l'infundibulum ou vice versa, il est élargi et donne une forme triangulaire à sa portion antérieure qui semble soulever le tégument, mais ce n'est nullement un bâtonnet triangulaire*. » Ce

1. Ch. Robin, Recherches sur la reproduction gemmipare et fissipare des Noctiluques, in Journ. de rAnat. et de la Phijsiol., 1878, p. 564, tab. XXXV, fig. 2, XXXVI, %. 3.

INFUSOIRES FLAGELLATES,

sillon a été, à cause de son aspect, très diversement interprété par les auteurs. Busch ' le considérait comme une «

mince baguette

Fig. 202. — Noctiluca miliaris. Nocliluque vue du coté delà fente buccale avec écartement delà dépression infundibulaire, dont le tégument présente de nombreux et fins plissements en forme de stries. Des vacuoles sarcodiques contiennent un grain de pollen de Pin (v), des Diatomées et autres corpuscules. L'une d'elles ne contient qu'un liquide hyalin — a, portion du corps où la dépression infundibulaire se replie du côté opposé à la bouche pour former le pli dorsal rectiligne, visible par transparence ; b, extrémité libre de la pièce basilaire du tentacule se terminant en pointe par un pli tégumentaire et portant la dent tricuspide; (/, portion terminale de la pièce basilaire où le tentacule devient libre et commence à présenter des stries transversales ; e, insertion du flagellum près delà dent tricuspide; t,le tentacule (d'après Ch. Robin).

l)rillanle » ; BiiglUvvell" le regardait comme « une portion angulaire épaissie du tégument » ; Verhaege^ l'a pris pour une fente;

1. Busch, Deobachluvrj. ueb. Anal, und Entwickl. einiger tuirbellose Thiere; Observation on Noctiluca, in Quart. Journ. of micr. se, 1855, p. 195, fig. D.

2. BniGHTWELL, On self-division in Noctiluca, in Quart. Journ. of micr. se, 1857, p. 187, tab. XII.

3. Verhaege, fîpcherches sur les causes de la phosphorescence de la mer, in J/em. sav. étr. cour, par VAc. roij. de Belgique, XXII, mai 1816, n° 5

Huxley' le premier a reconnu sa véritable nature et l'a envisagé comme une dépression des téguments déterminée par la présence de l'inlundibulum buccal à l'un des pôles du corps.

Le corps des Noctiluques est constitué par du protoplasma qui est plus dense dans la région centrale, où se trouvent le noyau et une ou plusieurs vacuoles contractiles. Le protoplasma central émet des filaments qui \ont se porter vers la membrane d'enveloppe, et s'étalent au-dessous d'elle en un réseau à mailles très fines qui double la membrane. Celle-ci est cuticularisée, relativement peu perméable et finement grenue ; elle est plus épaisse au voisinage de la bouche que dans le reste de son étendue.

Dans le voisinage de la bouche de la Noctiluque se trouvent deux appendices : unflagellum analogue à celui de tous les Infusoires flagellés et un autre appendice plus long et plus gros qui a reçu le nom de tentacule.

Le flagellum est formé de protoplasma et se continue manifestement avec la substance protoplasmique du corps. Il est cylindrique, grêle, de même épaisseur dans toute son étendue. Il oftVe des ondulations tantôt lentes et étendues, tantôt courtes et très rapides, ou bien il s'infléchit ou se roule en spirale. Il ne paraît jouer auc n rôle dans la locomotion du corps et ne sert probablement qu'à diriger vers la bouche les corps étrangers qui servent à la nutrition de la Noctiluque.

Le tentacule est deux ou trois fois plus long que le flagellum et beaucoup plus épais, mais il est plus gros à la base qu'au sommet qui est tronqué et arrondi. Il se distingue aussi par la présence de stries transversales très rapprochées les unes des autres, disposées sur toute sa longueur. Il est constitué, d'après Robin, par du protoplasma continu avec celui de la masse centrale de la Noctiluque et recouvert par un prolongement de la membrane qui enveloppe le corps de l'animal. Le tentacule n'est pas cylindrique; son épaisseur est, d'après Robin, à peu près trois fois moindre que sa largeur, celleci étant de 0'°",042 à la base, et moitié moindre à l'extrémité. Sa base se continue avec une pièce basilaire, ou lame falciforme, constituée par un épaississement de la membrane d'enveloppe du corps. La concavité de cette lame est tournée vers la bouche dont elle longe la lèvre sans la toucher; son extrémité libre porte une sorte de dent tricuspide qui fait saillie au-dessus de la lèvre de la bouche.

1. Huxley, On structure o/"Noctiluca miliaris, in Quart. Journ. ofmicr. se, 1855, p. 49, tab. V.

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L'autre extrémité de la lame basilaire se prolonge jusqu'en arrière de la commissure postérieure de la bouche, point sur lequel est inséré le tentacule. La pièce basilaire est plus mince au milieu que sur ses deux bords qui sont épaissis, finement grenus et jaunâtres. La portion mince et par suite claire se termine en bec de cuiller à la base du tentacule. De cette dernière partent deux ou trois plis saillants qui se prolongent sur le corps à une certaine distance. Les mouvements du tentacule sont toujours lents; il s'étend ou se contourne sur lui-même dans diverses directions en déterminant le balancement du corps, mais il ne paraît pas agir pour faire déplacer l'animal.

Comme dans les Flagellés , la bouche conduit dans la masse centrale du corps qui se creuse de vacuoles destinées à loger les corpuscules ingérés, mais ne présente pas la moindre trace de lacavité gastrique qui avait été admise par quelques anciens zoologistes; on a décrit un anus, mais il paraît y avoir là une erreur d'observation qui s'explique par ce fait qu'au voisinage de la base du flagellum la membrane du corps étant plus mince que partout ailleurs, les corps étrangers peuvent la rompre plus facilement pour sortir. Il paraît du reste bien démontré que normalement l'évacuation des corps devenus inutiles s'effectue par l'orifice buccal qui joue ainsi à la fois le rôle de bouche et celui d'anus.

Si nous étudions à présent les fonctions de cet organisme, nous verrons que sa nutrition se fait comme celle des Flagellâtes étudiés jusqu'ici : un corps étranger susceptible d'être absorbé arrive à la base du flagellum, pénètre dans la bouche, et, s'il est susceptible d'être digéré et assimilé, disparaît, se fusionnant peu à peu avec le protoplasma de l'animal, sinon il est rejeté. Les Noctiluques se nourrissent surtout de petites Algues, telles que des Diatomées ou des Desmidiées, d'Infusoires Flagellâtes, de spores d'Algues, etc.; leur corps est parfois bourré de corpuscules étrangers, les uns inutiles à la nutrition, les autres destinés à être digérés.

La respiration s'efleclue aussi de la même manière que chez les Flagellés. L'oxygène dissous dans l'eau ambiante pénètre par la bouche, et aussi à travers la membrane, puis il diffuse dans le liquide des grandes vacuoles où se rendent, d'autre part, les produits de dôsassimilation.

Les Noctiluques se tiennent, d'habitude, à la surface de la mer, et ne présentent que de très faibles mouvements de balancement du corps, déterminés par le tentacule. La plus petite pluie suffit pour les déterminer à s'enfoncer dans l'eau.

Ces petits organismes sont particulièrement remarquables parla lumière qu'ils projettent dans certaines conditions, Robin a fait remarquer avec beaucoup de raison que celte lumière n'est produite que quand les Noctiluques sont soumises à un frottement quelconque, par exemple lorsqu'on les touche avec une aiguille ou quand on détermine leur frottement réciproque en agitant l'eau dans laquelle elles se trouvent. Toutes les personnes qui ont vécu quelque peu au bord de la mer savent que la phosphorescence ne se montre que sur les points où les vagues s'entrechoquent ou viennent frapper le rivage; une eau obscure jusqu'alors se couvre de lumière quand on y jette une pierre ou qu'on l'agite d'une façon quelconque. Ch. Robin* dit avoir constaté que « le contact d'une aiguille promenée doucement entre des Noctiluques sous le microscope n'amène une production de lumière que dans une portion de la surface de l'animal, au point touché et dans une zone périphérique peu étendue ». Ce savant observateur ajoute, et le fait est facile à vérifier : « La substance des Noctiluques que l'on écrase entre les mains, continue à donner de la lumière à chaque frottement tant qu'il en reste, ce qui a lieu aussi avec la substance des Béroës, etc. C'est ce qui a lieu également avec le mucus des Poissons devenu phosphorescent par altération cadavérique et avec le bois qui se trouve dans les mêmes conditions. Dans l'un et l'autre cas, la production de lumière est d'autant plus considérable que le frottement est plus fort. La cause photogénique est donc très probablement la même dans toutes ces circonstances. Du reste, pour les Noctiluques et les Acalèphes, la décharge lumineuse est également accidentelle et involontaire, seulement ces animaux possèdent de leur vivant les conditions moléculaires photogéniques de quelques-uns de leurs principes composants qui ne se rencontrent que durant leur altération pour ceux du mucus et du bois. »

Le principe photogénique serait, d'après Phipson^, le même dans tous les organismes qui jouissent de la propriété de dégager de la lumière. Phipson lui a donné le nom de noctllucuie. Il a constaté qu'à l'état humide elle absorbe de l'oxygène et dégage de l'acide carbonique; il a observé aussi c[u'elle reste lumineuse dans l'air humide tant qu'elle absorbe de l'oxygène et que ses propriétés lumineuses augmentent quand on la place dans une atmosphère d'oxygène pur ou dans un air riche en ozone. La noctilucine se trouve.

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