‹ Traité de zoologie médicaleChapitre 13 sur 103 · II · texte numérisé non relu

II

Le groupe des Hirudinides a pour type le genre Birudo Linné, 1746 ; il comprend encore les genres AulasiomaUoqmn- Tandon, Hirudinaria Whitman, A Macrobdella Yerrill, Whitmania

R. Bl., Haemadipsa Tennent et Moquinia R. B!.*

Hirudo medicinalis Rai, 1710,

Synonymie : Hirudo venxseetor Braun,

latrobdella medicinalis de Blainville, 1828.

La Sangsue médicinale (flg. 424) est longue de 80 à 120 millimètres, large de 12 à 20 millimètres ; elle habite les eaux douces de l’Europe et du nord de l’Afrique, particulièrement les fossés, les marais, les petites rivières peu rapides.

Son corps est déprimé; le dos est généralement gris olivâtre, avec six bandes plus ou moins distinctes ; le bord est olivâtre clair; le ventre est bordé d’une bande rectiligne. Elle présente un grand nombre de variétés qui tiennent à des différences dans la teinte du pigment et dans la disposition ^ig'^es ou des taches de l’une A, de dos et de profil. — B, par ^ autre face, la face ventrale. Tous les auteurs s’accordent

Fig, 424. — Hirudo medicinalis.—

pour lui attribuer 95 anneaux :

ils comptent, en effet, les anneaux par la face ventrale, en commençant par l’anneau qui limite en arrière la ventouse buccale; d’autre part, ils négligent l’anneau rudimentaire sur lequel, ou même en avant duquel s’ouvre l’anus. Il est plus rationnel de compter les anneaux par la face dorsale, en considérant comme le premier anneau celui qui porte la première paire d yeux. On constate ainsi que la Sangsue est formée de

niRüDO MEDICINâLTS.

102 anneaux, répartis en 26 somiles : c’est dire que les somites ne sont pas tous égaux entre eux; la figure 425 va nous permettre d’étudier leur disposition.

Les 6 premiers et les 4 derniers somites sont raccourcis ; les 16 autres, compris entre la première et la dernière paires d’organes segmentaires, sont demeurés normaux, c’est-à-dire formés cliacun de cinq anneaux, Les 6 somites antérieurs renferment en tout 13 anneaux, savoir : les deux premiers chacun un seul anneau; le somite 3 a'® 2 anneaux; les somites 4,

5 et 6 ont chacun 3 anneaux. Cela revient à dire que les somites 1 et 2 ont perdu chacun 4 anneaux ; que le somite 3 en a perdu 3 et que chacun des somites 4,

5 et 6 en a perdu 2, soit une perte totale de 17 anneaux pour les 6 premiers somites, ]

Fig. 425. — Schéma de l’organisation à’Hirudo medicinalis, d’après G. O. Whitman. — ü, anus ; il, papilles latérales internes ; m, papilles médianes ; mg, papilles marginales ; ol, papilles latérales externes; orifice de la première paire d’organes segmentaires ou pre¬

mier pore néphridial ; - i- i .

n» pore néphridial, Les chiffres situés à droite indiquent le numéro d ordre des anneaux ; ceux de gauclm indiquent le numéro d!ordre des somites.

Les 4 derniers somiles renferment en tout 9 anneaux, savoir : le somite 23 à 3 anneaux; les somites 24, 2o et 26 en ont chacun 2. En d’autres termes, le somite 23 a perdu 2 anneaux; les somiles 24, 25 et 26 ont perdu chacun 3 anneaux, soit une perte totale de 11 anneaux pour les 4 somites postérieurs.

Comme on le voit, les anneaux ont une tendance à se fusionner entre eux, d’où résulte un raccourcissement des somites. Ce raccourcissement se manifeste à chacune des extrémités, mais les anneaux porteurs de papilles sont conservés, tandis que les anneaux qui en sont dépourvus peuvent être supprimés en partie ou en totalité, comme de moindre importance. Les anneaux papillifères peuvent entrer en coalescence soit avec l’anneau précédent, soit avec l’anneau suivant. C’est ainsi que l’anneau o, qui porte la 4® paire d’yeux, est en train de s unir à l’anneau 6 ; l’anneau 8 est en train d’absorber l’anneau 7. Le processus de coalescence est mis hors de doute par ce fait, que les anneaux 6 et 7 sont comparativement étroits et que les sillons qui les séparent respectivement des anneaux o et 8 sont totalement oblitérés à la face ventrale; ces mêmes sillons sont encore bien marqués à la face dorsale, mais sans être aussi profonds, que leurs congénères.

Nous venons de parler des yeux et des papilles segmentaires : voyons en quoi ces organes consistent. Si on examine un somite normal, par exemple le somite to, qui comprend les anneaux o4 à 38, on observe sur le premier anneau' des petites taches qui, à un faible grossissement, se montrent comme des papilles à sommet arrondi. Leur nombre et leur disposition pi-ésentent une remarquable fixité ; on en trouve 8 à la face dorsale et 6 à la face ventrale, soit 14 sur le premier anneau de chaque somite; aucun des autres anneaux n’en est muni, mais il est des espèces où on en trouve jusque sur la ventouse postérieure, signe certain que celle-ci résulte de la fusion et de la transformation d’un certain nombre d’anneaux.

Dans la série des somites, les papilles se répètent avec une grande régularité. Celles de la face dorsale se disposent en huit rangées longitudinales : deux rangées médianes (fig. 423, m), deux rangées latérales internes, il, deux rangées latérales externes, ol, et deux rangées marginales, mg.

De même, on voit à la face ventrale deux rangées médianes, séparées l’une de l’autre par un peu moins du tiers de la largeur du corps, deux rangées latérales et deux rangées marginales.

Les six rangées de papilles ventrales se poursuivent sans modification sur toute la longueur de l’animal. Celles de la face dorsale se comportent de même depuis l’anneau 11, par lequel débute le somite 6, jusqu’à l’extrémité postérieure du corps; en avant, il n’en est plus de même. Les papilles médianes restent intactes sur les anneaux

HIRUDO MEDICINALIS.

9 3 5 et 8, mais se transforment sur l’anneau 1, de manière à constituer les deux yeux de la première paire. Les papilles latérales internes font défaut sur le premier anneau, mais deviennent également des yeux sur les anneaux 2, 3, 5 et 8 : ce sont les yeux des quatre dernières paires. Ces papilles latérales externes se retrouvent sans modification sur tous les anneaux papillifères ; il en est de môme pour les papilles marginales, à l’exception du premier anneau (1).

Les yeux sont donc les homologues sériaires des papilles segmentaires' : les deux premiers yeux ont pris la place d’une paire de papilles médianes; les autres remplacent quatre paires de papilles latérales internes. Cela revient à dire que les rangées longitudinales de papilles médianes sont les équivalents métamériques de la première paire d’yeux et que les rangées de papilles latérales internes ont la même signification par rapport aux quatre autres paires d’yeux.

Cette remarquable homologie, basée exclusivement sur la morphologie, se trouve confirmée par l’étude anatomique de l’œil et de la papille segmentaire. L’œil delà Sangsue est une masse cylindrique de cellules trois ou quatre fois aussi longues que larges. La portion axileest formée de grandes cellules vitreuses, fort distinctes de toutes les autres cellules du corps : chacune d’elles présente en son centre une sorte de vacuole, que remplit sans doute un liquide incolore. Le proloplasma de ces cellules constitue une épaisse enveloppe qui, par l’un de ses côtés, se projette dans l’intérieur de la vacuole en une sorte de protubérance dont la base est occupée par le noyau cellulaire. Cette partie axile, formée de cellules claires, est entourée de toutes parts d’une épaisse couche de pigment noir, sauf du côté externe. Le capuchon épidermique qui recouvre ces cellules est convexe et totalement dépourvu de pigment. Un nerf optique pénètre dans l’œil au voisinage de son extrémité profonde et suit l’axe de 1 organe sur une grande partie de sa longueur ; il est probable que ses rameaux se mettent en connexion avec les cellules claires.

Les papilles segmentaires ont cette même structure et renferment tous ces éléments, à l’exception du pigment ; une branche des nerfs latéraux se rend à chacune d’elles. L’absence de pigment permet de douter si ces organes perçoivent la lumière; leur fonction est problématique, mais leur structure et leur situation autorisent à penser que ce sont des yeux en voie de développement.

(1) Dans le diagramme (fig. 425) ,■ les papilles latérales externes et marginales se continuent en avant jusqu’au premier anneau ; les marginales sont seules absentes sur celui-ci. Mais dans la plupart des espèces d'Hirudo, deux de ces rangées sont très indistinctes ou même font défaut sur les trois premiers anneaux; elles existent au contraire dans le genre Aulastorna et sont très distinctes dans les grandes Sangsues médicinales de Saïgonj de Singapour, de Java et do Geylan.

CLASSE DES ANNELIDES.

Nous avons noté que le premier anneau de chaque somite est caractérisé par la présence des papilles segmentaires; le dernier anneau l’est lui-même par la présence des pores néphrklkmx qui s ourm dans son bord poslérleur, à la face ,e„ Iraie nt laléra enaent,. On peut dire que ces orifices se présentent par paires, dans le sillon qui sépare deux somites consécutifs; ils font communiquer les organes segmentaires avec 1 extérieur. , . >

On désigne ainsi une série de tubes très compliques qui s ouvrent dans la cavité générale par un entonnoir vibratile, traversent la paroi du corps en se repliant et en se contournant sur eux-mêmes, puis

Fig. 426. — Organe segmentaire de la Sangsue, d’après Gratiolet. — a, glande mucipare en anse; b, son extrémité enroulée; c, son appendice cæcal; d, son canal excréteur ; e, vésicule terminale.

se terminent par les pores néphridiaux. Ces tubes sont très régulièrement disposés par paires dans certains somites; leur nombre varie suivant les espèces, et leur structure acquiert parfois une extrême complication. Ils jouent le rôle d’appareirexcréleur et sont caractéristiques des Annélides.

Chez Hinido medicinalis, les organes segmentaires sont au nombre de 17 paires : la première (fig.' 425, l“‘p) s’ouvre, entre les somites 6 et 7 ou entre les anneaux 13 et 14; la i7« ou dernière (tig. 425, ■17*" p) s’ouvre entre les somites 22 et 23 ou entre les anneaux 93 et ,94. Entre les deux paires extrêmes, il y a donc exactement 16 somites

limUDO MEDIGIINÂLIS.

complets ou 80 anneaux. Ces organes diffèrent notablement de la description typique qui précède ; par suite d’un développement exagéré du tissu mésodermique, qui est venu combler la cavité générale, l’entonnoir vibratile, qui s’ouvrait primitivement dans celle-ci, s’est oblitéré, en sorte que l’organe débute par , un tube en cul-de-sac (tig. 426, c); l’entonnoir persiste chez les Hirudinées dont la cavité générale n’est pas oblitérée {Bmnchiobdella, Nephelis). Le tube, 6, se bifurque et forme une anse, a, ou glande mudpare, dont le canal excréteur, d, aboutit à une large vésicule, e, qui recueille les produits d’excrétion élaborés par la glande et les déverse au dehors.

Les somites 9, 10 et 11, soit les anneaux 24 à 32, constituent la ceinture ou clitellum, c’est-à-dire une portion du corps dans laquelle les glandes de la peau se gonflent et entrent en fictivité au moment de la ponte, de manière à sécréter une substance mucilagineuse, au moyen de laquelle l’animal fabrique un cocon dans lequel les œufs sont pondus. Les deux orifices sexuels se voient à la face ventrale et s’ouvrent sur le clitellum : l’orifice mâle entre les anneaux 30 et 31, c’est-à-dire entre le deuxième et le troisième anneaux du somite 10: la vulve occupe une situation analogue sur le somite dl et s’ouvre entre les anneaux 33 et 36.

Les téguments ne sont pas ciliés; ils comprennent une mince cuticule, soumise à des mues fréquentes, et une couche de cellules épidermiques, auxquelles sont interposées des glandes unicellulaires particulièrement abondantes au niveau du clitellum; au-dessous vient un mince hypoderme renfermant un nombre considérable de cellules pigmentaires, diversement colorées suivant les espèces ou ïes races. Une double couche musculaire entre encore dans la constitution de la paroi du corps ; la couche externe est circulaire, 1 interne est longitudinale ; de plus, des fibres dorso-ventrales traversent le corps de part en part; d’autres fibres vont encore s’insérer à la surface des organes.

La ventouse antérieure (flg. 427) est peu concave, arrondie en avant, et présente inférieurement quelques plis longitudinaux peu apparents. La bouche s’ouvre au fond : elle est grande, relativement à la ventouse; au repos, elle est limitée par trois lèvres, deux antéro-latérales, très proéminentes, et une postéro-médiane, dont les commissures présentent l’aspect d’une étoile à trois branches.

Dans l’intervalle de ces lèvres et à l’intérieur de la bouche, on trouve trois grandes mâchoires égales (fig. 428 et 429), très comprimées, ayant chacune la forme d’une petite scie demi-

120 CLASSE DES ANISÉLIDES.

circulaire, pourvue d’un manche raccourci, par lequel elle se fixe dans les téguments, ainsi que par son bord rectiligne. La portion circulaire est donc saillante ; son bord convexe et tran-

Fig.42T.— Ventouse Fig. 428. — Ventouse bue- Fig. 429. — Mâchoire buccale. cale ouverte, pour mon- isolée et grossie,

trer les trois mâchoires.

chant est armé, sauf aux deux extrémités, d’une rangée d’environ 90 denticules, placés comme à cheval sur le bord tranchant de la mâchoire. Ces denticules sont de taille inégale : les plus petits se voient du côté antérieur ou externe ; ils augmentent graduellement de grosseur en se rapprochant du bord postérieur ou interne. Chaque mâchoire est animée par un petit faisceau musculaire, dont les fibres divergent en arrière et vont se confondre avec les muscles longitudinaux du larynx; en avant, ces fibres se divisent et vont prendre insertion sur la mâchoire même.

A la suite de la bouche (flg. 431, h) vient l’œsophage, i, canal petit, resserré et membraneux, pourvu de quelques rides longitudinales très fines et peu marquées ; sa paroi comprend des fibres musculaires longitudinales, transversales et radiaires. Après un court trajet, il s’ouvre dans l’estomac, vaste poche qui se trouve subdivisée par des brides transversales, k, qui pour la plupart correspondent chacune à un somite. Chaque chambre se dilate à droite et à gauche en un cæcum avec lequel elle communique largement. Les deux derniers cæcums, m,n, se distinguent entre tous par leur extrême longueur et par leur direction ; ils s’étendent d’avant en arrière jusqu’au voisinage de l’anus. Les chambres gastriques et les cæcums qu’elles portent latéralement augmentent de taille du premier au dernier.

L’intestin (fig. 430, de;Gg. 431, p) prend naissance immédiatement après les deux derniers cæcums, entre lesquels il chemine. C’est un canal grêle et rectiligne, dont la paroi ne renferme pas de couche musculaire, mais dont la dilatation est assurée par le jeu de muscles insérés à sa surface. Il va s’ouvrir au-dessus de la ventouse postérieure, entre les anneaux 101 et 102 ou sur l’anneau 102; ce dernier

HIRÜDO MEDIGINÂLIS.

est très rudimentaire. La ventouse elle-même est un peu plus grande que l’antérieure; son disque est très légèrement strié.

Dans l’épaisseur de l’œsophage se trouve un amas de petites glandes qui viennent déboucher dans la cavité de l’organe; on les a considérées comme des glandes salivaires. Le liquide qu’elles sécrètent aurait, suivant Haycraft, non la propriété de digérer les aliments, mais celle d’empêcher la coagulation du sang.

On sait qu’après une piqûre de Sangsue l’hémorrhagie est difficile à arrêter et que le sang contenu dans l’estomac de l’animal n’est pas coagulé; si on l’extrait de l’estomac après la mort du Ver, il a perdu sa coagulahilité. Ces phénomènes sont dus à l’action du liquide susdit, qui se déverse dans i’ œsophage et dans la bouche et qui détruit le ferment du sang, sans amener d’ailleurs aucune modification appréciable de ce liquide Injecté à un animai à sang chaud, il ne détermine que de faibles accidents et est éliminé par le rein. Il est sans effet sur la coagulation du lait ; il accélère un peu celle de la myosine et la rigidité cadavérique. Il est soluble dans l’eau, pure ou salée, mais est insoluble dans le chloroforme, l’éther, le benzol et l’alcool.

L’appareil circulatoire est bien développé et renferme du sang teinté en rouge par l’hémoglobine dissoute. 11 se compose essentielle- qigeg.

ment de trois vaisseaux longitudinaux, un tif de la Sangsue médi-

dorsal et deux latéraux. Le vaisseau dorsal cinale. — a, œsophage;

conrt-tout le long de la ligne médiane et se chambres gastritermine à chaque extrémité par un grand ÎSquL"’ pTsSufs'^

nombre de ramifications. Les deux vaisseaux ' d,e, intestin;/, rectum, latéraux sont contractiles; ils s’atténuent à chaque extrémité et s’anastomosent à plein canal. Dans chacun des 17 soraites pourvus d’organes segmentaires, ces vaisseaux s’unissent en outre l’un à l’autre par deux branches anastomotiques, l’une qui

court sous les téguments delà face dorsale, l’autre qui court sous ceux de la face ventrale ; cette dernière branche naît de part et d’autre par deux racines qui s’unissent bientôt entre elles.

Les dernières ramifications de ce système vasculaire se perdent dans l’épaisseur des organes et dans le parenchyme du corps. De là, le sang est recueilli par ün sinus médio- ventral qui représente, non un vaisseau véritable, mais une simple lacune, dernier vestige de la cavité générale. Ce sinus renferme le système nerveux central; à chacune des extrémités, il se divise en un certain nombre de fines ramifications qui s’unissent sans doute aux vaisseaux dorsal et latéraux.

r Le système nerveux est constitué par un collier œsophagien, auquel fait suite une chaîne ganglionnaire ventrale. Le collier présente en haut et sur les côtés deux ganglions cérébroïdes, d’où partént trois paires de nerfs qui se rendent aux yeux; deux courts connectifs les rattachent à une volumineuse masse ganglionnaire ventrale, qui envoie cinq paires de nerfs à la ven- '' touse antérieure. La chaîne ganglionnaire est formée de 21 ganglions (fig. 431, e), répartis dans chacun des somites ; le premier ganglion, 6, se voit immédiatement en ar- 1 rière de la ventouse buccale; le dernier ou 1 ganglion anal, d, est à la base de la ven- I . touse postérieure. Chaque ganglion émet de 9 chaque côté un certain nombre de filets

ÏFig. 431. — Auatomie â’Hintdo medicinalis vue par la face ventrale, d’après Moguin-Tandon. — a, ventouse buccale ; b, premier ganglion de la chaîne ventrale; d, ganglion anal; e, ganglions ; f, chaîne nerveuse ; g, nerfs partant des ganglions; h, bouche; i, œsophage; k, chambres gastriques; m,n, cæcum gastrique ; P, intestin ; q, rectum ; r, organes segmentaires ; t, épididyme; le postérieure; w, vulVe; x, fourreau du pénis ; z, pénis; A, cant; B, testicules; D, utérus; E, ovaires.

HIRUDO MEDIGINALIS.

nerveux, g, qui se rendent aux organes ; il e|t en réalité double et formé de deux moitiés fusionnées sur la ligne médianè ; d’un somite à l’autre, les deux moitiés correspondantes sont réunies par une commissure particulière, en contact avec sa congénère, mais non fusionnée avec elle. Le ganglion anal est nettement subdivisé en sept segments,- primitivement distincts chez la larve ; il donne naissance à 9 paires nerveuses qui se distribuent à la ventouse anale. .

Les commissures de la chaîne ventrale soiltt, accompagnées par un petit tronc nerveux ou nerf intermédiaire de Faivre, qui, comme elles, traverse tous les ganglions et semble être l’hbmologue du nerf sympathique impair des Arthropodes. Le stomato-gastrique est lui-même représenté par un plexus nerveux, entremêlé de petits ganglions, qui entoure l’œsophage etprovient sans doute des ganglions cérébroïdes..

En outre des yeux et des papilles segmeTitaires, les organes des sens sont' encore représentés par des corpuscules cupuliformes que porte l’extrémité antérieure du corps et auxquels aboutissent des filets séparés des nerfs qui se rendent aux yeux.

La Sangsue est hermaphrodite, d'ailleurs comme toutes les Hirudinées, sauf Histriobddla. Les organes Anales sont représentés par 9 paires de testicules, situées à la face ventrale des somites 12 à 20. Chaque testicule est constitué par un corpuscule sphérique. B, entouré d’une épaisse enveloppe et émettant sur le côté externe un canal transversal qui va se jeter dans un canal déférent. A, né du dernier testicule. Ce canal déférent se porte d’arrière en avant, à la face inférieure des cæcums gastriques. Parvenu dans le somite 11, il se pelotonne sur lui-même pour former VépvMdyme, t, puis s’unit sur la ligne médiane à celui du côté opposé; leur union se fait au centre de la prostate, amas de glandes unicellulaires ; il en résulte un canal unique qui se continue et s’ouvre au dehors par un pénis exsertile, z, normalement replié dans une petite poche, æ. Les glandules prostatiques sécrètent un liquide visqueux qui agglomère les spermatozoïdes en faisceaux ou spermatophoi’es, dont la rupture ne s’effec-' tue que dans l’appareil femelle.

Celui-ci consiste en une seule paire d’ovaires, E, contenus dans le somite 11 et formés d’un tube pelotonné qui émet un oviducte, bientôt réuni à son congénère. Ainsi prend naissance un utérus, D, qu’entoure la glande de l’albumine et qui se continue par un vagin ovoïde aboutissant à 'la vulve, w.

\ Lors de l’accouplement, deux individus se rapprochent ventre contre [Oj yventre et en sens inverse ; le coït est réciproque, comme chez les Escargots; d’après Valenciennes, il dure plus de'trois heures, picndant lesquellès les animaux gardent un repos absolu. La ponte s’effectue

j24 -classe des âNNÉLIDES.

trente à quarante plus tard; les œufs ne sont pas pondus isolément, mais sént réunis dans un cocon.

Quand la Sangsue veut former son cocon, elle sort de l’eau et se creuse une galerie dans la vase-’^ü dans la terre humide. Elle laisse alors couler de sa bouche une bave écumeuse dont elle s’entoure complètement. Le clitellum se gonfle et ses glandes cutanées produisent un liquide qui se condense à la surface en une sorte de pellicule. L’animal, flxé.par sa ventouse postérieure, paraît souffrir: il se tord en tous sengj^la partie postérieure de son corps demeurant immobile et servant de point d’appui. Au bout d’un certain temps, quelques ovules sortait par la vulve : ils se disposent entre la surface du corps et la pellicule ovoïde dont chaque extrémité étrangle fortement la Sangsue. Celle-ci se retire alors brusquement .de la capsule, dont les deux orifices polaires se ferment aussitôt par un épais- bouchon "brunâtre qui tombera plus tard comme un opercule. Cette opération dure environ vingt-cinq minutes.

Dès que la capsule est achevée, l’animal sécrète une écume blanche, légère, mousseuse, semblable à celle de l’albumine longtemps battue à l’air, et la dispose autour de celle-ci. Cette écume se condense et finit par brunir et par constituer le réseau spongieux.

Chaque Sangsue médicinale produit ainsi 1 ou 2 cocons (fig. 432),

Fig. 432. — Cocon â'Hirudo medicinalis.

rarement 3 ou 4. C’est à leur intérieur que se fait le développement des ovules, à la condition que les cocons soient maintenus dans un endroit humide, mais non submergés. L’éclosion a lieu au bout de vingt-cinq à vingt-huit jours : les petits font tomber l’opercule placé à chaque pôle de la capsule intérieure du cocon, serpentent quelque temps à travers les mailles du tissu spongieux et finissent par sortir par divers points de sa surface; ils sont alors longs de 17 à 20 millimètres.

Garlet a étudié le fonctionnement des ventouses au moyen delà méthode graphique. 11 fait marcher une Sangsue sur une feuille de papier enduit de noir de fumée. L’animal laisse en

IIIRÜDO MEDIGINÂLIS.

blanc les traces de son passage, correspondant à la fixation des ventouses.

La ventouse postérieure laisse deux sortes d’empreintes. Les unes(fig. 433, 1) sont des anneaux blancs à centre noir, qu’on obtient en détachant la Sangsue au.;rnoment même où elle vient

Fig. 433. — Traces laissées sur un papier enfutné par la ventouse postérieure. — 1, début de la fixation * 2, adhérence complète.

de se fixer. Les autres (flg. 433, 2) sont des cercles entièrement blancs que laisse sur le papier la Sahgsue qui se détache naturellement.

La ventouse antérieure se fixe d’une façon plus compliquée et moins rapidement. La Sangsue explore tout d’abord l’endroit où elle va se fixer ; elle se sert pour cela de ses deux lèvres antéro-latérales, qui s’impriment en blanc sur le papier noirci,

Fig. 434. — Graphique de la fixation de la ventouse antérieure de la Sangsue. — 1, application des deux lèvres supéro-latérales ; 2, application de la commissure antérieure; 3, application des trois lèvres; 4, abaissement du pharynx; 5, contact du fond de la ventouse.

de manière à figurer deux lignes convergentes (fig. 434, 1). Puis la commissure des lèvres antérieures s’abaisse à son tour et les deux lignes précédentes s’unissent l'unn à l’autre (fig. 434, 2). La lèvre postérieure vient ensuite au contact du papier et la figure inscrite prend alors l’aspect d’un triangle

(fig 434 3). Le pharynx, qui n’a pas encore bougé, commence alors à s’abaisser, el le contour triangulaire de la ventouse s’élargit sur son passage, en prenant la forme circulaire (fig. 434, 4). Enfin, le fond de la ventouse touche la surface enfumée, l’adhérence devint complète et se décèle par le tracé d’un cercle entièrement blanc (fig. 434, S).

La fixation de la ventouse se fait donc suivant un mécanisme opposé à celui que l’on admettait généralement, puisque ce sont les bords qui s’abaissent d’abord, le centre venant adhérer en dernier lieu. Quand la èangsue se détache, c’est encore par lepourtour de la ventouse que le^hénomène commence.

Aussitôt atilès la fixation, paiftie antérieure du corps se redresse, de façon à simuler un sabot dè.Lheval posé sur le sol. Cette position, qui précède immédiatemenrtli rnorsure, est obtenue par la contraction des muscks^'ongitudinauï de la partie relevée, qui sert alors de point' d’apÊur-'aux ^scles des mâchoires. Dès que ceux-ci entrent en acUonrôn les v/fil s’accuser par trois saillies, puis trois déprei^&squi se succèdent avec un synchronisme parfait, à raison de deux contractions par seconde,’ suivant qu’il y a contraction ou relâchement. , ,*

Pour étudier la façon dont se fait la morsure, Carlet applique des Sangsues sur la peau rasée d’un' Lapin convenablement fixé, en ayant soin de les détacher à divers moments. Il peut alors constater ce qui suit :

Dès que la partie antérieure du corps s’est redressée en forme de sabot de Cheval, la peau se soulève à l’intérieur delà ventouse en un mamelon qui n’a subi encore aucune atteinte. Un peu plus tard, après que les mouvements de la région pharyngienne ont donné le signal de l’action des mâchoires, la peau présente trois incisions linéaires équidistantes disposées en étoile et ne se rencontrant pas. Le sang ne coule qu’un instant après, quand. les trois lignes se sont rejointes : par suite du retrait des lambeaux de la peau, la blessure prend la forme d’un triangle dont les trois bissectrices correspondent aux mâchoires. On voit alors celles-ci s’écarter l’une de l’autre, en mônje temps qu’elles s’enfoncent dans la blessure, puis se rapprocher en même temps qu’elles se relèvent. En somme, les denticules des mâchoires ne sont pas assez puissants pour produire d’un seul coup une blessure qui donne lieu à un écoulement de sang; il leur faut agir à plusieurs reprises.

Quand elles s’abaissent, les mâchoires dilatent l’orifice œsophagien, qui prend la forme d’un triangle dont chaque côté correspond à

HIRUDO MEDICINALIS. 127

la base d’une mâchoire. L’œsophage devient lui-même un entonnoir béant, dont Te sang vient combler le vide. C'est ainsi que s’accomplit la succion : elle ne commence qu’au moment où la morsure a pris la forme triangulaire.

La déglutition du sang sucé ne se fait pas par une sorte d’aspiration qui se produirait en arrière de l’œsophage, mais par un véritable mouvement de pompe foulante. En remontant, les mâchoires se rapprochent l’une de l’autre, pour former une sorte de bouchon,- qui agit à la façon d’un piston et pousse le sang vers l’estomac. Les mâchoires sont donc tout à la fois les agents essentiels de la succion et de la déglutition.

Il est intéressant de rechercher quelle quantité de sang peut prendre une Sangsue. La question a été résolue par les expériences d’Alph. Sanson, puis de Moquin -Tandon. Voici d’ahord lerésultat obtenu par Sanson :

10 Sangsues grosses pesant 30e'' absorbent lOOer de sang, soit 5,33 feis bnr poids.

— — moyennes 12,50 — 83,50 — G.96 —

— petites rtioy. 7 — 33 — 4,70

— petites 5 19 g’gQ

Moquin-T^ndon est arrivé à des résultats assez analogues ;

20 Sangsues grosses pesant 588'' absorbent 295er de sang, soit 5,9 fois leur poids.

— — moyennes 29 — 150 — 5,5 —

— petites moy. 15 — Cl — 4 —

— petites 11 — 27 — 2,5 —

La quantité moyenne de sang tirée par une grosse Sangsue est de 16 grammes, d’après Sanson, de 15e'-,75, d’après Moquin- Tandon. Si on admet que la quantité de sang qui s’écoule après l’application est à peu près égale à celle du sang absorbé, chaque Sangsue ferait donc subir au malade une perte de 31 grammes de sang.

Quand la Sangsue s’est gorgée de sang, elle reste immobile et dans une sorte de -torpeur : la digestion est un labeur pénible, dont la durée variede six mgjs à un nn^ sjiivant la quantité de sang absorbée et suivant l’âge et la vigueur de l’Annélide. Le sang garde pendant plusieurs mois sa fluidité et sa couleur accoutumées, et certains observateurs ont même pensé qu’il reste complètement intact. Jolyet.et

egnard ont reconnu, au contraire, que l’hémoglobine se dépose en

beaux cristaux, phénomène que Stirling et Philip ont également étudié.

L’application des Sangsues présente-t-elle quelque danger? ' A part les cas où des individus mal surveillés se sont introduits dans des cavités naturelles, comme la bouche, le nez, le vagin, le rectum, Moquin-ïandon pense que la morsure en elle-même est absolument inoffensive, même dans les cas où on vient à réappliquer, après dégorgement ou après digestion, des Vers ayant sucé déjà d’autres malades. « Quand la digestion est commencée, dit-il, ou quand elle est sur son déclin, il ne paraît pas que l’emploi de ces animaux puisse entraîner de résultat fâcheux. »

Pour être juste dans la plupart des cas, cette assertion n’en est pas moins trop absolue. On a vu plus d’une fois la morsure d’animaux servant pour la seconde fois être suivie d’inflammations très vives, de chancres, d’eschares, etc. Bien plus, les notions acquises récemment sur la nature et la propagation des maladies infectieuses nous permettent d’affirmer que les Sangsues, même lorsqu’elles n’ont jamais piqué l’Homme, peuvent transmettre le germe de maladies aussi meurtrières que le charbon, la septicémie, etc.

On trouvera dans les journaux de médecine et dans divers ouvrages des observations montrant quels redoutables accidents peuvent résulter de l’emploi des Sangsues. Le danger est sans cesse menaçant ; aussi convient-il de renoncer définitivement en médecine à l’usage de ces Annélides. Le scarificateur rendra les mêmes services, sans exposer aux mêmes dangers, à la condition expresse de ne l’employer que flambé ou trempé dans des solutions antiseptiques. Nos mécaniciens sont d’ailleurs assez habiles pour construire des instruments d’un maniement facile et dont le fonctionnement soit en quelque sorte calqué sur celui de la Sangsue : voilà vingt ans. Damoiseau proposait l’emploi de la térabdelle, instrument répondant à ce besoin.

L intervention de la Sangsue en -médecine-en est du reste à son déclin, comme cela ressort de la slalislique suivante, dressée par Lasègue et Regnauld et indiquant la quantité de Vers employés dans les hôpitaux de Paris, de 1820 à 1874 :

HIRUDO TROGTINA.

1 1820, la pharmacie centrale achète 183.000 Sangsues au prix de 11.000 fr.

L’emploi des Sangsues a donc commencé à prendre de l’importance vers 1824. L’engouement arrive à son apogée de 1830 à 1842; à partir de 1842, le déclin se prononce ; jusqu’en 1850, il est modéré, puis il s’accentue et se précipite avec un irrésistible entrain.

Ces faits sont encore démontrés d’une façon plus frappante et plus concise, si on calcule les moyennes annuelles pour les diverses périodes :

Consommation moyenne Dépense moyenne

par an. par an.

De 1820 à 1823 . 183.000 10.000 fr.

De 1824 à 1830 . 508.000 40.000

De 1830 à 1842 . 828.000 90.000

De 1842 h 1850 . 430.000 79.000

De 1850 à 1855 . 225.000 45.000

De 1855 à 1863 . 138.000 14.000

De 1863 à 1870 . 93.000 6.000

De 1870 à 1875 . ;. 52.000 1.800

A l’époque où le règne de la Sangsue était dans tout son éclat, cet animal était l’objet d’un commerce important et d’une industrie particulière, Vhirudiniculture. Nous ne nous attarderons pas à donner des détails sur ce point; on en trouvera de fort circonstanciés dans le livre de Moquin-Tandon, dans celui de Guibourt et dans quelques autres ouvrages.

Hirudo troctina Johnson, 1816.

Synonymie : Sanguisuga intermpta Moquin-Tandon, 1826.

lalrobdella medicinalis, var. tessellata de Blainville, 1827.

Cette Sangsue est longue de 80 à 100 millimètres, large de 12 à 18 millimètres, à corps subdéprimé. Le dos est généralement verdâ- Blanchard. - Zool. méd. II. — 9

no

tre, avec six rangées de petites taches noires cerclées de rouge ou rouges cerclées de noir: ces taches sont toujours- portées par le dernier anneau de chaque somite; les anneaux 99 et 101 font exception, en ce quils portent à la fois des taches et des papilles segmentaires. La face ventrale est jaune verdâtre ou gris jaunâtre, plus ou >.v^oins maculée de taches noires, et porte deux bandes marginales en zigzag. Moquin-Tandon en décrit trois variétés. Cette espèce ne possède que 65 à 76 denticules à chaque mâchoire ; Ébrard a reconnu qu’elle est incapable de donner des hybrides avec H. medicmalis.

Elle a été longtemps employée en Angleterre et dans les hôpitaux de Paris. Les Anglais l’appellent Trout-Leech, à cause de la ressemblance de ses taches avec celles de la Truite ; en France, on la connaît dans le commerce sous le nom de Sangsue-Dragon ou Dragon d'Alger. Pelletier et Huzard la croyaient de provenance américaine, mais P . Gervais a prouvé qu’elle est originaire d’Algérie et du Maroc; nous l’avons reçue de Tunisie, où elle est très abondante et d’où on l’envoie en Italie. Autrefois, on l’expédiait encore en Espagne, en Angleterre, en France et dans TAmérique du Sud; on la trouvait dans les pharmacies du sud de la France presque aussi fréquemment que la Sangsue médicinale, bien que, d'après Ébrard, son pouvoir d’absorption soit très inférieur à celui de celte dernière.

Hirudo sanguisuga Bergmann, i7o7.

Synonymie : Hirudo sanguisorSa Lamaixk, 1818.

Bæmopis songuisorba Savigny, 1820.

H. vorax Moquin-Tandon, 1826.

Hippobdella sanguisuga de Blainville, 1827. Bæmopis sanguisuga Moquin-Tandon, 1846.

Le genre Hæmopis Savigny, 1817, est difficilement séparable du genre Hirudo, dont il est la copie exacte. Le seul caractère sur lequel il repose tient à ce que les mâchoires sont petites et pourvues un petit nombre de denticules peu pointus et trop faibles pour permettre a lanirnal autre chose que de percer l’épiderme. C’est là, on en connendra, un caractère de bien peu d’importance ; aussi nous semble-.-il légitimé de supprimer le genre Hæmopis.

, (flg. 435) est longue de 80 à

lOOmilrmèlres large de 10 à 16 millimètres; ordinairement

tn,r n°“' , “O* P'"* s-r IP

Tanr variations de coloration :

Moquin-randon en décrit jnsqu'i onze variétés. Celte Sangsue

HIRUDO SANGUrSUGA.

est ordinairement connue sous les noms de V or an ou Sangsue les eaux douces d’Europe; elle est très Portugal et sur tout le littoral nord l’Afrique. Son organisation aies plus grandes ressemblances celle A' H. médicinalis ; la figure 437 met ce fait hors de doute, du moins en ce qui concerne l’appareil digestif.

Le Voran suce le sang des Vertébrés, mais ses faibles mâchoires (fig. 436) lui permettent seulement d’entamer les membranes mu-* queuses. Il s’introduit dans l’arrière-boucbe, le larynx et les fosses nasales des Chevaux, des Bœufs, des Chameaux et même de l’Homme.

Pendant la campagne d’Égypte, en 1799, et pendant celles d’Espagne et de Portugal, nos soldats se mettaient à plat ventre pour boire

[Hæmopis) — A, variété olivariété fauve.

Fig. 43G. — Mâchoires. — A, grossissement modéré ; B, portion de mâchoire vue par la tranche, à un fort grossissement.

dans les ruisseaux : leur bouche et leurs amygdales étaient fréquemment piquées par le Voran. En Algérie, cette Sangsue n’est point rare dans le pharynx et le larynx de l’Homme ; on la trouve même parfois dans le rectum, le vagin, l’urèthre ou sur la conjonctive.

En France, ce même Ver a été vu dans la bouche des Chevaux par de nombreux observateurs, notamment par Mégnin.

Pour en débarrasser les animaux, on a recommandé de 1 arracher avec des pinces ou de le couper i - ' avec des ciseaux ; le meilleur procédé consiste encore à l’arracher avec la main entourée d’un linge sec. L’injection d’eau salée ou les fumigations de tabac donnent des résultats inconstants chez les grands animaux domestiques.

Quelques auteurs séparent les Hirudinées des Annélides et les rattachent aux Plathelminthes. Moquin-Tandon rangeait parmi elles des animaux qui sont de véritables Trématodes {Phylline, Nitzschia, Axine, Capsala) et d’autres qu’on a récemment reportés parmi les Némertiens {Malacobdella). Cela suffirait déjà à mettre hors de conteste les étroites affinités des Hirudinées avec les Vers plats ; ces affinités ne sont pas moins évidentes, quand on procède à une étude anatomique délicate. On peut constater enfin que le type des organes segmentaires des Hirudinées se trouve reproduit dans l’appareil aquifère d’un Turbellarié, Gunda segmentata, comme Lang l’a démontré. Ajoutons que J. Chatin a décrit sous le nom à’ Amphibdella torpedinis' un Ver qui vit sur les branchies de la Torpille et qui, comme les Phyllines, les Gapsales, etc., avec lesquelles il a une grande analogie, établit encore la tran- Fig. 437. — Tube diges- sition entre les Hirudinées et les Trématodes. tif d’W. sanguisuga. Les recherches de Whitman sur la constitu- ^reËôrTcSS’gï Sangsues ont prouvé

trique; de, deuxième; queles Hirudinées actuelles dérivent d’animaux fg,- troisième, qua- chez lesquels la métamérisation était plus

trième . , dixième ; marquée et dont tous les somites renfermaient

chÏÏrrglstrfque';ï! d’anneaux. Dans les espèces

caecums gastriques actuelles, le nombre fondamental des anneaux postérieurs; mno, in- n’est plus conservé que dans les somites de testin; op, rectum. la partie moyenne du corps; à chaque extré- . ^ , mité, un nombre variable de somites se sont

simp ifiés, grâce à la coalescence de deux ou plusieurs anneaux entre eux. Cette suppression d’anneaux suit une marche centripète; elle’

est d’autant plus accentuée qu’elle intéresse des somites plus rapprochés de l’extrémité. Elle se poursuit encore à l’heure actuelle et ne s’est pas faite partout avec une égale rapidité.

C. O. Wliitman, The exlernal morphology of ihe Leech. Proceed. of the american Academy of arts and sciences, XX, p. 76, 1884. — Id., The segmentai sense organs of the Leech. American Naturalist, XVIII, p. 1104, 1884. — Id., The Leéches ofJapan. Quart, journal of micr. science, (2), XXVI, p. 317,

Sous-classe des Chétopodes.

Les Chétopodes sont des animaux annelés, pourvus souvent d’une tête distincte, de tentacules et de cirres, pourvus aussi de faisceaux de soies disposés par paires et implantés soit au fond de dépressions du tégument, soit sur des rudiments de pieds. Dans le premier cas, les soies sont peu nombreuses et les animaux chez lesquels s’observe cette disposition forment l’ordre des Oligochètes; dans le second cas, les soies forment au contraire des faisceaux plus ou moins volumineux, disposition caractéristique des Polychètes.

Il convient d’établir encore deux autres ordres : l’un pour Polygordius, Annélide primordiale dépourvue de segmentation extérieure, ainsi que de soies et de parapodes; l’autre pour les Myzostomes, parasites des Comatules.

Les soies, dont la forme ét le développement sont extrêmement variables, sont des dépendances delà cuticule et, comme elle, sont produites par des cellules particulières; chacune d’elles est mise en mouvement par un muscle spécial. Le tégument renferme en outre des glandes dont la répartition varie d’un type à, l’autre.

Le tube digestif est ordinairement rectiligne ; l’anus est terminal, rarement dorsal. L’œsophage se différencie parfois à son début en une trompe exsertile; l’intestin est plus ou moins cloisonné et segmenté en une série de loges qui correspondent à la métamérisation du corps et qui peuvent même porter des cæcums latéraux. Des dissépiments fibreux cloisonnent également d’une façon plus ou moins complète la cavité générale au niveau de chaque étranglement.

L’appareil circulatoire est toujours clos de toutes parts et acquiert de remarquables perfectionnements chez les Polychètes. Les organes de la respiration font totalement défaut chez les Oligochètes, mais existent chez la plupart des Polychètes, où ils présentent les plus grandes variations.

L’appareil excréteur est constitué, chez toutes les Annélides, par des organes segmentaires, analogues à ceux des Hirudinées. Ces organes sont disposés par paires dans chacun des segments du corps ;

par exception, les Térébellides n’en ont que dans quelques segments.

Le système nerveux est constitué par un collier œsophagien, formé de ganglions plus ou moins fusionnés et auquel fait suite une double chaîne ganglionnaire (flg. 438) ; les deux cordons longitudinaux de la chaîne ventrale sont parfois si rapprochés qu’ils semblent n’en

Fig. 438. — Système nerveux de Fig. 439. — Système nerveux de Nereis Serpula contortuplicata, d’a- regia, d’après de Quatrefages. — a, cer-

près de Quatrefages. — a, cer- veau portant quatre yeux ; b, c, nerfs dès

veau; 6, nerfs branchiaux; c, antennes; d, connectif; d', connectif

connectifs ; d, ganglions tho- accessoire ; e, e', nerfs des cirres tenta-

raciques de la chaîne ventrale; culaires; f, nerfs labiaux inférieurs; g,

d', nerfs du voile palléal; e, origine du stomato-gastrique ; h, chaîne

ganglions abdominaux. ganglionnaire; i,k,m,n, o, nerfs de di¬

verse nature qui s’en séparent.

former qu’un seul ; tel est le cas chez les Oligochètes, mais aussi chez quelques Polychèles (fig. 439). Le système nerveux viscéral se compose de ganglions pairs et impairs, d’où parlent des filets qui se rendent aux premières portions du tube digestif. Les organes des sens sont assez répandus ; des yeux se voient sur le segment céphalique; les otocystes sont plus rares; le sens du tact s’exerce par les entacules, les cirres ou par divers appendices du corps.

Cet ordre comprend le seul genre Polygordius Schneider, 1866, constitué par un très petit nombre de Vers marins, cylindriques, dont le corps présente une métamérisation interne, mais non une seg-

Fig. 440. — Larve de Polygordius, d’après Hatschek. — an, anus; m, bouche; mep, bande mésoblastique ; nph, néphridium ou organe segmentaire ; ol, estomac ; sg, ganglion sus-œsophagien.

Larves plus âgées, à deux stades successifs de leur évolution, d’après Al. Agassiz.

mentation superficielle ; la surface ne porte ni soies ni parapodes ; l’anus est terminal et est entouré de huit épines (P. lacteus) ou deux lèvres inégales (P. purpureus). Les sexes sont séparés (P. lacteus) ou réunis chez un môme individu (P. purpureus, P. flavocapitatus). Les organes segmentaires de l’adulte dérivent d’un canal excréteur vibratile qui apparaît dans la portion buccale de la tôte et auquel, sous le nom de mn céphalique, on a attribué une grande importance au

point de TueT)h\logénique. Sur les côtés de la tête apparaissent deux fossettes ciliées qui persistent à l’âge adulte; on les retrouve chez les larves d’un grand nombre de Chétopodes et môme chez quelquesuns à l’état adulte {Criodrilus, PolyophtÀalmus).

De l’œuf provient la larve de Lovén ou trochosphêre (flg. 440); la bouche s’ouvre entre deux couronnes ciliées équatoriales ; l'anus est au pôle postérieur. Cette larve subit une métamorphose qui consiste en un allongement progressif, puis en une segmentation de la région postorale (fig. 441 et 442). Plus tard, une paire de tentacules apparaît à l’extrémité antérieure du lobe préoral, puis la tête diminue de volume proportionnellement au corps, les deux bandes ciliées disparaissent successivement, la postérieure tout d'abord, et l’animal passe ainsi à l’état adulte.

J. Fraipont, Le genre Polygordius. Une monographie. Flora and Fauna des Golfes von Neapel, XIV, 1887.

ORDRE DES OLIGOCHÈTES

Les Oligochètes sont dépourvus de parapodes, de cirres, de branchies, de tentacules et d’armature pharyngienne. Ils sont hermaphrodites; leur développement est direct et présente de grandes analogies avec celui des Hirudinées. A l’époque de l’accouplement, certains anneaux du corps se gonflent en un clitellum destiné à former des cocons dans lesquels sont pondus les œufs ; ce clitellum résulte du développement transitoire de certaines glandes cutanées et de l’apparition d’une couche vasculaire entre l’hypoderme et les muscles annulaires.

Ces animaux sont libres dans la terre ou dans la vase des eaux douces; quelques-uns habitent la vase des eaux salées; d’autres . {Chsetogaster) sont parasites sur les animaux aquatiques [Limnæa). On les divise en deux sous-ordres :les Terricoles et les Limicoles.

Les Oligochètes terricoles ne comprennent qu’une seule famille, celle des Lombrics ou Vers de terre, qu’on peut subdiviser en trois groupes d’après la situation des orifices génitaux mâles par rapport au clitellum. Chez les Antéclitellien s, ces orifices sont placés en avant du clitellum {Lumbricus, Criodrilus, Helodrilus, Hypogæon èt peut-être aussi Pontoscoleæ). Chez les Intraclitelliens, qui sont extra-européens, ces mômes orifices s’ouvrent sur le clitellum {Geogenia, Ehinodrilus, Anteus, Titanus, Eudrilus). Chez les PostcliteUiens, qui habitent les Indes, la Cochinchine, la Nouvelle-Calédonie et l’Australie, le clitellum précède les orifices mâles {Acanthodrilus, Digaster, Periehæta,

ORDRE DES OLIGOCHÉTES.

Perionyx). Oa doit enfin placer dans un quatrième groupe des Aclitelliens ceux qui n’ont pas de clitellum {Monüigaüer, de Ceylan).

On trouve dans les auteurs anciens le récit de cas dans lesquels des Lombrics auraient été rendus par des malades : le plus souvent, il s’agit d’Ascarides, d’autres fois d’observations mal faites, parfois aussi de simulations et tous ces récits ne méritent guère de créance. Waldenstrôm a pourtant fait connaître un cas dont l’authenticité nous semble indiscutable.

Une vieille femme, affaiblie par un cancer des deux seins et par un rhumatisme déformant, se plaint d’une irritation insupportable des organes génitaux, accompagnée d’un léger écoulement par le vagin. Des injections d’eau tiède n’amènent aucun soulagement. Le palper abdominal montre que l’utérus a conservé sa mobilité et n’est pas le siège d’un cancer ; le toucher et l’examen au spéculum sont impossibles, à cause des violentes douleurs que la malade éprouve au moindre mouvement. Au bout de quelques mois, les douleurs augmentent encore : un jour, la malade sent quelque chose lui sortir de la vulve en rampant : on trouve alors dans le lit un Lombric, après la sortie duquel les douleurs cessèrent complètement. L’animal fut examiné par G. Eisen, qui reconnut en lui le Ver de terre ordinaire [Lumbricus communis, var. cyaneus) ; il était long de 10 centimètres. 11 avait du séjourner près d’un an dans le vagin; ses mouvements et surtout la présence de soies rigides à la surface du corps expliquent suffisamment les violentes douleurs dont souffrait la malade.

Les Oligochètes limicôles sont des intraclitelliens, dans les cas où le clitellum existe; chez eux, les organes segmentaires fonctionnent comme organes urinaires et, dans les anneaux génitaux, jouent en outre le rôle de canaux déférents et d’oviductes; les testicules sont portés par les anneaux 9 à H. Ce groupe comprend des formes plus nombreuses que le précédent.

Les Tubificides s’enfoncent dans des tubes vaseux, sur le bord et le fond des ruisseaux, l’extrémité postérieure faisant saillie hors du tube ; leur sang est coloré en rouge par l’hémoglobine. Le genre Tubifex Lamarck comprend un certain nombre d’espèces d’eau douce ( T. rivulorum Lam., T. vmbellifer Këssler) et quelques formes marines (T. lineatus 0. Fr. Müller, T. papillosus Claparède). Limnodrilus CL et Peloryctes sont également marins; P. inQuilîna Sang, est parasite des Moules.

Les Enchytræides {Enchytræus, Pachydrilus) et les Naïdes {Nais, Dero,Æolosoma, Chætogaster) comprennent encore des animaux d’eau douce, plus ou moins répandus dans nos contrées. Chez quelques-uns de ces Vers, notamment chez Nais (flg. 443), Dero et Chætogaster, on

Fig. 443. — Nais proboscidea en voie de reproduction agame. — 1, individu mère ; 2, 3, 4, jeunes individus à divers degrés de développement ; 5, point où se forment de nouveaux soraites.

observe un remarquable mode de reproduction agame dont les Polychètes nous offriront encore des exemples.

En 1839, Curling décrivit sous le nom de Daciylius aculealus et considéra comme une nouvelle espèce d’helminthe des animaux dans lesquels Henlc reconnut Enchytræus alhidus. Une fillette de cinq ans, soignée par Drake, rendait ces Vers avec l’urine. Curling crut qu’ils provenaient de la vessie, mais nous pensons plutôt qu’ils avaient été amenés par une manœuvre quelconque au niveau de la vulve, comme Rhabditis pellio dans le cas de Scheiber (voir p. 64), et que le jet d’urine balayait simplement ceux qui se trouvaient sur son passage.

Un cas plus curieux encore a été publié par R. Bergh, auquel il avait été communiqué par A. Bügel, médecin dans l’île de Môen, Danemark. Une paysanne de vingt-neuf ans, non hystérique et jusque-là bien portante, s’affaiblit et fut prise de vertiges à la fin de sa seconde grossesse. Dans les derniers jours, la production de salive devint exagérée, en même temps que des chatouillements se faisaient sentir dans la bouche et le pharynx : un jour, la malade découvrit dans son crachoir, puis dans sa salive, une masse de petits Vers vivants, libres ou pelotonnés, longs de 4 à 12 millimètres. En examinant la bouche de la femme, Bügel n’observa rien d’anormal; il ne vit aucune trace de Vers; la production de salive était encore exagérée, mais les glandes salivaires n’étaient pas tuméfiées. Il ordonna un gargarisme au chlorate de potasse et, le lendemain, pour la dernière fois, la malade évacuait encore quelques Vers morts.

ORDUE DES POLYGHÈTES.'

Une douzaine de Vers furent envoyés à Bergh, qui reconnut en eux Enchytræus Buchhohi. Cet animal, qui vit dans le fond vaseux ou sableux des puits, avait sans doute pénétré dans l’estomac avec l’eau de boisson, et sa cuticule chitineuse l’avait protégé contre Faction du suc gastrique. Toutefois, la malade ne se rappelait pas avoir bu d’autre eau que celle de son puits; les échantillons qui y furent prélevés ne renfermaient point l’animal.

T.- B. Curling, Case of a girl who voided from the urethra a number of , entozootic worms, not hitherto described, wifh an account of the animais. Med.-chir. Transactions, XXII, p. 274, 1839. Reproduit dans Küchenmeister, On animal and vegetable parasites of the human bodg. London, 1857. Voir I, p. 438.

J. A. Waldenstrom, Lumbricus communis oar. cyaneus {Hoffmeister), syn. Allolobophora turgida [Eisen], afgangen per vaginam.- Upsala lâkaref. fôrhandüngar, IX, p. 78, 1873. . •

R. Bergh, To sjeldene Tilfælde af Pseudoparasiter hos Mennesket. Hospitals-tidende, (3), III, p. 509, 1885.

ORDRE DES POLYCRÈTES

Cet ordre comprend des Annélides marines, à sexes ordinairement séparés, pourvues de pieds portant de nombreuses soies. Le développement s’accomplit au moyen de métamorphoses; l’animal adulte présente généralement des tentacules et des branchies et parfois une armature pharyngienne. Ce groupe, qui renferme un nombre considérable d’espèces, se laisse diviser en deux sous-ordres, les Sédentaires ou Tubicoles et les Néréides ou Errantes; toutefois, il est impossible d’établir entre ces deux sous-ordres une ligne de démarcation bien tranchée, car beaucoup de Néréides sécrètent des tubes membraneux minces.

Les Polychètes tubicoles sont toujours dépourvus de mâchoires; leur tête est peu développée, parfois môme indistincte ; la trompe est courte et souvent non exsertile. Les Arénicoles (fig. 444), qui vivent sur nos côtes, s’enfoncent simplement dans le sable; les Chétoptères habitent des tubes ayant l’aspect du parchemin ; les Amphicténides (Peetinaria) se construisent avec de petits grains de sable un tube qu’ils traînent en rampant comme un Escargot.

Une famille des plus remarquables est celle des Serpulides. Ces "Vers vivent dans des tubes membraneux ou calcaires, fixés aux rochers ou sur la carapace de divers animaux. Les Spirographis ont à 1 extrémité antérieure du corps deux branchies très inégales; l’une d elles s’allonge avec l’âge et se contourne en spirale. Les Serpules (fig. 44g) portent une couronne de branchies et peuvent se renfermer

complètement dans leur tube calcaire, grâce à un opercule que porte l’un des tentacules.

Les Amphicorines (fig. 446) ont deux yeux sur le segment anal; les

Fig. 444. — Ârenicola piscatorum.

Myxicoles en ont quatre, Amphiglena medüenariea eu a six ou huit. Ces animaux quittent volontiers leur tube, et on les voit alors ramper

Fig. 445. — Serpula contortuplicata.

à reculons, c’est-à-dire la queue en avant, par suite de la présence des yeux sur celle-ci. On observe donc là quelque chose de comparable a ce qui se voit normalement chez les Sangsues, à savoir, l’existence organes visuels, ou tout au moins de leurs homologues, sur d’au-

ORDRE DES POLYGHÈTES.

très anneaux que sur ceux de la tête. La comparaison est d’autant plus exacte que certaines Annélides portent des ^eux sur tous les segments; la Myxicole parasite en a quatre par anneau, l’Amphicorine coureuse et l’Amphicorine argus n’en ont que deux.

Des faits du même genre se rencontrent aussi chez les Néréides.

Ces dernières ont toujours une tête distincte (fig. 447), portant des yeux, e, des tentacules, a, des palpes, b, et ordinairement aussi des cirres tentaculaires, c. La partie antérieure du pharynx est protractile; elle est munie tantôt de simples papilles ou de crochets, tantôt d’un puissant appareil masticateur, d.

Chez certaines espèces, les mâchoires sont assez fortes pour rendre leur morsure redoutable. De Quatrefages a eu à souffrir de la morsure de Marphysa san~ guinea et J. de Guerne nous dit avoir été, lui aussi, victime de cette espèce, dont la longueur ne dépasse guère

Fig. 447. — Tèie et trompe de Nereù margaritaceawiQS eu dessus, d’après H.Milne- Edwards. — a, tentacules ; b, palpes ; Fig. 446. — Amphicorina c, cirres tentaculaires ; d, mâchoires ; cursoria. e, yeux.

60 centimètres, mais dont les mâchoires sont plus fortes que celles

d’un gros Carabe; qu’on juge, d’après cela, de ce que doit être la morsure de l’Eunice. géante {Eunice aphroditois), longue de plus de 2 mètres !

Les pieds ou parapodes (fig. 448, b, c) sont plus développés que chez

Les branchies, quand elles existent, sont des tubes pectinés ou arborescents, a, portés par les rames dorsales. Les soies, généralement rigides, se terminent en pointe d’une extrême finesse : elles peuvent pénétrer dans les tissus des animaux et sont ainsi des armes dangereuses pour certains ennemis. Chez Ilermîone hijstrîx (fig. 449), certaines soies, conformées en pointes de flèche barbelée, sont protégées dune façon remarquable à l’état de repos et ne font saillie qu’au moment de l’attaque: les pêcheurs de nos côtes évitent de saisir cette Annélide; si on la touche sans précaution, les soies pénètrent en grand nombre dans les doigts, s’y brisent et font autant de petites blessures qui restent douloureuses pendant plusieurs Jours.

Les Néréides sont carnassières et nagent librement ; elles sont fort

Fig. 448. — Parapodes et branchies à’ Amphinoma, d’après J. Müller.

— a, branchies ; b, parapode dorsal ; e, parapode ventral ; d, cirre ventral ; e, soies de la rame ventrale; f, soies de la rame dorsale ; g, cirre dorsal.

Fig. 449. — Hurmione hystrix.

ORDRE DES POLYCHÈTES. 143

nombreuses dans toutes les mers. Chez quelques-unes, le dos est recouvert de larges écailles ou élytres {Poltjnoë), parfois plus ou moins entremêlées de soies {Aphrodite, Ber mione).

LesEunicides {Staurocephalus,Lysarete, Lysidice,

Lumbriconereis, Diop'atra, Eunice, Marphysa, etc.) sont caractérisées principalement par leurs mâchoires : la supérieure est formée de plusieurs pièces et l’inférieure de deux lamelles ; ces mâchoires sont logées dans une poche annexée au pharynx.

Pallas assure qu’on mange la trompe de certaines Aphrodites, mais, suivant la juste remarque de de Blainville, ce doit être un maigre régal.

Aux îles Fidji, suivant Mac Donald, on mange Lysidice palolo.

Les Néréis {Lycastis, .Bendronereis, Nereis) sont les plus communes des Annélides errantes ; elles sont reconnaissables à leur corps allongé, formé de nombreux segments, à leur lobe céphalique pourvu de deux tentacules, de deux palpes et de quatre yeux ; la trompe est ordinairement munie de tentacules et porte toujours deux mâchoires (flg.447).

La Néréis (fig. 430) rampe au fond de l’eau.

Quand arrive le moment de la reproduction, elle subit une métamorphose : la tête s’élargit, les yeux grandissent, les soies latérales muent et sont remplacées par d'autres soies d’une forme plus compliquée, qui sont d’excellents organes locomoteurs. L’animal (fig. 431) se montre alors divisé en deux moitiés : l’antérieure reproduit assez exactement les caractères de la Néréide, mais la postérieure a pris un tout autre aspect : ses parapodes supportent des appendices membraneux, en forme de feuille ou d’éventail, qui représentent autant de petites rames frappant l’eau à coups redoublés.

Sous ce nouvel aspect, le Ver quitte le .fond et gagne la surface des flots, où il nage avec vivacité; il ressemble fort peu h l’individu primitif, et ies premiers observateurs étaient d’accord pour le ranger dans un groupe distinct, le genre Heteronereis. On sait maintenant que les Néréides sont la forme asexuée et les Hétéronéréides la forme sexuée

Fig. 450. — Nereis • nuntia.

d’une seule et même espèce. Par exemple, Malmgren a reconnu, en 1864, qu’une semblable relation existait entre Nereis pelagica Linné et Heteronereis grandifolia, entre N. Bumerili Audouin etMilne-Edwards et H. fuckola.

La Néréide n’a donc que des glandes génitales rudimentaires ; celles-ci se développent, au contraire, chez les Hétéronéréides, qui représentent l’état adulte. Dans certaines espèces, telles que ISereis cultrifera Grube, le mâle se distingue de la femelle par sa moindre longueur, par la teinte de ses produits sexuels, visibles par transparence, et par un développement plus considérable des soies locomotrices.

Quand elle a nagé quelque temps en haute mer, l'Héléronéréide a grandi ; elle retombe alors au fond, s’y accouple et pond ; peut-être alors meurt-elle, à moins que, reprenant son aspect primitif, elle ne retourne à l’état de simple Néréide.

Les Syllides, assez voisines des Néréides, renferment un certain nombre de formes {Syllis, Exogone, Autohjtus, Myrianida, etc.), dont quelques-unes nous présentent des phénomènes de génération agame (flg. 4o2) qui ne sont qu’une exagération de ce que nous venons de

cormtus, qui vit sur la côte orienats-Unis, est toujours asexué. Dès a acquis 40 à 4b anneaux, on voit l’an- 13 se transformer en la tête d’un individu sexué (fig. 433); cette tête ne ressemble à celle de l’individu primitif. elle diffère également suivant le sexe de qui est en voie de formation. Avant

qu’il ne se détache, celui-ci acquiert, au-dessus de chaque pied, un tubercule sur lequel se développent dé longues soies ; en même emps, les glandes génitales entrent en activité et il n’est point rare de voir des femelles pleines d’œufs mûrs qui sont encore attachées leur parent. Une fois qu’ils en sont séparés,

Fig. 451. — Heteronereis, Schmardai.

ORDRE DES POLYGHÈTES.

les individus sexués s’accouplent, et de l’œuf sort un Ver qui reproduit la forme primitive.

De tous ces faits remarquables ressort cette conclusion ; que le

Fig. 152. — Myrianida fasdata ea voie de reproduction asexuée.

corps d’une Annélide représente une véritable colonie linéaire, chacun des somitès ayant, comme chez les Cestodes, la signification d’un individu distinct.

Fig. 453. — Autolytus cornutw, d’après Al. Agassiz. — A, tète de l’individu asexué ; B, tête du mâle prêt à se séparer de l’individu asexué ; G, tête de la femelle.

Les Polychètes sont les plus parfaits de tous les Vers ; ils présentent quelques particularités anatomiques ou embryologiques qui établissent d’étroites relations entre les Vers et certains autres embranchements.

Blanchard. — Zool. méd.

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