ORDRE DES MYZOSTO-MES
Ce petit groupe, formé par le seul genre Myzostoma F. -S. Leuckart, 1827, comprend de petits animaux discoïdes, vivant en parasites sur les Comatules; on en connaît actuellement plus de 60 espèces, provenant de toutes les mers. Les téguments sont partout recouverts de cils vibratiles et présentent sur les côtés de la face ventrale quatre paires de poches ciliées, considérées jadis comme des ventouses, mais peut-être homologues aux organes segmentaires. Ces poches sont régulièrement disposées entre cinq paires de parapodes, présentant près de leur sommet un étranglement, première ébauche d une articulation, et terminés par une soie à crochet, robuste et arquée; cette dernière est accompagnée de deux ou trois soies de remplacement. La circonférence du corps est ordinairement ornée de 20 mamelons raccourcis ou de 20 cirres.
La bouche, située à l’extrémité antérieure de la face ventrale, renferme une trompe exsertile, couverte de papilles ; l’œsophage présente Ria bulbe musculeux et s’ouvre dans un estomac, de chaque côté du-
,uel naisse.il trois cæcums qui se ramiüent dans tout le corps L'intestin est rectiligne et aboutit à un anus médian et situe a I exlremite
nostérieure de la face ventrale. , c. .
L'Lareil circulatoire taitdétanl. Le sj-sieme nerveux est consUlue par une masse ganglionnaire sous-jacente à l'estomac, ,a. emet six wirës de nerfs divergentes et envoie d’autre part deux connectifs qui
se réunissent àla face supérieure de l'ccsophage.
Les Mvsostomes sont hermaphrodites. Les organes maies sont pairs et sont répartis de chaque côté en deux groupes de glandes Ramifiées, l'un antérieur, l'autre postérieur. Les deux canaux defererils qui en proviennent s'unissent l’un à l'autre, puis débouchent par un court canal à la base, ou un peu en arriéré de la base de la troisième patte. L’ovaire est représenté, suivant iNansen, par la cavité même du corps, diversement ramifiée ; il nous semble plus vraisemblable que la cavité générale a été comblée par une prolifération du mésoderme, comme chez la Sangsue. De cet ovaire naît un large oviducte médian, qui vient s’ouvrir à la face dorsale de 1 intestin anal; peut-être même, dans certaines espèces (.1/. giganteum), a-t-il un orifice indépendant, à côté de l’anus. Deux autres oviductes plus étroits naissent latéralement de l’ovaire, s’enfoncent vers la lace ventrale, puis débouchent dans la portion initiale du rectum.
En outre des individus hermaphrodites, Nansen a observé des « mâles complémentaires » ayant une structure identique à ceUe des premiers, si ce n’est que les ovaires étaient remplacés par des testicules reproduisant exactement leur forme et leurs rapports; les trois oviductes étaient présents. Ce fait, dont la signification échappe encore, s’observe chez M. giganteum, M. gigas etlf. Carpenten; on ne sait s’il est commun à toutes les espèces ou propre à quelques-unes seulement. Les Myzostomes sont donc andro-dioïques.
L’œuf subit la segmentation inégale; la gastrula se forme par épibolie. La larve est entièrement ciliée et semblable aux larves atroques des Annélides; elle passe successivement par des états où elle possède deux paires de pieds, puis trois, puis cinq ; c’est alors seulement que le tube digestif, jusqu’alors simple, émet les cæcums latéraux.
L’étroite parenté des Myzostomes avec les Chétopodes est évidente, mais ces animaux ont aussi des rapports indéniables avec les Arachnides (Linguatules, Tardigrades et peut-être aussi Pycnogonides) et avec les Crustacés. Ils ont sans doute été profondément modifiés par le parasitisme, surtout quant à leurs organes internes.
L. von Graff, Report on the Myzostomida. Tho voyage of H. M. S. Challeagei’, Zoology, XXVII, 1884.
F. Nansen, Bidrag til Myzostomernes anatomî og histologi. Bergen, 1885.
ORDRE DES MYZOSTOMES.
M Braun, Die Myzostomiden. Centralblatt für Bactériologie und Parasitenkunde, lÙ, p. 183, 210 u. 248, 1888.
L’embranchement des Vers est à la fois le plus vaste et le plus hétérogène de tout le règne animal; ses limites ne sont point encore tracées et, suivant la conception théorique à laquelle on s’arrête, il est certains ordres ou certaines familles que l’on peut considérer comme n’appartenant point à cet embranchement; pour d’autres, dans lesquels on reconnaît des Vers indubitables, la place dans la classification n’est point encore fixée ; d’autres enfin nous présentent des caractères ambigus qui les rapprochent des Échinodermes, des Mollusques, des Arthropodes et même des Vertébrés et qui nous autorisent à les considérer comme des formes de transition.
Il est donc impossible de donner des Vers une définition qui mette en relief leurs caractères communs et particuliers, c’est-à-dire qui fasse ressortir certains détails d’organisation qui se retrouvent chez tous et qui, d’autre part, les distinguent nettement de tous les autres animaux. On peut noter néanmoins un certain nombre de caractères que présentent la plupart des Vers, sinon tous.
Ce sont des animaux à symétrie bilatérale : caractères sans grande valeur, puisqu’il se retrouve chez tous les Métazoaires, au moins aux premiers stades de leur développement.
11 existe chez les Vers un appareil aquifère constitué par des canaux latéraux s’ouvrant à l’extérieur et prenant naissance dans les cavités internes. Mais cet appareil n’a pas encore été vu chez tous les Vers ; il s’observe, du reste, plus ou moins profondément modifié, chez d’autres animaux.
Le corps est fréquemment segmenté et formé d’anneaux ou somites disposés en série linéaire. Parfois la segmentation est si marquée, que chaque somite devient capable d’acquérir une individualité propre et de devenir indépendant : la métamérisation équivaut alors à une véritable reproduction asexuée par bourgeonnement. D’autres fois la segmentation est encore très accusée, mais les divers anneaux restent unis entre eux et solidaires les uns des autres. Dans les cas de ce genre, les différents organes, tout au moins le système nerveux et l’appareil excréteur, se répètent régulièrement dans chaque segment. 11 est encore des cas où la segmentation du tégument n est nullement l’indice d’une division sériaire des organes (Rotifères); inversement, la division peut n’être qu’interne ou même strictement limitée au système nerveux (Géphyriens). Ajoutons que bon nombre de Vers, comme les Trématodes et les Némathelminthes, ne sont jamais segmentés.
Le système nerveux fait défaut chez quelques types inférieurs
CLA-SSli DES ANNÉLIDES.
dégradés par le parasitisme (Aneuriens). Dans les autres groupes, il oriente de si grandes variations qu’on ne peut songer à le ramener à un tvpe commun. Cela est encore vrai pour le tégument, ainsi que nour iL appareils digestif, circulatoire, respiratoire, reproducteur et Lnsoriel. L’embryologie elle-même nous fait connaître un grand nombre de formes primordiales qui n’ont certainement aucun rapport les unes avec les autres; elle démontre ainsi que les animaux réunis sous îa dénomination commune de Vers dérivent de formes ancestrales fort diverses.
Dans ces conditions, on ne peut donc songer à dresser 1 arbre généalogique des Vers; tout au plus peut-on le faire assez aisément pour certaines classes (Plathelminthes, Annélides); quant à établir les rapports réciproques des différentes classes, l’imperfection de nos connaissances rendrait vaine et illusoire toute tentative de ce genre.
embranchement des mollusques
Les Lamellibranches, encore appelés Acéphales, Pélécypodes et Bivalves (flg. 435), ont été longtemps réunis aux BracMopodes, auxquels ils ressemblent par l’absence de tête et par la présence d’une
Fig. 455. - Venus Dombeiji. Fig. 456. — Coupes verticales schématiques d’un Lamellibranche, A, et d’un Gasteropode, B. br, branchie; m, manteau; p, pied.
coquille formée de deux valves; nous avons indiqué déjà que cette ressemblance est purement extérieure.
Le corps est symétrique (fig. 436, A) et comprimé latéralement; à sa partie inférieure est suspendu un pied, p, diversement con- -formé, et de chaque côté de la face dorsale naît un grand repli cutané qui s’infléchit en bas pour envelopper le corps à la façon d’un manteau, m. Entre le pied et le manteau, dans le sillon palléal, s’attachent de chaque côté deux branchies lamelleuses, br. L’espace compris entre les deux lobes du manteau est la cavité palléale.
L’épithélium qui revêt la face externe du manteau (flg. 437, d) est recouvert d’une cuticule plus ou moins épaisse, plus ou moins transparente, a, que les conchyliologistes connaissent sous le nom impropre d'épiderme, de périostracum ou de drap marin. Cet épithélium
EMBRANCHEMENT DES MOLLUSQUES, renferme des cellules glandulaires produisant des sels calcaires qui se déposent à sa surface, c’est-à-dire au-dessous de la cuticule et s’organisent en xme coquille ou test, formée par la superposition d’un grand nombre de lamelles, c;la zone extérieure est parfois composée de prismes verticaux, 6, dont la structure est analogue à celle de
l’émail des dents. .
La coquille est lisse ou ornée d’appendices plus ou moins développés, d’une teinte uniforme ou marquée de taches ou de strieè colorées; la matière colorante est azotée et est détruite par les acides faibles ou par une température modérée. La coquille est constituée par
Fig. 457. — Coupe du test et du manteau de l’Anodonte, d’après Leydiga, cuticule ; b, couche des colonnettes ; c, couche feuilletée du test ; a, épithélium externe du manteau, avec lacunes glandulaires : e, couche conjonctive du manteau; f, épithélium interne.
du carbonate de chaux, mélangé à une faible proportion de phosphate de chaux (1 pour 100 au maximum) et de matièfe organique. Cette dernière est la eonchioline, isomère de l’osséine : elle est insoluble dans l’eau, l’alcool et l’éther, et ne donne pas de gélatine par l’ébullition; elle ne se dissout que très lentement dans les alcalis et les acides.
La forme du lest est très variable ; les deux valves peuvent être identiques [Mytilus], ou bien l'une est plate et l’autre fortement bombée {Pecten); elles sont plus ou moins circulaires {Ostrea) ou s’allongent considérablement (fig. 438) ; elles restent parfois rudimentaires, auquel cas le Mollusque peut s’entourer d’un tube calcaire sécrété par le manteau {Aspergillum, fig. 470).
r „„ deux valves s’affrontent exactement par leur bord libre, sauf chez l’Anomie et chez les espèces perforantes {Pholas, Teredo). Elles forment, du côté dorsal, une charnière ou cardo, constituée par l’intrication réciproque de dents et de fossettes dont on tient grand compte pour la classification (flg. 459). Dans cette charnière se trouve un double ligament : la portion externe est le desme, l’interne est le chondre; ce dernier est élastique et a pour fonction de maintenir béante la coquille, sans que le Mollusque ait à produire aucun effort.
L’occlusion du test se fait au contraire au moyen d’un appareil musculaire spécial. Suivant les cas, le rrtuscle adducteur des valves est simple et central (fig. 4C0) ou double et excentrique (fig. 459); il laisse à la face interne de chaque valve une impression plus ou moins profonde. Lamarck divisait, d après ce caractère, les Lamellibranches en Monomyaires [Ostrea, Pecten, Lima) et en Bimyaires, ces derniers étant de beaucoup les plus nombreux; cette classification est actuellement peu usitée. L’adducteur unique des Monomyaires est formé de deux portions histologiquement dissemblables ; nous avons montré que, chez certaines
Fig. 459. — Valve de Cythérée. — a, extrémité antérieure térieure; c, crochet ou apex; d, bord ventral; m, m , impression, des adducteurs des valves ; n, sinus formé par l’impression occupé par le muscle rétracteur des siphons.
espèces nageuses [Pecten jacobæus, P. maætmws), l’une de ces portions est constituée par des fibres présentant une admirable striation transversale. A part cette exception qu’explique le genre de vie particulier
EMBUANGHEMENT DES MOLLUSQUES.
aux animaux qui la présentent, l’élément musculaire des Lamellibranches est une très longue fibre lisse, plus ou moins nettement décomposée en fibrilles.
La face interne de la coquille est encore marquée d’une ligue qui court à quelque distance du bord inférieur ; cette impression 'palléale correspond au bord du manteau; elle présente souvent un sinus recourbé en avant (fig. 439,71), en particulier chez les Siphoniens.
La coquille s’épaissit donc par l'apport incessant de particules nouvelles déposées à sa face interne par l’épithélium externe du manteau ; elle s’allonge d’une façon identique, par le dépôt de parties nouvelles sur le bord de ce dernier. Les couches calcaires de nouvelle formation ont souvent un aspect irisé, brillant, opalin et constituent la nacre.
Les perles ont la même origine, la môme structure et la môme composition que celle-ci: ce sont des concrétions de carbonate de chaux formées autour d’un corps étranger, soit à l’intérieur, soit en dehors du manteau.
Chez les Anodontes et les Mualve gauche leUes lUnio) d’Italie, F. de
uu cuiicave, vue parsaiace inierne et pré-
sentant l’impressioa du muscle adduc- ^ vues se pro
teur, m; b, valve droite ou plane. autour d’un parasite {Dîstoma
duplicatum) renfermé dans l’épaisseur du manteau; en Allemagne, Küchenmeister a observé leur formation autour de l’œuf ou de la larve hexapode d’un Acarien {Atax ypsilophorus) qui se rencontre assez souvent dans la cavité palléale de ces mêmes Mollusques; von Hessling a précisé toutes ces notions.
Ori sait, du reste, que les perles ne sont autre, chose que des productions pathologiques : voilà longtemps que les Chinois ont imaginé de provoquer artificiellement leur formation. Dans ce but, ils font au
Fig. 460. — Osti ea edulis.
U concave, vue par sa face interne et pré
CLASSE DES LAMELLIBRAMCHES. loo
manteau une petite lésion, pour activer la sécrétion de la nacre, ou bien ils introduisent sous celui-ci de petits corps étrangers, ordinairement des images de Bouddha, autour desquels la nacre se dépose
nar couches concentriques.
Les perles sont ordinairement rondes; leur taille varie depuis les dimenLnsles plus exiguës jusqu’à celle d’un pois; par exception, elles attei-^nent la grosseur d’une noix. Leur surface est lisse, rarement ru-ueuse ou tuberculeuse. Elles ont communément la même couleur V la nacre; d’autres sont jaunâtres, verdâtres, rosees, blanchâtres, grisâtres ou enfumées, voire même violacées et noi-
^"^Les plus belles perles sont produites par l’Aronde perlière ou Pintadine (Meleagrina margaritifera L.), qui vit à de grandes profondeurs dans la mer des Indes, dans le golfe Persique, aux îles Touamotou (archipel taïtien) et jusque dans le golfe du Mexique. Rien ne s oppose à ce qu’on la cultive et l’élève dans ces régions, comme on fait en Europe pour les Huîtres comestibles. Cette espèce n’est d’ailleurs point la seule à produire des perles : la Mulette perlière {Margaritam margaritifera), très répandue dans les torrents des montagnes de 1 Allemagne du sud, donne les perles d’eau douce; les rivières delAraérique du nord renferment des espèces analogues. Citons encore Avkula hirundo, Maliens vulgaris, Venus vivginea, Pinria nobilis et même Ostrea edulis.
Les coquilles d’Huîtres ou d’autres Lamellibranches étaient en grande faveur dans l’ancienne pharmacopée; on les employait réduites en poudre. Pline les croyait très efficaces dans le ténesme et les ulcérations de la vessie; Nunès les conseillait . dans l’anaphrodisie ; plus récemment Maréchal de Plancoëtles préconisait, contre la rage; elles faisaient partie du fameux lithontriptique de Stephens. Avec plus de raison, Lemery les considérait comme apéritives, absorbantes et antiacides.
La nacre était elle-même employée de diverses maniérés. liQnitre 'perlé, qu’on administrait à la dose de 6 à 24 grains dans les fièvres graves, était un mélange de nacre pulvérisée avec huit fois son poids de nitrate de potasse. La poudre de nacre constituait à elle seule un fard connu sous le nom de nacre de perles préparée; elle entrait encore dans la composition de l’emplâtre styplique et de la poudre pectorale.
Les perles ont aussi joué un rôle important dans la l ra
peutique : elles entraient dans la confection alkermès et dans la poudre diarrhodon. Celles de la Mulette perlière, appelées perles d' Écosse ou perles d'apothicaires, servaient à l’état de poudre à la confection d’un électuaire. Les perles jouissaient d’ailleurs de la même réputation que la nacre ou la coquille ;
« on les estime cordiales, dit Lemery, propres pour résister au venin, pour reparer les forces abatues; mais leur principale vertu est de détruire et d’amortir les acides comme font les autres matières alkalines; ainsi elles sont bonnes pour les âcretez de l’estomac, pour la faim canine, pour les cours de ventre, pour les bemorrhagies; la dose en est depuis 6 grains jusqu’à demi-dragme. »
La chimie, en dévoilant la composition de ces remèdes merveilleux, les a fait disparaître de l’arsenal pharmaceutique.
F. Hague, Ueber die natûrliche und künstliche Bildung der Per/en in China. Z. f. w. Z., VIII, p. 4-39, 1857.
C. Th. von Siebold, Ueber die Perlenbildungen chinesischer Süsmasser- Muscheln. Z. f. w. Z., VUI, p. 445, 1857.
K. Môbius, Die ûchten Perlen. Hamburg, 1859.
Von Hessling, Die Perlenmuscheln und ihre Perlen. Leipzig, 1859.
M. Weber, Pearls and pearl fis/ieries. Bull, of tbe Ü. S. Fish Commission, VI, p. 321, 1887.
G. W. Griffin, The pearl fisheries of Australia. Ibidem, p. 433.
Le corps du Lamellibranche est entouré par la coquille et le manteau, comme le serait un livre recouvert de deux reliures superposées. Le bord du manteau, festonné et orné de papilles et de filaments, reste parfois libre sur toute son étendue (Oslrea, Pecten, Myülus, Area, JFnio, etc.). Plus souvent, les deux replis du manteau se soudent par le bord, dans la partie postérieure ; ils sont encore libres en avant, pour livrer passage au pied {Chama, Cardium, Gyclas, Cyprina, etc.). Chez d’autres types (Solen, Mya, Pholas, Teredo), la soudure des deux replis du manteau s’étend sur une plus grande longueur, sans pourtant devenir totale. Plus la fer-
Fig.4Cl. — èali/ca montrait meture du manteau est complète, les siphons et le pied. piQg développer à la rc-
. . gioh postérieure du corps deux tubes
contractiles ou siphons, que l’animal peut allonger entre les valves entre-baillees (fig. 46i) : l’eau est amenée par l’un des siphons jusqu aux branchies, puis est expulsée par l’autre.
Le pied (fin. 456, p, fig. 4^2, b) est l’organe de la locomotion; il
CLASSE DES LAMELLIBRANCDES. ISl
fait défaut chez les espèces sédentaires [Ostrea] et présente, chez les autres, les formes et les fonctions les plus diverses. Il sert fréquemment à la fixation de l’animal : il porte alors à sa base une glande chargée de produire le hyssus (fig. 462, c), substance filamenteuse de nature chitineuse, au moyen de laquelle l’animal adhère aux rochers (Pecleri, Avicula, Meleagrina, Mytilus, Pinna, Breyssena, Tridacna). Chez lès Cyclades {Cyclas) et les Naïades {Unio, Anodonta, Margaritana), le hyssus existe pendant la période embryonnaire, mais non à
Fig. 462. — Anatomie de Mytilus edulis. — a, bord du manteau; b, pied, c, byssus; d, e, muscles du pied; f, bouche; g, tentacules ou palpes labiaux; h, manteau; i, brancliie interne; j, branchie externe.
lage alulte. Celui des Jambonneaux (Pinna) est formé de filaments longs et soyeux, avec lesquels on a pu tisser des étoffes ; celui de l’Anomie est remplacé par une cheville calcaire, par laquelle 1 animal se fixe. Th. Barrois a fait une bonne étude de cet organe. ^
La bouche, f, est une fente transversale logée dans la cavité du manteau, en arrière du muscle adducteur antérieur. Elle s ouvre entre deux paires de palpes labiaux, g, qui fonctionnent comtne organes du tact et servent aussi à diriger vers la bouche les particules en suspension dans l’eau ; ces palpes sont parfois très réduits (Chama,
Psammobia)-, ailleurs (Tellina), ils ont de telles dimensions qu’on pourrait les prendre pour des branchies accessoires. La bouche n’a ni dents, ni mâchoires, ni halbe pharyngien, ni glandes salivaires; à sa suite vient un court œsophage, puis un large estomac dans lequel se déversent les sucs digestifs.
Au voisinage du pylore, l’estomac se prolonge en un cul-de-sac qui s’étend entre les circonvolutions intestinales et loge la tige cristalline, sorte de stylet cylindrique et transparent, de consistance carlilagi-
Lr
Fig. 463. — Anodonte débarrassée de sa coquille et vue par la face dorsale. — a, anus; br, extrémité des branchies; m, manteau; o, oreillette ; 75, pied; r, rectum ; v, ventricule dont la paroi a été excisée en dessus pour montrer l’intestin qui le traverse.
neuse, produit par une sécrétion de l’épithélium. Le cul-de-sac est très long chez Pholas, Donax, Solen, Tellina, Teredo; chez ce dernier, Deshayes le prenait pour un second estomac ; chez Dreyssena, il a encore une grande longueur, mais est dépourvu de tige. Dans d’autres types (Unio, Anodonta), le cul-de-sac manque, mais la tige cristalline est engagée dans l’intestin. La tige fait défaut chez les Monomyaires, sauf chez Anomia; sa présence n’est point constante dans une même espèce ; ses usages sont inconnus .
L intestin décrit dans la masse viscérale des circonvolutions plus ou
moins longues, puis remonte vers la face dorsale : il se porte alors d’avant en arrière. Le rectum (fig. 463, r) traverse le ventricule du cœur,^, sauf dans quelques genres {Ostrea, Anomia,Teredo). L’anus, a, s’duvre'à l’extrémité postérieure du corps, en avant du muscle adducteur postérieur des valves. Chez les Dimyaires, le tube digestif se
laisse donc ramener théoriquement à un canal incurvé en ü dans le sens antéropostérieur et dont les extrémités sont situées en dedans des muscles adducteurs.
A ce tube est annexée une glande volumineuse, improprement appelée foie, qui entoure l’estomac et une partie de l’intestin ; ses lobules déversent par plusieurs orifices, dans l’estomac et dans la partie antérieure de l’intestin, un liquide destiné à transformer les aliments.
Le cœur (fig. 464, c) est situé à la face dorsale. Il est formé d’un ventricule (fig. 463, v) et de deux oreillettes, o; il est entouré d’un péricarde (fig. 464, Pj, limité au ventricule chez Ostrea. Du ventricule partent un {Mytilas) ou deux vaisseaux [Anodonta], qui distribuent le sang à tous les organes; de là, il tombe dans des lacunes plus ou moins vastes, creusées dans le parenchyme du corps. Le sang est repris ensuite par trois grosses
Fig. 4G4. — Cœur et organe de Bojanus de la Mulette, d’après de Lacaze-Duthiers.
— c, cœur; ce, poche cen-
veines ; une médiane, qui déverse dans le cœur le sang provenant des lacunes du pied, et deux latérales, qui conduisent aux branchies le sang sortant de l’organe ■de Bojanus; de chaque branchie part une veine qui ramène à l’oreillette correspondante du sang artériel.
On a décrit sous le nom de pores aquifères des orifices qui mettraient l’appareil vasculaire en communication avec l’extér:
traie de l’organe de Bojanus; cp, sa pocRe périphérique ; mp, muscle postérieur des valves; ov, orifice génital; p, péricarde ; pe, orifice externe de la poche périphérique; pi, orifice péricardique ou interne de la poche centrale; r, coupe de l’organe de Bojanus.
■leur et par lesquels l’ani¬
mal pourrait, suivant les circonstances, absorber de l’eau ou éva¬
cuer rapidement une certaine quantité de son liquide nourricier. J. Carrière et Th. Barrois ont reconnu que ces pores, loin de s’ouvrir dans les lacunes sanguines, ne sont que les canaux excréteurs de la glande byssogène atrophiée : la communication supposée n existe point normalement et les brusques changements de volume
160 embranchement des mollusques.
des organes s’expliquent suffisamment par un déplacement rapide de la masse sanguine.
L’appareil respiratoire est constitué par deux paires de branchies (fig. 4o6, br; fig. 462, i,j), rarement par une seule paire {Corbis, Lucina). Les deux branchies d’une môme paire sont tantôt égales [Ostm, Pecten, Mytüus), tantôt inégales ; l’externe est alors la plus longue {Petricola), parfois même elle pénètre jusque dans les siphons [Pholas, Teredo). En réalité, chaque branchie est double et se comporte à la façon d’une planche hors texte, qui ne peut rentrer dans un livre qu’à la condition d’être repliée sur elle-même : la branchie externe est repliée en dehors, l’interne est repliée en dedans. Les deux lames d’une même branchie délimitent un espace interbranchial, plus ou moins subdivisé par des cloisons conjonctives en une série de compartiments lacunaires, dans lequels l’eau pénètre par des orifices percés sur le bord libre et sur la surface entière des lamelles. Le bord adhérent de chaque lame est parcouru suivant sa longueur par deux veines et par une artère à laquelle arrive le sang qui sort de l’organe de Bojanus; cette dernière est l’origine d’une foule d’artérioles qui se ramifient dans la branchie, puis tombent dans des lacunes d’où partent des veinules dont la réunion donne naissance aux deux veines susdites; celles-ci s’unissent entre elles et avec les veines des autres lames branchiales du même côté, pour former le tronc veineux qui vient se jeter dans l’oreillette. La branchie lamelleuse est caractéristique des Lamellibranches, qui lui doivent leur nom ; sa surface est tapissée d’un épithélium vibratile, qui assure tout à la fois le renouvellement de l’eau et la progression des particules solides vers l’orifice buccal.
Sabatier considère encore comme servant à la respiration les organes godronnés, situés dans l’angle formé parla branchie et le manteau ; on les rattachait autrefois à l’organe de Bojanus.
Cet organe, ainsi appelé du nom de l’anatomiste qui l’a découvert, représente l’appareil excréteur. 11 est constitué par deux sacs glandulaires allongés, symétriques, disposés entre les branchies et le péricarde (fig. 464, p). Chaque sac, r, comprend une portion glandulaire spongieuse, fortement plissée, cc, et une région non glandulaire, lisse, superposée à la précédente et jouant le rôle de canal excréteur, cp. L’organe est jaune ou brun ; ses parois sont parcourues par un riche réseau capillaire; son épithélium interne renferme des concrétions de guanine et d’acide urique. La poche centrale, ce, s’ouvre dans le péricarde par un orifice particulier, pi [Unio, Ajîodonta, Cardium, Pholas). Le canal excréteur, cp, vient déverseriez produits élaborés par la glande soit directement au dehors, à côté de l’orifice sexuel {Unio, Mactra, Cardium), soit dans l’oviducte (Aroa,
Pinna)-, ailleurs enfin, les glandes génitales amènent leurs produits dans le corps de Bojanus [Peclen, Lima, Spondylus).
Le système nerveux est bien développé et présente de notables variations d’un type à l’autre (flg. 465). Au-dessus de la bouche se voient deux ganglions buccaux ou susœsophagiens, a, réunis l’un à l’autre par une commissure plus ou moins longue, mais parfois rapprochés au point de se confondre en une seule masse (Mactra, Cytherea); ils envoient des filets nerveux à la bouche, aux palpes labiaux et à la région antérieure du manteau. Chacun de ces ganglions émet une longue cornmissure qui se porte en arrière [ et en bas et qui aboutit, en ar- I rière du muscle adducteur postérieur des valves, à un ganglion viscéral ou branchial, c.
Les ganglions branchiaux Fi
sont réunis lun à 1 autre par Peden. — a, ganglions sus-œsophaune courte commissure trans- gi’ens; b, ganglions pédieux ; c, ganglions versale {Pecten, Mytilus, Li- viscéraux.
thodomus), ou sont, au contraire, fusionnés en une seule masse {Anodonta, Mactra, Mya)-, chez les types à branchies bien développées, ils peuvent être accompagnés d’un ganglion latéral de renforcement [Teredo, Tridacna). Ils émettent un grand nombre de filets qui vont se perdre dans les branchies, les viscères et le manteau; ils envoient aussi aux siphons des nerfs volumineux, sur le trajet desquels se trouvent des ganglions supplémentaires, lorsque les siphons sont de grande taille (Lutraria, Mactra, Solen).
L’ensemble des ganglions buccaux et branchiaux et de leurs commissures constitue le collier viscéral. A cela se réduit le système nerveux chez les Lamellibranches dépourvus de pied iOstrea) ; mais, quand le pied existe, même à l’état rudimentaire {Pecten), on trouve à sa base une paire de ganglions pédieux, b, reliés aux ganglions buccaux par deux commissures d’autant plus longues que le pied est lui-même plus reporté en arrière.
Les sens sont peu développés. Le loucher s’exerce par le pied, 1 extrémité du siphon, les lobes buccaux et surtout par les papilles ou BcANCHAnn. — Zool. méd.
tentacules filamenteux {Lima) du bord du manteau : des cellules surmontées d'un bouquet de poils tactiles, en relation avec les nerfs du derme, sont disséminées dans toutes ces régions, à la surface de l’épiderme.
Les otocystes semblent manquer dans bon nombre d’espèces. Ils sont au nombre d’une paire et reposent sur les ganglions pédieux, mais sont innervés par un filet venant des ganglions buccaux. Ce sont des vésicules sphériques, revêtues intérieurement d'un épithélium vibratile et renfermant un otolithe, rarement deux {Chione,Cytherea).
Les yeux existent souvent chez la larve, mais sont rares chez l’adulte. Dans quelques genres, ils sont réduits à de simples taches pigmentaires, placées sur le bord du manteau, dans sa région postérieure (Area, PectunculiDi, TelUna), ou à l’extrémité du siphon (Solen, Mactra, Venus). Par exception, ils atteignent chez Peefm et Spondylus un haut développement et ont l’aspect de petits boutons pédiculés, rouge brun, à reflets métalliques, disséminés en Ire les tentacules du
■bord du manteau (fîg. 466). J. Chatin y a reconnu toutes les parties constitutives de l’œil des animaux supérieurs : les cellules de la chol’oïde contiennent des granulations pigmentaires de diverses couleurs; la rétine est formée d’une couche de bâtonnets, auxquels aboutissent des fibres provenant du nerf circumpalléal.
Les sexes sont séparés, à quelques exceptions près {Ostrea, Pecten, Janira, Pandora, Cyelas, Clavagella)-, toutefois l’hermaphrodisme est peut-être plus fréquent qu’on ne le suppose, un môme individu pou-' vant produire successivement des spermatozoïdes et des ovules ; dans des genres unisexués (TJnio, Anodonta), il n’est point rare d’observer des individus hermaphrodites.
L appareil génital est constitué par une paire de glandes en grappes, symétriquement disposées sur les côtés du foie et autour des replis de 1 intestin; elles s’étendent jusque dans la base du pied, parfois meme sont contenues en partie {.\nomia) ou en totalité (;»/«/-
tUüs) dans le manteau. Ces glandes ont la même structure dans les deux sexes ; à l’époque de leur maturité, elles sont rouges chez la femelle et laiteuses ou jaunâtres chez le mâle. Leurs conduits excréteurs viennent s’ouvrir de chaque côté de la base du pied, au voisinage de l’orifice de l’organe de Bojanus {Pectumulus, Anodonta, JJnio, flg. 464, ov) \ les deux orifices sont parfois confondus [Arcà, Pinna,
. — Organes génitaux de Peeten glaber, d’après de Lacaze-Duthiers — «, conduits excréteurs du testicule et de l’ovaire ; b, leur orifice commun' dans l’organe de Bojanus; c, orifice de l’organe de Bojanus; d, petits îlots ovariens épars dans le testicule; o, ovaire; t, testicule.
Mytüus) ou même la glande génitale déverse ses produits dans la ca vite du corps de Bojanus (Lima, Spondylus, Peeten, fig. 467, 6).
Chez les espèces hermaphrodites, les follicules mâles, t, et femelles, O, sont très distincts et s’ouvrent isolément à l’extérieur (Pandora) ou bien débouchent par un canal excréteur commun, b (Peeten, Clavagella, Cyelas) ; d’autres fois, le même cul-de-sac fonctionne successivement comme testicule et comme ovaire (Ostrea, Cardium norve- Qieum).
11 n’y a pas d’organe copulateur. La fécondation se fait dans la ca- ^itépalléale de la femelle, à l’aide de spermatozoïdes amenés par 1 eau. Les hermaphrodites peuvent se féconder eux-mêmes, mais seulement dans le cas où les œufs et les spermatozoïdes arrivent simultanément à maturité (Cardium serratum). Chez Cydas, les œufs s accumulent et se développent dans des poches situées à la base des
104 embranchement des mollusques.
branchies internes; chez les Naïades, ils pénètrent dans l’espace interbranchial externe, puis dans les tubes branchiaux secondaires, qui s’élargissent pour former autant de chambres d’incubation.
La segmentation est totale et inégale, sauf quelques exceptions {Cyclas) ; la gastrula se forme par embolie ou par épibolie. La larve
Fig. 468. — Trois stades du développement de Cardium, d'après Lové.ü. — an, anus ; 6, pied ; cm, muscle adducteur antérieur; liy, endoderme ; V, voile.
est parfois ciliée sur toute sa surface (fig. 468, A) ; puis apparaît, à la région céphaUque, un organe lamellaire ou voile, V, entouré de forts cils vibratiles et pourvu d’un flagellum central. Ce dernier manque quelquefois [Ostrea, Teredo)', le voile lui-méme est très réduit [Anodouta, TJnio, Cyclas) ou avorte [Pisidium) chezles espèces d’eau douce qui ne sont pas libres à l’état larvaire. Le voile n’est jamais bilobé.
Les Lamellibranches sont tous aquatiques; un très petit nombre nombre vivent dans les eaux douces {Unio, Anodonta, Margaritana, Cyclas, Pisidium)-, d’autres {Dreyssena) habitent indifféremment les eaux douces ou salées. A l’exemple de Woodward, on les divise en deux ordres, d’après la présence ou l’absence de siphons.
L’ordre des Asiphoniens comprend tous les Lamellibranches, monomyaires ou dimyaires, dont le manteau est dépourvu de siphons et dont l’impression palléale est simple.
Les Ostréides (Ostrea, Anomia, Placuna) constituent la famille la plus importante. La coquille est inéquivalve, feuilletée, et adhère aux rochers par la- valve gauche, qui est la plus hombée ; le manteau est entièrement ouvert, le pied est rudimentaire ou nul. Ces animaux vivent en colonies fort nombreuses (bancs) dans les mers chaudes.
Les Huîtres, dont on consommé une si grande quantité, appartiennent sans doute à plusieurs espèces distinctes, comportant ellesmêmes plusieurs variétés : l’ostréiculture tend sans cesse à en augmenter le nombre. Sur les côtes de l’Océan et de Ja Manche, on rencontre surtout l’Huître commune {Ostrea edulis L.) et l’Huître Pied- •de-Gheval (0. hippopus L.) ; sur les côtes de la Méditerranée, le Péloustiou (0. lacteoîa Moquin-Tandon) et trois espèces (0. rosacea Fav.,
0 cristata Born, 0. plicata Ch.); en Corse, 0. lamellosa Brocchi.
0 eduUs a donné par la culture de nombreuses variétés, inégalement appréciées. Les principales sont celles de Cancale, de Sainte- Anne, d’Ostende, d’Arcaohon, de Marennes, etc. Ces dernières sont les plus estimées ; ce sont en réalité des Huîtres nées et cultivées à Arcachon jusqu’à développement complet, puis transportées à Marennes pour y être engraissées ; là, leurs branchies prennent une belle couleur verte dont Puységur attribue la cause à une Diatomée bleuâtre {Nammla ostrearia) ; celle-ci, vue à travers le tissu jaunâtre de la branchie, produit une teinte verte (1). En raison de l’estime en laquelle les amateurs tiennent les Huîtres de Marennes, certains industriels verdissent artificiellement des Huîtres d’autre provenance, en les additionnant d’un sel de cuivre ; la fraude est facile à découvrir.
Les Huîtres ont été de tous temps très appréciées par l’Homme. L’habitant primitif de la Scandinavie en faisait sa principale nourriture, commel’attestentlesKjœA-fenmœddmg'er ou amas de coquilles. Les Romains en faisaient une grande consommation et ils avaient trouvé le moyen de les cultiver. Chez nous, l’ostréiculture n’a pris le développement qu’elle présente actuellement que sous l’impulsion de Coste, à qui nous devons également le renouveau et les progrès de la pisciculture. On consomme annuellement en France une énorme quantité d’Huîtres, environ 300 millions : un tiers est consommé sur place ou transformé en conserves, le reste s’en va sur les marchés de l’intérieur. Cet engouement pour une denrée dont le prix est fort élevé s’explique par la facile digestibilité de celle-ci et par les services qu’elle rend dans la convalescence des maladies aiguës. Nos côtes allant en s'appauvrissant, en raison de la pêche incessante, on a dû réglementer la vente des Huîtres et l’interdire du 13 juin au septembre : cette époque, qui est celle de la reproduction, correspond aux mois dont le nom n’a pas d’r, mois pendant lesquels un dicton populaire représente les Huîtres comme capables de produire des intoxications. Ces Mollusques, en effet, ont causé maint empoisonnement, mais celui-ci ne semble pas être causé par la glande génitale ou ses produits : il tient sans doute, comme chez la Moule, à l’existence d’un principe vénéneux dans le foie.
L’Huître de Portugal (0. angulata) est considérée par quelques naturalistes comme un survivant du genre fossile Gryphæa. Elle s est acclimatée depuis peu sur les côtes de France, notamment à l’embouchure de la Gironde; en 1884, Bottemane l’a rencontrée dans l’Escaut oriental. Sa chair est fade et peu recherchée.
(1) Cette Diatomée avait été vue autrefois par Gaillon, qui 1 aj^elait Vibiio oslrearius. Ray Lankester a cru la découvrir postérieurement h 1 uysegur.
EMBRÂNCHEMlîNT DES MOLLUSQUES.
L’Anomie se mange à Cette et à La Rochelle, où on l’appelle éclair, à cause de sa phosphorescence. Ozenne lui reconnaît toutes les qualités et la délicatesse de l’Huître et la préfère même à celle-ci.
Les Pectinides sont libres et nageurs {Pecten, Lima) ou fixés par la valve bombée {Spondylus). Beaucoup d’espèces sont comestibles (P. maximus, jacobæus, opercularis, varias, glaber; L. sqiiamosa, inflata; Sp. gæderopus) et pourraient se cultiver dans des claires à la façon des Huîtres. Aux États-Unis, on fait une grande consommation de P. irradians.
Les Aviculides (Avicula, Meleagrina, Malleus) ne sont pas comestibles.
Les Arcadés {Area, Pectunculus) ont une coquille équivalve et des j)ranchies formées de filaments libres. Sur les côtes de la Méditerranée et de la mer Rouge, on consomme quelques Arches (A. Noæ, A. barbata). D’après Adanson, les nègres de l’embouchure du Niger mangent une autre espèce qu’ils nomment fagan (A. senilis L.). Certains Pétoncles (P. glycimeris,pilosus,vinlai:escens) sont recherchés en Provence.
Quelques Naïades sont également consommées par l'Homme. En 1668, Gontier accusait l’Anodonte (Anodonto cygnæa, A. anadna) àe donner la fièvre, opinion partagée par Rondelet : elle, était mangée par les paysans du Lyonnais et du Forez ; elle se montre parfois encore sur les marchés de Paris sous le nom de Moule des étangs. Les Mulettes sont moins appréciées : cependant Bréhier assure que la Mulette perlière se mange aux environs du mont .Saint-Michel.
Les Mytilides [Mytilus, Pinna, Lithodomus, Dreyssena) ont une coquille équivalve. La Moule [M. eduUs), très commune sur nos côtes, est au nombre des aliments les plus usités; la mytiliculture, inventée vers 1236 par un naufragé irlandais du nom de Walton, qui s’était établi dans la petite baie de l’Aiguillon, est une industrie très florissante.
La Moule était autrefois employée en médecine : Lemery la croyait antirabique, apéritive et diurétique; plus récemment. Faucher a préconisé pour les affections des voies respiratoires plusieurs préparations dont elle était la base.
Il est assez fréquent de voir se produire, à la suite de l’ingestion de ce Mollusque, des empoisonnements fort graves, qui ont été signalés par une foule d’auteurs et sur la nature desquels on est resté longtemps indécis. Ces accidents peuvent se présenter sous trois aspects : dans la forme la plus légère, 1 individu est pris rapidement d’un exanthème diffus, urticaire
OU érythème, siégeant surtout le corps, mais principalement à la face. La seconde forme, qui est plus rare, est caractérisée par de la gastro-entérite ; ces phénomènes se montrent dix à douze heures après le repas et rappellent le choléra; ils peuvent avoir une issue fatale. Enfin, la troisième forme, la plus grave, consiste en paralysies apparaissant une ou deux heures après l’ingestion des aliments et se terminant le plus souvent par la mort: elle rappelle exactement les symptômes occasionnés par les Poissons toxiques des pays chauds. On a émis à l’égard de ces accidents les opinions les plus diverses; il serait trop long de les rapporter ici, d’autant plus qu’aujourd’hui la question peut être considérée comme résolue.
A la fin de 1884, un grand nombre d’ouvriers tombèrent malades, après avoir mangé des Moules pêchées dans le port de Wilhelmshaven ; plusieurs moururent au bout d’une demiheure à cinq heures. Des Poules et des Chats furent malades et succombèrent même, après s’être nourris de Moules jetées sur les fumiers; il en fut de même pour des animaux auxquels Virchow avait fait ingérer des Moules que Schmidtmann lui avait envoj^ées.
A quelle cause devait-on rattacher ces intoxications? G. Lohmeyer, d’Emden, prétendit que les Moules toxiques appartenaient à une espece particulière, amenée de l’étranger par les vaisseaux de guerre. Cette espèce, qu’il appela Mytitus strialus, serait plus grande que la Moule commune, dont elle différerait, entre autres caractères, par sa coquille striée et sa coloration bleu brunâtre. Virchow adopta tout d’abord cette opinion, mais l’abandonna bientôt après, en présence de l’unanimité avec laquelle des zoologistes tels que P.-E. Schultze, Môbius, Grawitz, Wolff, von Martens, consultés par lui, reje- ■ taient la nouvelle espèce et se refusaient à y voir autre chose qu’une simple variété de M. edulis. Ils faisaient remarquer en outre que les Moules à coquille striée n’existent seules en aucune localité; que partout elles sont mélangées aux Moules lisses; que toutes les Moules striées ne sont pas toxiques, de même que toutes les Moules lisses ne sont pas inoffensives.
Toutes les Moules toxiques provenaient d’un certain bassin dont l’eau est stagnante et où se déversent les égouts de la ville. Schmidtmann démontra que leur toxicité tenait à la
168 EMBRANCHEMENT ÜES MOLLUSQUES,
nature de l’eau. Des Moules fraîches et inoffensives sont apportées dans ce bassin : au bout de quatorze jours, elles sont profondément toxiques; elles perdent leur toxicité, si on les remet dans l’eau courante. Virchow voit aussi la toxicité disparaître chez des Moules empoisonnées, conservées depuis quatre semaines dans un aquarium.
Si la présence du poison dans les organes de la Moule tient réellement à la nature des eaux, ce poison doit se rencontrer aussi chez des animaux d’espèces différentes, mais vivant dans les mêmes conditions? Pour résoudre la question, Max Wolfl capture quatre espèces de Poissons, un Crustacé (Cmngonvulgaris) et un Echinoderme [Aslerias ruhens) en divers endroits du port : il prépare des extraits aqueux et alcooliques de chacun de ces animaux et les injecte sous la peau du Cobaj'e et du Lapin. Il reconnaît ainsi que, non seulement les Moules, mais encore les Astéries, présentent, en certains points du port de Wilhelmshaven, une toxicité plus ou moins marquée et que la toxicité des Astéries marche toujours parallèlement à celle des Moules; l’empoisonnement expérimental provoque les mêmes symptômes dans l’un et l’autre cas. Quant , aux Poissons et aux Crevettes, ils sont sans doute trop nomades pour être influencés par leur passage dans la zone toxique. Les Moules sont donc nuisibles ou non, suivant la localité; il en est de même suivant la saison et ces variations sont d’ordre plus général, puisqu’elles s’observent également chez les Poissons vénéneux.
Quant au principe toxique, Salkowski l’a reconnu pour une substance chimique définie, que Brieger a pu isoler et qu’il a désignée sous le nom de mytilotoxine ; sa formule est C'-H^'AzO^ Cette substance cristallise en cubes ; elle est douée d’une odeur désagréable et d’une toxicité très énergique, analogue à celle des Moules elles-mêmes. A l’air libre, elle se décompose en perdant sa mauvaise odeur et sa toxicité. Son action est paralysante, comme celle du curare.
A Wilhelnishaven, on n’a observé dans aucun cas ni urticaire, ni sahvaüon, ni diarrhée; néanmoins ces symptômes ont été vus maintes fois chez l’Homme ou l’animal. Puisque la mytilotoxine ne les provoque pas, il est vraisemblable que la Moule peut renfermer plusieurs principes vénéneux, dont
CLASSE DES LÀMELLIBRÂNCHES. 169
1- ou l’autre prédomine, suivant les cas. Le paralysant est pnl connu ; les autres ont été entrevus déjà par Brieger, mais !nnt encore insuffisamment étudiés. On sait pourtant que celui nni nroduit l’urticaire est éliminé en nature par les sécrétions,
Lr exemple par le lait : Cazin, de Berck, a rapporté le cas 5’une nourrice qui n’avait pas été incommodée après avoir mangé des Moules, tandis que son nourrisson avait eu de 1 ur-
^'pour déterminer le siège exact du poison, Wolff a fait des extraits de chaque organe isolément et les a expérimentés en injection sous-cutanée : le foie seul toujours montre
toxique Si l’extrait aqueux est porté à 1 ébullition, puis traité parle carbonate de soude, la mytilotoxine se décompose en des principes non toxiques; la même action se produit, mais d’une façon moins certaine, avec les Moules entières plongeant dans l’eau bouillante et additionnées de 3 grammes à 3 %o de carbonate de soude par litre.
Quant à la provenance du poison, on peut se demander s il n’est pas préformé en dehors du Mollusque, qui 1 absorberait et l’emmagasinerait dans son foie. S’il en est ainsi, on doit évidemment le trouver dans les eaux où vit 1 anima , 01, eiu e
de ces eaux, faite de diverses manières, n’a conduit à aucun résultat. Il semble donc démontré que le poison se forme spontanément dans le foie, par suite d’une lésion ou d un trouble fonctionnel provoqués par les mauvaises conditions de milieu.
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Beitrâge zur Kenntniss der gifligen Miessmuscheln. — I. Bemerkungen, von R. Virchow. — II. Dingnostiscke Merkmale der Giftmuscheln, von c! Lohmeyer. — III. Votum des Prof. Fr. E. Schulze. — IV. Volurn des Prof. E. von Martens. Ibidem, CIV, p. I6I, 1886.
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Pûisoning by oyslers. Med. News, II, p. 495, 1886.
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Empoisonnement par les Moules. Revue scientifique, II, p. 350, 1887.
Em. Dutertre, De l'empoisonnement par les Moules. Ses causes. Boulognesur-Mer, in-8o de 65 p., 1887.
L ordre des Siphonie.ns comprend les Lamellibranches dont le manteau est en partie soudé à lui-même et porte des siphons ; il renferme un plus grand nombre de formes que le précèdent. Les Cames (Chama), les Bénitiers {Tridacna, Hippopus) et, parmi les fossiles les Hippurites (fig. 469) forment trois familles importantes. .,es ucardes {Cardium) ont une coquille équivalve, convexe, cor- 1 orme, sans sinus palléal. Elles sont communes sur tontes nos côtes, et bon nombre d espèces entrent dans l’alimentation de la classe pauvre, notamment la Coque ou Sourdon (C. edule L., C. rusticum}) il y aurait intérêt à les cultiver.
palléal; chez quelques-uns, bords du manteau sont largement ouverts en avant pour laisser
CLÀSSE DES EâMELLIBRANGIIES. Ul
le pied. Quelques Cyprinides [Cardita, Isocardia) sont cônsom- Provence, notamment C. sulcata ou Praire et L cor. Les v'^^érides sont aussi comestibles : Cytherea chione, Venus decussata et 7. virrjinea ou Arcéli sont mangés en Languedoc et en nce 11 en est de même pour les Mactres [Mactra lutraria, ll'^lmorum), les Psammobies {PsammoMa vespcrtino) et les Donaces
Fig. 4ü9. — Hippuriles Toiicasianus.
{Donax (malmum, D. trunculus); D. rw^osa est recherché au Sénégal.
Les Myacides {Solea, Mya) et les familles suivantes on complètement soudé, sauf une petite ouverture postérieure, p passage du pied. Sur nos côtes, on mange les Couteaux ( o men, ensis, süiqua, vagma, fig. 4.o8) ; aux Etats-Unis, on S® ment les Myes {Mya arenaria) ou Solft-clam, que 1 on u i ise comme appât pour la pêche de la Morue. , j „ los
Ici se rangent encore les Arrosoirs (fig. 470), les o a e Tarets. Les Pholades creusent les rochers ; c’est a ehes ^ la perforation des colonnes du fameux temple de Sérapis, a ° ’
leur phosphorescence est très remarquable et est ue a ^
cristallisable que R. Dubois a pu isoler. Pholas dactylus est c
à la Rochelle sous le nom de Dail; à la Havane, on mange une autre espèce. Les Tarets [Teredo navalis) perforent le bois : ils s’attaquent aux pilotis, aux digues et ont été cause de l’inondation de la Hollande, au commencement du siècle dernier; avant l’invention du blindage, ils ont également causé la perte d’un grand nombre de navires dont ils avaient perforé la coque.
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Bottemane. Tijdschrift der nederl. dierk. Vereeniging, (21, I. p. xxxi,
P. Fischer, Manuel de conchyliologie. Paris, 1880-1887.
CLASSE DES SCAPHOPODES.
Les Scaphopodes ne comprennent qu’une cinquantaine d’espèces vivantes, formant l’ordre des Solénoconques et appartenant au seul genre Dentalium. On les rangeait autrefois parmi les Gastéropodes, mais de Lacaze-Duthiers a fait voir qu’ils établissaient plutôt le pas-
Fig. 471. Dentalium entalis enfoncé dans le sable. — </, bord festonné du manteau; s, son bourrelet antérieur; l, tentacules.
sage entre ceux-ci et les Lamcllibranclies. Ces animaux (flg. 471 vivent enfonces dans le sable ou la vase, au fond de la mer.
CLASSE DES POLYPLACOPIIORES- 173
T ara-e-Duthiers, Histoire de l’organisation et du développement du
Aln.los des», e.t,, (4), VI, 1858; VII et VIII,. 1851,
CLASSE DES POLYPLACOPHORES.
De Blainvüle avait créé cette classe pour les Chitons, que les auteurs ont rangés depuis parmi les Gastéropodes prosobranches, à côté des Patelles. Les travaux récents ne permettent pas de main
tenir plus longtemps ce rapprochement. ^
Ces animaux, encore appelés Polyplaxi^hores ou Placophores, se trouvent dans toutes les mers. Ceux de nos pays sont de petite taille, mais ceux des mers chaudes ont de plus grandes dimensions (fig. 472) : ils sont fortement fixés aux rochers et peuvent se contracter en boule comme les Cloportes. Le corps est ovale-oblong, plan-convexe, sans tête distincte et sans tentacules, recouvert à sa face dorsale de huit plaques ou écailles mobiles, imbriquées et disposées en travers. Ces plaques ne sont pas équivalentes à la coquille des Gastéropodes ; elles sont chitineuses et se laissent déborder plus ou moins, parfois môme entièrement {CryptocUton) par le manteau. En dessous, rig. 472. — Chiton squacelui-ci se déprime pour loger de chaque îwosm
côté une rangée de branchies pectinées. , . o’nnvrp
Les organes présentent une symétrie parfaite, .a ou . à la face inférieure : elle est pourvue d une trompe P™ armée d’une radula ou plaque dentaire : cet ,
chez les Scaphopodes et va se retrouver chez 1»* «“^foutdls Gastéropodes et les Céphalopodes; aussi tous ces i ® æodontoété désignés par certains auteurs sous le nom co ec i
'■'‘î-rnus s'ouvre au milieu du dos. Le cœur du sang artériel. Le relu est pair. L'appareii gemtal est '■«“P'' dite et s’ouvre de chaque côté par un petit orifice, en branchies. Le système nerveux a de grandes analogies Annélides; une- série d’yeux se voient à la face dorsale Les larves n’ont ni voile ni coquille; elles sont ciliées, comn
“Sr^^^se comprend un petit nombre ■i» «“f “t-
nellus, Aeanthopleura, Gymnnpiàx, etc.). Par leur ra u a
174 embranchement DES MOLLUSQUES.
chies, ces animaux sont de vrais Mollusques, mais leur système nerveux et leur développement les rapprochent étroitement des Annélides. La transition vers ces dernières, ou plutôt vers les Géphyriens semble se faire par l’intermédiaire des Aplacophores.
H. von Jhering donne ce nom à des êtres vermiformes encore peu connus et constituant les genres Proneomenia Hubrecht et Neomenk Tullberg. Pr. Sluiteri est long de lOo à i08 millimètres et vit dans la mer de Wilhem Barents : elle possède une radula. Les Néoménies (A. carinata, N. gorgonophila) sont très voisines de la précédente, mais n’ont pas de radula; von Jhering les rapproche de Chaeloderma, rangé par de Quatrefages parmi les Géphyriens inermes.
Avec les Ptéropodes commence le grand groupe de Mollusques céphalophores, dans lequel on distingue trois classes.
Les Ptéropodes sont hermaphrodites, de petite taille, à tête peu
Jlyaua Indenlatu.
ORDRE DES HÉTÉROPODES, 173'
ropodes (fig. 4;74, C) : elle possède un voile cilié, v, et un opercule, o}],
Fig. 474. — Larves de Mollusques. — A, larve d’un Gastéropode ; B, la même à un état plus avancé; G, larve d’un Ptéropode {Cymbulia); c, coquille; op, opercule; p, pied ; f, tentacule ; v, voile.
qui tombent de bonne heure, ainsi qu’une coquille, c, qui ne persiste que chez les Thécosomes.
Les Gastéropodes ou Platypodes constituent une classe importante de Mollusques à tête bien développée, pourvue de tentacules et d’yeux ; le plus souvent ils possèdent une coquille calcaire et ont la face ventrale transformée en un pied large et plat. -
ORDRE DES HÉTÉROPODES
Ces animaux, appelés Nudéobran^ies par de Blainville, sont transparents et gélatineux, en raison de leurs habitudes pélagiques; toutefois, leurs téguments renferment souvent des concrétions calcaires. Ils nagent sur le dos, et la partie antérieure du pied est transformée en une nageoire foliacée, portant souvent une ventouse, tandis que la partie postérieure se prolonge en une longue queue.
Une coquille existe chez tous, à l’état embryonnaire, mais persiste chez les uns et avorte chez les autres {Pterotrachæa, Firolûidea) : elle est mince et transparente chez Carinaria (flg. 473), plus résistante chez Atlanta; elle était bien' développée dans le genre fossile Bellerophon (flg. 476).
La tête est saillante et se prolonge en une trompe, à l’extrémité de laquelle s’ouvre la bouche ; la radula est très développée. Les viscères sont ramassés en une petite musse ou nudéas, dont la partie anté-
ne CLASSE DES GASTÉROPODES.
rieure porte des branchies, sous forme de lamelies ciliées; celles-ci font parfois défaut {Plerotraehæa). Le cœur, formé d’une oreillelte.et d’un ventricule, émet une artère dont les branches s’ouvrent dans la cavité générale ; le sang, qu’aucune veine ne ramène au cœur, même
Fig. 4T.'>. — Carinaria meditetranea.
au sortir des branchies, s’accumule autour de l’oreillette, dans laquelle il pénètre directement. L’appareil excréteur ou rem est représenté par un sac contractile situé à côté du cœur. On admet que l’eau peut venir se mélanger au sang, grâce à une communication établie entre le rein et le péricarde.
Le système nerveux central est très différencié. Les ganglions céré-
Fig. 47C, — Bellerophon bilobatn.
broïdes et pédieux sont au voisinage de l’œsopbage, mais le ganglion viscéral en est plus ou. moins éloigné. La tête porte deux tentacules et deux yeux. Ceux-ci sont très compliqués; sur les côtés de la sclérotique s’attachent des muscles moteurs. Deux otocystes se voient en arrière du cerveau, dont ils tirent leurs nerfs ; leur cavité est tapissée de cellules vibratiles, au milieu desquelles on remarque d’autres cellules dont la surface libre porte de longues soies sensitives, tandis
ORDRE DES OPISTHÔBRÂNGRES.
que la base se continue avec un filet nerveux. Cette cavité renferme un liquide, au sein duquel on trouve un {Cannaria) ou plusieurs oto-
lithes. , . , , . ^
Vorgane cilié qui se voit à la face antérieure du sac viscéral est peutêtre le siège de l’olfaction ; c’est une simple fossette qu’innerve un filet provenant du ganglion viscéral.
Les Hétéropodes sont unisexués. Chez le mâle, le pénis est assez éloigné de l’orifice spermatique : un sillon vibratile y conduit le sperme. La femelle possède une glande de l’albumine et une vésicule séminale. Les larves ont un voile qui atteint parfois un développement très considérable ; il devient bilobé et chaque lobe peut même se trilober à son tour {Atlanta).
ORDRE DES OPISTHOBRÂNCHES
A part les Hétéropodes, bien caractérisés par la forme de leur pied, les Gastéropodes ont été subdivisés d’après la constitution de leur appareil respiratoire. Les Opisthobranches sont ceux dontles branchies sont reportées en arrière et dont la veine branchiale se jette dans une oreillette placée en arrière du ventricule. Toutefois cette règle comporte quelques exceptions : on range dans cet ordre des espèces qui n’ont aucun organe respiratoire difi’érencié. (Abranches du Dermibranches : Ponlolimax, Rhodope, Elysia, PhylUrhoè)', chez d autres, le cœur est en arrière des branchies {Accra, Gastr opter on).
Fig. 477. — Æolis papillosa.
Tous ces animaux sont marins. La plupart sont nus (Bg. 477 et 478) , les autres possèdent une coquille mince et transparente {Aplysia, fig. 479) ou bien développée {Bulla, Aplustrum, fig. 480). La peau renferme parfois des spiculés calcaires {Boris, fleur ohvanchus) et des glandes qui sécrètent un liquide vert ou pourpre (1), quand on irrite
(1) Ce liquide répand une odeur nauséabonde. Les anciens croyaient 1 Aplysie capable de faire mourir ceux qui la mangeaient du simplement la toucbaienl; le moindre de ses méfaits était de faire avorter les femmes enceintes. Pline et Paul d’Égine se sont faits l’écho de ces croyances.
Blanchard. — Zool. méd.
CLASSE DES GASTEROPODES.
l’animal {Apkjsia^j- Le pied manque chez Phyllirhoë; ailleurs, il porte latéralement de larges membranes natatoires, qui se replient sur la coqniWQ [Âply sia, Bulla, Aiüuslnim) et qui contiennent des ganglions, nerveux particuliers (Tethys).
La tête porte des tentacules, à la base desquels sont des yeux, parfois cachés sous la peau {Boris). La radula présente de grandes Variations; elle manque chez Tethys. Chez les Phlébentérés ou Æolides [Æolis, Tergipes, Glaucus, Janus), l’Mestin porte de nombreux cæcums latéraux, qui sont parfois ramifiés {Hermæa) et s’étendent jusque dans les papilles dont le dos est couvert : ces cæcums sont revêtus [ d’un épithélium jouant le rôle de foie; partout ailleurs il existe un foie distinct. L’anus s’ouvre à la face dorsale {.\phjsia, Boris).
Fig. 478. — PleurobrancMa Peroni.
Le cœur est dorsal et médian ; on admet une communication entre l’appareil ciculatoire et l’extérieur, au moyen de canaux ramifiés qui sont creusés dans le pied et s’ouvrent au dehors par plusieurs orifices marginaux {Boris).
Les Bermalobranches, encore appelés Gy irmobranches ou Nudibranches respirent par la peau ou portent sur le dos des appendices variés {Æoliens), réunis en touffes et parfois ramifiés {Trüonia, Dendronotus). Ces branchies dorsales se détachent facilement et ont pu être prises pour des animaux distincts {Phœnkurus) -, à leur extrémité s’observent parfois des nématocystes semblables à ceux des Cœlentérés {Æolis).
Les Pleurobranches ou Anisobranches ont de vraies branchies situées au-dessous du manteau, soit de chaque côté {Phyllidia), soit plus
Lesson dit que les habiiants de Borabora, archipel do la Société, se nourrissent d une Aplysio qui y est très abondante {Â. Teremidi Rang).
ORDRE DES OPISTHOBRANCHES.
souvent à droite seulement, par suite de l’avortement de la branchie gauche {Pleurobranchia, Umbrella, Aplysia, Bulla, Aplustrum, fig. 480).
Le rein gauche s’atrophie également ; le droit persiste. Il garde, chez Phyllirhoe et Elysia, l’aspect d’un tube allongé, à parois lisses et
transparentes, ouvert par l’une de ses extrémités dans le péricarde au moyen d’un orifice cilié et communiquant d’autre part avec 1 extérieur, au moyen d’un orifice contractile : il rappelle ainsi 1 organe segmentaire des Vers.
Les Opisthobranches sont hermaphrodites, [.a glande génitale est simple et impaire, sauf chez Phyllirhoe; ovules et spermatozoïdes sont produits dans des follicules distincts. Les produits sexuels sont emportés par un canal, qui reste toujours indivis chez l’Aplysie, mais qui se divise d’ordinaire en un canal déférent et un oviducte auxquels sont annexés des organes accessoires très développés. L’accouplement est réciproque.
Les œufs sont pondus en cordons ou en disques et sont réunis en grand nombre dans une masse albumineuse commune. La larve est véligère et possède Fig. 480. - Aplusirum même chez les espèces qui
aplustre. n’en ont pas à l’âge adulte.
ORDRE DES PROSOBRANCHES
Les Prosobranches forment un groupe considérable de Gastéropodes, caractérisés par leurs branchies et leur oreillette situées en avant du ventricule. La coquille existe toujours et présente les formes
Fig. 481. — Haliotis tuberculata.
les plus diverses : elle a l’aspect d’une oreillette {Haliotis, bg. d’un cône surbaissé [Patella), d’un tube. sinueux (Veraelus, flg. 482). Le plus souvent, elle s’enroule sur elle-même en spirale ; elle est dite imperforée, quand l’enroulement se fait autour d’un axe solide ou columelle; elle est ombiliquée, quand l’axe autour duquel se fait l’enroule-
ORDRE DES PROSOBRANCHES.
ment est un canal, dont l’ouverture est Vomhilic. Les tours de spire sont ordinairement accolés les uns aux autres et unis par une suture (flg. 483); mais ils peuvent être écartés {Scalaria). La coquille enroulée est fusiforme (Fusus), conique {Trochus), globuleuse IDolium), etc., lisse ou ornée d’appendices variés (Murex), d’une teinte uniforme ou marquée de dessins élégants (Conus, Ctjpræa); le dernier tour de spire l’entoure parfois en entier (Cypræa).
L’oriflce de la- coquille ou périsiome présente une lèvre interne ou bord columcUaire et une lèvre externe. L’animal est holostome quand cette dernière est entière (flg. 484) ; il est siphonostome quand elle est
fig. 482. — Vermelus lumbricalis.
échancrée et prolongée en un canal, par où passe le siphon protractile qui amène l’eau dans la chambre branchiale (flg. 48o). 11 peut se se retirer entièrement dans sa coquille et se protéger même dans certains cas par un opercule corné ou calcaire, qui est flxé à l’extrémité postérièure du pied et ferme la coquille hermétiquement (Paludina, flg. 484) ou non (Strombus) ; on a voulu le considérer comme l’homologue de la valve droite des Lamellibranches !
Le pied, large et musculeux, constitue un excellent organe de reptation (fig. 480, a). La tête porte des tentacules, e, et se prolonge parfois en un rostre, d, à l’extrémité duquel s’ouvre la bouche (Mitra, DoUum). La radula porte un nombre très variable de dents cornées, disposées par rangées transversales et d’aspects très divers : chaque
Ig2 CLASSE DES GASTÉROPODES.
rangée comprend d’ordinaire trois dents, quelquefois plus (üg. 487); il est dés cas où les dents avortent {FAilima, Stijlifér). La radula peut se , retirer dans une poche linguale, très vaste chez les espèces carnassières {Algira) et située au fond du pharynx; dans cette poche vient s’ouvrir une glande à venin qui rend dangereuse la piqûre de certaines espèces dont la plaque linguale, armée de longs crochets, peut être projetée hors de la bouche (Conus, Pleurotoma\ Troschel attachait une grande importance taxonomique à l’étude de la radula ; il s est servi de ce caractère pour établir parmi les Prosobranches plusieurs groupes naturels.
Une ou deux paires de glandes en tube entourent l’estomac et débouchent dans le pharynx (Jan-
/iV - - J thina, Littorina) ; elles sécrètent
I de l’acide sulfurique libre, raé-
langé à une petite quantité
d’acide chlorhydrique , chez
Dolium, Cassis, Cnssidaria et
antérieur.
•■ig. 483. — Coupe verticale de la coquille de Lampusia {Triton) corvugatu, d’après Woodward.
Paludina
vivipan
Tritonium. L’intestin est très long et replié plusieurs fois sur luimême chez les herbivores {Patella).
Le cœur est reporté du côté de l’appareil respiratoire ; il est enveloppé d’un péricarde et constitué par une oreillette et un ventricule; ce dernier est tourné en arrière et se laisse traverser par le rectum, chez Nerita et Turbo. Ici encore, on admet généralement une communication entre le système sanguin et l’extérieur ; des canaux ramifiés s’étendent dans le pied et s’ouvrent à sa face inférieure soit par un grand pore central {Pyrida, Gonus, Cypræa), soit par plusieurs pores marginaux {Haliotis).
ORDRE DES PROSOBRANCEIES.
L’appareil respiratoire est disposé suivant deux grands types. Chez les Cyclobranches ou Bocoglosses [Patella], les branchies feuilletées forment un cercle complet autour du pied (fig. 456, B, 6r; fig. 486, c). Tous les autres Prosobranches forment le groupe des Cténobranches : les branchies pectinées sont renfermées dans une cavité formée par le manteau sur la face dorsale : cette cavité s’ouvre au dehors par un orifice auquelest fréquemment annexé un siphon protractile, qui passe dans le canal du péristome et amène l’eau jusqu’aux branchies (Rachig'losses ; Voluta, Oliva, Murex, Baccinum, Purpura, Nassa; Toxi-
Fig. 485. — Murex brandims. Fig. 486. ^ Patella vulgala, vue par la face inférieure. — a, pied ; b, bord du manteau ; • c, branchies ; d, rostre ; e, tentacules.
glosses : Conus; Tænioglosses ; Cypræa, Bolium, Strombus). Ces dernières sont ordinairement représentées par une grande branchie et une petite branchie rudimentaire; chez les Aspidobranches ou Phipidiglosses {Vissurella, Haliotis, Turbo, Nerita), elles sont souvent égales.
Le rein peut être pair {Patella, Fissurella, Haliolis)', plus souvent, le droit persiste seul ; il peut être dépourvu de canal excréteur et s’ouvrir par une simple fente dans la cavité branchiale {Littorina, Natiea), Certaines espèces {Murex, Purpura) ont à côté du rectum une glande particulière qui sécrète un liquide visqueux, d’un blanc jaunâtre, à odeur nauséabonde et prenant une belle couleur violette sous
l’influence des rayons solaires : c’est avec ces Mollusques que les anciens teignaient en pourpre.
Le système nerveux est bien développé. H. von Jhering appelle Chiastoneures ceux chez lesquels le ganglion viscéral est uni par une commissure au ganglion céréhroïde du côté opposé [Paludina], et Orthoneures ceux chez lesquels un semblable entre-croisement n’a pas lieu.
Tous les Prosobranches sontunisexués. Quelques-uns sont dépourvus de pénis {Patella, Vcmetm, Trochus) ; chez d’autres, la femelle a une glande de l’albumine et une vésicule séminale et présente dans la région' terminale de l’oviducte une dilatation jouant le rôle de poche incubatrice, oii'les jeunes se développent [Paludina vivipara). La larve, est vélifère (fig. 474, A et B' .
Ces animaux habitent la mer, sauf un petit nombre qui sont d’eau
Fig. 48T. — Radula do Palwlina achalina.
douce [Nerita, Melania, Bylhmia, AmpuUana, Pultidina). Stylifer est parasite des Oursins et des Astéries. Entoconcha mirabilis vit dans Synapta digilata et a subi une telle régression, qu’il se réduit à un sac produisant des éléments sexuels.
Bon nombre de Prosobranches sont comestibles et pourraien t'être l’objet d’une culture rationnelle; il est vrai que la plupart ont une chair coriace et insipide. Purpura lapillus se mange sur la côte delà Manche; Trochus zizyphmus, conulus et cinerarius sur les côtes delà Manche et à Toulon ; les grosses espèces de LUlorina et de Turbo, connues sous le noni de Vigneau, sur toutes nos cotes; Fissurella grxca, gibberula ei neglecta, Murex brandaris, irunculus et erinaceus, à Toulon; plusieurs Natica, surtout N. mille'punctata, dans le midi; Buccinum undatum eimutèbile, sur nos côtes, en Angleterre, à Naples; Haliotïs tuberculata, Eusus Ugnarius, Patella vulgata, ccerulea, pecti' nata, etc. Ces animaux peuvent Causer des empoisonnements analogues à ceux que provoquent les Moules : en 1868, Kermorgant en a constaté un cas en Nouvelle-Calédonie, déterminé par Turbo nicobaricus.
B. Hugli Hinde, Letter on tke poùonous effecU of ihe Lite inflicled by
. ORDRE DES PULMONÉS. 183
aeoQraphieus L. on the natives of New-Bvüain. Proceed. of tlie Linn. £c of New SoutD-Wales, IX, p. 944, 1885.
ORDRE DES PULMONÉS
La coquille est très inégalement développée ; elle fait totalement défaut chez Omidium et Avion (fig. 488) ; elle est indiquée, chez Umax,
par un amas calcaire compris dans l’épaisseur du tégument ; elle est fort petite, mais déjà extérieure, chez Testacella (fig. 489). Chez les autres types, elle acquiert de plus grandes dimensions et peut abriter le corps entier de Tanimal ; elle s’enroule en spirale, et celui-ci, au lieu de rester droit comme dans les espèces qui précèdent, s en-
Fig. 489. — Testacella haliotidça.
490 et 491) ; elle peut se fermer à l’aide d un
Mciculd). La coquille est généralement tolre,
t-à-dire qu"é son enroulement se fait à droite : par exception e
senesire chez Fhy sa, Planorhis e\- Claiisilia. ,
'animal rampe sur un pied large et musculeux, dont axe es
parcouru par un canal qui s’ouvre au-dessous de la tête et que lapis-
Fig. 490. — Hélix pomalia.
sent des glandes unicellulaires ; chez les espèces terrestres, le pied
Fig. 491. — Limnæa stngnalis. — a, tête; 6, tentacules; c, yeux; p, pied, présente encore, à sa partie postérieure, une glande volumineuse
Fig. 492. — Radulas de Gastéropodes pul.nonés. — a, Limnæa slagnalis; 0, Ancylus fluviatilis ■, c, Succinea amphibia.,
produisant un liquide que l’animal laisse derrière lui, sous forme de traînée brillante.
ORDRE DES PÜLMONÉS. 187
tête bien distincte, porte une [Limnæa, Auriciila, Oncidium) ou \ naines de tentacules [Arioji, Hélix), ordinairement rétractiles iT 493 tt) Les formes qui n’ont que deux tentacules sont basom- Inianhms, 'c’est-à-dire ont les yeux situés à la base de ceux-ci (fl 491 bc)- celles qui ont quatre tentacules sont stylommato-
Fig. 493. - Anatomie d7ie/*x poniatia. - a, anus; ar f
bt, sac du dard; c, ventricule; c', oreillette; f,
l’albumine; gh, glande hermaphrodite ; gm, vésicules S®
salivaires; t (ofe; i, intestin; m, muscle rétracteur du pénis yi, ganglions sus-œsophagiens; p, pénis; pr, prostate; pw, poumon, J rnnnlatriceurinaire (d'après Cuvier); rs, réceptacle séminal ou po P ’
tt, tentacules; ut, oviducte; v, estomac.
phores, leurs yeux étant portés à l’extrémité des plus gran s , par exception, l’Oncidie appartient à ce dernier groupe.
La radula, variable d’une espèce à l’autre, cornpren nombre de rangées de dents (flg. 492). Les glandes ®
(üg. 493, gs) sont bien développées : elles passent sous e co pbagien. A l’œsopbage font suite le jabot, 1 estomac, , P
long inleslin, i, qui s’inllécliit en avant et se üxe au plafond delà chambre respiratoire; à la partie moyenne de l’intestin est annexe le foie, h. L’anus, a, s’ouvre en avant et à droite, à côté de l’orifice respiratoire.
Le cœur est enchâssé dans le plafond de la cavité respiratoire. Les vaisseaux qui y arrivent se ramifient à la surface de la membrane, de manière à former un riche lacis ou poumon, unique organe respiratoire. Le poumon, pu, et l’oreillette, c', sonten avant du ventricule, c, comme chez les Prosobranches. La chambre pulmonaire, formée par le manteau, s’ouvre largement au dehors (fig. 488) ; elle se remplit d'eau ou d’air, suivant l’habitat de l’animal.
Le rein ou gknide précordiale, r, est accolé au cœur ; il émet par son extrémité postérieure un uretère qui s’infléchit aussitôt en avant et vient se juxtaposer au rectum, à côté duquel il débouche à l’extérieur. La présence de l’acide urique a été constatée dans cet organe dès 1828 par Jacobson.
Fig. 494. — Otocyste de Clausilia Le système nerveux est plus pernigricans, d’après de Lacaze- fectionné que chez les Prosobran- Dutbiers - E, cellules ciliées; construit sur le même
na, nerf acoustique. Au centre , ia .lae
de l’otocyste se voient des otoli. P^^n. Nous avons déjà parle des thés fusiformes. yeux ; certaines Oncidies des Philip¬
pines en portent un grand nombre sur le dos. Les otocystes (fig. 494) sont toujours en connexion avec les ganglions pédieux.
Les Pulmonés operculés sont unisexués; tous les autres sont her¬
maphrodites. L’appareil génital est très compliqué. La glande hermaphrodite (fig. 493, gh; fig. 493, h] produit dans le môme cul-de-sac,
comme Mathias Duval l’a montré, des œufs et des spermatozo'ides. Son canal excréteur (fig. 493, e) rencontre la glande de l’albumine (fig. 493,
gai; fig. 493, a), puis se divise en un canal déférent (fig. 493, c) et un oviducte (fig. 493, ut; fig. 493, o) qui restent accolés sur une lon¬
gueur notable, puis se séparent l’un de l’autre; avant cette séparation, une prostate (fig. 493, pr; fig. 493, i) est annexée au canal déférent. Après un assez long trajet, ce dernier se continue par la gaine du pénis (fig. 493, p; fig. 495^ organe copulateur qui peut s’évaginer et qui débouche dans le vestibule commun aux organes mâle et femelle (fig. 493, v). La gaine du pénis est pourvue d’un mus-
ORDRE DES PÜLMONÉS. 189
de spécial, m; un tube glandulaire, le flagellum, f, chargé de fabriquer les spermatophores, y débouche d’autre part, à côté du canal déférent.
L’appareil femelle comprend lui-même plusieurs annexes. L’oviducte, O, se continue avec le vagin, v; à l’union de ces deux organes se voit un long tube, p', qui mène à la poche copulatrice ou réceptacle 493, rs; flg. 493, p), dans laquelle se rend le spermatomâle. Plus loin, le vagin reçoit une paire de glan-
Fig. 495. — Appare....-r* - . - ■ -, „„ ,
. c, canal déférent; e, canal excréteur de la glande hermaphrodite ; f, flagellum; q, gaine du pénis; h, glande hermaphrodite; m, muscle rétracteur de la gaine du pénis; o, oviducte ; p, poche copulatrice ; p', son canal deferent; t, prostate; v, vagin et vestibule; x, vésicules multifides.
des, les vésicules multifides (fig. 493, gm; fig. 493, æ), puis le sac du dard (fig. 493, bt) et débouche finalement dans le vestibule ou cloaque génital. Le sac du dard est une poche musculeuse, capable de s’évaginer et renfermant un petit stylet calcaire qui fonctionne comme agent excitateur dans la copulation. Le vestibule ou cloaque génital s’ouvre un peu au-dessous de l’orifice respiratoire.
Les Pulmonés sont ovipares; quelques-uns seulement sont vivipares {Pupa, Clausilia) ; d’autres sont capables de se reproduire par parthénogenèse (Limnæa auricuhma, Zonites cellarius)- La fécondation est réciproque, malgré l’hermaphrodisme, un individu étan
fécondé par un autre et en fécondant lui-même un troisième; dans certaines espèces, plusieurs individus se réunissent ainsi au moment de l’accouplement et forment une chaîne dont chaque membre est mâle pour celui qui précède et femelle pour celui qui suit; des deux individus extrêmes, l’un fonctionne uniquement comme mâle,
l’autre comme femelle. . 4
Les Basommatophores ou Limnophiles vivent dans 1 eau douce ilim^iæa Fhysa, Planorbis, A ncylus, Auricularia). Parmi les Limnées flg 491), nous devons mentionner tout spécialement L. truncatula et L peregra (üg. 299, A et B), dont nous avons indiqué plus haut (t! I, page 530) les relations avec l’embryon de Distoma hepaticum. Les Planorbes ont le sang rouge ; PL marginatus est l’hôte intermédiaire de l’embrvon de Bisloma lanceolatum (voir t. I, page 603).
Les Stylommatophores ou Géophiles sont terrestres [CyrÂostoma, Oncidium, Testacella, Arion, Umax, Siiccinea, Pupa, Clausilia, Bidmus, Zonites, Hélix). Les Escargots ou Hélices (fig. 490) constituent un groupe extrêmement considérable. Quelques espèces ont été jadis employées en médecine pour diverses préparations (mucilage, sirop, gelée, pommade, etc.) et sont encore en faveur dans la médecine populaire. A Paris, on consomme en grande quantité l’Escargot de Bourgogne (Hélix pomatia); ailleurs, on mange également bon nombre d’autres espèces [H. sylvatica, ncmoralis, aspersa, vemiculata, Pisana, variahilis, ericetorum, hortensis, neglecta, cespüum, etc.) et même des Zonites (Z. algirus).
L’usage de ces animaux est fort ancien ; les Romains en faisaient grand cas et les engraissaient dans des escargotières (cochlearumvivaria), inventées par Fulvius Hirpinus peu avant la guerre contre Pompée. Des navires venaient habituellement sur les côtes de la Ligurie chercher des quantités considérables d’Escargots pour la consommation de Rome. A la tin du siècle dernier, on expédiait annuellement d’Ulm, par le Danube, plus de 10 millions d’Escargots qu’on engraissait dans des jardins ou des escargotières, et quon envoyait ensuite, par tonneaux de 10,000, pour être consommés pendant le carême dans les couvents de l’Autriche. Un commerce semblable avait lieu, avant la Révolution, sur les côtes delà Saintonge, et de l’Aunis ; on exportait aux Antilles un nombre prodigieux d’Escargots. En 1825, ce commerce avait déjà beaucoup diminué; de nos jours, il n’existe plus.
Berg, Observation de la présence d'un Limaçon vivant dans L’estomac. Gazette des hôpitaux, (2), I, p. 156, 1839.
ORDRE DES TÉTRÂRRÂNGHES.
Les Céphalopodes sont des Mollusques marins, à corps ovoïde ou allongé, surmonté d’une tête dont le sommet présente un orifice buccal,' qu’entourent des tentacules ou bras portant ordinairement des ve'ntouses. A la face ventrale se voit une vaste cavité palléale, analogue à une poche de tablier et résultant de ce que les deux replis cutanés qui ont pris naissance sur les côtés de l’animal, pour constituer le manteau, se sont fusionnés sur la ligne raédio-ven traie. C’est dans cette cavité que se trouvent les branchies, au nombre de deux {Dibranches) ou de quatre {T étrabr anches), et que s’ouvrent les appareils digestifs, excréteur et génital. A son orifice se trouve l’entonnoir, organe tubulaire homologue au pied.
ORDRE DES TÉTRABRANCHES
Cet ordre n’est plus représenté actuellement que par quatre espèces [Naulihis pompilius, N. umbïlicatus), qui vivent dans l’océan Indien ; aux âges géologiques, il avait une énorme extension et comprenait un nombre considérable de genres [Goniatites, Ceratites, Orthoceras, Gomphoeeras, Ammonites, fig. 4t)7, etc.).
Le Nautile flambé (fig. 496) porte une coquille spirale, dont la cavité est divisée par des cloisons, sp, en une série de chambres indépendantes et remplies d’air. Le nombre de ces chambres augmente avec l’âge ; l’animal occupe toujours la dernière, co, mais est relié à toutes les autres par un cordon ligamenteux qui passe dans un siphon, si, traversant toutes les cloisons en leur milieu. Chez les Ammonites, le siphon était dorsal et les cloisons étaient plissées sur elles-mêmes de la façon la plus capricieuse.
Le Nautile a la tête ornée d’une couronne de tentacules filiformes, dépourvus de ventouses : d’où le nom à' Inacétabulés donné à ces animaux. Mais cette dénomination ne serait pas exacte, si, comme l’a montré Valenciennes, les tentacules sont ici l’équivalent morphologique des ventouses des Dibranches; les bras sont courts et rudimentaires et disposés sous forme de lobes plissés à la base des tentacules. On compte d’ordinaire 19 tentacules externes, t' , dont deux sont transformés en un capuchon, eu, qui peut clore assez exactement la coquille; 2 tentacules oculaires et H tentacules internes eu labiaux, t. Ceux de ce dernier groupe qui sont situés en bas et à gauche s’unissent chez le mâle pour constituer le spadice, dont nous trouverons bientôt l’homologue dans Vhectocotyle. Chez la femelle.
ORDRE DES DIBRÂNCHES. 193
t . ph unbre pallcale, p, renferme deux paires de branchies. T.a t du noir fait défaut. L’entonnoir est fendu suivant sa longueur ; dPux moitiés chevauchent l’une sur l’autre, mais ne se sont pas « nar suite de la persistance d’un état embryonnaire. Les y°eur oc, sont rudimentaires et formés simplement d’une rétine à
^^nLvs^de Montfort assure qu’on mange le Nautile aux Moluques et Deshayes rapporte, d’après Rousseau, que sa chair est boucanée par les habitants des îles Nicobar.
ORDRE DES DIBR.\NCHES
Les Dibranches ou Arêtahulifcres abondent dans toutes les mers. Quelques espèces, encore mal connues, arrivent aux plus grandes dimensions (Mouchc-Ja) ; on en a vu qui mesuraient plus de 3 métrés de longueur; le British Muséum possède un bras long de 10 métrés et provenant d’une espèce inconnue.
Us bras sont au nombre de huit ou dix, d’où une importante
aivisiou. ,
Les Décapodes, dont le type est la Seiche (fig. 498), ont une coquille dorsale complètement recouverte par le manteau; par exception, chez la Spirule (fig. 499), elle est à moitié externe. Cette coquille ou sêpion est variable d’une espèce à l'autre, quant a sa composition chimique et quant à sa forme. Chez le Calmar ou Encornet {Lohgo), c’est une lamelle lancéolée, formée d’une substance cornée particu lière, la conchyoline (fig. SüO). Chez la Seiche, elle s’encroûte de carbonate de chaux et prend l’apparence de l’os : l’os de Seiche était autrefois employé en médecine comme absorbant; il entre encore dans la composition de certaines poudres dentifrices. Les Bélemnites, si abondantes à l’époque jurassique, ne nous sont connues que par leurs sépions (fig. oOl et ÿ02).
Le corps présente latéralement des nageoires de forme variable, qui sont des expansions du manteau. La couche superficielle u derme renferme un grand nombre de chromatophores ou cellules amiboïdes remplies de granulations pigmentaires noire.s, jaunes, rou ges, etc. Ces cellules sont sous la dépendance du système nerveux, comme Geo. Pouchet l’a prouvé : suivant qu’elles s’étalent ou se contractent, la peau prend les colorations les plus variées et l’animal peut ainsi harmoniser la teinte générale de son corps avec celle u milieu. L’expansion des chromatophores a été attribuée faussement h la contraction de muscles radiaires, qui s’attacheraient à enr surface; nous avons montré que ces prétendus muscles n étaient autre chose que des fibres conjonctives.
Reanchaiu). — Zool. niéd.