‹ Traité de zoologie médicaleChapitre 56 sur 103 · II · texte numérisé non relu

II

CLASSE DES POISSONS

Malapterurus electricus Lacépède, 1803.

Synonymie : Silurus electricus Linné.

Le Malaptérure peut atteindre la taille de 1“,25 ; comme le Glanis il a trois paires de barbillons, une à la lèvre supérieure et deux à l’inférieure. La nageoire caudale est bien développée ; les autres sont de dimensions restreintes et la dorsale fait même défaut; une nageoire adipeuse se voit à la partie postérieure de la face dorsale.

Ce Poisson vit dans la plupart des fleuves de l’Afrique tropicale : on le connaît du Nil, du Congo (Tuckey, 1816 ; de Brazza, 1886), dé l’Ogooué (marquis de Compiègne, 1875), du Sénégal|(Trémeau de Rochebrune, 1883), du Zambèze et de ses affluents (Peters, 1845). Murray, Günther et d'autres ichthyologistes reconnaissent plusieurs espèces ; d’autres n’admettent que l’espèce if. electricus avec les variétés beninensis Murray, affinis Günther et ogooensis Sauvage.

L’organe électrique dont est doué ce Poisson occupe toute la longueur du corps. Au niveau du coeur, il n’est développé que dans la moitié supérieure et descend à peine de chaque côté jusqu’à la ligne latérale ; plus en arrière, il enserre ,1e corps entier comme une gaine très épaisse latéralement, plus mince aux faces dorsale et ventrale. Cet organe est limité intérieurement par une aponévrose; par sa face externe, il semble faire corps avec la peau, dont on ne le sépare que difficilement, et pour cette raison Pritsch le considère comme une modification de cette dernière ; mais cette manière de voir no.us paraît peu plausible, et nous croyons plutôt que l’organe résulte ici de la transformation des muscles superficiels du corps.

La véritable situation de 1 organe électrique a été reconnue par Broussonet, en 1782; à 1 heure présente, la structure intime de, cet organe n est pas encore connue d’une manière satisfaisante,' malgré les recherches de Fritsch.

Comme chez le Gymnote, l’organe électrique est constitué par un nombre considérable de colonnes à direction longitudinale, formées chacune par l’empilement d’un grand nombre de disques verticaux. Une même rangée longitudinale comprend environ 1,600 disques, de la tête a la queue; sur une coupe transversale, pratiquée>u point où le corps est le plus épais, on compte environ 3,000 colonnes; on peut enfin estimer a 14,000 le nombre des disques renfermés dans un centimètre cube chez un animal adulte. Ces disques ou lames électri-

ORDRE DES ANÂGA.NTHINES.

ques, dont la structure est assez différente de celle des organes similaires de la Torpille ou du Gymnote, grandissent avec l’âge, mais n’augmentent pas de nombre; ils sont plus lâchement unis vers l’extrémité postérieure qu’en avant.

Chaque moitié de l’organe électrique est parcourue sur toute sa longueur, à sa face interne, par un gros' nerf qui émet de part et d’autre un grand nombre de branches. Ce nerf naît directement du bulbe, entre la deuxième et la troisième racines du nerf spinal; il tire son origine d’un amas intra-bulbaire de très grosses cellules nerveuses. Chacune de ses fibres est entourée, outre la gaine de Schwann, d’un nombre considérable d’enveloppes concentriques jouant le rôle d’isolateurs et parmi lesquelles circulent des vaisseaux sanguins.

La décharge du Malaptérure n’est pas plus forte que celle d’une Torpille de grande taille; elle est beaucoup plus faible que celle du Gymnote. Le courant marche de la tête à la queue, c’est-à-dire à l’inverse de ce qui se passe chez le Gymnote.

G. Fritsch, Die elektrischen Fisc/ie, naeh neueren Uiitersiichungen analomisch-zoologisch dargestellt. — I. Malopleruriis elecLricus. Leipzig, 1887.

ORDRE DES ÀN.ACANTHINES

Ce sont des Malacoptérygiens physoclistes ; les nageoires venlrales sont ordinairement rapprochées des pectorales.

Les Ophidides, à corps serpentiforme, n’ont pas de nageoires ventrales. Ils comprennent le Lançon {Ammodytes lanceolatus), l'Équille (1. lobianus) et le curieux genre Fierasfer, qui est parasite des Holothuries et des Aslérides.

Les Gadidés ont la peau visqueuse, couverte de petites écailles lisses, assez souvent caduques ; la nageoire dorsale est souvent double, ou triple, Tanale est souvent double, les ventrales sont insérées sous la gorge.

Gadus morrhua Linné, 1758.

La Morue franche, Cabeliau ou Cabillaud (fig. 860), mesure jusqu’à l”i,50 de longueur et pèse jusqu’à 40 kilogrammes. Les njâchoires sont armées de fortes dents en cardes ; l’inférieure est plus courte que la supérieure et porte un petit barbillon. Il y a trois nageoires dorsales : la première a 13 à 15 rayons, la seconde 17 à 18, la troi-

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sième 18 à 21; la première anale en a de 17 à 19, la deuxièm 16 ou 17. ’ e

Ce Poisson abonde dans l’Océan glacial du Nord, sur les côtes du Labrador, du Grœnland, de l’Islande, dans la mer Blanche et jusqu’au voisinage du Kamtschalka, Quelques individus se rencontrent

Fig. 8G0. — Gadus morrhua.

sur les côtes de Bretagne, plus rarement dans le golfe de Gascogne et le long du Portugal; aucun n’atteint le détroit de Gibraltar et ne pénètre dans la Méditerranée.

Comme le Hareng, la Sardine et d’autres Poissons sociaux, pour lesquels on admettait naguère de lointaines migrations, la Morue passe, suivant la saison, des profondeurs de la mer à la surface. A la fin du printemps, elle se rapproche des côtes ou apparaît au-dessus de certains bas-fonds : c’est ainsi qu’elle envahit en bandes innombrables les fjords du nord de la Norvège, des Lofoden et de l’Islande, le Doggerbank, plateau situé entre la Grande-Bretagne, le Danemark et la Hollande, et surtout le grand banc de Terre-Neuve.

Nous ne saurions décrire ici la pêche de la Morue : pour donner une idée de son importance, disons seulement que, en 1882, les seuls pêcheurs français ont pris en Islande 12,013,068 kilogrammes et à Terre-Neuve 17,803,924 kilogrammes de Morue, soit un total approximatif de 30 millions de kilogrammes. Suivant le mode de préparation et de conservation employé, on obtient le rundfish ou stockfish, Poisson éventré, vidé, suspendu par la queue et desséché à l’air; le klipflsh, que l’on conserve dans la saumure, en attendant que le retour du soleil permette un séchage convenable ; la Morue verte, simplement conservée dans le sel.

Toutes les parties du Poisson sont utilisées: la chair est l’objet considérable ; les œufs ou rogue servent d’appât pour la pêche de la Sardine ; la tête et les déchets sont réduits en poudre et servent a nourrir les Chevaux et le bétail, en Islande ; le foie fournit une huile précieuse, dont l’importance thérapeutique est connue de

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tous; les autres viscères, ordinairement rejetés à la mer, sont aussi utilisés pour la confection de guanos et d’engrais.

Dès que la Morue est ouverte, on retire le foie, on le lave et on le jette dans une grande cuve en bois, percée de trous à sa partie inférieure et exposée au soleil. Les foies accumulés dans la cuve sont constamment remués; ils y restent jusqu’à ce que la putréfaction fasse éclater les cellules de leur parenchyme. L'huile qui s’échappe de celles-ci surnage, tandis que le sang et d’autres liquides s’écoulent par les trous percés plus bas. On obtient ainsi Y huile blanche inférieure ou Yhuile médicinale naturelle, de saveur franche, peu odorante, limpide et d un jaune clair. A mesure que la putréfaction s’avance, la couleur de l’huile se rembrunit et devient successivement blonde, ambrée, brun clair, puis brun foncé.

Quand on a soutiré l’huile naturelle, les foies, déjà putréfiés à demi, sont mis à bouillir dans de grandes marmites en fonte, jusqu’à ce que toute l’eau renfermée dans leurs tissus soit évaporée. L’huile ainsi obtenue est d’un brun noir, non transparente, âcre et nauséabonde; elle sert en corroierie pour donner de la souplesse au cuir. , . -i

Actuellement, on a recours, pour la préparation de 1 huile de foie de Morue, à des procédés plus perfectionnés. Les foies, dont on a fait un choix, sont lavés et séchés, puis jetés dans des récipients en fer-blanc à double paroi, dans l’épaisseur desquels circule un courant de vapeur ou d’eau chaude. L’hui e est enlevée avec de grandes cuillers en fer à mesure qu elle se sépare, puis on la porte dans de grands bassins ou elle se clarifie et laisse déposer un abondant résidu. On la décante alors et on la filtre, après quoi elle peut être livrée à la consommation. Dès qu’ils cessent de donner de l’huile blanche, les foies sont portés dans une chaudière chauffée doucement et donnent une huile blonde, recherchée enNoivège jiour c ai rage; en activant un peu le feu, on en obtient finalement une huile noirâtre, utilisée pour la préparation des peaux.

L’huile de foie de Morue est légèrement acide, peu soluble dans 1 a cool, très soluble dans l’éther; sa densité est de 0,923 ^ ^,930 , a 15 G. elle marque 53» à l’alcoomètre de Gay-Lussac et 39» a 1 « ^

Lefèvre. L’acide azotique fumant la Colore en rose, par suite de la pre-

C7ASSE DES POISSONS, serice d’une petilc quantité de pigments biliaires. Une faible oua c ■ d’acide sulfurique y développe une coloration violette qui passe cramoisi, puis au brun par l’agitation du liquide. La rosaniline lacoln? en rouge, mais ne colore pas les huiles végétales non acides. Fnf Dorvault et Huraut-Moutillard assurent que, battue avec unesoliit/e ’ concentrée de sulfure de potassium, cette huile donne un épais knge qui se dissout partiellement dans l’èlher, en laissant un résidt insoluble.

On la falsifie fréquemment par l’huile de Poisson, l’huile de Ca chalot, les huiles végétales, voire même par la colophane. Des réac' üons spéciales permettent de reconnaître la sophistication

La composition chimique de l’huile de foie de Morue n’est qu’imparfaitement connue. Suivant de Jongh, elle renferme de l’oléine, de la margarine, de lahutyrine, les acides et pigments biliaires, des sulfates, des phosphates, de la chaux, de la magnésie, de la soude, de l’iode, du brome, du chlore, du phosphore, plus un principe spécial, la gaduine. Gubler considérait cette dernière comme de la matière glycogène mélangée h des graisses.

Les travaux d’Arm. Gautier etL. Mourgues ont enlevé tout intérêt a ce genre d’analyses et ont présenté sous un jour nouveau la constitution chimique de l’huile de foie de Morue. Ces savants ont reconnu qu’il existe dans l’huile blonde six leucomaines (1), un acide particulier (2) et un peu de lécithine. Les leucomaines sont dans la proportion de 0S'’,3o à par kilogramme d’huile : l’une d’elles, la morrhuine, est ie véritable principe actif.

G est à la morrhuine que l’huile de foie de Morue doit les propriétés diurétiques, diaphorétiques et stimulantes que les médecins s accordent à lui reconnaître; l’iode, auquel on les a ri uait jusqu ici, n y est donc pour rien. Suivant Gautier et Mourgues les alcaloïdes, probablement renfermés dans les celu es opa iques, se dissolvent dans l'huile en même temps e es ma leies biliaires, c’est-à-dire quand l’huile commence

'^'hexamylint,\^dihydrlutid^^^ C^HhAz, Y isoamy lamine, Cm^kz,

Une, C2SH32AzL et k morr/line

tiles, les deux autres sont fixes ’ ^ ^ sont vola-

du?i probablement à la ga-

ORDRE DES ANACA.NTHINES.

à prendre la coloration jaune ou brune ; l’huile blanche, encore appelée Aui/e à la vapeur on huile cî’Me,n’en renfe.rnae pas ou n’en contient que des traces. Il s’ensuit que l’huile blanche doit être proscrite de la thérapeutique, bien que son usage tende à prédominer. On devra lui préférer l’huile blonde, à laquelle la pratique avait d’ailleurs fait reconnaître déjà les propriétés physiologiques les plus actives.

A. Gautier et L. Mourgues, Sur les alcaloïdes de l’huile de foie de Morue. Comptes rendus de l’Acad. dés sc., CVII, p. HO, 1888. Id., Alcaloïdes volatils de l’huile de foie de Morue : butylamine, amylamine, hexylamine. dihydrolutidine. — Ibidem, p. 254. — Id., Sur les alcaloïdes de l’huile de foie de Morue. Ibidem, p. 626. — Id., Sur un corps, à la fois acide et base, contenu dans les huiles de foie de Morue : l’acide morrhuique. Ibidem, p. T40.

Les cas de botulisme par ingestion de Morue avariée sont très fréquents, surtout chez les marins et les soldats, dans l’alimenlation desquels ce Poisson entre pour une large part. Sur 2,111 Hommes que comptait la division de Lorient, Bérenger-Féraud en a vu 222 être malades, et quelques-uns assez gravement pour ne pouvoir reprendre leur service que douze jours après leur entrée à rhôpilal ; aucun ne mourut, ni ne fut en danger de mort.

Devoilier a trouvé des ptomaïnes dans la chair de Morue corrompue. Brieger a fait la même constatation: il a déterminé notamment la neuridine, l’éthylène diamine, la muscarine, la triéthylamine et la

gadinine. . , ,

En 1878, on observait à Glocester et en d’autres points de la cote américaine que, pendant l’été, les Morues vertes et sèches prenaient une coloration rouge : W. G. Farlow, chargé d’en rechercher la cause, l’attribua à la présence d’une Bactérie, Clathrocyslis roseopersicina. En 1884, Bertherand observa cette même coloration et fit décider par la Commission d’hygiène d’Alger que la Morue rouge serait retirée de la consommation : il envoya des fragments de Morue rouge à Mégnin, qui reconnut également la présence d’un micro-organisme, mais le rangea parmi les Champignons, en le rapportant au genre Coniothecium. Ce même organisme reçut de Bérenger-Féraud le nom âe Pénicillium roseum et d’Heckel celui de Sarcina morrhuæ; il se présente en effet sous l’aspect habituel de tétrades. Des recherches ultérieures ont permis à Heckel de confirmer la détermination de Farlow et de rapporter définitivement à Beggiatoa (Clathrocyslis) roseo-persicina le rouge de la Morue.

Dans les cas d’empoisonnement observés par Bérenger-Féraud, la Morue était rouge : on ne manqua pas d’admettre que cette coloration

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était un signe de l’altération du Poisson et. le ministre du commerce prit un arrêté interdisant la vente de la Morue rouge. Mais cet arrêté fut bientôt rapporté, quand il fut démontré que le rouge s’observait tout aussi bien sur des Morues avariées que sur des Morues saines (li Suivant Heckel, la Morue rouge est même recherchée dans certains départements, comme les Hautes-Alpes, les Basses-Alpes, l’Ardèche et le Puy-de-Dôme, sans qu’on y’ ait signalé d’intoxications.

Il est néanmoins possible que cet organisme, qui se nourrit de la chair du Poisson, se comporte vis-à-vis de celle-ci à la façon d’un ferment et dédouble les albuminoïdes en une série de ptomaïnes dont quelques-unes sont toxiques. Plus vraisemblablement, il est précédé par les Microbes de la putréfaction, auxquels il faudrait alors attribuer la production de ces poisons : ainsi s’expliquerait ce fait que des accidents également graves suivent l’ingestion de la Morue altérée, que celle-ci soit rouge ou non.

On admet que le rouge provient du sel employé pour la préparation de la Morue ; on a incriminé notamment le sel de Cadix. Sans se préoccuper de la provenance du sel, on peut maintenant éviter l’apparition du rouge en mélangeant au sel un corps qui s’oppose au développement de l’organisme parasitaire : en incorporant o parties de sulfibenzoate de soude cristallisé à 100 parties de sel marin, Heckel n’a pu voir le rouge se développer sur un lot important de Morues vertes placées dans les conditions les plus défavorables; d’ailleurs, ce lot conservait intactes ses qualités marchandes.

La famille des Gadidés comprend encore le Lieu ou Eglefin {Gadiis æglefinus), le Capelan (G. minutus), le Merlan [Merlangus vulgans), le Charbonnier, Sey ou Colin (M. carbonarim), la Merluche {Merludus vulgans), la Lingue ou Morue barbue (Lotta rnolva). Tous ces Poissons sont marins et ont à peu près la môme distribution que la Morue franche: les plus grands se préparent en stoehfish et en klipfish; eur foie donne une huile abondante, mais peu propre aux usages médicinaux.

La Lotte {Lotta vulgaris) vit dans les rivières et les lacs de l’Europe centrale et de l’Europe du Nord. Elle peut atteindre 0“,7(> de longueur; la première nageoire dorsale a 12 à 14 rayons, la seconde en a 68 à 72; l’anale, 60 à 70. Sa chair est délicate, mais peut transmettre le Bothriocéphale large (tome I, page 496) ; ses œufs sont souvent toxiques, ainsi que Rondelet 1 avait déjà noté.

, (1) Degorce n’a pas mais ce résultat n’est trop faible.

trouvé de ptomaïnes dans 50 grammes de Morue rouge; pas probant, la recherche ayant porté sur une quantité

ORDRE DES ANACA.NTI1INES.

Les Pleuronectides sont asymétriques: leur corps est aplati très fortement dans le sens latéral, en sorte qu’ils reposent normalement sur le côté gauche {Hippoglossus, Solea, Pleuronectes limanda, PL pdatessa, PI flesus) ou sur le côté droit (PL megastoma, Rhombus, Arnoglossus, Plagusia); Pleur, flesus repose parfois sur le côté droit. La face supérieure est pigmentée, l’inférieure reste blanche. Les jeunes sont parfaitement symétriques et nagent dans la position verticale, comme tous les autres Poissons; mais, à mesure que le développement s’avance, l’œil du côté qui doit devenir inférieur quitte sa position première et passe sur la face opposée, par un procédé qui n’est pas encore parfaitement élucidé..

Ces Poissons vivent dans la mer à une faible profondeur, dissimulés, dans le sable ou la vase; quelques-uns, comme le Flet [Pleur, flesus) remontent dans les fleuves. Le Flétan ou Halibut [Hippoglossus vulgaris) atteint une longueur de deux mètres. La Limande [Pleuronectes limanda), le Carrelet (PL platessa), la Limandelle [PI. megastoma), la Sole [Solea vulgaris), le Turbot [Rhombus maximus) et la Barbue [Rh, lævis) sont de ce groupe. Les œufs de cette dernière peuvent être toxiques.

On a signalé des cas où de petits Pleuronectes, saisis entre les dents par des pêcheurs qui cherchaient à les détacher de leur ligne ou de leurs filets, ont glissé dans la bouche et causé une asphyxie mortelle. Dans le cas d’Attilio Prati, le Poisson occupait la partie inférieure de la trachée et se trouvait même engagé dans la bronche droite ; dans celui de Tempesti, il obstruait la glotte et le larynx.

Les Scomberésocides sont marins. Ils ont des écailles cycloïdes et présentent une carène de chaque côté de l’abdomen ; les mâchoires,, armées de dents, se prolongent parfois en une sorte de bec [Reloue).

L’Orphie [Reloue acus) vit dans la Méditerranée; il peut atteindre la taille d’un mètre; ses os présentent une belle coloration vert émeraude, qui résiste à la cocüon et à la putréfaction et qui serait due à la présence du phosphate de fer tribasique (R. Dubois). A cause de cette teinte, la chair de l’Orphie est tenue pour suspecte par quelquesuns, mais nous l’avons consommée sans en éprouver le moindre malaise. Moreau de Jonnès signale B. brasiliensis et B. marginaia comme toxiques; Tybring et d’Arras en disent autant de B. caribæa, de la Guadeloupe.

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Ces Poissons ont d’ordinaire des écailles cténoïdes ; la vessie nalatoire est close. La nageoire dorsale est soutenue par des rayons épineux^ Les nageoires ventrales sont en avant (üranoscopus, Trachhms, Biennius, Callionymus, Lophius), au-dessous (Chromis, Perça, Mullus Trigla, Sciæna, Scomber) ou en arrière des pectorales {Gasterostem Mugil, Sphyræna); elles peuvent encore faire défaut {Xiphias, Trichiurus, Stromateus). ’

Les PUARYNGOGNATHES présentent une soudure des os pharyngiens inférieurs. Les Chromides [Chromis, Cichla), les Pomacentridês et les Labrides [Labrus, Crenilabrus, Ctenolabrus, Scarus) sont de ce groupe.

Le Perroquet de mer (Sc. cretensis) habite la partie orientale de la Méditerranée : les anciens le tenaient en haute estime, bien qu’il puisse provoquer parfois des accidents cholériformes. Des accidents plus graves sont souvent causés aux Antilles par Sc. psiltacus, à l’île Maurice par Sc. vetula, d’après Sonnerai C est probablement un Scare que Chisbolm signale, sous le nom de Coracinus fuscus major, comme très vénéneux.

Les Acakthoptéres n’ont pas les os pharyngiens soudés.

Les Percides ont des dents en velours sur la mâchoire inférieure, les intermaxillaires, le vomer et les palatins. Les nageoires abdominales sont sur la poitrine et sont formées de cinq rayons et d’un piquant. La Perche [Perça fluviatilis), le Bar ou Loup [Labrax lupus), la Gremille [Acerina cernua), la Sandre [Lucioperca sandra), lÂpron [Aspro vulgarîs), les Serrans [Serranus), etc., appartiennent à cette famille.

La Perche a un appareil à venin rudimentaire, siégeant dans la membrane interradiaire des rayons épineux de la nageoire dorsale (Bottard).

Niphon spinosus^ G. V. est signalé comme venimeux ; il est long de 0“,22 et vit dans les mers du Japon. L’appareil à venin est sans doute développé à la première dorsale, dont les troisième, quatrième et cinquième épines sont très hautes ; l’anale porte également trois fortes épines ; le préopercule et l’opercule sont pourvus eux-mêmes d’épines fortes et acérées.

ux ntl es, on cite comme toxiques Serranus ouatalibi, S. creolm,S mgnculus, S. arum et Mesoprion iocu : en revanche, M. cynodon ne serait pas à craindre.

Les Gaslérostéides ou Epinoches sont les plus petits Poissons de nos rivières; ils sont armés de très forts piquants au dos et au ventre. Le mâle construit au fond de l’eau un nid de vase, d’herbes et de détritus, qu’il agglutine avec de la mucine, sécrétée par certaines cellules glandulaires de ses reins; puis il mène la femelle pour y pondre ses œufs. Il veille sur ceux-ci avec sollicitude et les défend avec courage.

Les Mullides comprennent le Surmulet {Mullus surmuletus) et le Rouget barbu (i¥. barbatus), tous deux de. nos côtes.

Les Sparides habitent toutes les mers chaudes et tempérées. La nageoire dorsale est unique, l’anale a trois rayons épineux ; les ventrales, suspendues à la poitrine, ont un piquant et cinq rayons ; l’opercule est inerme.

Plusieurs espèces peuvent causer la siguatera. G. Porster a vu un Capitaine [Pagellus erythrinus)^ pêché au voisinage des ■ Nouvelles-Hébrides, causer à tous ceux qui en mangèrent des tranchées, des douleurs aiguës, des vertiges, une profonde langueur et couvrir le corps de boutons; un Porc, qui en avait mangé les entrailles, mourut dans la nuit, mais aucun Homme ne succomba. Ce Poisson se retrouve à la Nouvelle-Calédonie, mais de Rochas ne connaît pas d’accidents qui lui soient imputables.

Lethrinus mamho, de cette même région, est inolfensif quand il est jeune, mais est toxique à l’âge adulte.

Le Perroquet [Sparus psitiacus)^ le Pagre, certaines Daurades [Ckrysoph7'ys au7'ala, Ch7\ sab7'a) seraient également toxiques. Au Japon, Chr. longspmus a la réputation d’être nuisible, surtout aux femmes enceintes, mais Geerts doute qu’il le soit réellement.

Les Squamipennes sont doués des couleurs les plus éclatantes ; ils vivent dans les mers tropicales. Certains Chætodon du Japon passent pour vénéneux.

Les Triglides, Joues cuirassées ou Cataphr actes, ont une grosse tête protégée latéralement par une plaque osseuse qui résulte d’un élargissement notable du sous-orbitaire fusionné avec le préopercule; le corps est allongé; la nageoire dorsale est simple ou subdivisée en deux portions. Principaux genres; Trigla, Ptérois, Apistus, Scorpæna, Synanceia, Cottus, Bactylopterus.

Sco7'pænn antennata et Sc. grandicornis passent pour toxi-

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ques. Cette dernière est appelée Crapaud de mer à la Martinique et Rascasse vingt-quatre heures à Saint-Domingue, à cause de la rapidité avec laquelle elle donnerait la mort. A Cuba, on apprécie sa chair, mais on redoute sa piqûre. En effet, un bon nombre de Triglides sont venimeux, et Bottard a fait connaître la structure de l’appareil à venin de plusieurs d’entre eux.

Pteroïs muricata.— Très redouté des pêcheurs des îles Mascareignes, ainsi que Pl. zébra, Pt. mauritiana, etc. L’appareil à venin siège dans la membrane interradiaire des rayons épineux de la nageoire dorsale. Ces rayons se brisent comme du verre et restent souvent dans la plaie. La douleur, au dire des pêcheurs de la Réunion, est aussi vive que celle qui suit la morsure de Scolopendra Lncasi. Les cellules sécrétantes tapissent la surface interne de la membrane interradiaire, qui forme gaine à l’épine.

ScoRPÆ.NA scROFA. — Rondelet cite déjà celte espèce comme venimeuse ; « Les pescheurs souvent se piquent en le prenant, d’où s’ensuit inflammation, é grande douleur. » La Rascasse(5. porcus), indispensable à la préparation de la bouillabaisse, est voisine : toutes deux vivent dans la Méditerranée et le golfe de Gascogne. D’autres Scorpènes habitent les Mascareignes [Sc. me&ogallica, Sc. mauriliana), les Antilles et les régions chaudes de l’Océan Pacifique. Tous ces animaux se tiennent blottis dans les anfractuosités des rochers et sont redoutés à cause de leur piqûre.

L’appareil à venin siège encore aux rayons épineux de la nageoire dorsale. La membrane interradiaire forme autour de chaque épine une gaine dont la face interne est tapissée de cellules cylindriques sécrétant le venin. A l’état normal, la nageoire est couchée sur le dos, et l’épine est presque entièrement cachée dans sa gaine; celle-ci s’efface dans le relèvement forcé de la nageoire. Le venin est clair et incolore.

La petite Scorpène brune [Sc. bufo) de la Méditerranée possède en outre un appareil à venin rudimentaire, dans la gaine des deux plus grandes épines operculaires.

Synanceia brachio g. V. — Cette espèce, longue de 0“,4S, habite les parties chaudes de l’Océan Indien et de l’Océan Pacifique : on la trouve à la Réunion, à l'île Maurice, aux Sey-

chelles, à Java, à Bornéo, aux Moliiques, à Taïti, à la Nouvelle- Calédonie ; partout elle est redoutée et cause des accidents fort graves. « Les pêcheurs, disent Yalenciennes et Cuvier, redoutent sa piqûre beaucoup plus que celle des Yipères et des Scorpions. » D’autres espèces sont connues, qui ont à peu près la même répartition : S. horrida, S. verrucosa, S. sanguinolenta; S. bicapillata l’île Maurice, S. elongala de la

côte de Coromandel, S. uranoscopa de ïranquebar, S. erosa du Japon.

La première description de l’appareil à venin est due à Nadeaud; une description plus complète a été donnée par Bottard.

La nageoire dorsale a treize rayons épineux et six rayons mous. Chaque épine est creusée, suivant sa longueur, de deux profondes cannelures dont l’extrémité inférieure est en rapport avec un réservoir à venin particulier; il y a donc deux réservoirs par épine. Chaque réservoir est oblong, cylindrique, plus effilé à son extrémité supérieure qui est close et se termine en vrille : c’est là qu’éclate toujours le réservoir, quand on exerce une pression sur lui. Il est entouré d’une couche de tissu conjonctif lâche, sans fibres musculaires, dans lequel plongent huit à douze glandes en tube, produisant un liquide clair, légèrement bleuté, faiblement acide sur l’animal vivant et d’aspect louche quelque temps après la mort. En raison du petit nombre de glandes annexées au réservoir, on conçoit qu’il n’y ait pas écoulement du venin au dehors. Le réservoir se remplit de venin et se dilate à mesure que l’animal grandit : sur un individu long de 0“,45, il est lui-même long de 0™,009 à 0“,012 et large de 0“,006 à 0“,007.

La Synancée se tient près du rivage, cachée dans les rochers ou sous les bancs de Corauxou enfouie dans le sable. Elle prend la couleur même du fond et devient difficilement perceptible. Qu’un pêcheur ou un baigneur appuie le pied sur sa nageoire ■dorsale, les épines acérées pénètrent dans les tissus et le pied fait pression sur le réservoir : celui-ci éclate et le venin s’écoule le long des cannelures des épines jusque dans la plaie. Sans cette pression, l’animal est incapable de nuire : il peut redresser volontairement les rayons épineux de sa nageoire, d’ordinaire cGucbée le long du dos, mais le venin, renfermé dans ses

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treize paires de sacs clos, n’est pas rejeté au dehors. L’appareil à venin constitue donc une arme défensive (1).

Cet animal est le plus dangereux de tous les Poissons venimeux D’après Nadeaud, sa piqûre détermine une vive douleur, qui suit lé trajet des vaisseaux, s’irradie à la poitrine et cause une anxiété subite Autour de la petite plaie se dessine une auréole d’un blanc rnat, puis noirâtre; toute la peau sous-jaCerite se mortifie et il se forme une eschare large de 0“,012 à 0“,01ai les tissus ambiants sont le siège d’une inflammation ordinairement légère, mais qui se termine assez souvent par un phlegmon. Dans quelques cas, le malade est pris de lipothymies et de vomissements, qui durent une ou deux heures; d’ornaire, les douleurs vont en diminuant après la première heure et il ne reste plus qu’un peu de céphalalgie et de faiblesse des membres. Tous ces accidents seraient conjurés par l’application d’écorces contuses d’Atae {Erythrina indica) et de Mape [Inocarpus eduUs); le suc de l’Ape {Colocasia macrorhiza) et du Rea meoruru [Zingiber zerumbet] rendrait le même service.

La piqûre de la Synancée ne serait donc pas mortelle, d’après Nadeaud; pourtant, Botlard a recueilli à la Réunion cinq cas de moi't authentiques qui doivent lui être imputés et c’est à ce même Poisson qu il faut attribuer la mort de deux indigènes des Moluques, rapportée par Renard et attribuée par lui à VIncan Satan ou Poisson du diable {Scorpæna diaholus).

CoïTüS scoRPius Linné. — Le Ghaboisseau ou Scorpion de mer est long de 0“,2o ; il est commun dans les mers du nord, mais devient rare dans le golfe de Gascogne. Perdu dans les profondeurs de la mer, il ne se rapproche des côtes que pour y pondre. Il porte trois épines operculaires, que la membrane des ouïes entoure comme une gaine; celle-ci peut se retrousser pour laisser saillir l’épine, creusée de deux canalicules. A chaque épine est annexé un appareil à venin, qui est le mieux développé sur 1 épine inférieure. Il se compose de culs-de-sac glandulaires très vastes, mais ceux-ci ne sont tapissés de cellules sécrétantes qu’au moment du frai; en toute autre saison, ces cellules sont atrophiées -ou ne persistent qu’à l’état

(1) La peau de la Synancce est pourvue, de chaque côté de la ligne dorsale, d environ loO posses glandes qui sécrètent un liquide laiteux, non venimeux elastica. Le fait est intéres-

, J issons e.ant en général dépourvus de glandes cutanées.

d’îlots. Suivant l’époque où elle aura lieu, la piqûre se montrera donc venimeuse ou inoffensive.

Le Ghabpisseau remonte souvent fort loin dans les fleuves et les rivières ; il redescend à la mer pour frayer : son appareil venimeux est alors normalement développé, si ce n’est qu’il est dépourvue de cellules sécrétantes, môme pendant le temps de séjour à la mer. Le Chabot de rivière {C. gohio) n’est pas venimeux.

Les Apistes [Apistus) ont sans doute une glande venimeuse annexée à l’une ou à l’autre des deux épines qui arment leur sous-orbitaire et leur préopercule; leur piqûre est réputée très dangereuse.

Les Trachinides ont le corps allongé, les nageoires ventrales situées sous la gorge, en avant des pectorales; l’anale est très longue ; la première nageoire dorsale comprend un petit nombre de rayons épineux, la seconde un grand nombre de rayons mous. Ces Poissons vivent surtout dans les régions tropicales de l’Océan Indien et de l’Océan Pacifique. Ils sont représentés dans nos pays par les genres Uranoscopus et Trachinus, ce dernier par quatre espèces. La

Fig. 861. — Trachinus viper a.

petite Vive ou Toquet (Tr. vipera, fig. 861),. longue de0“,10 à^0“’,14, et la grande Vive (jfr. draco), longue de à 0“,30, sontjde la Manche et de l’Océan ; la Vive à tête rayonnée {Tr. radiatus) a la Vive araignée (rr.araneMs), toutes deux longues de 0“,30 à 0“,40,sont de la Méditerranée.

Les Vives se tiennent enfouies dans le sable, aune faible profondeur. Toutes sont venimeuses : Elien, Oppien et Pline le savaient déjà. La Vive, ditBelon, « est un Poisson moult^.bien armé de forts aiguillons, desquels la poincture est si venimeuse, principalement quand ils sont en vie, qu’ils fontfperir la main, si l’on n’y remédie bien tost. la en avons veu en fiebvre

CLASSE DES POISSONS

et resverie, avec grande inflammation de tout le brachs d’ane •seule petite poincture au doigt. Le commun bruit est entre les mariniers, qu’il sengendre des petits Poissons en la playe : de laquelle chose i’en ay veuplus de cent, qui m’ont afTermé l’avoir veu : et que le souverain remede est de repoindre la playe plusieurs fois avec ledict aiguillon. » Rondelet et Mdrovande tiennent un langage analogue.

Ces Poissons possèdent deux sortes d’appareil venimeux. La première nageoire dorsale comprend cinq à sept rayons épineux, en rapport avec des glandes à venin, dont l’existence, déjà soupçonnée par Willughby (1) et Risso, a été démontrée par Byerley, puis par Schmidt et Newton Parker; ces glandes ont échappé à Gressin. La deuxième et la troisième épines sont les plus longues : toutes sont enveloppées en entier par une haute membrane interradiaire et couchées normalement en rétroversion, dans une gouttière formée par les grands mus- •cles de la région dorsale ; elles se redressent grâce à la contraction de ces muscles. Chaque épine est creusée d’une cannelure à ses deux faces antérieure et postérieure, cannelure qu’accompagne sur la plus grande partie de sa longueur un nmas de grandes cellules glandulaires pigmentées, se continuant avec l’épiderme et ne laissant entre elles aucun canal excréteur. Ces cellules sont plus ou moins remplies de gouttelettes. Pour se vider de leur produit, elles éclatent simplement: le liquide se fraye un chemin à travers les autres cellules et coule le long du sillon. La glande postérieure est plus petite que l’antérieure.

Un autre appareil, présentant essentiellement la même structure que le précédent, siège sur l’opercule. A la partie postérosupérieure de celui-ci, se voit une forte épine trièdre, dirigée en arrière, cannelée à ses deux faces supérieure et inférieure et entourée sur toute son étendue, y compris sa pointe, d’une membrane lâche. Cette épine fait corps avec l’opercule ; celuici est mobile sur le préopercule et peut se relever de 35 à 40% grâce à la contraction du muscle des joues, qui prend sur lui son insertion mobile. Il en résulte donc que l’épine operculaire peut devenir proéminente, au gré dejanimal.

(1) « Duas in tergo fert pinnas ; anterior capiti vicina, quinis aculeis meni" brana nigra conaexis horret, quibus venenatum vulnus infligere dicitur. >•

Chacun des sillons de l’épine est encore accompagné sur toute sa longueur d’un amas de très grosses cellules glandulaires, disposées comme précédemment et remplissant en outre une cavité conique, creusée dans l’épaisseur de l’opercule. Ces deux glandes sont complètement séparées l’une de l’autre; elles sont entourées d’une petite quantité de tissu conjonctif richement vascularisé. Les cellules gonflées de suc éclatent et le liquide vient s’accumuler dans les parties supérieures, au voisinage de la pointe de l’épine. Que celle-ci pénètre dans la peau de l’Homme, sa gaine se déchire aisément et le venin s’écoule dans la plaie. La pointe de l’épine est souvent à nu, par suite de la déchirure de sa gaine, mais la glande n’en continue

pas moins à sécréter le venin.

Ce liquide est limpide et légèrement bleuâtre pendant la vie, opalescent et un peu épaissi après la mort ; il est coagulable par la chaleur, les acides forts et les bases caustiques. Son action physiologique a été étudiée par Schmidt, puis par Gressin. A la dose d’une de'ini-goutte ou d’une, goutte, il cause rapidement la mort chez les Poissons et le Rat, plus lentement chez la Grenouille : une première période de' contracture est suivie d’une phase de paralysie avec abaissement de la température.

On connaît un grand nombre d’observations de piqûre de Vive. La douleur est excessive, mais les accidents se bornent le plus souvent à une forte inhammation locale, avec fièvre et tuméfaction étendue; des phlegmons, des panaris, des. eschares peuvent en résulter. Ambroise Paré cite le cas d’une femme dont le bras tomba promptement en mortification, ce qui causa la mort, mais c’est là une terminaison exceptionnelle.

Des règlements de police, justifiés par le fait que le venin garde toute son activité après la mort, obligeaient autrefois les pécheurs à couper les épines des Vives, avant de les mettre en vente : ils sont actuellement tombés en désuétude, mais l’usage s’en est conservé dans le midi : à Cette, on n’apporte au marché que des Vives mutilées de la sorte.

Les Sphyrénides ont de petites écailles cycloïdes; les nageoires ventrales sont reportées en arrière. Spkyræna vulgarü habite la Méditerranée etTAtlanlique : oii ne la dit pas toxique, mais certaines espèces des Antilles et de la côte américaine {Sph. becuna, Sph. picuda, Sp/i. tyello, Sph. barracuda, fig; 862) produisent fréquemment lasiguatera, parfois au pointde- causer ÜLASCHAaD. — Zool. lucd. II. 44

CLASSE DES POISSONS, la mort; Chevallier etDucliesne en citent plusieurs cas, ainsi ou Moreau de Jonnès et d’Arras. LaBécune mesure jusqu’à 5“ go de longueur; sa chair n’est toxique qu’en certaines saisons;

elle est armée de longues dents très acérées, qui rendent sa morsure très redoutable.

Les Scombéroïdes ont la peau argentée, tantôt nue, tantôt couverte de petites écailles ; l’appareil operculaire n’a pas dépiquants; les nageoires ventrales sont ordinairement sur la poitrine. Ce sont des Poissons voraces, armés de fortes dents; ils affectionnent certaines localités, dans lesquelles ils reviennent au printemps par bancs immenses : tel est le cas pour le Maquereau dans la Manche et la mer du Nord, pour le Thon dans la Méditerranée. Le Maquereau {Scomber scombrus), le Colias (Sc. colias), le Thon {Thynnus viilgaris), la Bonite à ventre rayé {Th. pelamys), le Germon {Th. alalonga),le Sarde ou Bonite a dos rayé {Pelamys sarda), le Rémora {Echineis naucrates), la Dorée {Zeus faber), le Saurel {Caranx trachurus), la Corjphène {Coyyphæna hîppuriis) sont les principales espèces de nos côtes.

La fausse Carangue, des Antilles et du Brésil, [mesure jusqu’à 1 ,30 et pèse jusqu à 12 kilogrammes ; sa chair est souvent toxique au point de causer la mort; pour éviter tout accident, la vente de Carangues pesant plus d’un kilogramme est interdite à la Havane. Le Coulirou (C. Plumieri], des Antilles, et C. carangus sont également vénéneux.

On sait avec quelle rapidité se putréfie la chair des Poissons; le lait est surtout vrai pour celle des Scombéroïdes. C’est ainsi que de& cas très graves, voire même mortels, de botulisme ont suivi l’ingestion de la chair du Maquereau (cas deNiel), du Thon (cas de Galiav), delà Bonite a ventre rayé (cas de Morvan), du Germon, etc. Il en est de môme pour les Tassards (Ci/iûm caballa, C. acerrum) et le Quatre {Iracranotus glaucus),. des Antilles.

Au Japon, d’après Geerts, Thynnus sibi, Th. thunnina, Th. pelamys, Th. macropterus, Pelamys orientalis, Scomber scombrus, Sc. pneumatophorus et Cybium chinense causent fréquemment lé botulisme. Rémy en a observé un cas déterminé parle Sashimi {Th. srbi), qu’on a coutume de manger cru, assaisonné d’une sauce tiès relevée : le malade avait des vertiges, une .congestion vive de la face et des conjonctives, accidents qui cessèrent au bout de quelques heures, après ingestion de glace; la vente de ce Poisson est interdite en temps de choléra.

Les Espadons {Xiphias) sont remarquables par l’énorme allongement des intermaxillaires, du vomer et de l’ethmoïde, qui prennent l’aspect d’un glaive, arme terrible dont ils transpercent des animaux souvent beaucoup plus forts qu’eux; à l’occasion, ils s’attaquent à l’Homme et aux grands Cétacés.

Les Gobio’ides sont de petite taille ; ils sont voraces et vivent au voisinage des côtes; les nageoires ventrales, insérées sur la poitrine ou sur la gorge, sont plus ou moins soudées l’une à l’autre. Les Gobies, Boulereaux ou Goujons de mer {Gobius) vivent dans nos mers; quelques espèces sont d’eau douce {G. flmiatüis).

Aux Indes, les Nation oulouvé {G. setosus, G. venenosus) et le Galou oulouvé[G. criniger) passent pour toxiques. En 1861, Collas a observé à Pondichéry un empoisonnement causé par ce dernier Poisson : trois personnes furent gravement malades; des Poules moururent.

Les Teuthidides, à bouche étroite et protractile, sont ornés de vives couleurs; ils sont herbivores et habitent les mers chaudes. Ils sont armés de piquants et ont parfois des glandes à venin. Dans le genre Teuthis, les nageoires ventrales ont cinq rayons, les deux extrêmes étant transformés en de forts piquants. ■

Le Chirurgien , Barbier ou Porte-lancette {Acanthurus chirurgus) a la queue armée de chaque côté d’une forte épine mobile, aiguë, tranchante, couchée à l’état de repos contre le corps, mais que l’animal peut redresser à volonté. Ce Poisson, long de 0“,20 à 0“,30, se tient parmi les bancs de Coraux; il est commun aux Antilles, où on le redoute à l’égal des Serpents venimeux : on n’a pourtant pas encore démontré qu’il fût possesseur de glandes à venin. De nombreuses espèces du même genre vivent dans les deux Océans, mais surtout dans l’Océan Indien (A. cœruleus, A. phlebotomus).

Les Amphacanthes ont en avant de la nageoire dorsale une épine couchée en antéversion. L’appareil à venin siège, d’après Bottard, dans la membrane qui unit les rayons épineux de la dorsale et de l’anale ; il présente la même disposition que chez les Scorpènes. Amphaoanthus luridus, A. sutor sont des Mascareignes et des Seychelles; A. javanicus, A. Russell, A. marmorutus sont de l’Océan Indien; A siganus, de la mer Rouge.

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Les Mugilides sont assez semblables aux Gardons, muig marins; leur denture est faible; ils ont une {Tragomrus) ou d”"*^ {Atherma, Mugil) nageoires dorsales. auratus, M. cephalus eu/ capito, longs de 0“,50 à O^.eO, habitent la Méditerranée et remou" tent les fleuves. L’usage de préparer leurs œufs en une sorleT' caviar appelé poutargue, boutargiie ou butarega,, déjà signalé Rondelet, existe encore en Italie. ^ ^

Les Bitrachides sont des Poissons de mer assez semblables aux Chabots : ils n’ont que trois paires de branchies; les nageoires ventrales sont situées sous la gorge. Genres Batrachus, PoHchthys et Thalassophryne, répandus dans les mers tropicales; le dernier possède un appareil à venin, découvert par Günther et bien décrit par Bottard. ^

Thalassopuryne reticülata Günther. — Ce Poisson, long do 0“,33, SC trouve sur la côte américaine de l’Océan Pacifique, dans la zone interlropicalo. Une espèce voisine, Th. maeûlosa, longue de habite l’Atlantique, sur la côte opposée.

En avant de la nageoire dorsale se voient deux rayons épineux isolés, enfoncés dans un fort bourrelet cutané; l’antérieur est le plus petit. Chacune de ces épines est conique, pointue et percée suivant son axe d’un canal qui communique à sa base avec un sac glandulaire. Celui-ci est tapissé de cellules cylindriques qui sécrètent un venin, mais n’est entouré d’aucune couche musculaire : il ne peut se vider que mécaniquement, quand la. pénétration de l’épine dans le corps de l’Homme ou d’un animal vient refouler la gaine de l’épine et comprimer ainsi le réservoir du venin.

^ L opercule présente en outre, dans sa partie supéro-postélieuie, une épine dirigée en arrière et beaucoup plus forte que celles du dos; la disposition générale est d’ailleurs la même. Le canal central dont cette épine est creusée s’ouvre en bec de clarinette au voisinage de son extrémité libre et sur sa face externe : l’épine fonctionne ainsi à la façon d’une seringue à injections hypodermiques. Le canal s’ouvre d’autre part dans un large sac glandulaire renfermé dans l’épaisseur de l’opercule et^présentant deux culs-de-sac, dont l’un se porte en haut et en avant, tandis que l’autre se dirige en bas et en avant.

Les Pédicules, ont une bouche énorme, armée de longues et fortes dents : leur corps, 1res élargi en avaal, semblait à llondelet « n’eslre

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