SOUS-GLASSË DES OPHIDIENS
tion post-oculaire de la glande labiale supérieure se divise en deux parties distinctes. La partie inférieure et marginale a la forme d’une mince bande gris rougeâtre qui se prolonge jusqu’à l’extrémité postérieure de la lèvre; elle .est la continuation de la portion préoculaire et se compose de glandules dont chacune débouche par un court canal à la face externe de l’arcade dentaire. La partie supérieure, plus volumineuse, diffère du reste de la glande, non seulement par sa teinte blanc jaunâtre, mais encore par sa structure : les cellules qui tapissent ses culs-de-sac sont remplies de granulations et ont une certaine ressemblance avec les cellules sécrétantes des glandes gastriques; cette glande [parotide d’Alessandrini, 1832) n’a qu’un seul canal excréteur, qui est tapissé d’un épithélium cylindrique haut et clair et vient déboucher au niveau des grandes dents postérieures. Nous avons indiqué déjà les étroites relations de ces dernières avec les crochets venimeux ; la glande elle-même n’est autre chose qu’une glande à venin imparfaitement développée. Telle est, en somme, la disposition de cette glande chez les Opisthoglyphes.
La glande à venin des Protéroglyphes et des Solénoglyphes dérive également de la glande labiale supérieure; mais, par suite de la situation du crochet venimeux, ses rapports sont un peu différents. Elle remplit de chaque côté la fosse temporale et se compose d’un grand nombre de tubes qui débouchent tous dans un canal excréteur commun; celui-ci se porte d’arrière en avant et aboutit à la base même de la dent venimeuse; Weir Mitchell décrit un sphincter autour de son extrémité, chez le Crotale, mais Payrer n’a rien vu de semblable chez les Najides. La glande atteint une taille considérable chez les grandes espèces : celle de Naja tripudians est à peu près grosse comme une amande. Elle est entourée d’une capsule fibreuse, sur laquelle prennent insertion les fibres du muscle temporal antérieur (üg. 870, e); les muscles temporal postérieur, f, et temporal moyen, C passent au-dessus d’elle et la compriment fortement quand les mâchoires se ferment brusquement sous l’action de ces muscles. L’expulsion du venin accumulé dans la glande se fait ainsi mécaniquement, à la volonté de l’animal; le liquide s’écoule alors dans le sillon ou le canal de la dent venimeuse, puis dans la plaie produite par celle-ci.
La glande ne se vide pas en une seule fois ; un même Serpent peut piquer plusieurs animaux coup sur coup et les empoisonner tous; un Cobra peut tuer plusieurs Chiens ou de douze à trente Poulets, avant d’avoir épuisé sa provision de venin; celui-ci se reforme alors très rapidement.
Le volume de la glande et la quantité de venin qu’elle sécrète sont nalurellement en rapport avec la taille du Serpent : une Vipera aspis qui n’a pas mordu depuis longtemps en a environ 0s^07 dans chacune de ses deux glandes ; elle pourrait donc inoculer O^^lo de poison, si elle vidait ses glandes dans une seule morsure. Vipera berus riSi pas plus de O^LlO de venin en tout. Un Naja tripudiaîis dans de bonnes conditions possède environ is%20 de venin, un Crotale en a plus de l®',o0; l’un et l’autre de ces animaux laisse sourdre à l’extrémité de ses crochets et se perdre au dehors une quantité appréciable de venin, qu’on peut évaluer à ou Os',20, quand il s’élance pour mordre. Ces notions sont importantes, car le venin agit toujours à dose pondérable, à la façon des alcaloïdes et des poisons minéraux, et est incapable de se multiplier dans le sang à la manière des virus, quoi qu’en aient dit certains auteurs (1).
(1) G. B. Halford {On the condition of the blood after death from snakebite. Transact. aad proceed. of the r. Soc. of Victoria, VIII, p. 73, 1867. — Id., Further observations on the condition... Ibidem, p. 271) décrit dans le venin de Naja tripudians des cellules nucléées particulières, larges de 9 p. : introduites dans le sang, elles s’y multiplient avec une effrayante rapidité, absorbent l’oxygène et amènent la mort par asphyxie. Dans les cas d’envenimation non mortelle, on les trouve tant que durent les accidents; elles disparaissent quand la santé revient. Pour démontrer ce que valent ces observations, il suffit de dire que Halford, de son propre aveu, recherche les cellules en question dans le sang, un ou deux Jours après la mort 1 J. B. de Lacerda trouve dans le venin de Buthrops jararaca des micro-organismes qui, en pullulant dans le sang des animaux mordus par ce Serpent, seraient la cause principale des accidents : l’envenimation ne serait donc qu’une maladie microbienne ! Il est exact qu’on trouve parfois des Microbes dans le venin du Bothrops ou d’autres Ophidiens, mais ces organismes ne jouent aucun rôle dans l’envenimation : on ne les retrouve pas dans le sang, et le- venin le plus actif en est ordinairement dépourvu. D’ailleurs, Kaufmann a pu cultiver les micro-organismes qui apparaissent parfois dans les plaies envenimées et que, d’après la théorie de J.-B. de Lacerda, on devrait considérer comme résultant de la multiplication de ceux du venin : inoculées à des animaux sains, ces cultures sont toujours restées parfaitement inoffensives. 11 est donc bien acquis que la présence, d’ailleurs inconstante, de Microbes dans le venin ou dans les plaies envenimées n’est qu’un simple accident et n’a rien à voir dans les phénomènes de l’envenimation.