SOUS-CLA.SSE DES OPHIDIENS
Le venin des Ophidiens est un liquide visqueux, inodore, limpide comme de l’eau, parfaitement incolore ou assez souvent jaunâtre, ambré ou verdâtre; sa teinte varie dans une même espèce, sans qu’on puisse noter la moindre différence d’action entre le venin incolore ou le venin teinté. La densité, supérieure à celle de l’eau, varie de 1030 à 1046 (Cobra, d’après Schott) et même à 1038 (Cobra, d’après Wall).
Il est insipide chez la Vipère et le Daboia, mais celui du Cobra est amer, brûlant et produit des vésicules et une sensation d’engourdissement au point contaminé. Au microscope, on n’y trouve aucun élément figuré, si ce n’est parfois quelques cellules épithéliales détachées des conduits excréteurs de la glande.
Introduit avec précaution dans des tubes capillaires fermés ensuite à la lampe, le venin se conserve intact et sans éprouver aucune altération appréciable. Mms si, au moment où on le recueillait, le tube est souillé par des Microbes, ceux-ci peuvent s’y multiplier et lui faire subir la fermentation putride; ses propriétés venimeuses vont alors en s’atténuant à la longue.
Le venin est acide; c’est la réaction que nous avons toujours constatée chez un grand nombre de Vipera aspis, c’est celle aussi qui est indiquée parla plupart des auteurs et pour la plupart des espèces; Viaud-Grand-Marais pense qu’elle est due au phosphate de chaux, mais l’énergie de la réaction, du moins chez la Vipère, nous autorise à l’attribuer à un acide libre, plutôt qu’à un sel acide. Quelques observateurs ont reconnu au venin une réaction alcaline; d’autres l’ont trouvé neutre, mais ces divergences tiennent sans doute à ce qu’ils ont examiné du venin mélangé au liquide alcalin de la bouche.
Exposé à l’air, le venin perd 33 à 80 pour 100 d’eau et prend un aspect demi-cristalün, comme la gomme arabique; toutefois il ne présente aucune trace de cristallisation. En cet état, il se conserve indéfiniment, pourvu qu’on le ,Jienne au sec, et ne perd rien de ses propriétés : au bout de 15 ans, Mangili a trouvé le venin sec de Vipère tout aussi actif que le venin frais; c’est avec du venin sec de Cobra que le professeur Gautier a fait les belles études chimiques dont il est question plus loin. Cette conservation de la toxicité du venin sec est d’ailleurs bien connue de certaines peuplades, qui empoisonnent leurs flèches avec le venin des Serpents (1). Sous l’in-
(l) Selon Kolben, les Hottentots se servent de tlèches trempées dans le venin d’une Vipère; Meissas assure que les Boscbimans pilent le Serpent jusqu’à, ce qu’ils en obtiennent un suc gommeux, dans lequel ils trempent la pointe de leurs flèches. Johnston, de Saint-Louis, Missouri, dit que les Indiens du Texas et des rives du Rio Grande empoisonnent leurs armes avec le venin du Crotale.
Blanchard. — Zool. méd. II. 47
fluence de l’air humide, le venin sec perd ses propriétés et subit la transformation ammoniacale.
Le venin frais peut être soumis à l’ébullition, le venin desséché peu de même être porté à une température supérieure à 100", sans qu’ils perdent rien de leurs propriétés venimeuses.
En raison de l’analogie qui existe entre les glandes à venin et les glandes salivaires, on a pensé que le sulfocyanure de potassium pouvait être le principe actif du venin des Serpents. Ce sel toxique existe en effet, dans la salive normale de certains animaux et de l’Homme, mais le venin de la Vipère n’en renferme aucune trace. L’analyse chimique du venin montre d’ailleurs que l’agent venimeux est de tout autre nature.
. .La-.pre.miè.re étude chimique du venin a été faite en 1781 par Fontana, sur du venin de Vipera berus. E.iiJL8ir3, L. Bonaparte reprit cette étude et reconnut que le venin renfermait comme principe actif une substance albuminoïde analogue à la ptyaline, mais jouant un rôle tout différent : il lui donna le nom de vipérine ou échidnine; il y trouva en outre de l’albumine, du mucus, une substance soluble dans l’alcool, une matière colorante jaune, une matière grasse, des phosphates et des chlorures, le tout à l’état de dissolution dans l’eau. En traitant le venin de Crotale par des procédés analogues à ceux dont Bonaparte avait fait usage, Weir Mitchell lui trouva une composition analogue et put notamment en extraire une substance albuminoïde non coagulable à 100“, la crotaline.
La vipérine et la crotaline appartiennent à une même série de composés quaternaires, pour lesquels Viaud-Grand-Marais propose le nom A’ éehidrdnes ou échidnases. Ces composés sont solubles dans l’eau et parfaitement neutres, ce qui les distingue des alcaloïdes tous présentent la réaction du Muret, caractéristique des matières protéiques; ils ne précipitent point de leurs solutions aqueuses par l’acétate de plomb, mais précipitent par l’alcool. Ce sont en effet des substances albuminoïdes analogues aux ferments solubles, ainsi qu’A. Gautier l’a établi pour le venin du Cobra {Naja tripudians) et du Trigonocéphale.
Ce venin, suivant l’éminent chimiste, renferme deux leucomaïnes qui, contrairement à ce qui a lieu pour le venin des Batraciens, ne se trouvent ici qu’en très petite quantité. Elles ne constituent pas la partie la plus dangereuse du venin : l’une active seulement les fonctions urinaires, la défécation et produit de l’essoufflement ou de l’hébétude; l’autre plonge l’animal dans la somnolence; aucune ne cause la mort. Le principe