SOUS-GL\SSE DES OPHIDIENS
le plus actif du venin n’est donc pas de nature alcaloïdique : il est constitué par une substance qui semble être de nature amidée, analogue à la xantbine, l’hypoxanthine, la créatine, la créatinine, ainsi qu’aux matières extractives incristallisables trouvées par Gabr. Pouchet dans les urines. Il résulte du dédoublement des albuminoïdes et sa constitution est très semblable à celle des ferments solubles, notamment à celle de la ptyaline (1).
Cette substance active n’est pas détruite par une température de 110° prolongée pendant plusieurs heures. Elle résiste également aux acides et à un grand nombre de réactifs, tels que le nitrate d’argent et le chlore; elle perd au contraire toute son activité, quand on la traite par les alcalis caustiques, même à froid et à l’état de grande dilution : telles sont la potasse et la soude à 0,5 p. 100. Quand le venin a été soumis un instant à l’action de la potasse très étendue, il ne reprend plus aucune activité, même lorsqu’on sature exactement l’alcaü.
Les carbonates alcalins et l’ammoniaque sont sans action sur le venin; Fontana avait déjà démontré que cette dernière substance est absolument inefficace dans le traitement des morsures de Yipère. Le permanganate de potasse en solution à 1 p. 100 a été préconisé par J.-B. de Lacerda comme l’antidote par excellence du venin des Serpents; Gautier montre qu’en réalité cette substance n’a sur le venin qu’une influence très restreinte : elle rend l’empoisonnement plus lent, mais est incapable de détruire le venin, même lorsqu’elle lui a été mélangée avant l’injection.
La composition chimique et la quantité de l’échidnine varient d’une espèce à l’autre (2), ce qui explique la diversité des accidents causés
(1) Cela ressort de- la comparaison suivante entre la ptyaline analysée par Hüfner et le venin de Cobra, analysé par H. Armstrong :
Az
P:etife quantité.
Venin rie
L’écMdnine a donc la plus grande analogie de composition avec la ptyaline; toutefois, c’est plutôt de la pepsine qu’elle se rapproche au.point de vue physiologique ; de Lacerda a reconnu, qu’elle transformait le blanc d’œuf cuit et d’autres albuminoïdes en peptones.
(2) J. B. de Lacerda prétend que le venin des autres Serpents venimeux
CLASSE DBS REPTILES.
parla morsure des différents Ophidiens. Cn grand nombre d’auteurs ont fait de ces accidents une étude expérimentale approfondie, dans le détail de laquelle il nous est impossible d’entrer : nous ne ferons exception que pour la Vipère ; toutefois, quelques considérations générales seront ici à leur place.
Le venin des Serpents n’exerce aucune action toxique sur les végétaux ; il semble aussi n’avoir aucune action sur les organismes unicellulaires : les Monades, les spermatozoïdes et les Bactéries y conservent toute leur vitalité. Injecté dans le cœur de l’Aiiodonte il arrête aussitôt cet organe ; injecté sous la carapace de l’Écrevisse, il provoque aussi un arrêt du cœur, puis une paralysie généralisée.
Les Vertébrés sont plus sensibles à l’action du venin et il n’en est sans doute aucun chez lequel Véchidnisme (1) ne soit mortel. On observe néanmoins, au point de vue de la résistance au venin, de notables différences entre les espèces ; s’il est vrai, d’une façon générale, que la résistance soit en raison directe de la taille de l’animal, cette règle comporte pourtant de remarquables exceptions : Urueta rapporte, par exemple, que l’Ane succombe presque toujours à une morsure de Crotale, que le Chien guérit souvent et que le Chat ne meurt presque jamais. Toute proportion gardée, l’Homme semble être plus résistant que l’animal, le blanc a plus de résistance que le noir. En outre de ces différences spécifiques, on observe de grandes variations de résistance chez les divers individus d’une même espèce ou d’une même race, suivant leur taille, leur âge, leur sexe, leur force, en un mot suivant ce qu’on est convenu d’appeler les conditions individuelles.
A dose égale, le venin agit plus ou moins vite et avec une énergie plus ou moins grande, suivant le point où il a été inoculé. A-t-il été déposé dans une région peu vascularisée, l’absorption se fait lentement et les accidents ne se manifestent .souvent que d’une façon obscure, l’élimination du poison se faisant rapidement. Est-il, au contraire, injecté dans une veine, les accidents apparaissent aussitôt et dans toute leur intensité. L’échidnisme se déclare donc avec d’auant plus de violence et de rapidité que le venin passe plus vite dans le sang. L’expérimentation sur les divers groupes de Vertébrés permet d’étendre cette conclusion et de dire que, toutes proportions gardées, l’intensité et la rapidité des accidents sont en raison de la vitesse de la circulation chez l’animal observé. Le venin agit faible-
diffère du venin de Crotale par la quantité et non par la qualité. Cette affirmation est totalement inexacte.
(1) Vi au d- Grand-Marais propose d’appeler ainsi l’envenimation oplüdienne, c est-à-dire les accidents dûs à la pénétration du venin de Serpent dans l’organisme animal.