‹ Traité de zoologie médicaleChapitre 70 sur 103 · Deux nasales · texte numérisé non relu

Deux nasales

aa. Internasale atteignant la première labiale. .

Le genre Vermicella est représenté en Australie par V. annulata et ¥. lunata.

Le genre Elaps est américain. Le Serpent corail (E. corallinus Schneider) est du Brésil : on assure que les Brésiliennes s’en servent comme de parure. Le prince Max. de Wied-Neuwied dit qu’il n’y a aucun danger à le manier ; il vaut mieux|néanmoins se tenir sur une prudente réserve, comme le prouvent les expériences de H. von Jhering. Cet observateur fait mordre deux fois un Pigeon, à la patte droite, par E. Marcgravî, espèce de grande taille, mesurant jusqu’à D^,75 : l’Oiseau meurt en 5 minutes; la patte mordue était enflée et avait pris une teinte bleuâtre sombre. J. -B. de Lacerda cite d’ailleurs Blanchard. — Zool. méd. IG 48

Vermicella.

Elaps.

Microsoma.

le cas d’un naturaliste autrichien qui voyageait au Brésil et qui mordu par E. corallinus sur le dos de la main, succomba douze heures après. True cite également une série de faits démontrant que les Élaps de l’Amérique septentrionale sont capables de donner la mort.

ORDRE DES SOLÉNOGLYPHES

Les Solénoglyphes ou Thanatophides sont les plus redoutables des Serpents venimeux. Ils sont en général plus petits que les Protéroglyphes, mais leur venin est peut-être encore plus actif que celui de ces derniers. Ils ont le corps trapu, la queue courte, la tête^arge, triangulaire et 'Eîên séparée du cou. Ce sont des animaux nocturnes, à pupille verticale; ils n’enserrent point leur proie et ne s’attaquent jamais qu’à des animaux vivants, qu’ils frappent de leur terrible crochet venimeux, puis relâchent aussitôt, en attendant que le venin ait accompli son œuvre de destruction. Tous semblent être ovovivipares : la femelle met au monde un nombre de petits d’autant plus grand qu’elle est plus adulte. Les œufs sont pondus intacts, mais à peine sont-ils à terre que les petits en brisent la coque et sortent en rampant. Ceux-ci sont déjà en possession d’un venin très actif.

Ces Ophidiens se rapprochent des Protéroglyphes en ce que leur crochet à venin est situé à la partie antérieure de lairou^ che, par, suite déjà réduction de l’os maxillaire, mais celui-ci est très mobileèr'prèna''Gné'pôsilion différente, suivant que l’animal a la gueule ouverte ou fermée. A l’état de repos, c’està-dire quand la gueule est fermée, le crochet est disposé horizontalement le long du palais, la pointe dirigée en arrière; à mesure que la gueule s’ouvre, le crochet se redresse de plus en plus, sa pointe se porte en bas et en avant; il prend finalement la situation verticale, favorable pour l’attaque (fig. 869). La muqueuse gingivale forme autour du crochet un large repli en fer à cheval ouvert en arrière; ce repli le protège et le recom vre entièrement dans la première position, mais seulement en partie dans la seconde.

Le prémaxillaire, Pmp, est de petites dimensions et dépourvu de dents. Le maxillaire, Mx, est court et cylindrique ; chez les Crotalides, il est creusé d une profonde fossette, dans laquelle s’infléchit le tégument.

ORDRE DES SOLÉNOGLYPHES.

Par sa face supérieure, il s’articule avec le lacrymal, La, et acquiert ainsi une très grande mobilité; par son bord supéro -postérieur, il s’articule d’autre part avec l’os transverse, qui s’articule lui^même avec la partie moyenne du ptérygoïde, Pt. La dent venimeuse est immobile sur le maxillaire, en sorte que, dans les diverses positions qu’elle présente, elle est simplement entraînée par ce dernier, qui pivote autour de la trochlée lacrymale.

Quand la bouche est fermée, l’os carré, Qu, le ptérygoïde, PL et le pa-

Fig. 869:' — A, crâne de Crotale; B, coupe transversale du crâne passant par . le point B de la figure A. — B, sus-orbitaire ; BO, basi-occipital ; BS, basisphénoïde; Bt, portion du ptérygoïdien située en avant de l’articulation de cet os avec le transverse et portant des dents ; EO, exoccipital ; FO, fenêtre ovale ; La, lacrymal ; Lf, fossette lacrymale ; Mr, maxillaire inférieur ; Mx, maxillaire supérieur ; JVa, nasal ; Fl, palatin; Pt, ptérygoïdien ; Pmp, prémaxillaire; PSph, présphénoïde; Qu, carre; Sq, squamosal; T, trabécules cartilagineux persistants; II, orifice pour le passage du nerf optique; V, orifice pour le passage du nerf de la cinquième paire.

latin, PI, sont disposés de telle façon que ce dernier os pousse contre le maxillaire, Mx-, celui-ci bascule, sa face postérieure devient supérieure et la grande dent canaliculée se couche le long de la muqueuse palatine.

Lorsque l’animal ouvre la bouche, le muscle digastrique (flg. 870, g) porte en avant l’articulation quadrato-mandibulaire ; il en résulte que le ptérygoïde est lui-même poussé en avant, que le ptérygoïde et le palatin, d’abord, en ligne droite, se coudent et que ce dernier tire par conséquent sur le maxillaire. Celui-ci se redresse donc et la dent, devenue verticale, est prête à frapper.

sui¬

vantes ; les deux premières n’ont pour nous qu’une importance secondaire ;

[absent . Ateactaspides.

Înon excavé ; os t ,

postfrontal. . . j ^cSrsi’lloS '

( en avant . | absent.. Vipérides.

excavé . Crotalides.

Les Ateactaspides ont la tête courte, large, non distincte du cou, couverte de plaques ; il n’y a pas de fossette entre l’œil et la narine. La queue n’a qu’un seul rang d’urostèges. Atractaspis corpulentus Hallowell est de l’Afrique occidentale; A. îrregularis Reinhardt, de l’Afrique méridionale. Ces deux espèces se rencontrent au Sénégal, ainsi que A. Bibroni, A. aterrimus et A. microlepidotus.

La petite famille des Causides ne renferme que les trois genres Causus, Heterophis et Dinodipsas; C. rhombeatus et C. Lichtensteini sont du Sénégal.

iLes 'Vipérides sont des Serpents vivipares (i), terrestres, au corps lourd et trapu ; la tête, large et bien distincte du cou, n’à pas de fossette entre l’œil et la narine, Cette famille corn-

(1) Vtpera n’est qu’une corruption de vivipara.

Fig. 870. — Appareil venimeux du Crotale, d’après Gervais et van Beneden. — a, glande à venin ; a', son canal excréteur; b, glande salivaire sus-maxillaire ; c, glande salivaire sous-maxillaire; e, muscle temporal antérieur; e', sa portion mandibulaire ; f, muscle temporal postérieur ; g, muscle digastrique; i, muscle temporal moyen; q, ligament articulo-maxillaire ;

muscle cervico-angulaire ; t, muscle vertébro-mandibulaire ; u, muscle costo-mandibulaire.

mm'm

ORDRE DES SOEÉNOGLYPHES.

prend sept genres (Vipem. Daboia, Cemstes, Bitü, Clolho, mis nlAtheris), particuliers à l’ancien monde et surtout l’Afrique.

Vipera aspis Merretn.

La Vipère aspic atteint et dépasse même une longueur de 0'^,'70 ; elle n’a d’ordinaire guère plus de 0“,50 à 0“,60. La queue est courte, conique et mesure 0’“,07 à 0“,09. La tête a d’ordinaire un contour piriforme (flg. 871) ; sa face supérieure, plane ou môme concave, est couverte de petites squames irrégulières et imbriquées, plus petites que celles du dos en arrière des orbites, mais)plus grandes en avant; il n’est pas rare de rencontrer des individus qui portent entre les orbites deux ou trois squames irrégulières, plus grandes que les autres.

Une forte squame surcilière — Tête' de Vipem aspis, de'

protège l’œil. Le museau, car- grandeur naturelle et grossie, rément tronqué, déborde la

mâchoire inférieure en avant et se retrousse nettement, mais sans se prolonger en pointe. Le cou est bien distinct, les écailles, lisses sur la tète, y prennent une carène, qu’elles conservent sur tout le reste du corps. Vers le milieu de celui-ci, on compte vingt et une écailles dans la longueur d’un rang oblique.

La teinte fondamentale est brune, olivâtre ou rousse; suivant que l’une ou l’autre prédomine, on distingue diverses variétés dont l’énumération ne saurait trouver place ici; l’Aspic rouge a la réputation non justifiée d’être plus dangereux que le noir. En avant des yeux, une bande noire traverse la tête ; plus en arrière, deux lignes obliques forment un A, fermé ou non à sa pointe; enfin, la face supérieure du corps est marquée de deux séries longitudinales de taches noires, symétriques et

réunies par des bandes transversales ou alternes et disposées en zigzag.

L’Aspic se tient principaJjam£nt sur-4es cotcaux-arides, rocailleux et plantés de taillis Jus rarement dans les champs S’il ne se trouvait en quelques localités du nord de l’Algérie on pourrait le dire exclusivement européen. Rare en Grèce et en Dalmatie, il est commun au contraire dans tout lesud-oiiest de l’Europe. Il existe par toute la France, sauf certaines localités du nord-ouest, telles que la Moselle; il est très rare en Belgique et dans le Luxembourg. On le trouve encore dans le massif central des Alpes, dans le Tyrol, en Istrie, en Carniole, dans les cantons de Vaud et du Valais, ainsi que dans le Palatinat et le sud de la Bavière. Aux environs de Paris, il abonde dans la forêt de Fontainebleau; on le rencontrerait aussi dans les forêts de Sénart et de Montmorency.

On trouvera dans les ouvrages de Soubeiran et de Viaud-Grand- Marais, puis dans ceux plus récents de Feoktistow et de Kaufmann, une étude complète de l’action physiologique du venin de la Vipère, étude qui nous dispensera d’entrer ici dans de longs détails.

On remarque une très grande ressemblance d’action entre l’ichthyotoxine du sang des Murénides et le venin de la Vipère, mais le venin est trois fois plus toxique. Injecté directement dans les veines, il détermine une très courte excitation , suivie bientôt d’un assoupissement qui dure jusqu’à la mort. L’intelligence reste intacte, mais la sensibilité générale est promptement atteinte, ainsique la motilité volontaire ou réflexe. La pression sanguine subit une diminution considérable, par suite de la dilatation des vaisseaux des viscères abdominaux. Le nerf pneumogastrique ne conduit plus qu’imparfaitement l’influx nerveux, son excitation ralentit le cœur, mais est incapable de l’arrêter; il en résulte que les battements du cœur sont extrêmement accélérés, d’où diminution du volume des ondées lancées par le cœur et faiblesse corrélative du pouls. La respiration et a calorification ne subissent pas de graves modifications ; pourtant es nerfs diaphragmatiques et le diaphragme sont souvent trouvés inexcitables, immédiatement après la mort ; la respiration s’arrête avant e cœur, sans doute par suite de cette inexcitabilité, et la mort arrive par asphyxie ; en pratiquant la respiration artificielle, on proonge notoblement la vie. Kaufmann est d’avis que la mort est due à

apoplexie gastro -intestinale età l’action stupéfiante directement exerc e sur e système nerveux ; le ventricule gauche s’arrête en premier

eu, es oreillettes battent encore après que le ventricule-droit est mort.

ORDRE DES SOLÉNOGLYPHES. ■ '^59

Aussitôt après la mort, les nerfs moteurs et les muscles n ont rien nerdu de leur excitabilité. L’autopsie décèle constamment d énormes congestions, des extravasations sanguines et des hémorrhagies de la muqueuse gastro-intestinale, du rein, du foie, de l’endocarde, de la vessie et des muscles. Le sang est fluide et très peu coagulab e ; les hématies, de discoïdes, sont devenues globuleuses ; l’hemoglobine est en dissolution dans le plasma; le sang est noir et asphyxique, mais le contact avec l’air ne tarde pas à lui restituer toute sa ruti-

^^Inîêcté sous la peau, le venin produit, au point de l’injection et dans les tissus ambiants, des accidents locaux qui cousis ent en une tuméfaction plus ou moins intense, d’une coloration violette ou noire, par suite de l’extravasation sanguine et séreuse dans les tissus touchés par le venin. La diffusion du venin dans les tissus se fait lentement; même dans les cas où il se produit de graves accidents generaux, il n’est que très incomplètement absorbé par les yemes et reste, sans rien perdre de son activité, autour du point ou s est fai e ^ inoculation ; la sérosité exprimée des tissus altérés est en

nimeuse, d’après Kaufmann. La mort peut résulter e a sorp i directe du venin, auquel cas on trouve à l’autopsie les lésmns signalées plus haut; ou bien elle est la conséquence de laUeration des tissus au point d’inoculation ; elle est alors plus tardive e on constate pas de lésions internes, mais bien des altérations loca

très considéra’ûles. , u t

On a préconisé successivement un grand nombre de subste comme antidotes. Nous avons déjà dit que l’ammoniaque était me cace et ne méritait aucunement sa réputation. Le permanganate ae potasse en solution fraîche au centième est préférable, bien qu il se borne à atténuer l’énergie du venin, sans l’annihiler totalement; on l’injecte dans les parties mordues ; dans les cas d’intervention tardive et de gonflement avancé du membre, on l’injecte aussi a la limite du gonflement. Le meilleur alexitère local est, suivant Kaufmann, 1 acide chromique à 1 p. .100 ; il enraye les désordres locaux, atténué notablement les accidents généraux et a l’avantage de n’être point caus tique.

Moquin-Tandon estime que la Yipère ne verse pas plus de de venin dans chacune de ses morsures ; cette dose, qui ne correspond pas à plus de Qs^Ol de principe actif, détermine les accidents que nous venons de décrire et est souvent suffisante pour causer la mort. En Vendée, où le Serpent est très commun, Viaud-Grand-Marais estime qu’il tue dans le cinquième des cas.

L’Aspic est très inégalement répandu en France : on ne le connaît pas dans le Nord et dans la Haute-Saône; il est rare dans la Meuse, les Vosges, l’Oise, la Corrèze et les Bouches-du-Rliôneil est très abondant en A^'endée, dans la Loire-Inférieure la Haute-Marne, le Lot et la Côte-d’Or. En 18o5, les accidents "par morsure de Vipère étaient devenus si fréquents, que le Conseil général de la Haute-Marne vota un crédit spécial pour encourager à la destruction du Reptile, et le préfet fixa à Qf^SO la prime allouée par tête de Vipère présentée aux maires; l’année suivante, en 1856, on présenta 17,415 Vipères. La prime

fut alors abaissée à 0f%25, ce qui eut pour conséquence un ralentissement du zèle des chasseurs; en six ans, on constata néanmoins la destruction de 57,0^ Vipères.

La mortalité par morsure de Vipère est relativement élevée : Viaud-Grand-Marais a recueilli 319 cas de morsure d’Aspic et de Péliade, dont 47 furent mortels, soit 14,10 pour 100; sur ce nombre, deux décès seulement sont imputables à la Péliade.

Suivant H. Pasquier, il est d’usage dans certaines localités de la Vendée et de la Loire-Inférieure, de tremper les faux dans une macération de Crapauds et de têtes de Serpents, sous prétexte de rendre leur fil plus tranchant. Il est inutile d’insister sur le danger d’une semblable pratique.

M. Kaufmanu, Du venin de la Vipère. Mém. de l’Acad. de médecinev XXXVI, p, 1, 1889.

Vipera berus Linné.

SYNOîiYiiiE : Pelias beims Duméril et Bibron.

La Péliade atteint une longueur maximum de 0'“,63 pour le mâle, de 0“,73 pour la femelle. Sa coloration est très variable et passe, suivant les individus, du gris pâle au noir ou au rougeâtre; le seul caractère à peu près constant est la présence sur le dos d’une ligne noire ou brune, tlexueuse et souvent interrompue de place en place. La tête, près d’un tiers plus petite que celle de l’Aspic, porte entre les yeux trois plaquescontiguës, rappelant les plaques céphaliques des Couleuvres, mais moins grandes (flg. 872); l’œil est abrité sous une écaille sourcilière saillante ; le museau est régulièrement arrondi.

F. berus a une très grande extension géographique. Elle s’é-

ORDRl DiES SOLÉNORRYPOES.

tend du 9® degré de latitude ouest au 140® degré de latitude est et du 38® au 67® degré de latitude nord. On la trouve, en effet, en Portugal, en Italie, en Franee, en Autriche-Hongrie, en Suède et Norvège (1), dans toute la Russie, de la mer Noire à

la mer Blanche i on la rencontre encore au Caucase, dans le Turkestan, en Sibérie et en Mongolie. Elle est le seul Reptile venimeux d’Angleterre; sa distribution en Allemagne a été indiquée avec détails par plusieurs auteurs, notamment par Blum. En France, elle est commune dans les Pyrénées, en Bretagne et en Normandie, mais manque dans la zone occidentale intermédiaire (Gironde, Charente, Charente-Inferieure, Vendée, Loire- Inférieure). Aux environs de Paris, on la connaît de la forêt de Sénart,

où C. Duméril s’est laissé mordre r par elle, au moment où il s’en em-

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