‹ Traite des affections de la peauChapitre 34 sur 59 · DE LA TEIGNE PELADE · texte numérisé non relu

DE LA TEIGNE PELADE

Définition. — On désigne sous le nom de pelade une teigne due à l'existence d'un cryptogame, le microsporon Audouini, et caractérisée par des plaques ovalaires, dénudées et privées de poils, conservant la coloration normale de la peau, ou décolorées et d'une teinte blanc de lait, saillantes ou non au-dessus des parties environnantes.

Symptomatologio. — La pelade présente trois périodes : A la première, elle est caractérisée par un prurit franc et modéré ; des altérations des poils tantôt évidentes, tantôt obscures et consistant dans un aspect terne, poudreux, sale, des cheveux ; quand ils ne sont pas décolorés ils ont une couleur rougeâtre.

A la deuxième période, le champignon apparaît sous la forme d'un duvet grisâtre ; souvent il passe inaperçu à cause de son peu d'abondance. Le prurit persiste et le cuir chevelu offre un état d'hypertrophie, que M. Devergie a bien décrit mais à comparé, à tort, à l'œdème, l'application du doigt ne déterminant jamais de dépression" dans la pelade.

L'altération des cheveux se prononce davantage; mais bientôt ils tombent et se reproduisent alternativement et ne se distinguent plus, après un certain temps, des poils de duvet.

A la troisième période, le prurit continue, les poils tombent et ne se reproduisent plus, les plaques malades s'affaisent et le duvet Ijlanchâtre disparaît.

M. Bazin admet une pelade achromateuse (ancienne teigne achromateuse) et uniî pelade décalvante ou ophiasique (ancienne teigne décalvante).

AFFECTIONS l'ROA'0(^UÉES PARASITAIRES. 209

A. Pelade achromateusc. — Tantôt les surfaces malades sont (h'primées, comme les parties affectées de favus, après la chute des croûtes, tantôt et plus souvent elles sont au niveau des surfaces voisines. Les poils ofl'rentun aspect sale et terne, sont lins et décolorés, quelquefois rougeàtres.

A la deuxième période apparaissent des plaques ovalaires. oflrant une coloration blanc de lait, au niveau desquelles tous les poils tombent, de sorte que la dénudation est bientôt complète. Quelquefois il n'existe qu'une plaque, mais le plus ordinairement on en oliserve plusieurs dispersées cà et là sur le cuir chevelu.

Cesplaques s'agrandissent, se réunissent les unes aux autres et occupent ainsi la plus grande partie de la tète. De là l'affection peut s'étendre sur toutes les parties du corps, détruisant partout les poils qu'elle rencontre. Mais ce n'est pas le cas le plus ordinaire, et souvent la pelade ne dépasse pas le cuir chevelu ou la barbe. La guérison peut même arriver.

B. Pelade décahante. — Elle se distingue de la variété précédente parles caractères suivants: elle a une marche beaucoup plus rapide ; les poils tombent avant toute altération appréciable de leurs caractères physiques et laissent à nu des surfaces irrégulièrement conformées et non ovalaires, oflrant la coloration normale des téguments et non une couleur blanc de lait.

Les variétés de siège n'ont pour ainsi dire aucune importance.

On peut observer deux modes de terminaison : la calvitie définitive et la guérison spontanée : la première, plus fréquente, arrive souvent dans la pelade décalvante ; la dernière n'est pas rare dans la pelade achromateuse.

Etiologic. — Causes prédisposantes. — Aucun âge n'est à 'abri de la pelade; mais la pelade du cuir chevelu est plus fréquente chez les enfants et celle de la barJie ou de tout autre région, chez l'adulte.

Cause efficiente. — Le microsporon Audouini est la seule caus(î dèterminanlc de la pclailo. M. Bazin a décrit en ces termes les

210 Al'KKCTION.S .SPÉCIALES.

cai'actùros (.listinclils ihimicrusporon Audouini ci du. trichoplnjton :

Dans 1g microsporon Audouini, les spores sont 'plus petites et moins nombreuses que dans le trichopliyton ; les trichomata plus nombreux. La disposition du champignon, par rapport à la tige et à la racine du poil, est fort remarqualile et bien différente de celle du trichophyton. Ainsi, sur la tige, les spores forment quelquefois de petits groupes isoles ou affectent une disposition racémiforme. La tige elle-même présente de distance en distance des renflements ou nodosités, sphériques ou ovoïdes, constitués par les fibres longitudinales dilatées et incurvées, au travers desquelles ou aperçoit des amas de sporules. Dans les intervalles des renflements le poil ne paraît pas malade.

Le trichophyton prodtiit d'autres désordres sur la tige du cheveu, qui est altérée dans toute son étendue, épiée à ses deux extrémités, fasciculée, offrant véritablement l'aspect d'un fagot. Les fibres longitudinales du cheveu sont écartées par les spores, quelquefois brisées, formant çâ et là des éclats sur la tige. Or, cette disposition du champignon est exceptionnelle dans le microsporon et jamais d'ailleurs aussi prononcée que dans le trichophyton. Dans la pelade, ou ne constate de brisure, sur les cheveux malades, qu'au niveau des nodosités qui se rompent à la manière d'un jonc. Quand l'altération cryptogamique est parvenue à son summum d'intensité, les fibres du cheveu sont écartées dans toute leur étendue par les spores disposées en séries hnéau-es ; mais le cheveu est mince, transparent, aplati, et non en fascicules ou en toufle, comme dans la teigne tonsurante.

Sur la racine, les désordres ne sont pas moins remarquables. Ainsi, le plus grand nombre des cheveux extraits des tonsures de la pelade ont un ]:)outon sans capsule, tandis que, dans la teigne tonsurante ou l'herpès en desquamation, ils n'eu ont pas, puisqu'ils sont rompus aux deux extrémités. Dans la pelade, la racine du cheveu est recourbée en crosse, ou droite et en massue ; le cheveu extrait de la circonférence des tonsures

AFFECTIONS I'Rin()(>!VÉES PARASITAIRES. 211

dans l'herpès otlre souvent un renflement énorme qu'on peut comparer pour la forme soit à l'oignon, soit au navet; et si l'altération de la racine est portée aussi loin que possible, celle-ci présente l'aspect d'une fourcliG' ou d'un trident.

Le microsporon épidermique et le microsporon unguéal sont faciles à constater, en examinant au microscope le duvet grisâtre qui recouvre les plaques dénudées de la pelade et la substance qui forme les points jaunes de l'ongle dans la même maladie; mais vous trouverez toujours avec les éléments cryptogamiques un grand nombre de cellules épithéliales, tandis que vous trouverez le tricliophyton à l'état de pureté dans les gaines bknches qui entourent les poils brisés de l'herpès en desquamation.

La teigne pelade peut se transmettre des quatre manières que nous avons indiquées pour les autres teignes ; mais l'ino^ culation n'a pas encore été pratiquée»

Le microsporon Audouini peut vivre aux dépens des poils de l'épiderme et des ongles.

Nous venons d'indiquer les désordres qu'il produit quand il siège sur les poils ; ordinairement il affecte en même temps l'épiderme qui existe dans l'intervalle des poils et là se présente sous la forme de substance féculente.

M. Bazin n'a observé qu'une fois l'altération des ongles due au microsporon Audouini : sur deux doigts de la main droite d'un enfant aflecté de pelade du cuir chevelu, il a observé une notable altération de l'ongle, altération se rapprochant de celle produite par le tricliophyton. A son extrémité libre, les stries longitudinales étaient séparées et l'ongle faisait brosse , sur le corps de l'ongle on remarquait, sous la lame superficielle, de petites taches jaunes dirigées dans le sens des stries longitudinales. Le microscope apprit que ces taches étaient formées par le microsporon Audouini qui se présentait d'ailleurs avec une richesse remarquable sur tous les cheveux exalîuinés au iuicroscope.

Clicveu extrait d'une plaque de teigne pelade.

A. liixli'éniité supériinii'c du cheveu brisL'.

U. Spoi'ulcs en dehors du cheveu .

(', I), Iv RiMiflcmcnt du cheveu ou nodosité.

F. Tubes sporulaires.

(-t. Extrémité inl'érieure du clieveu.

1 . Sporules au milieu du cheveu. — Figures enipi'iudées au Traité des afl'uclions parasitaires de M. Bazin.

D'uKjnoslic. — La pi-'lndc jieut l'in; confoiulue avec le vililino, li's diverses espèces de teii^nes, l'alopéfuc sénile et l'alopécie s\ inptomatique de l'aoïié sébacée, de maladies graves.

Mais le vitiligo simple n'a pas pour siège de prédilection le cuir chevelu, les plaques pi'ésentent ordinairement une l'orme irrégulière et non ovalaire ou circulaire ; les poils ne sont pas toujours altérés dans leurs caractères physiques ; enfin autour des surfaces décolorées, privées de pigment, existe une coloration plus foncée de la peau, une hypersécrétion pigmentaire que l'on n'observe jamais dans la pelade.

11 est difficile de confondre le favus avec la pelade : en effet, quand les croûtes faveuses sont détachées, on constate l'existence de surfaces ovalaires ou arrondies, légèrement déprimées, mais d'une rougeur plus ou moins intense et non d'une couleur d'un blanc de lait. Lorsque plus tard existe un tissu blanc cicatriciel, l'aspect de ce tissu est tout différent de celui de la peau saine ou décolorée des plaques de pelade.

Quanil la teigne tonsurante présente ses caractères types, il est impossible de la confondre avec le pelade, mais quelquefois elle perd ses princiiîaux caractères et ne se présente plus avec cet aspect brunâtre ardoisé, si caractéristique ; simultanément l'hypertrophie des follicules pileux disparaissant, les plaques ne sont plus ni mamelonnées, ni saillantes, et l'affection peut être prise pour une pelade, aussi M. Bazin la désigne-t-il, avonsnous dit, sous le nom de fcmsse pelade. Cependant même l'examen à l'œil permet d'étabhr le diagnostic. En effet, dans le cas de fausse pelade, on observe, à la surface de la plaque dénudée, des points noirâtres formés par des poils cassés à 1 ou 2 millimètres de cette surface ; — dans la vraie pelade on ne trouve, sur la plaque, que de petits poils fins et décolorés que la pince peut extraire avec leur racine.

La caloilic sénile procède avec régularité, débute par les parties antérieures du crâne, se propage de là vers le sommet de la tète, et la dénudation se trouve ainsi encadrée dans un demi-cercle de cheveux qui s'étend d'une tempe à l'autre en passant parles régions latérales et occipitales inf('rieures.

Page 1