EXEMPLE DE PEMPHIGUS SYPHILITIQUE PALMAIRE CHEZ CN ADULTE
Un bijoutier, âgé de 21 ans, fut admis à l'hôpital du Midi, salle 2, lit 9, le 12 août 1845. Il était atteint, depuis trois mois, d'un chancre induré du prépuce, et, depuis quinze jours, d'un
érythème syphilitique du tronc, de croûtes nombreuses du cuir chevelu, de plaques opalines des amygdales, d'engorgement des ganglions cervicaux, et de douleurs articulaires nocturnes. Il partit guéri, sept semaines après son entrée à l'hôpital , ayant pris une soixantaine de pilules de proto-iodure.
Ce malade se présentait de nouveau à la consultation de l'hôpital du Midi, dans les premiers jours de janvier 1846. Il avait, depuis quelque temps, des papules humides à l'anus, et présentait, en outre, sur la paume des mains, des bulles de pemphigus syphilitique. Ces bulles étaient au nombre de cinq, trois sur une main , deux sur l'autre; elles étaient ovales ou irrégulièrement arrondies. La plus large occupait une des éminences thénar ; elle avait trois centimètres clans sa plus grande largeur. Ces bulles, qui s'étaient développées depuis huit jours, ne faisaient aucune saillie sur la peau; elles contenaient un liquide séro-sanguinolent, peu abondant, qui se résorba. L'épidémie décollé se détacha ensuite par lambeaux épais, et laissa à nu des surfaces violâtres, cuivrées, sans perte de substance, qui reprirent lentement la couleur normale de la peau. La durée de ces bulles fut de cinq semaines, pendant lesquelles fut commencé un traitement mercuriel qui hâta la guérison du pemphigus, et débarrassa le malade des autres symptômes syphilitiques dont il était atteint.
Rupia syphilitique. Les syphilographes du seizième siècle ont clairement indiqué le rupia syphilitique. On ne peut méconnaître cette éruption, dans ces pustules qu'ils désignent sous le nom de pustulœ ostracosœ, ostreosœ, c'est-à-dire pustules à croûtes, comme des coquilles d'huître.
Le rupia syphilitique n'est pas, comme le pemphigus, une affection appartenant presque exclusivement aux nouveau-nés ; c'est, au contraire, une syphilide qui n'attaque que les adultes, chez lesquels
elle est toujours un symptôme constitutionnel assez tardif de syphilis acquise.
Le rupia syphilitique est moins rare que le pemphigus. Il peut se développer sur toutes les régions du corps ; mais je crois qu'on le rencontre plus souvent aux membres inférieurs, que sur aucune autre partie. Ses bulles sont, en général, peu nombreuses. Il est rare qu'il s'en manifeste plus de trois ou quatre sur chaque membre. Une ou deux de ces bulles constituent quelquefois toute l'éruption.
Le rupia se développe toujours d'une manière subaiguë. Un point de la peau rougit, devient légèrement douloureux, et l'épidémie est soulevé par un peu de sérosité. En quelques jours le point de la peau fluxionné peut acquérir deux à trois centimètres de diamètre. La bulle, qui grandit, est remplie d'unesérosité trouble et sanguinolente ; mais elle reste plate, et ne prend jamais la forme hémisphérique qu'ont souvent les bulles du pompholyx et du rupia vulgaires. Cette période huileuse du rupia syphilitique est de courte durée , elle ne dépasse pas trois ou quatre jours; dans quelques cas, l'épiderme esta peine soulevé, qu'il se forme déjà une croûte. Les croûtes du rupia sont d'abord jaunes, verdâlres et minces ; mais elles finissent par prendre une couleur brune, quelquefois presque noire, et s'accroissent en hauteur et, en largeur, en affectant la forme bombée ou la forme conique. Elles sont inégales, rugueuses, le plus souvent arrondies et entourées d'une auréole
sombre et cuivrée. Elles recouvrent, dès leur début, des ulcères qui, faisant des progrès sous la croûte, lui fournissent sans cesse, par leur suppuration, de nouveaux éléments. L'ulcération arrivée à son plus haut degré est taillée à pic, et la croûte se trouve souvent enchâssée dans sa circonférence. A mesure que l'ulcération tend à guérir, son fond bourgeonne et se comble 5 la croûte, ne recevant plus d'éléments nouveaux , devient plus sèche , plus friable, et finit par tomber en totalité, ou par parties, laissant une ulcération quelquefois saillante, sur le point de se cicatriser. La cicatrice, alors, ne tarde pas à se former; des débris squameux se détachent de sa surface, qui est d'un rouge sombre et cuivré. Quand la couleur cuivrée s'est dissipée, on distingue mieux la cicatrice indélébile qui, par sa brusque dépression, rappelle une ulcération taillée à pic comme par un emporte-pièce,
Quel qu'ait été le début durupia syphilitique, sa marche est toujours essentiellement chronique. Sa durée est très-longue ; il n'est pas rare de voir des croûtes de rupia persister deux ou trois mois dans les points sur lesquels elles se sont développées.
Progrioslic. Le prognostic du rupia est grave, parce que cette éruption, outre les cicatrices profondes qu'elle laisse sur la peau, est encore le signe d'une constitution faible, détériorée, disposée aux formes ulcéreuses delà syphilis. Je n'ai observé que six malades atteints de rupia syphilitique-, cinq d'entre eux
avaient eu pour symptôme primitif, des chancres phagédéniques qui pouvaient faire prévoir, dès lors, la forme et la gravité des symptômes consécutifs possibles. Parmi les cinq malades dont je parle, deux étaient atteints d'ulcères profonds du pharynx, en même temps que de rupia; un troisième portait une exostose ramollie du tibia. Enfin, un autre avait un testicule de la grosseur d'un œuf de poule, et d'une dureté lapidaire.
Diagnostic. Le rupia syphilitique ressemble tellement au rupia simplex, et surtout au rupia proeminens, qu'il est souvent difficile de le distinguer de ces deux affections. L'absence de bulles saillantes, au début de l'éruption, ne suffit pas pour caractériser le rupia. J'ai vu un rupia proeminens se développer, sans bulles apparentes, chez un sujet cachectique qui souffrait depuis longtemps d'une maladie de foie, accompagnée d'ascite. La forme des croûtes, l'aspect de l'ulcération qu'elles recouvrent, n'ont pas, non plus, de caractères particuliers. Ce n'est que la couleur cuivrée de l'auréole, et la profondeur de la cicatrice du rupia syphilitique, qui le distinguent du rupia simple. Les symptômes constitutionnels concomitants, qui manquent rarement dans le rupia, sont aussi une des sources les plus précieuses du diagnostic.