‹ Traité des affections de la peau symptomatiques de la syphilis [electronic resource]Chapitre 8 sur 64 · TROISIÈME EXEMPLE D'ÉRYTHÈME SYPHILITIQUE PRÉCÉDÉ DE BLENNORRHAGIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME EXEMPLE D'ÉRYTHÈME SYPHILITIQUE PRÉCÉDÉ DE BLENNORRHAGIE

Un homme de 25 ans, d'une constitution faible, d'un tempérament lymphatique, ayant la peau très-blanche et les cheveux blonds, vint meconsulter en juin 1846, pour unérythème accompagné de divers autres symptômes syphilitiques. Il avait contracté, trois ans avant (au printemps de 1843), une blennorrhagie urétrale et une balanite dans un même coït avec une inconnue qui est la dernière femme avec laquelle il ait eu des rapports. L'écoulement de l'urètre, guéri au bout de quelques mois par l'usage des balsamiques, a reparu à plusieurs reprises, et s'est enfin réduit à un simple suintement

i 1 4 AFFECTIONS SYPHILITIQUES DE LA PEAU.

qui a continué d'exister jusqu'à ce jour. La balanite suppura seulement pendant quelques semaines; mais elle donna naissance à une foule de petites végétations qui en se développant, ont fini par remplir le prépuce et par déterminer un phimosis complet, pour lequel le malade alla consulter, il y a trois mois, rue Neuve-Coquenard, dans une de ces pharmacies où les affiches attirent chaque jour un grand nombre de sujets atteints d'affections vénériennes. Là, on lui excise ses végétations après lui avoir fendu le prépuce. En quelques jours, les plaies résultant de l'incision s'étalent, se changent en ulcères qui ne sont pas encore cicatrisés et dont la base présente une induration caractéristique. C'est aussi peu de jours après l'opération, qu'est survenu un engorgement indolent des ganglions de l'aine droite; un de ces ganglions a le volume d'une forte noisette.

Depuis un mois, il s'est développé, sur le tronc et les membres, une éruption de taches rouges mélangées de papules lenticulaires et de pustules. Les pustules sont surtout abondantes à la partie inférieure des jambes. Il existe un certain nombre de croûtes sur le cuir chevelu et de papules humides sur la peau du scrotum. L'éruption cutanée a été précédée de malaise général, de faiblesse, de céphalalgie, qui persistent encore aujourd'hui.

Le malade, qui vit depuis trois ans dans la continence, attribue naturellement tous les symptômes dont il est atteint à son ancienne blennorrhagie dont il n'est pas débarrassé. S'il se fût présenté à mon examen quelques mois plus tard, son assertion eût été difficile à contrôler ; mais actuellement il est encore possible de retrouver au milieu des symptômes vénériens qui se sont succédé, l'époque et la source véritable de l'infection syphilitique qui a déterminé les accidents constitutionnels exis-

tants aujourd'hui. Pour nous, c'est au moment où ont été excisées les végétations, qu'a eu lieu l'infection. Les surfaces incisées ont été sans aucun doute imprégnées de pus chancreux par l'instrument tranchant, ou par les doigts de l'opérateur; ce qui le prouve, c'est la transformation de ces surfaces en ulcération rebelle , c'est l'induration caractéristique sur laquelle repose l'ulcération, c'est l'engorgement ganglionnaire indolent et durable qui a suivi l'opération, c'est enfin l'apparition de la syphilide érythémateuse trois mois après l'incision du prépuce. L'érythème ne peut avoir de rapport avec une blennorrhagie qui a débuté trois ans avant lui, surtout quand le sujet n'a fait aucun traitement antisyphilitique durant ces trois années. Admettre une pareille connexité, ce serait vouloir être en contradiction avec tout ce que l'observation rigoureuse va bientôt nous démontrer touchant l'époque du développement de l'érythème, par rapport à la contagion. Quant aux excroissances qui ont végété en arrière de la couronne du gland, elles ne sauraient être considérées comme des symptômes syphilitiques intermédiaires entre la blennorrhagie et la syphilide actuellement existante. Ce sont de simples épiphénomènes ; car engendrées ici par la balanite, elles le sont d'autres fois par des chancres, ou par des papules humides (tubercules muqueux) , qui, faute d'être régularisés dans leur marche par des modificateurs locaux, bourgeonnent assez souvent d'une ma-

nière vicieuse, lorsqu'ils sont situés dans des régions constamment chaudes ethumides, comme le périnée, le scrotum ou le feuillet muqueux du prépuce.

Passons maintenant à une seconde catégorie de malades qui paraissaient n'avoir pas eu de symptômes primitifs avantl'érythème syphilitique. Ces cas où l'on ne trouve ni chancre ni blennorrhagie ni bubon pour point de départ d'une infection générale, ont fait admettre par la plupart des syphilographes, outre la syphilis héréditaire, une syphilis constitutionnelle d'emblée qui s'expliquerait tantôt par le transport du pus contagieux dans l'économie, sans lésion du point où il a été déposé, tantôt par la transmission directe des accidents secondaires sous l'influence d'un contact plus ou moins prolongé. Mais ces explications n'ont qu'une faible importance en présence de la doctrine qu'elles tendent à étayer. Laissons donc de côté la théorie pour étudier les faits sur lesquels elle repose.

PREMIER EXEMPLE b'ÉRYTHËME SYPHILITIQUE SANS ACCIDENT PRIMITIF

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