‹ Traité des affections de la peau symptomatiques de la syphilis [electronic resource]Chapitre 9 sur 64 · ANTÉCÉDENT · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENT

Une femme de 35 ans, bien constituée, ayant la peau trèsblanche et les cheveux roux, fut amenée à ma consultation, le 45 octobre 1845, par un jeune homme auquel je donnais des soins depuis trois semaines pour une affection syphilitique caractérisée par un chancre induré du prépuce, un bubon indolent dans l'aine droite, un sentiment de malaise général, une angine avec plaques blanches naissantes sur les amygdales et les piliers du voile, des pustules et des croûtes

brunâtres du cuir chevelu, accompagnées d'engorgement des ganglions latéraux du cou. Le chancre datait de deux mois ; il avait paru après quinze jours de cohabitation avec la femme qui venait se soumettre à ma visite. Les symptômes de syphilis générale ne remontaient pas à plus de quinze jours.

Dès que ce jeune homme se vit atteint d'une ulcération du prépuce, il soupçonna et accusa la femme qu'il fréquentait depuis quinze jours, la seulequ'il eût connue depuis plusieurs mois, de lui avoir communiqué ce mal ; mais il fut bientôt rassuré par le ton affirmatif avec lequel elle se défendit de cette calomnie, et en même temps par l'indolence de l'érosion qui fut pansée avec de la charpie et du cérat. Cependant le retard que cette petite plaie mettait à se cicatriser, l'engorgement des ganglions de l'aine, le malaise général qui survint, finirent par inquiéter le malade. Il vint donc me consulter. Il me dit que sa maîtresse n'avait éprouvé aucun accident aux organes génitaux, mais qu'elle était dans un mauvais état de santé depuis quelque temps. Je lui conseillai de me l'amener. Voici en résumé l'examen de cette femme :

Aucune trace d'ulcération aux parties extérieures de la génération ni à l'anus ; le vagin est parfaitement sain ; le col utérin laisse échapper par son orifice un mucus blanc, opaque et filant. Tuméfaction des ganglions inguinaux, plus considérable à droite, où ils forment une tumeur indolente de la grosseur d'un œuf de pigeon. Cette adénite date à peu près de trois mois, et depuis cette époque la malade s'est constamment affaiblie. Les deux dernières époques menstruelles ont déterminé une perte de sang d'une abondance insolite qui s'est prolongée au delà du terme ordinaire des règles. La marche s'accompagne d'une grande lassitude, d'oppression et de palpitations violentes. Un bruit de souffle intense est perçu au premier bruit du cœur et dans les carotides. Des douleurs ou plutôt une roideur douloureuse se montre alternativement sur diverses articulations ; le sommeil est troublé par des rêves. La malade cependant conserve un fort appétit, et les fonctions digestives n'ont subi aucune altération. Les cheveux tombent en grand nombre depuis un mois ; le cuir chevelu

est le siège d'un pityriasis abondant mêlé de quelques croûtes. Le tronc est couvert d'un érythème syphilitique en voie de résolution et de papules lenticulaires d'une couleur cuivrée. Depuis quinze jours la voix est rauque, et il existe au larynx un picotement continuel qui s'accompagne d'une toux fatigante et sans expectoration. Nous conseillons un traitement mercuriel à la malade que nous n'avons pas revue après ce premier examen.

Cette observation n'a pas besoin de commentaire. Malgré les dénégations de la malade et nonobstant l'état sain dans lequel nous trouvons présentement ses organes génitaux, nous ne pouvons douter qu'elle n'ait précédemment contracté un chancre qui se sera cicatrisé sans laisser de traces, ainsi que cela arrive souvent. Le bubon indolent qu'elle porte dans l'aine droite, le chancre induré qu'elle a communiqué, les accidents constitutionnels dont elle est atteinte et qui sont d'une époque évidemment moins ancienne que ceux du jeune homme infecté : tout, en un mot, vient corroborer cette opinion, à laquelle il faut nécessairement se ranger, à moins qu'on ne veuille, pour expliquer les faits qui précèdent, admettre le développement spontané de la syphilis, accorder au catarrhe utérin le plus léger, la propriété de communiquer des chancres, ou bien avoir recours à quelque supposition tout aussi gratuite.

DEUXIÈME EXEMPLE d'ÉRYTHÈME SYPIIILIT1QOE SANS ACCIDENT PRIMITIF

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