LYMPHATIQUES ENGORGÉS
Les ganglions situés dans le voisinage d’un chancre peuvent s’engorger sans qu’on puisse trouver de lésion appréciable dans les vaisseaux, soit veineux, soit lymphatiques allant de l’ulcère à l’adénite. Mais il n’en est pas toujours ainsi, et dans un grand nombre de cas d’érythème syphilitique, les vaisseaux lymphatiques présentaient une hypertrophie et en même temps une induration caractéristique qui commençaient au chancre, et arrivaient plus ou moins près de la chaîne ganglionnaire voisine. Sœmmering, Vacca Berlinghieri et M. Ricord, ont bien parlé de l’altération des vaisseaux lymphatiques partant du chancre et se dirigeant vers les ganglions les plus voisins; loutefois, ces auteurs ont plutôt indiqué que décrit
celte lymphite spéciale dont ils paraissent, d'ailleurs avoir méconnu la fréquence.
C'est particulièrement dans les cas de chancre des organes génitaux qu'il est facile d’observer cette affection des vaisseaux lymphatiques; cependant on peut la constater dans d’autres régions. J’avais, il y a quelques mois, sous les yeux un malade atteint d’un chancre de la pommette, et d’un bubon indolent situé sous l’angle de la mâchoire. On distinguait nettement par le toucher un cordon dur s’étendant sous la peau, depuis le chancre jusqu’aux ganglions engorgés, et se confondant, par l une de ses extrémités, avec l’ induration du chancre, et par l’autre, avec le bubon.
Il est assez, difficile de dire précisément à quelle époque de la durée du chancre se développe ordinairement cette lymphite ; sa marche est si indolente, que son début échappe le plus souvent à l’attention des malades. À considérer seulement les cas où elle eut un certain degré d'acuité, c’est du quinzième ou du vingtième jour de la contagion qu’il faudrait faire dater son début; car c’est à cette époque que les malades commencèrent à ressentir une douleur dans la direction des vaisseaux lymphatiques allant du chancre au bubon.
La lymphite indurée qui accompagnait les chancres du prépuce et du gland suivait habituellement le trajet de l’artère et des veines dorsales du pénis; quelquefois elle longeait les faces latérales des corps ca-
verneux. Le plus souvent on ne trouvait qu’un cordon lymphatique induré; dans quelques cas on en rencontrait plusieurs. C’est par le toucher qu’on appréciait les différents caractères de cette lymphite, qui parfois était assez développée pour être apparente à l’œil par la .saillie qu’elle formait en soulevant la veine dorsale de la verge. 11 fallait saisir entre les deux doigts les vaisseaux lymphatiques indurés pour constater leur volume, qui égalait quelquefois celui d’une plume d’oie, ne dépassait pas le plus souvent celui d’une plume de corbeau, et se montrait même plus petit dans un certain nombre de cas où le cordon lymphatique induré était facile à confondre avec l’artère, dont on le distinguait cependant, par sa densité, pai* sa résistance au doigt et par sa mobilité.
La lymphite indurée partant d’un chancre du prépuce ou du gland, s’étendait en général à 6 ou 8 centimètres de l’ulcère. Quelquefois on pouvait suivre le cordon lymphatique malade jusqu’à la racinede la verge; mais au delà, il était difficile de le distinguer, soit dans l’épaisseur du tissu cellulaire de la région pubienne, soit à son point de jonction avec les ganglions tuméfiés.
Tantôt le vaisseau lymphatique induré était d’un calibre uniforme dans toute sa longueur, tantôt il allait en s’effilant à l’une de ses extrémités; ou bien enfin, il présentait dans son trajet un certain nombre de renflements. Dans les cordons lymphatiques très-volumineux , les renflements avaient la forme
AEELCTIOiNS SYPHILITIQUES DE LA PEAU.
olivaire; ils étaient séparés par des intervalles à peu près égaux, et l’on pouvait en compter jusqu’à quatre ou cinq dans l’étendue de la face dorsale de la verge. Si le vaisseau lymphatique était peu hypertrophié, les renflements étaient plus petits. J'ai plus d’une fois trouvé sur la face dorsale du pénis, plusieurs lymphatiques légèrement tuméfiés formant un faisceau assez épais, sans pourtant se confondre, et présentantdans leur trajet une foule de renflements granulés d’un très-petit volume. Ces lymphatiques indurés, ordinairement rectilignes, avaient une direction flexueuse dans quelques cas où ils étaient en môme temps très-gros. Larges et souvent comme aplatis à leur origine sur la base indurée du chancre, ils devenaient cylindriques à quelques centimètres de cet ulcère. Si le chancre avait pour siège le méat urinaire, le vaisseau lymphatique induré commençait parfois à devenir appréciable dans l’épaisseur du frein, contournait la couronne du gland, en arrière de laquelle il formait un bourrelet très-apparent sous la muqueuse, et arrivait enfin sur la face dorsale ou sur une des faces latérales du pénis.
La plupart des malades atteints de cette lymphite ne s’en étaient pas aperçus avant mon examen. Mis sur la voie, quelques-uns déclaraient avoir ressenti à une certaine époque, ordinairement dans le courant du deuxième et troisième septénaire qui avait suivi la contagion, une douleurdans le trajet des vaisseaux péniens superficiels. Quelques autres avaient éprouvé
la sensation d’une corde tendue et douloureuse dans la même direction, ce qui les obligeait à soutenir la verge continuellement relevée, afin de diminuer ce sentiment de tension pénible que certains malades n’éprouvaient que pendant l’érection. Enlin, disons que la peau était rarement rouge au niveau des vaisseaux lymphatiques indurés, excepté au prépuce, que j’ai vu assez souvent gonllé et érysipélateux dans le moment où la lymphite était le plus douloureuse.
Ce que je viens de dire montre que la marche de la lymphite indurée était ordinairement chronique comme celle des chancres dont elle était symptomatique, et comme celle des bubons auxquels elle venait aboutir. La durée de la lymphite a été très* variable. Elle s’est dissipée souvent dans l’espace de trois ou quatre semaines, et dans plusieurs cas, elle était encore très-apparente, quatre mois et même six mois après la contagion.
La lymphite indurée s’est le plus souvent terminée par résolution. Trois fois cependant je l’ai vue suppurer. La base indurée du chancre se transforma en tumeur phlegmoneuse qui s’ouvrit après un travail inflammatoire très-lent. Un liquide moins épais et plus blanc que le pus phlegmoneux s’en écoulait. La plaie resta longtemps fistulcuse; elle était en communication avec l’intérieur du vaisseau lymphatique hypertrophié, comme il était facile de s'en assurer au moyen de la sonde cannelée qu’on pouvait faire pénétrer jusqu’au pubis en parcourant le calibre du
AFFECTIONS SYFU1LIT1QUES DF LA l’F AU.
loi)
lymphatique malade qui, dans les trois cas, longeait la face dorsale des corps caverneux.
Ce sont particulièrement les faits de ce genre qui ont attiré l’attention de Vacca Berlinghieri et de M . Ricord qui, tous deux, ont parlé de ces fistules lymphatiques du dos de la verge. J’ai eu l’occasion de disséquer un de ces vaisseaux fistuleux, chez un sujet qui succomba à une maladie aiguë survenue dans lejeours de la syphilis. J'ai pu constater que l’artère et les veines dorsales du pénis étaient dans un état de parfaite intégrité, et que le canal fistuleux n’était qu'un vaisseau lymphatique hypertrophié, à parois dures et épaissies, diminuant de volume vers son extrémité pubienne et allant se perdre dans les ganglions inguinaux droits, tandis que son autre extrémité se terminait dans le tissu qu’avait occupé l’induration du chancre.
L'induration des vaisseaux lymphatiques qui partent d'un chancre est comme l’induration du chancre, un signe certain de l'imminence des symptômes de syphilis généralisée. Aussi, en l’absence de l’induration du chancre, et dans les cas où elle est douteuse , celle des vaisseaux lymphatiques qui en émergent peut servir à pronostiquer l’apparition prochaine de ces symptômes; malheureusement cette induration des lymphatiques manque presque toujours dans les circonstances où l'induration du chancre est incertaine, et les cas où la lymphite indurée est le plus développée sont précisément ceux où
l’induration du chancre est aussi caractérisée le plus nettement. La lymphite indurée ne se rencontre seule, pour ainsi dire, que dans les cas très-rares où elle persiste après la résolution du chancre induré.
La lymphite indurée, notamment celle du pénis, qui est la plus fréquente, n’est pas difficile à reconnaître; on ne saurait prendre pour un lymphatique induré l’artère ni les veines dorsales de la verge. Dans les cas mêmes où cette artère a le plus de volume, elle ne donne pas au toucher la sensation d’un cordon à parois épaissies; elle est peu mobile, et n’est jamais ni tortueuse ni moniliforme, comme le sont souvent les vaisseaux lymphatiques indurés, aussi distincts en cela des vaisseaux sanguins qui les accompagnent , que le canal déférent enflammé l’est des vaisseaux du cordon testiculaire.
Line erreur plus facile à commettre serait de confondre la lymphite indurée avec la lymphite simplement inflammatoire. Celle-ci se rencontre assez fréquemment sur la face dorsale du pénis, dans les cas d’inflammation blennorrhagique de l’urètre , et quelquefois avec des chancres non indurés qui ne produisent pas la syphilis constitutionnelle. Elle occupe les mêmes lymphatiques, suit le même trajet, présente les mômes formes que la lymphite indurée. Mais elle s’en distingue en ce qu’elle donne au toucher la sensation d’un cordon hypertrophié, élastique, mais non calleux; en ce que le tissu cellulaire qui unit tous les vaisseaux entre eux, participant or-
dinaircment à l'inflammation, la veine dorsale du pénis, les lymphatiques et l'artère, forment un gros cordon dans lequel les lymphatiques malades sont peu distincts et difficiles à isoler des vaisseaux sanguins ; enfin, en ce qu elle est ordinairement trèsdouloureuse et que l'inflammation se communique fréquemment jusqu’à la peau, qui est rouge et gonflée dans le trajet des lymphatiques enflammés. Ces faits méritent toute Y attention des observateurs, car il est facile de comprendre de quelle importance il est de ne pas confondre ces deux sortes de lymphite, puisque l une est un simple phénomène inflammatoire sans valeur, tandis que l'autre, par son caractère spécial, est, comme le chancre qui l’accompagne, un iudice positif de l'apparition des accidents généraux de la syphilis, et qu'en l'absence de l’induration du chancre, on lorsque cette induration est douteuse et d’une appréciation difficile à raison du siège de l’ulcère, la lymphite indurée a la môme valeur que le chancre induré, fournit les mêmes signes pronostics et les mômes indications thérapeutiques.
ç VIII. — De quelques symptômes qui procèdent et accompagnent
SOUVENT L’ËRYTHÉME SYPHILITIQUE.
,1e ne veux parler ici ni du chancre ni des bubons et de la blennorrhagie qui peuvent l’accompagner; ces accidents ne sont pas encore la syphilis constitutionnelle, mais seulement l'indice de son apparition prochaine, comme l’a judicieusement fait remar-
quer Fernel: « Hœc tametsi nondiim lues venerea di cuntur, sunt tamen rudimentum et veluti characler ejus impcndmtis. » En effet, le chancre ainsique les bubons et la blennorrhagie qui peuvent coexister avec lui, constituent le groupe de ce qu’on a appelé les symptômes primitifs ; or les caractères de ce groupe, particulièrement les caractères du chancre, ses propriétés spéciales, le laps de temps souvent considérable qui le sépare des accidents constitutionnels, la nécessité de sa préexistence à ces accidents, sont autant de circonstances démontrant que cet ulcère est la cause prochaine de la syphilis, et qu’il ne doit pas conséquemment faire partie intégrante de ce groupe de symptômes, se développant après lui et commençant par des éruptions superficielles de la peau et des muqueuses, pour finir par des ulcères profonds, des exostoses et des caries.
Mais, entre les accidents primitifs et les premières affections de la peau consécutives, il survient, dans la plupart des cas, un certain nombre de symptômes dignes d’attention, parce qu’ils révèlent déjà l’influence délétère que le venin syphilitique, sécrété par le chancre, commence à exercer sur tout l’organisme. Ces symptômes n’avaient pas échappé aux médecins qui observèrent les premiers la syphilis; on les trouve mentionnés dans leurs écrits et considérés comme des signes certains de l’infection générale de l’économie: Signa labis conceplœ, selon l’expression de Fracastor. Ils font certainement partie
des symptômes de la syphilis constitutionnelle, dont il n’estpaspermisde les séparer. Néanmoins, comme la syphilis abandonnée à elle-même ne reste peut-être jamais bornée à ces manifestations, quelques auteurs modernes ont décrit ces symptômes comme les phénomènes précurseurs des syphilides, sans prendre garde qu’ils débutent quelquefois après que l’éruption a commencé, et que, dans les cas où ils précèdent une syphilide, ils cessent rarement après son apparition, et continuent assez souvent à s’aggraver durant son cours.
L'érythème, l une des éruptions les plus fréquentes par lesquelles débute la syphilis constitutionnelle, nous a fourni de nombreuses occasions d’étudier les phénomènes morbides dont il s’agit. Nous allons exposer le résultat de cette étude. Mais disons d’abord que ces symptômes peuvent manquer complètement, et que parmi cent quatre-vingtdix-neuf malades atteints d’érythème, cinquantesix furent complètement exempts d'accidents généraux précurseurs. Cependant ce chiffre 56 a probablement besoind’ètre un peuabaissé, en premierlieu, parce que plusieurs malades de cette catégorie, ayant été examinés assez longtemps après le début de l'érythème, pouvaient avoir perdu le souvenir de quelques symptômes parus avant l’éruption, en second lieu, parce que, treize malade ayant fait, pendant la durée de l’accident primitif, un traitement mercuriel qui retarda sensiblement le développement de
l’érythème, il ne serait pas impossible que ce traitement fût pour quelque chose dans l’absence des phénomènes généraux qui signalent ordinairement le début de la syphilis constitutionnelle.
Dans les cas où ces symptômes existaient, l’époque de leur apparition, par rapport à l’érythème, n’avait pas été régulièrement la môme. Apparus, le plus souvent, huit ou dix jours avant l’éruption, ils l’avaient parfois précédée de deux ou trois semaines, ou bien seulement de trois ou quatre jours.
Enfin, ces symptômes s’étaient montrés quelquefois en môme temps que la syphilide ou durant son cours, ce qui leur ôtait tout caractère de prodromes.
Ces symptômes s’étaient également manifestés à des époques très-variables par rapport à la contagion.
C’était en général du 30' au 90e jour qui avait suivi
le contact impur qu’ils avaient paru*, parfois c’était plutôt et quelquefois plus tard; mais ce qu’il faut retenir avant tout, c’est que ces phénomènes n’ont jamais devancé l’apparition du chancre. Les signes d’infection générale les plus précoces que j’aie observés se manifestèrent dix jours après un coït suspect. Des érosions chancreuses étaient déjà apparentes sur le prépuce, et fournissaient un suintement dès le quatrième jour de la contagion. Un malaise général survint le dixième jour, et fut suivi bientôt de céphalalgie, de bourdonnements d’oreille et d’une raideur douloureuse dans l’articulation huméro-cubitale droite. Ces symptômes augmentèrent d’intensité
jusqu’à l’apparition d’un érythème, qui survint, accompagné d’une angine gutturale avec plaques muqueuses, du trente au trente-cinquième jour après la coutagion.
11 n’est cependant pas rare de rencontrer des malades atteints soit d’érythème soit de toute autre syphilide, qui, en rendant compte de l’ordre dans lequel se sont développés les symptômes de leur maladie, placent l’apparition du chancre après celle d’un mal de gorge syphilitique ou de l’éruption cutanée. Je n’ai jamais observé, et personne n'observera, je crois, un pareil mode d’évolution, qui n’existe que dans les récits de malades inintelligents, oublieux et peu attentifs, et d’ailleurs arrivés à une époque assez éloignée de la contagion. Je l’ai déjà dit; des faits en opposition avec les lois communes ne peuvent être admis sur le simple témoignage des malades; autrement on arriverait à embrouiller l'histoire de toutes les maladies, en laissant s’y glisser les erreurs les plus grossières et les plus contraires aux résultats acquis par l’observation.
Voici maintenant les divers symptômes d’infection générale que j’ai rencontrés le plus souvent avant l’apparition de l’érythème et pendant sa durée, ainsi que l’ordre dans lequel ils se sont à peu près montrés : les traits commencent par s’altérer; la face est pâle; les yeux sont cernés. Les malades deviennent tristes; ils éprouvent une courbature et un malaise qui leur ôte toute aptitude au travail, une faiblesse
quelquefois portée à un degré tel que la marche est diflieile et que les jarrets fléchissent sous le poids du corps. Souvent il survient des vertiges et des éblouissements, lorsque la tête exécute des mouvements un peu étendus et surtout si elle vient à être fortement inclinée vers le sol.
Les malades éprouvent souvent une céphalalgie intense qui est tantôt diurne, tantôt nocturne, avec tous les caractères des douleurs ostéocopes. Cette douleur de tête est partielle ou générale ; dans le dernier cas, elle est parfois limitée à l’une des régions temporales et revêt la forme d’une névralgie périodique.
J’ai vu fréquemment des accès fébriles reparaissant toutes les nuits, et caractérisés le plus souvent, par une grande chaleur suivie de sueurs copieuses ; le stade de froid existait cependant dans quelques cas ; l’accès se manifestait alors sur le déclin du jour, avec toutes les apparences d’une double tierce qui eût indiqué l'usage des antipériodiques, si les symptômes concomitants n’eussent décelé sa nature et prescrit l’emploi d’une médication dont l’efficacité est toujours certaine contre les accidents syphilitiques, abstraction faite de leur forme.
Mais, de tous les symptômes appartenant «à cette période de la syphilis, le plus fréquent et le plus remarquable consiste en des douleurs rhumatoides qui se manifestent dans diverses parties du système fibro-osseux. Tantôt ces douleurs affectent la partie
postérieure de la région cervicale ou lombaire, et donnent lieu à un torticolis, à un lumbago douloureux; tantôt, siégeant sur les parois costales, elles prennent la forme plurodynique. Il n’est pas rare de les voir fixées sur l’une des pièces du sternum ; elles augmentent alors dans les grandes inspirations et par les mouvements des bras. Les membres sont les parties du corps les plus sujettes à ces douleurs, qui affectent plus souvent les articulations que le corps des os. J’ai oliservé, par exemple, huit malades qui, six semaiues à deux mois après la contagion, avant tout traitement, avant toute manifestation syphilitique du côté de la peau et des membranes muqueuses, ressentaient dans un ou plusieurs des grands os des membres des douleurs diffuses chez les uns, circonscrites chez d’autres, ordinairement sourdes pendant le jour et lancinantes durant la nuit, et se calmant vers les deux ou trois heures du matin. «
Les articulations, comme je l'ai dit, sont bien plus fréquemment atteintes de ces douleurs que le corps des os. Il n’y en a pas une qui en soit exempte; mais les petites sont moins souvent affectées que les grandes, parmi lesquelles les épaules, les coudes et les genoux semblent particulièrement disposés à ces douleurs. Les malades éprouvent, dans les articulations envahies, une rigidité qui gène les mouvements, les rend douloureux et devient d’autant plus grande que les membres sont restés
dans le repos depuis un temps plus long. Cette raideur est portée quelquefois à un assez haut degré pour rendre impossibles l’extension et la flexion complètes des articulations malades.
Pendant le jour, si les malades sont immobiles, ils éprouvent en général un sentiment d’engourdissement et de pesanteur plutôt que de souffrance dans les articulations. Les mouvements, au contraire, y déterminent des douleurs d’autant plus vives que la rigidité est plus grande. Le soir, la chaleur du lit, loin de calmer ces douleurs, les augmente dans beaucoup de cas, de sorte que les membres en sont tourmentés une partie de la nuit, comme par des exostoses.
Quelques malades avaient de l’inappétence, de l’amertume de la bouche, des nausées, de la diarrhée. On observait chez d’autres, au lieu d’un trouble des fonctions digestives, un appétit très-vif et des besoins de manger très-fréquents qui avaient commencé quelques semaines après la contagion syphilitique. Enfin, un certain nombre de malades atteints d’érythème avaient des bourdonnements d’oreille, des épistaxis, de l’œdème aux membres inférieurs, de l’oppression et des palpitations, des bruits de souffle dans le cœur et dans toutes les artères. Ce souffle cardiaque, toujours doux, était une prolongation du premier bruit du cœur, et le souille artériel, limité aux carotides, avait quelquefois assez d’intensité pour simuler le bruit de rouet. M. Ri-
cord, qui a fait analyser depuis quelques années, par M. Grassi, pharmacien en chef de l'hôpital du Midi, le sang de plus de 200 sujets atteints de maladies vénériennes , a constaté que ces bruits de souille coïncidaient toujours avec un abaissement du chiffre des globules, abaissement qui commencerait à se produire chez les sujets atteints de chancre induré, avant même toute manifestation syphilitique générale.
Les phénomènes morbides qui peuvent précéder l’érythème sont si nombreux que jamais on 11e les voit tous réunis sur un seul malade. On les rencontre groupés en plus ou moins grand nombre, suivant les dispositions individuelles. J'ai vu des sujets qui n’avaient éprouvé qu’une céphalalgie avec redoublements nocturnes, pendant une semaine ou deux avant l'érythème. Quelques autres n’avaient ressenti que des douleurs articulaires, tandis que certains malades avaient présenté un grand nombre des symptômes mentionnés plus haut. Ces symptômes avaient parfois débuté quatre ou cinq jours seulement avant l’érythème et avec une acuité rappelant les prodromes des fièvres éruptives.
L’érythème paru, tous les symptômes morbides qui l'ont précédé peuvent s’évanouir d’une manière brusque, de sorte que la peau semble avoir concentré les phénomènes syphilitiques disséminés naguère dans toute l’économie. 11 est plus fréquent de voir les accidents dont je parle se dissiper d’une ma-
nière lente dans les deux premiers septénaires de l’éruption. Enfin, ce qui est plus commun encore, c’est de voir les symptômes qui ont précédé l’érythème persister et s’aggraver après son apparition.
Toutefois il est à remarquer que, si des phénomènes morbides nombreux ont devancé la syphilide, il est rare de ne pas les voir disparaître en partie dans le premier ou le deuxième septénaire de son développement.
11 est facile de juger qu’à l’exception des douleurs nocturnes dans le système osseux et l’appareil articulaire, les symptômes qui précèdent ordinairement l’érythème syphilitique n’ont rien de spécial , et qu’on retrouve de semblables phénomènes au début et dans le cours d’un grand nombre de maladies. Aussi n’est-il pas rare de rencontrer des malades chez lesquels ces symptômes ont été méconnus. L’un a été soumis sans succès à l’usage du sulfate de quinine, pour les accès périodiques d’une fièvre ou d’une névralgie unies d’ailleurs à divers autres symptômes syphilitiques. L’autre, atteint d’une céphalalgie avec redoublements nocturnes, a été traité par des émissions sanguines et des purgations réitérées. J’ai vu, dans le service de M. Ricord, un jeune homme atteint d érythèmo syphilitique et en même temps d’une douleur de l’articulation liuméro-cubitale droite qui était rouge, gonflée et dans une demi -flexion permanente. Ce malade avait commencé à ressentir de la rigidité, puis des douleurs
AI HCriOW» itt>H(LITIQWM f>»5 t.A WAV. 171
nocturnes dans cotte articulation, peu de temps après l;i cicatrisation <Tun chancre induré. I n jeune chirurgien d«* hêpitaux de Pari», sans s’arrêter au caractère jmrtieulier de ces douleurs, crut devoir attribuer rimpossibilité de l’extension complète à un déplacement des surfaces articulaire», 'et exerça sur l'avant-bras des tractions intempestives qui occasionnèrent un gonflement notable de la partie malade.
Os douleurs articulaires et ostéocopes, qui ont souvent paru avant l'érythème syphilitique, sont très-remarquables. Kl les prouvent que l'infection de l’économie, qui est le résultat d'un chancre, a lieu h la Ibis dans tous les systèmes, comme le pensait limiter, (l’est cependant cet illustre syphilOgraphe qui a le premier érigé en loi révolution tardive des affections du périoste et des os, toujours ou presque toujours postérieures, selon lui, à celles de la peau et des membranes muqueuses. Cette opinion de limitera été adoptée par .M. Iticord, qui, plus absolu, n’admet pas que l’ordre de succession des symptAnies puisse être naturellement interverti. Malgré l’autorité de ces deux médecins, je ne saurais partager entièrement leur manière de voir. Leur doctrine ne me parait vraie qu’au point de vue restreint où ils se sont placés, en ne classant parmi les symptêmes syphilitiques du tissu fibreux et osseux que les altérations appréciables du périoste et des os: tumeurs périostiqites, exostoses, caries.
.l'admets que ces accidents, et surtout les deux derniers, ne se rencontrent jamais au début de la syphilis , qu’on les voit rarement survenir avant le sixième mois de l’infection, et qu’ils se développent le plus souvent au moins une année après la contagion, ou indéfiniment plus tard. Mais n’admettre comme symptômes syphilitiques des os et du tissu fibreux que des altérations aussi caractérisées, c'est évidemment laisser dans l'ombre une partie des symptômes. En effet, ces douleurs à redoublements nocturnes qui assiégeaient les os et les appareils articulaires peu de temps après la cicatrisation du chancre, avant même le développement de l’érythème syphilitique ; ces douleurs, tantôt profondes et diffuses, tantôt superficielles et assez circonscrites pour ne pas laisser de doute sur l’existence d’une périostite légère, ne sont clles pas la première phase des manifestations syphilitiques des os et du périoste ? Il est vrai qu’à cette période il n’existe pas encore d’altérations très-appréciables à la vue ; mais ne saurait-il y avoir dans les os, comme dans les autres tissus, des altérations syphilitiques de tous les degrés? Quand la peau se couvre de taches d’érythème, de pupilles ou de pustules superficielles, l'isthme du gosier de plaques muqueuses, pourquoi se manifesterait-il dans les os des altérations proportionnellement plus graves que celles des membranes tégumentaires? Vienne, au contraire la seconde période de la syphilis, où l’on voit succéder
aux syphilides superficielles des ulcérations profondes de la peau, aux sécrétions de lymphe plastique, sur divers points de l’arrière-bouche, des perforations résultat d’un travail de suppuration dans des tubercules sous-muqueux ; alors, si des symptômes se montrent dans le système osseux, ce ne sont plus seulement des douleurs sans altération appréciable et de légères tuméfactions du périoste qui se manifestent : ce dernier se gonfle et s’épaissit en divers points, les lames sous-jacentes du tissu osseux se soulèvent en exostoses, qui tantôt restent dures, tantôt suppurent superficiellement ou sont détruites par la carie.
Nous pensons donc que la loi de Hunter a besoin d'être modifiée pour être exacte. Elle représente la syphilis constitutionnelle comme une maladie s’avançant, dans sa marche progressive, de la périphérie au centre du corps, attaquant d’abord les membranes tégumentaires dans sa première période et finissant par envahir les tissus fibreux et les os dans la seconde. Selon nous, au contraire, la syphilis, en se généralisant, attaque indifféremment les membranes tégumentaires ou le tissu osseux; mais elle affecte d’abord superficiellement ces tissus, et n’envahit qu’ultérieurement leurs couches profondes.
Telle est la doctrine qui résulte de l’étude comparée des syphilides précoces et des syphilides tardives , et cette doctrine a l’avantage de se trouver en parfait accord avec les traditions médicales que nous
ont transmises les syphilographes les plus célèbres du quinzième et du seizième siècle. Consultez Jean de Vigo : il dit que le mal français débute par des pustules souvent accompagnées ou suivies à courte distance de douleurs atroces dans les os du crâne et les membres , que ces douleurs prennent une plus grande intensité durant la nuit, qu’elles déterminent après un temps assez long des tubérosités sur les os, et ne cessent souvent qu’après la destruction de ces tubérosités par la carie : « Similiter quoque interdura cum dictis pustulis , vel saltem post earum ortum inde ad mcnsem cum dimidio vel cvrca , patiens laboravit doloribus clamosis, interdum circa frontem , interdum in spatulis et humer is et brachiis, et aliquando in libiis , coxis et anchis. A quibus doloribus, aliquando multum post tcmpus, videlicet post annum et ultra, quœdam oriebantur scirrhositates ad instar ostium, a quibus œgrolantes doloribus clamosis vexabantur , prœsertim tempore noctis et sedabantur in die. »
Si je voulais multiplier les citations, Léonicène, Gaspard Torella, Antoine Beniveni, YVendelin Iloch, et beaucoup d’autres médecins qui ont écrit après eux, me fourniraient des passages démontrant qu’ils avaient parfaitement observé que, du moment où le chancre commence à exercer son action délétère sur l’économie, les symptômes d’infection peuvent se montrer aussi promptement dans les tissus osseux et fibreux que sur l’enveloppe cutanée, les premiers devenant fréquemment le siège de dou-
leurs, tandis que le derme se couvre d éruptions diverses. Léonicène fait même remarquer qu’il existe une sorte d’antagonisme entre ces deux ordres de symptômes, puisque les malades qui ont beaucoup de douleurs ont le plus souvent peu de pustules, et que ceux qui présentent de nombreuses pustules ressentent en général peu de douleurs.
§ IX. — ÉPOQUE DF. L’APPARiTIOS DE L’ÉRYTHÈME SYPHILITIQUE, PAR RAPPORT A LA CONTAGION ET A LA CICATRISATION DES CHANCRES.
Si nulle méthode générale de traitement mercuriel ou autre n’a été mise en usage pendant la durée du symptôme primitif, le laps de temps qui s’écoule entre la contagion et l’apparition de l’érythème syphilitique n’est jamais bien long. Quelquefois cet exanthème s’est déclaré vingt à trente jours après les rapports contagieux. Le plus souvent, c’est du trentième au soixantième jour qu’il a paru. La proportion des cas où il s'est montré du soixantième au quatre-vingt-dixième jour est encore assez forte. On ne trouve plus qu’un petit nombre d’érythèmes développés dans le cours du quatrième mois. Enfin, l’apparition de cette forme de syphilide dans le cinquième mois est un fait rare et presque exceptionnel. Au delà de ce terme, je n’ai rencontré que des érythèmes en récidive, ou, ce qui arrive fréquemment, des érythèmes retardés par un traitement général. Les relevés qui suivent sont la preuve réduite en chiffres des propositions précédentes :
Relevé contenant les diverses époques du développement de l'érythème syphililiqye chez les malades qui n'ont fait aucun traitement général pendant la durée du symptôme primitif.
Erythème paru :
— du 20 au 30e jour
14 cas.
— du 30e au 60' jour,
66 cas.
— du 60e au 90e jour,
23 cas.
— du 90* au 120e jour,
3 cas.
Dans le cours du 5e mois, •
1 cas.
Relevé contenant les diverses époques du développement de l’érythème chez les malades soumis à divers traitements généraux pendant la durée du symptôme primitif.
Erythème paru du 20e au 50e jour après la contagion, 1 cas.
— du 30e au 60e jour,
7 cas.
— du 60e au 90e jour,
13 cas.
— du 90e au 120e jour,
10 cas.
Dans le courant du 3e mois,
4 cas.
— du 6e mois,
4 cas.
— du 7e mois,
3 cas.
— du 8e mois,
1 cas.
— du 9* mois,
1 cas.
Un an après la contagion,
1 cas.
On voit par le premier relevé que l’époque du développement de l’érythème, par rapport à la contagion , a suhi d’assez grandes variations, même lorsque les malades n’ont fait aucun traitement général pendant la durée du symptôme primitif. La syphilis diffère donc beaucoup en cela de la variole, de la rougeole, delà vaccine, dont les principes spé-
eifiques exercent ordinairement leurs effets sur l’économie à distance fixe de l’insertion. Des variations si nombreuses dans l’espace de temps qui a séparé la contagion de l'éruption consécutive, ont tenu sans doute à ce que les malades n’étaient pas tous également disposés à subir l’influence du virus syphilitique. Cependant j'ai remarqué que des circonstances accidentelles avaient plus d’une fois accéléré ou retardé le développement de l'érythème. Dans le nomlire, par exemple, dos malades atteints de cette éruption dès le premier mois qui suivit la contagion, plusieurs avaient fait de longues routes à pied, immédiatement après l’apparition du chancre; d’autres exerçaient certaines professions où le travail se fait pendant la nuit, à une température très-élevée : tel est l'état des boulangers; d'autres enfin avaient abusé des liqueurs alcooliques ou des plaisirs de la table, dans les semaines qui suivirent la contagion. Unddfcposition du chancre à s’ulcérer largement, à prendre la forme pultacée ou phagédénique, m a paru être aussi une des conditions qui ont favorisé, dans quelques cas, l’évolution précoce de l’érythème syphilitique.
Quant aux syphilides érythémateuses très-tardives, chez les sujets qui n’avaient été soumis à aucun traitement général, la seule circonstance qui m’ait semblé avoir pu retarder quelquefois leur développement, c’st l’apparition d’une maladie aiguë, telle que fièvres graves, phegmasies pulmonaires ou
autres, survenues peu de temps après la contagion.
Le deuxième relevé indiquant les époques où s’est manifesté l’érythème, chez les malades qui avaient été soumis à un traitement général pendant la durée du symptôme primitif, ne comprend pas les dix-huit cas de récidive dont j’ai parlé à la fin du premier paragraphe de ce chapitre. En comparant ce deuxième relevé au premier, on voit que le traitement a presque toujours retardé d’une manière notable le développement de la syphilide, puisqu’on trouve à peine quelques cas d’érythème dans les deux premiers mois qui suivent la contagion, tandis que le troisième et le quatrième mois en fournissent une assez forte proportion, et que les suivants, jusqu’au douzième, en présentent encore quelques exemples. On doit remarquer aussi que l’époque de l’évolution de l’érythème présente des variations bien plus grandes dans le deuxième relevé que dans le premier; ce qui ne doit pas étonner, puisqu’aux variations résultant des dispositions individuelles viennent s’ajouter ici les variations déterminées par le traitement, dont les effets ont eux-memes singulièrement varié, parce que les malades y ont été soumis à des distances variables de la contagion, parce que la médication n’a pas été dans tous les cas mercurielle, enfin parce que tous les sujets traités par le mercure n’ont pas fait usage de préparations identiques ni de doses uniformes de ce médicament.
Ces différences dans le traitement paraîtront regrettables à quelques lecteurs, qui eussent préféré
trouver sous leurs yeux les résultats d un traitement mercuriel expérimenté sur un grand nombre de malades, à partir d'une même époque et pendant la même durée de temps. Je ne nie pas l’intérêt d’un pareil travail; mais les éléments en seraient fort difficiles à réunir , et je ferai d’ailleurs observer que le but qu’il s’agit d’atteindre ici n’est pas d'établir la plus ou moins grande efficacité du mercure ou de tout autre médicament , mais seulement de faire connaître les époques extrêmes du développement de l’érythème syphilitique , dans les cas où l’on a essayé d’empêcher l’apparition des symptômes constitutionnels par un traitement commencé dan la période des accidents primitifs.
Enfin, j’ai à faire observer que, d’après les deux relevés qui précèdent, l’évolution de l’érythème syphilitique serait beaucoup moins tardive que ne l’a indiqué M. Cazenave dans son traite des syphilides. Ce médecin a trouvé, sur sept érythèmes ou roséoles, un cas développé un mois après la contagion, un autre dix ans après, et les cinq autres h des époques intermédiaires. Prenant la moyenne des deux extrêmes, il arrive à cette conclusion que l’exanthème se développe , terme moyen , 1 an 1 1 mois 6 jours après la contagion. Le grand nombre d’observations sur lesquelles j’ai établi mes relevés ne permet pas d’admettre un pareil résultat. M. Cazenave, d’ailleurs, n’a pas tenu compte, dans l’analyse de ses sept observations, des circonstances
qui sont susceptibles tle retarder le développement tles syphilides; et puis, rien ne me paraît plus douteux que la nature syphilitique de cette roséole dont il parle, page 236, roséole survenue dix ans après la contagion, postérieurement à une syphilide pustuleuse, et guérie rapidement sous l’influence d’une boisson d’eau d’orge acidulée et de quelques bains de vapeur.
Voici maintenant les diverses époques de l’évolution de l’érythème syphilitique par rapport à la cicatrisation des chancres :
Premier relevé comprenant 97 cas d'érythème développé avant V administration de tout traitement général.
Cas d'érythème développé avant la cicatrisation des chancres. 58 Cas d’érythème développé à peu près au moment de la cicatrisation des chancres 18
Cas d’érythème développé après la cicatrisation des chancres. 21
Deuxième relevé comprenant 50 cas d'érythème survenu chez des malades qui avaient fait un traitement général mercuriel ou autre, pendant la durée des chancres .
Cas d’érythème développé avant la cicatrisation des chancres. 10 Cas d’érythème développé à peu près au moment de la cicatrisation des chancres 6
Cas d’érythème développé après la cicatrisation de? chancres. 54
Ces deux relevés présentent, comme on le voit, des résultats inverses. Dans le premier, l’érythème s’est développé ordinairement avant la cicatrisation du chancre; dans le second, l'éruption ne s’est manifestée le plus souvent qu’ après la guérison du symptôme primitif. La différence de ces résultats ne saurait être attribuée qu’au traitement général administré peu de temps après la contagion, traitement sous l’influence duquel l’apparition des syphilides, ainsi que nous aurons occasion de le constater encore plus d’une fois, a presque toujours été retardée, quand elle n’a pas été enrayée d’une manière complète.
On trouve dans ces relevés un certain nombre de cas d’érythèmes qui parurent à peu près au moment de la cicatrisation des chancres. Cette coïncidence de la guérison de l’ulcère primitif et du développement général des accidents syphilitiques dans l’économie, avait été remarquée par les sy philographes du seizième siècle, qui en tirèrent des inductions inadmissibles aujourd’hui. Ils crurent qu’il s’opérait alors une sorte de métastase de la sécrétion des ulcères des organes génitaux, dans le sang et de là sur les membranes tégumentaires, où se formaient diverses éruptions destinées à débarrasser l’organisme de la matière morbide qui n'avait pu être éliminée par les chancres ; de là vint le précepte de panser les ulcères des organes génitaux avec des onguents excitants, et d’entretenir le plus longtemps
possible la suppuration des bubons, afin d'empêcher l’infection des humeurs et les manifestations générales de la syphilis.
§ X. — Recherche des causes qui ont pu déterminer le développe- Ml NT DE l’ÉRYTHÈME, C’EST-A-DIRE LA GÉNÉRALISATION DES SYMPTÔMES SYPHILITIQUES DANS L’ÉCONOMIE.
11 est incontestable qu’on peut contracter des chancres par le coït ou par tout autre mode de contagion, les traiter par les moyens les plus simples, sans faire par conséquent usage de mercure, ni localement ni intérieurement, et néanmoins rester exempt des symptômes de la syphilis constitutionnelle pendant tout le cours d’une longue existence. Il suffit, pour se convaincre de cette vérité, d’interroger les vieillards ; un grand nombre ont eu des chancres, quelquefois même 5 plusieurs reprises, dans la première jeunesse; trente et quarante ans se sont écoulés depuis ces accidents vénériens, sans qu’on ait vu paraître aucun des symptômes consécutifs de la syphilis , quoique le mercure n’ait été administré à aucune époque, et que les ulcères primitifs aient été traités, dans la plupart des cas, par le cérat, la cendre de tabac, la charpie sèche, ou tout autre remède aussi peu spécial.
Il n’est pas rare non plus de rencontrer des individus qui, après avoir échappé aux accidents de la syphilis généralisée, malgré plusieurs atteintes successives de chancres traités par des pansements
simples , présentent enfin des syphilides , peu de temps après avoir contracté un dernier chancre. Quelle cause peut donner au chancre une activité si différente ? Là une action toute locale, ici une action générale si délétère pour l’économie? Le problème est intéressant à résoudre; aussi, dans l’examen des nombreux cas de chancres que j’ai observés, n’ai-je jamais négligé aucune des circonstances qui pouvaient m’expliquer le mode d’action variable de ces ulcères, dont quelques-uns étaient rapidement suivis des accidents de la syphilis constitutionnelle, tandis que les autres paraissaient borner toute leur action à la partie primitivement affectée.
Je vais exposer les résultats auxquels m’ont conduit les investigations les plus multipliées à cet égard. Que la nouveauté des propositions contenues dans ce paragraphe n’effarouche pas trop les esprits habitués à vivre dans le respect des idées reçues ; qu’on ne se hâte pas surtout de rejeter ces propositions. La question est si grave qu’elle mérite bien d’être sérieusement examinée. Ce n'est ni sur de vagues souvenirs, ni du point de vue des doctrines de telle ou telle école, qu’elle doit être jugée; de nouvelles observations peuvent seules la trancher. Je demande donc aux critiques de bonne foi de prendre le temps nécessaire pour vérifier les faits que je vais avancer, et d’apporter à leur examen la scrupuleuse attention que j’ai mise à les étudier.
J’ai recherché quelle inlluence les différents âges pouvaient avoir sur la généralisation des accidents syphilitiques dans l’économie, et j’ai vu qu’ils n’en avaient aucune. L’homme montre, depuis la naissance jusque dans la vieillesse la plus avancée-, une fâcheuse aptitude à contracter des chancres et à tous les âges la contagion peut être suivie des symptômes de la syphilis constitutionnelle. Si la vérole universelle , comme l’appelaient les médecins du seizième siècle, est plus commune chez les jeunes gens que chez les vieillards , c’est simplement parce que la jeunesse est l’époque de la vie où l’homme s’expose le plus à la contagion.
L’influence des sexes est aussi nulle que celle des âges. Quand Nicolas Massa a dit que les femmes étaient plus sujettes au mal français que les hommes, il n’avait pas puisé son opinion dans l’expérience. Il croyait que le mal pouvait se développer spontanément, et il admettait au nombre de ses causes, une certaine constitution physique que les théories humorales du temps faisaient considérer comme disposant aux affections ayant quelque analogie avec le mal français. On disait la maladie produite par l’humeur phïegmatique , basis morbi humor phlegmaticus. Les femmes, par conséquent, devaient y être plus sujettes que les hommes, puisqu’elles étaient considérées comme étant d’une constitution plus phïegmatique, cum sint phlegmalicœ.
AFFECTIONS SYPH1L1XIQUES DE LA PEAU. 185
M. Ricord pense que le chancre s'indure moins souvent chez la femme que chez 1 homme. Cette proposition équivaudrait presque à dire que la femme est moins disposée que l'homme à la syphilis constitutionnelle, puisqu’il est facile de démontrer que les manifestations générales de cette maladie sont, dans la plupart des cas, précédées de chancre induré. Je ne crois cependant pas que M. Ricord pousse aussi loin linduction. Pour moi, je pense que la rareté de l’induration ehancreuse chez la femme pourrait bien n’êlre qu’apparente. En effet, l’examen d’un môme nombre de chancres, sur l’homme et sur la femme, m’a donné à peu près la môme proportion de chancres indurés pour l’un et l'autre sexe, avec cette différence que l’induration était en général mal caractérisée sur la vulve, tandis qu’elle était au contraire très-prononcée sur le pénis. De même que la peau des diverses parties du corps n'est pas également apte au développement d’une forte induration; que celle du scrotum et des corps caverneux, par exemple, n’est jamais le siège de chancres à induration aussi volumineuse et aussi cartilagineuse que l’est le feuillet interne du prépuce, de môme aussi les organes génitaux de la femme semblent être, par leur texture, moins disposés que ceux de l’homme à l’induration d'un certain degré. Mais la femme n’en est pas pour cela moins disposée que l'homme à la syphilis générale. S'il y a moins de femmes que d’hommes qui en soient affectées,
c’est que le nombre des femmes qui se livrent à la débauche, étant incomparablement moins grand que celui des hommes, les affections vénériennes de tout genre, et conséquemment la syphilis.'générale, sont moins communes chez elles, ce qu’on aurait tort d’attribuer à une disposition particulière à leur sexe.
Il n’existe pas non plus de disposition idiosyncrasique en vertu de laquelle le chancre ne produit que des phénomènes locaux chez certains sujets, tandis qu’il infecte rapidement l’économie chez d’autres. J’en trouve la preuve dans les nombreux exemples d’individus qui, après avoir été atteints de chancres simples à diverses reprises, en contractent enfin un dernier qui s’indure et ne tarde pas à être suivi de symptômes constitutionnels.
Les résultats si différents de deux contagions qui passent pour avoir le môme principe, ne pourraientils pas s’expliquer par un de ces changements de disposition, si communs dans l’organisme, en vertu desquels l’homme ne se trouve plus influencé de la môme manière par les mêmes agents, à des espaces de temps très-rapprochés? Sans doute des effets si dissemblables pourraient dépendre de la disposition particulière qui existait au moment de la contagion toutefois cette manière de voir n’est admissible qu’à défaut d’un autre mieux démontrée, d’autant plus qu’elle se trouve en contradiction avec ce que nous savons sur l'action des causes spécifiques
qui tendent constamment à produire les mêmes effets.
J'ai étudié avec soin les tempéraments et la constitution de tous les malades atteints d’érythème syphilitique, afin de découvrir si quelques-unes de ces modifications organiques avaient de l'influence sur le développement de la syphilis constitutionnelle ; mais cette étude ne m’a conduit à aucun résultat. Les tempéraments, autant qu’il est possible de les rattacher, soit à des types modernes, soit à ces types dont les dénominations réflètent les idées de l’ancien humorisme qui les créa , les divers tempéraments , dis-je, se sont rencontré presque indistinctement chez les sujets atteints de syphilide érythémateuse. 11 est même arrivé, chose digne de remarque, que les tempéraments lymphatiques et les nerveux se trouvaient en plus petit nombre que les autres, quoique cette prédominance apparente de la lymphe ou du système nerveux soit en général l’apanage des organisations faibles, qui semblent offrir peu de résistance à l’action des causes morbifiques. On ne peut donc considérer aucun tempérament comme disposant particulièrement à la généralisation des symptômes syphilitiques. L influence des tempéraments ne se fait véritablenient ressentir que sur la forme des symptômes, sur leur marche, leur durée et leur disposition plus ou moins grande à céder ou à résister au traitement.
Je n’ai qu'à répéter, au sujet des constitutions,
ce que je viens de dire sur l’influence des tempéraments. Aucune constitution ne dispose particulièrement à la syphilis générale, car j’ai trouvé, parmi les sujets atteints d’érythème syphilitique, le même nombre à peu près de constitutions fortes, de constitutions de force moyenne et de constitutions faibles.
L’alimentation insuffisante ou de mauvaise qualité, qui est une cause si puissante d’aggravation des symptômes syphilitiques, comme je le démontrerai plus tard, s’est rencontrée si rarement chez les sujets atteints d’érythème qu’il est impossible de considérer cette circonstance comme une cause du développement de la syphilis générale.
Nous avons aussi examiné si les excès de vin et de liqueurs, si les excès déçoit et de travail, si les veilles qui auraient eu lieu peu de temps avant la contagion, ou pendant la durée des chancres, auraient pu devenir la cause déterminante de l’action du venin syphilitique sur tout l’organisme; car les individus vivants sous ces fâcheuses influences ne sont pas rares dans les grandes villes. Nous n’avons pas trouvé dans ces conditions plus d’un sixième des malades atteints d’érythème. Il n’est donc pas possible d’admettre que les divers écarts dans le régime soient une cause démontrée de syphilis constitutionnelle.
Les saisons n’ont pas une influence plus démontrée; des chancres ont été suivis d’érythème à toutes
les époques de l’année. Seulement j’ai remarqué que les chancres contractés pendant les saisons chaudes sont plus rapidement suivis de syphilis que si la contagion a eu lieu pendant les temps froids.
Nous avons rencontré un petit nombre d’individus qui relevaient d'une maladie aiguë lorsqu’ils contractèrent le chancre, source à laquelle est venue s’infecter toute l’économie. Quelques autres furent atteints de fièvre typhoïde, de varioloïde, d'ictère, de pneumonie, peu de jours après l’apparition du chancre; et les premiers symptômes de syphilis générale parurent durant la convalescence de la maladie aiguë intercurrente. Ces symptômes se manifestèrent, chez plusieurs de ces malades, à l’époque ordinaire à laquelle ils ont coutume de se montrer après le chancre. Dans deux cas, l’apparition de l’érythème fut même sensiblement retardée. Quelle influence, après cela, peut-on rigoureusement attribuer aux maladies antécédentes et intercurrentes, sur la généralisation des accidents syphilitiques dans l’organisme ?
Ce qui précède montre assez clairement que ni l’Age, ni le sexe, ni les idiosyncrasies, ni les tempéraments, ni les constitutions, ni les mauvaises habitudes hygiéniques, ni les saisons, ni les maladies intercurrentes qui ont pu débiliter l’organisme à une époque voisine delà contagion, ne peuvent être considérés comme des causes déterminantes de la généralisation des accidents syphilitiques dans l’économie.
Cependant il me reste à examiner une objection à laquelle pourraient so rattacher les médecins qui pensent que la syphilis peut généraliser ses effets dans l’organisme, sous la seule influence des causes communes des maladies. En admettant, d’après mes recherches, que sur 198 sujets atteints d’érythème syphilitique, il s’en est rencontré un trop petit nombre avec de mauvais tempéraments, de faibles constitutions, de vicieuses habitudes dans le régime, etc., pour qu’on puisse attribuer à ces circonstances la production de l’érythème, ces médecins pourraient néanmoins supposer qu’en groupant toutes ces conditions pathogéniques, au lieu de les prendre chacune en particulier, il en résulterait un chiffre assez imposant pour faire considérer leur action comme moins douteuse. Mais cette supposition ne serait pas fondée ; en effet, en réunissant toutes ces causes, je vois qu’elles ont existé 95 fois, chiffre qui n’est pas tout à fait égal à la moitié du nombre total des malades atteints d’érythème. Encore ce chiffre perd-il beaucoup de sa valeur si on fait attention qu’il ne représente pas un nombre de 95 malades; car ces conditions se trouvaient réparties une à une, deux à deux, trois à trois, sur différents sujets; tel présentait seulement un tempérament lymphatique, et tel autre, avec ce tempérament, se trouvait en meme temps sous l’influence d’un mauvais régime alimentaire, d’excès de boissons et d’une maladie aiguë concomitante. En sorte que, si je compte les sujets
qui se sont trouvés dans une ou plusieurs des conditions précédentes, au lieu de considérer, abstraction faite des individus, le nombre de fois que ces conditions se sont présentées, je trouve à peine un tiers des malades atteints d’érythème syphilitique dont l’infection générale puisse être attribuée à une disposition dépendant , soit d’un mauvais tempérament ou d'une constitution faible, soit d’une alimentation insuffisante ou d’excès quelconques, soit d’une maladie aiguë contractée peu de temps avant ou après la contagion.
Pour mieux apprécier encore la valeur étiologique de ces influences, j’ai recherché dans quelles conditions se trouvaient, sous ce rapport, des sujets qui, après avoir été atteints de chancres, n’avaient présenté aucun signe d’infection constitutionnelle, malgré l’absence de tout traitement capable d'avoir retardé ou détruit la disposition aux symptômes secondaires. J’ai comparé cent do ces cas à un nombre pareil de malades atteints d’érythème syphilitique, cl j’ai trouvé chez les premiers, comme chez les seconds, la même proportion, à peu près, de tempéraments lymphatiques, de constitutions débiles, d’habitudes hygiéniques mauvaises, etc., ce qui est venu corroborer mon opinion sur la nécessité de rechercher ailleurs que dans ces conditions physiologiques et hygiéniques, la cause de la généralisation des phénomènes syphilitiques dans l’économie.
J’ai alors examiné si des circonstances relatives
au chancre ne joueraient pas un rôle important dans la production des symptômes syphilitiques désignes sous le nom de vérole constitutionnelle; je me suis demandé, par exemple, si des contagions réitérées ne pouvaient pas disposer à ces accidents. Or , je trouve que l’érythcme syphilitique s’est déclaré 112 fois après plusieurs contagions successives, et SG fois après une seule contagion. Malgré la prédominance du premier chiffre sur le second , je ne pense pas qu’on puisse admettre que des accidents primitifs réitérés soient une cause de généralisation des symptômes syphilitiques. Admettre celte nécessité de l'action accumulée d’un virus pour qu’il puisse produire ses plus grands effets, c’est une idée peu médicale. Dailleurs, il s’était écoulé un tel laps de temps entre les chancres réitérés, chez un certain nombre d’individus, qu’il me semble difficile d’attribuer à la première contagion, qui ne s’est manifestée que par des phénomènes locaux, une influence quelconque sur l’apparition de la syphilis générale survenue après la seconde ou la troisième contagion.
Je me suis aussi demandé si les sujets qui se trouvaient atteints de plusieurs chancres en même temps, n’étaient pas plus exposés à l’infection constitutionnelle que ceux qui , étant affectés d'un seul chancre, sécrètent par conséquent du pus contagieux par une moins large surface. Je ne le crois pas non plus, car le relevé de 170 cas d’érythème syphilitique précédé de chancres bien constatés, montre
que le nombre des malades atteints de chancre solitaire sest élevé à 141, tandis que celui des malades affectés de chancres multiples n'a été que de 29; d’où je conclus que ni la pluralité des chancres, ni l’étendue de la surface sécrétant le pus contagieux , ne peuvent être considérées comme la cause des effets généraux qui se manifestent dans l’économie à la suite d’un certain nombre de chancres.
Ces résultats ont d’ailleurs une certaine analogie avec les observations faites sur l’action du virus varioleux par Kirkpatrik, Dimsdale et Galti, qui, en variant les modes d'inoculation de la variole, remarquèrent qu'il n’y avait aucun rapport à établir entre le nombre des piqûres d’inoculation et la quantité des pustules de l’éruption consécutive. Bien plus, Girot, inoculateur français, observa que l’éruption varioleuse était plus discrète et plus bénigne lorsqu'il avait fait six piqûres d’inoculation que lorsqu’ il s’ était borné à faire seulement deux piqûres.
L’analyse des observations d’érythème syphilitique ne montre pas que le siège des chancres, leur degré d’ulcération ou leur durée, aient eu aucune influence sur le développement de la syphilis constitutionnelle. Quand Bcerhaave a dit que le chancre des lèvres exposait à des accidents plus dangereux que celui des autres régions du corps, il pensait qu’à raison de la finesse de l'épithélium des lèvres, le virus y pénétrait plus facilement qu’ailleurs, jusqu’au réseau de Malpighi, dans lequel il s’étendait pour aller
exercer partout ses ravages. Mais l’observation ne confirme pas l’opinion (le Bœrhaave. Quel que soit le point sur lequel ait germé le chancre, des accidents constitutionnels peuvent survenir, et l’on ne remarque pas une intensité comparative plus grande dans ceux qui se manifestent consécutivement à des chancres situés loin des organes génitaux.
Une forte tendance des chancres à s’ulcérer n’est pas non plus une condition qui paraisse favoriser le développement des manifestations générales delà syphilis; car j’ai vu souvent les érosions les plus bénignes en apparence suivies d’une infection générale à laquelle échappent des malades atteints d’ulcérations primitives à marche phagédénique. Mon observation n’est pas nouvelle. Les syphilographes du seizième siècle ont plus d’une fois signalé le chancre bénin, accompagné de bubons indolents, comme un signe presque certain de l’apparition prochaine des éruptions appartenant au mal français ; témoin ce passage de Fallope énumérant les signes par lesquels s’annonce ce mal, au 23e chapitre de son traité de la Syphilis : Octavo in loco est caries moderata : hocque est signum patliognomonicum quasi.
La longue durée d’un chancre ne menace pas plus d’accidents consécutifs qu’une cicatrisation survenue dans un laps de temps moyen ou très-court. L’analyse de 170 cas, faite à ce point de vue, met cette proposition hors de doute.
affections syphilitiques de la peau.
L induration , au contraire, s’est montrée si fréquemment dans les chancres qui ont été suivis d’érythème syphilitique, qu’il est impossible de ne pas admettre une étroite liaison entre cette induration et l’éruption qui lui a été consécutive. Mais, quand il serait démontré que tous les chancres précurseurs de la syphilis constitutionnelle sont indurés, faudrait-il pour cela dire que l’induration est la cause de l’infection de toute l’économie? Non, car ce serait reculer la difficulté au lieu de la résoudre, puisqu’il resterait encore à découvrir la cause première de l’induration des chancres, problème moins général que le suivant : Quelle cause détermine le développement des symptômes syphilitiques dans l'économie, éi lu suite d’un certain nombre de chancres ?
Enfin j’ai examiné, dans le courant de mes recherches, s’il existait des rapports de forme entre les symptômes présentés soit par les sujets malades, soit par ceux qui les avaient contagionnés. Toutes les fois, par exemple, que j’interrogeais un homme atteint d’une affection vénérienne, je ne négligeais jamais de prendre les renseignements qui pouvaient me servir à constater l’état sanitaire de la femme qui la lui avait communiquée. Ces recherches ont souvent été infructueuses-, car il arrive fréquemment aux hommes d’être infectés par des femmes qu'ils n’ont pas revues depuis le jour de la contagion, et dont ils ignorent le nom et la demeure. Quelques individus ont eu des rapports avec différentes
femmes, dans les jours qui ont précédé l'apparition du symptôme primitif, de sorte que la source du mal reste douteuse. Quelques autres mettent une sorte de délicatesse à se taire d’une manière absolue au sujet des personnes qui leur ont transmis une affection syphilitique.
Mais l’on rencontre aussi des cas où il est possible de comparer les symptômes développés sur différents sujets qui se sont successivement communiqué la contagion. Des malades m’ont souvent amené ou envoyé les femmes qui les avaient infectés, ou bien ils me facilitaient les moyens d’aller visiter ces femmes à domicile. J’ai souvent vu réunis, à l’hôpital des vénériens, deux, trois, et meme un plus grand nombre d'hommes qui avaient contracté leur maladie avec la même femme, le meme jour ou à quelques jours d’intervalle. Enfin j’ai observé, plus d’une fois, le mari, la femme et même les enfants atteints de la syphilis, qui s’était introduite dans ces familles par l’un de ses membres.
Ces confrontations réitérées d'individus infectés les uns par les autres, d’abord commencées dans le but de déterminer ce qui, en syphilis, est contagieux et ce qui ne l'est pas; de montrer quel symptôme peut succéder à un autre, et quelles modifications subit un môme symptôme en se transmettant successivement à des individus de sexe et de tempérament différents; ces confrontations , dis-je, m’ont conduit à la découverte de la cause mystérieuse
en yerlu de laquelle les chancres tantôt semblent borner toute leur action au point contagionné et aux ganglions les plus voisins, tantôt généralisent leurs effets sur l'économie , et sont rapidement suivis des symptômes qu'on désigne sous le nom de syphilis constitutionnelle.
Or voici, résumés en quelques propositions générales , les résultats auxquels je suis arrivé en confrontant non-seulement les sujets atteints d’érythème, mais encore les malades atteints de chancres et d’éruptions syphilitiques de diverses formes, avec ceux qui leur avaient communiqué le mal.
Si l’on confronte tous les sujets qui ont été atteints de chancres suivis d’accidents constitutionnels avec les sujets qui leur ont communiqué la contagion, ou avec ceux auxquels ils l’ont transmise, on trouve que tous ces sujets, sans exception, ont été atteints de chancres et ensuite d’accidents constitutionnels. Jamais, chez eux, le chancre ne s’est borné à une action purement locale.
D’autre part, si l’on confronte les sujets atteints de chancres qui n’ont déterminé aucun symptôme de syphilis générale avec les sujets qui les ont infectés ou avec ceux qu'ils ont infectés, on voit ceux-ci, sans exception , être également atteints de chancres qui bornent leur action au point primitivement contaminé.
Ainsi jamais un chancre suivi d’accidents constitutionnels ne donne naissance à un chancre pure-
ment local, ni un chancre local ne peut communiquer par contagion un chancre qui sera suivi des symptômes universels de la syphilis.
Ces faits d’observation constituent, par la régularité avec laquelle ils se reproduisent, une loi à laquelle je n’ai jamais rencontré que des exceptions apparentes, et qui peut cire formulée de la manière suivante: Toutes les fois qu'un individu est atteint d'un chancre, puis des symptômes de la syphilis constitutionnelle, cette généralisation des phénomènes syphilitiques tient, avant toute autre cause, à ce que le sujet par lequel le malade a été infecté était lui-même atteint d'un chancre qui a dû obligatoirement être sidvi d'accidents constitutionnels.
L histoire particulière des érythèmes syphilitiques nous fournit de nombreux exemples propres à démontrer la vérité de la loi que nous venons de formuler.
On se rappelle que le nombre des malades atteints d’érythème syphilitique dont j’ai recueilli les observations s’élève à près de deux cents. 11 m’a été possible, dans trente-quatre cas, de confronter les sujets atteints d’érythème avec ceux qui les avaient infectés de syphilis, et quelquefois même avec ceux qu’ils avaient infectés à leur tour. Trente et une fois, conformément à la loi que j'ai établie, tous les sujets confrontés présentaient des symptômes de la même nature; ils avaient eu, sans exception, des chancres suivis d’accidents constitutionnels. Trois fois seule-
ment, l’un des deux sujets confrontés semblait faire exception à la loi, parce qu'il ne se manifesta pas de symptômes d'infection générale après le chancre; mais l’induration de l'ulcère primitif montrait bien que l’exception n’était qu’apparente : d’ailleurs, le traitement mercuriel, qui avait été administré depuis l’apparition du symptôme primitif, rendait suffisamment raison de l’absence ou seulement du retard des symptômes constitutionnels de la syphilis dans ces trois cas.
Les observations qui suivent vont permettre au lecteur de bien comprendre la loi formulée plus haut. Les premières appartiennent à un ordre de faits dont se déduit régulièrement cette loi ; les secondes à un autre ordre de faits qui semblent y faire exception.