ÉLECTRICITÉ STATIQUE. AS
brosses métalliques placées à l'extrémité de l'un des réophores.
On les a employées contre des névralgies et des paralysies, mais je ne pense pas qu'on ait cité des faits bien réels de guérison. Ce moyen d'électrisation participe, du reste, quoique à un moindre degré, de quelques-uns des inconvénients inhérents au mode suivant»
§ II. Ékctrisation par isolement.
Pour appliquer l'électricité de cette manière, ou, comme on le dit vulgairement, pour administrer le bain électrique, on place l'individu que l'on veut y soumettre sur un tabouret isolant, et on le met en communication avec les conducteurs d'une bonne machine électrique. Il en résulte que le corps entier du patient se charge d'électricité qui s'y trouve au même degré de tension que dans les conducteurs métalliques de la machine avec lesquels il est en contact.
L'électrisation par isolement, que les anciens physiciens ont tant prônée, revient à celle que l'on administre quand le patient n'est pas sur un tabouret isolant. En eflet, que se passe-t-il dans le premier cas ? Toute l'électricité est équilibrée sur la surface du corps et il ne saurait en résulter aucun effet physique sur les parties intérieures et par conséquent aucun effet physiologique. Vient-on à approcher du patient un excitateur, on obtient le même effet que si le patient n'était pas isolé ; il n'y a pas de différence. Aussi a-t-on généralement renoncé à ce mode d'électrisation. On pourrait néanmoins l'employer avantageusement dans le cas où le sang ne sort pas d'une veine que l'on vient d'ouvrir. En isolant le patient, le sang se meta couler, d'après le principe que l'électricité accélère la sortie du liquide par les orifices capillaires. On peut dire encore que dans ce mode d'électrisation, l'électricité étant répandue sur la surface du corps
ll[\ APPLICATIONS DE L'Éf.ECTRICITÉ,
h l'état statique, une portion s'écoule incessamment dans l'air ambiant ; cet écoulement se traduit par une sensation toute particulière que le sujet éprouve à la peau et spécialement aux cheveux. Je ne sais à quelle maladie on pourrait appliquer les bains électriques ainsi administrés, si ce n'est à certaines débilités de l'organisme, à des états de faiblesse générale, des anémies, etc.; mais je doute qu'on puisse en espérer quelque succès.
Je comprendrais mieux l'emploi de l'électrisation par étincelles avec le bain électrique. Si, en effet, un individu étant isolé ainsi et sous l'influence d'une charge plus ou moins forte d'électricité, on vient à approcher successivement des différentes parties de son corps des conducteurs métalliques non isolés^ on en tire une série de petits courants instantanés par lesquels le corps électrisé se décharge. U y a une vingtaine d'années, on a beaucoup employé ce mode d'électrisation, et il a même joui pendant quelque temps d'une certaine vogue» On tirait les étincelles du corps, soit avec la main de l'opérateur, soit à l'aide de conducteurs métalliques à boules ou même de brosses formées de nombreux fils métalliques. C'est particulièrement contre des paralysies qu'on a essayé d'appliquer ce mode d'électrisation ; je doute, malgré ce qu'on en a dit, qu'on ait obtenu beaucoup de guérisons. Cette méthode est, du reste, complètement tombée dans un oubli justement mérité.
§ III. Électrisation à Vaide d'un condensateur.
On peut, comme on le sait, à l'aide de la bouteille de Leyde ou du condensateur, accumuler de grandes quantités d'électricité sur des surfaces peu étendues.
Voici comment on peut l'employer : on met en communication la garniture extérieurede la bouteille avec un despoints
ÉLEGTIUCQÉ 8TAT1QUE. /[S
^ de la surface du corps sur laquelle on veutagir, tandis qu'on approche de la surface opposée de la même partie l'une des branches d'un excitateur, dont l'autre branche est en communication avec la garniture intérieure de la bouteille. L'étincelle jaillit alors avant que l'excitateur ait tout à fait touché la peau ; et les parties situées entre les deux points qui ont reçu, l'un le conducteur de la surface extérieure, l'autre celui de la tige de la bouteille, reçoivent l'action de l'électricité au moment de la production de l'étincelle. C'est encore au rétablissement de l'équilibre électrique, et par conséquent à l'électricité en mouvement, que sont dus les effets produits par la bouteille de Leyde, et la grande tension de l'électricité lui permet de vaincre la résistance d'une grande épaisseur de tissus. On peut donc, à l'aide de la bouteille de Leyde, agir énergiquement, soit sur lesmuscîes, soitsur d'autres organes ; on ne peut toutefois localiser les effets que produisent des commotions qui se propagent presque toujours plus ou moins à l'appareil cérébro-spinal.
Quand une partie est continuellement électriséepar la décharge d'une bouteille de Leyde, ou qu'elle est parcourue par des courants continus, les nerfs perdent de leur excitabilité et les muscles ne se contractent plus que sous l'action de décharges ou de courants plus énergiques : aussi n'emploiet-on les courants continus que lorsqu'il s'agit de calmer une surexcitation nerveuse. Les décharges successives ou les courants discontinus produisent des effets opposés. Ces effets sont quelquefois si énergiques, qu'ils produisent le tétanos dans des animaux nouvellement tués.
Je n'aurais pas insisté aussi longuement sur cette manière d'employer l'électricité, si je n'avais lu, dans le mémoire très intéressant publié par M. Yalérius sur l'emploi de l'électricité en médecine, un exemple bien remarquable de guérison obtenue par l'emploi de la bouteille de Leyde, exemple qui dcmonlire que l'excitation due à l'emploi répété desconi-
motions électriques a pu rendre à des organes l'excitabilité qui leur manquait.
Cette observation est due à M. Stacquez, qui Ta publiée dans les Archives belges de médecine militaire (18/|.9).
II s*agit d'un officier âgé de trente-cinq ans, impuissant depuis plusieurs années, et chez lequel les érections rares et incomplètes le mettaient dans l'impossibilité absolue de pratiquer l'acte du coït. M. Stacquez obtint une guérison complète de ce malade en faisant passer la décharge d'une bouteille de Leyde de l'extrémité inférieure de la colonne vertébrale à la racine de la verge, de manière à produire l'explosion à ce dernier point.
Malgré tout ceci, on ne peut méconnaître que les commotions produites à l'aide de la bouteille deLeydechez l'homme sain n'aient pour effet de déterminer de l'engourdissement et d'épuiser à un certain degré la motilité et la sensibilité. Une batterie puissante peut même les arrêter complètement et agir comme un diminutif de la foudre. Il est probable, dans ce dernier cas surtout, que la commotion agit en désorganisant les filets nerveux. Il résulte de là qu'il est peu rationnel d'employer, comme on l'a fait si fréquemment il y a une trentaine d'années, des commotions un peu énergiques d'une bouteille de Leyde contre des paralysies.
Les trois modes d'application de l'électricité statique, que nous venons de passer en revue, présentent tous trois un inconvénient qui, à défaut d'autres, pourrait presque seul faire renoncer à leur emploi. — Cet inconvénient^ c'est un état névrosthénique, une espèce d'éréthisme nerveux qui se développe à la suite de leur usage chez les sujets qui y sontsoumis. Cet état, qui se prolonge quelquefois plusieurs heures après la cessation de l'électricité, fatigue beaucoup les malades qui le présentent. Ce sont des inconvénients que l'électrisation localisée, qui, cependant, n'en est pas totalement dépourvue, est loin de présenter au même degré.
laLECTRlCITE DYNAMIQUE. A7
L'électricité statique employée en médecine ne produit en réalité qu'une surexcitation externe ou superficielle. Chercher autre chose, ce serait peut-être une illusion. Dans l'état actuel de la science, il ne faut parler que des effets physiques et physiologiques de l'électricité bien constatés.
Il résulte, du reste, de cet exposé rapide, que ces trois modes d'emploi de l'électricité statique sont à peu près aujourd'hui complètement abandonnés ; les piles voltaïques et les appareils d'induction donnant des actions dont il est beaucoup plus facile de graduer les effets en permettant d'agir dans de bien meilleures conditions, il est donc inutile d'y insister plus longuement.