‹ Traité des applications de l'électricitéChapitre 11 sur 61 · CHAPITRE ÏL · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏL

Xlmploi de Véle©irieHé dysifôutiqrac»

Si l'on veut bien réfléchir un instant h l'emploi de l'électricité en médecine, on comprendra facilement que cet agent produise toujours une action analogue, mais plus ou moins énergique, suivant les différents moyens mis en usage. Quand on se sert des machines ordinaires dont on a déjà parlé, comme lorsqu'on emploie les piles, il se produit toujours une circulation d'électricité plus ou moins instantanée, d'où résulte un trouble momentané de l'équilibre électrique^ trouble suivi de contractions et de commotions. — » En outre, plus le passage de l'électricité est rapide, plus les effets qu'elle produit sont énergiques, en supposant l'intensité électrique la même dans les deux cas. C'est pour ce motif que les appareils d'induction, ainsi qu'on le verra plus bas, agissent plus énergiquement que les piles, .quoique fournissant une moins grande quantité d'électricité, parce qu'ils donnent naissance à des courants pour ainsi dire instantanés et dont la tension

est plus forte. Leur action se rapproche beaucoup plus de celle des conducteurs que lorsqu'on fait usage de la pile ordinaire, et s'il est permis d'employer cette comparaison, on peut assimiler un appareil d'induction à un instrument fournissant une succession de décharges analogues à celles d'une petite bouteille de Leyde.

Les physiciens ne reconnaissent dans l'emploi de l'électricité qu'un seul effet, celui d'irriter les nerfs, d'où résulte une contraction des muscles dans lesquels ils se ramifient. Cet agent se comporte donc comme tous les excitants ordinaires, comme les acides, le feu, le pincement, etc.; seulementil agit avec plus de force.

Le mode d'irritation, quand le courant a peu d'intensité, dépend de la nature du nerf affecté, selon qu'il préside au mouvement ou au sentiment ; dans le premier cas il y a contraction, dans le second douleur. Quand le courant a une certaine intensité, cette distinction n'existe plus : rarement les praticiens ont égard à ce double effet.

Les appareils destinés à fournir l'électricité dynamique sont de deux sortes :

1° Appareils à courant direct ;

2° Appareils à courant par induction. Ces derniers, ainsi que nous le verrons, peuvent se diviser en appareils électromagnétiques et appareils magnéto-électriques.

§ I". j4ppareils à courants directs.

On pourrait faire usage d'une pile quelconque, mais comme il est nécessaire d'en employer une qui fournisse un courant d'une certaine tension et que l'on n'a pas besoin d'une grande quantité d'électricité, c'est surtout une pile d'un grand nombre d'éléments dont on fait le plus d'usage, et non pas d'une pile dont les lames des couples aient une large surface. Les piles à larges surfaces sont employées quand il s'agit de pro-

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duire des effets calorifiques pour des cautérisations ; il faut alors de la quantité et peu de tension. Aussi, les piles à courant constant employées pour les efl'ets électro-chimiques et électro-magnétiques sont-elles inutiles. On s'en est tenu en général à la pile à auges et aux chaînes électriques.

Piles à auges. — Jusqu'à une époque même fort rapprochée de nous, on ne faisait usage que de piles à auges. C'est avec ces piles que Magendie a fait ses ingénieuses applications à la thérapeutique. C'est avec la même pile qu'on a obtenu les premiers effets bien réels dans l'application des courants électriques au traitement des maladies. Je dis plus, malgré la facilité plus grande de l'emploi des appareils d'induction, la pile à auges ne mérite pas le discrédit complet dans lequel elle est tombée dans les applications médicales.

La pile à auges est certainement une des formes les plus commodes sous lesquelles on puisse employer la pile pour obtenir des effets de tension. Les piles de Faraday et de Munclce sont, il est vrai, mises plus facilement en action j mais il est plus difficile de bien nettoyer les surfaces des lames, et elles ne sont préférables que lorsque l'on veut opérer avec une intensité assez forte et pendant fort peu d'instants.

Les piles à auges sont d'une construction facile, mais leur action diminue rapidement quand on les charge avec de l'eau acidulée ; elles ne fonclionnent avec quelque régularité que lorsqu'elles sont faiblement chargées, mais alors elles donnent des commotions qui ont très peu d'intensité. Les deux grands inconvénients qu'on y trouve sont le défaut de constance dans les effets et la difficulté de les nettoyer.

Quand on opère en prenant pour liquide de l'eau salée très légèrement acidulée, et qu'il n'est pas nécessaire d'un courant énergique, une seule de ces piles de quarante éléments, de grandeur médiocre, fournit toute l'électricité que l'on peut avoir à appliquer en médecine.

50 APPLICATIONS DE l'ÉLIîCTUICITÉ.

La pile à auges peut être employée pour administrer des courants continus comme nous verrons que cela est quelquefois nécessaire dans les névralgies. Mais quand on veut obtenir des contractions, il faut agir en interrompant et en rétablissant le courant. Ces interruptions et ces rétablissements alternatifs sont quelquefois opérés par l'expérimentateur lui-même, mais ce mode est peu commode et l'on préfère les interrupteurs. Ces interrupteurs sont de plusieurs espèces, et il faudrait avoir recours à un d'eux si l'on voulait encore faire usage d'une pile à auges. Ces interrupteurs sont les pendules mis en mouvement dans un appareil particulier, ou même, comme l'avait fait Fabré-Palaprat, tout simplement un métronome servant à battre la mesure en musique, et avec lequel on avait des courants alternativement en sens contraire; une roue dentée comme l'a employée M. Masson, ou bien encore le petit appareil interrupteur si ingénieux construit par MM. Pulvermacher pour leurs chaînes.

On doit remarquer que les contractions ne se produisent qu'au moment où le courant commence à passer dans les muscles ou les nerfs, ou bien au moment où il finit; tandis qu'il cesse quand il est invariablement établi, à moins que l'on emploie un courant plus intense ; ce qui serait la preuve que le passage du courant énerve le nerf, en affaiblissant son excitabilité. On doit conclure de là que le passage de l'électricité produit dans ces organes une modification instantanée, subsistant tant que le courant circule ; or, comme il y a contraction toutes les fois qu'on interrompt le circuit, cet efi'et indique, soit une action inverse duo au courant d'induction qui se produit dans l'organisme, et qui est inverse du courant primitif, soit le retour des molécules organiques à leur position naturelle d'équilibre.

Du reste, il faut quelquefois non-seulement rendre le courant alternatif, mais encore le changer de aenSj car le phé-

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nomènc des alternatives voltaïques montre que, lorsque le courant provenant d'un certain nombre de couples a circulé pendant quelque temps dans le nerf d'un membre d'un animai, les muscles de ce membre ne se contractent plus en ouvrant ou en fermant le circuit ; tandis que si l'on change la direclion du courant, les contractions se manifestent de nouveau (1).

La pile à auges a fourni un instrument précieux à Haller, à Nysten, à Magendie, à Thillaye, etc. On aurait encore de l'avantage à l'employer dans le cas où l'on voudrait faire usage de courants continus destinés h opérer des réactions chimiques dans l'intérieur des tissus, comme MM. Becquerel et Breschet l'ont déjà tenté. Ixur but était de dénaturer le caractère des sécrétions des plaies, de les faire devenir, par exemple, acides d'alcalines qu'elles étaient, de môme que l'on rend un métal moins oxydable en le mettant dans un état négatif. Ces essais n'ont pas encore été faits toutefois d'une manière suivie.

Enfin, tout récemment, les propriétés calorifiques de la pile ont été appliquées avec avantage à la destruction par le feu des tissus malades; il faut avoir alors recours à des éléments de pile à large surface ou simplement à des éléments de pile de Growe ou de Bunsen.

§ 11» Chaînes métalliques.

Il est malheureux qu'une publication effrénée ait détourné les médecins de l'emploi des chaînes, elles constituent en effet un bon appareil, ce qui pourrait rendre d'utiles services à la thérapeutique.

La pile ou chaîne de Pulvermacher, à l'aide de laquelle

(1) Voyez Becquerel el E. Becquerel, Traité d'électricité, 1855, o vol; in-8, t. 1, p. 375, et Becquerel, Traité de physique considéré dans ses rapports avec la chimie et les sciences naturelles, 18Zi'2, 2 vol. in-8 et atlas.

on obtient des effets considércables de tension, est formée d'un grand nombre de couples : chaque couple se compose cl'un petit cylindre de bois, de 2 à 5 ou 6 centimètres de longueur et de 5 à 6 millimètres de diamètre ; deux fils métalliques, l'un en zinc, l'autre en laiton, sont enroulés en hélice autour de ce petit cylindre, mais parallèlement, à un demi-millimètre de distance et sans se toucher; le premier aboutit à deux crochets de laiton fixés dans le bois, et le deuxième à deux autres crochets. En plongeant ce système dans du vinaigre ordinaire, les deux fils et le bois humide constituent un couple voltaïque qui cesse de fonctionner quand le bois est sec. On réunit 50 à 60 éléments semblables, s' accrochant par les pôles de nom contraire, on forme ainsi une chaîne qui est une véritable pile.

Pour en faire usage, on trempe la chaîne dans un acide étendu. En général , on se sert d'acide acétique étendu d'eau, ou bien même d'une dissolution de chlorure de sodium.

Les chaînes de Pulvermacher sont des piles voltaïques dont les éléments ont une disposition ingénieuse et qui permettent de remphr facilement les conditions indiquées plus haut, savoir : de fournir un grand nombre d'éléments sous un très petit volume, et d'avoir ainsi des piles douées d'une haute tension électrique.

Une fois imbibées soit d'acide acétique étendu d'eau, soit d'une dissolution de chlorure de sodium, on attache à l'une de ses extrémités une éponge à l'aide d'une espèce de pince métallique, et à l'autre extrémité un petit appareil à interruption qui sépare la pile de la deuxième éponge. Cet appareil interrupteur se monte comme un appareil d'horlogerie, il permet d'administrer des courants avec intermittence. 1/acide acétique est préférable à la dissolution de sel marin, parce qu'il n'empâte pas les couples.

Les chaînes de Pulvermacher, employées .d'une manière

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