C. Paralysies symptomatiques d'une maladie générale
D. Paralysies essentielles proprement diles.
A. Paralysies symitioraîatîqoirs d'aiîe îësîoES dra cerveau , de Ea
rasoeîîc épscsièrc oaa des Ejerffs.
1° Lésions du cerveau.
Toute lésion matérielle du cerveau peut déicrminer et détermine le plus souvent um pai-alysie des membres du côté opposé à r hémisphère malade. Quelquefois celte paralysie
ilh APPLICATIONS DE l'eLECTRICITÉ.
est générale. Dans des cas beaucoup plus rares, elle est constituée par une paraplégie.
Les diverses espèces de paralysies produites par les lésions matérielles du cerveau sont complètes ou incomplètes. On doit à Marshall-Hall d'avoir démontré que dans toutes ces paralysies la contractilité électrique des muscles atteints était au moins conservée parfaitement intacte, et qu'elle pouvait quelquefois même devenir un peu plus énergique que dans l'état normal. J'ai eu bien des fois l'occasion de rechercher le fait signalé par Marshall-Hall et je n'y ai jamais trouvé d'exception. Dans les paralysies les plus complètes et les plus absolues, la contractilité électrique était toujours parfaitement conservée. La conservation de cette propriété est d'une grande valeur pour le diagnostic de ces affections. On doit toutefois observer qu'à mesure qu'on s'éloigne de l'époque à laquelle la lésion matérielle s'est produite, les muscles paralysés peuvent subir l'atrophie et la dégénérescence graisseuse, il arrive un instant où la contractilité électro-musculaire, d'abord conservée, peut diminuer, et finalement même disparaître.
Congestion cérébrale. — La congestion cérébrale produit rarement la paralysie. Ce n'est que dans quelques cas exceptionnels, et spécialement quand elle n'a pour siège qu'un seul hémisphère, que la congestion cérébrale se traduit par une hémiplégie. Cette hémiplégie a pour caractère d'être la plupart du temps incomplète et de ne pas s'accompagner d'anesthésie bien caractérisée. De plus , elle n'a jamais qu'une courte durée ; lorsqu'elle n'a pas disparu au bout de deux ou trois jours, il est probable qu'il y avait quelque chose déplus qu'une simple congestion et qu'on avait affaire à une petite hémorrhagie.
Dans cette variété d'hémiplégie, la contractilité électromusculaire est intacte, comme dans toutes les paralysies cérébrales.
Hémorrhagie cérébrale. — L'hémorrhagie cérébrale se traduit d'une manière constante par une paralysie. Abercrombieseul a cru trouver deux cas d'héniorrhagie cérébrale dans lesquels il n'y avait pas eu de paralysie ; mais ces deux faits discutés par MM. Andral, Dechambre, Durand-Fardel, n'ont pas été admis comme suffisants pour justifier sa proposition.
La paralysie symptomatique des hémorrbagies cérébrales n'a pas toujours les mêmes caractères. Lorsqu'elle est modérée et qu'elle siège dans l'un des hémisphères et spécialement le corps strié ou la couche optique, elle se traduit par une hémiplégiedanslesm.embresdu côté opposé. Si l'hémorrhagie est très intense, si elle occupe la plus grande partie de la protubérance, si, enfin, le sang a pénétré en assez grande quantité dans les ventricules, la paralysie est générale et frappe les quatre membres.
Ajoutons enfin que toutes les fois que le sang pénètre en quelque petite qtiantité que ce soit, soit dans les ventricules cérébraux, soit dans la grande cavité de l'arachnoïde, le phénomène contracture vient se joindre à la paralysie. L'anesthésie cutanée et profonde, au début surtout, accompagne le plus grand nombre des paralysies que nous étudions.
Le caractère essentiel des paralysies symptomaliquesd'une hémorrhagie cérébrale a été signalé, ainsi que nous l'uvons dit, par lûarshall-Hall, c'est la conservation complète et absolue de la Gontractilité électro -musculaire dans les membres paralysés, quelquefois même cette contractilité semble unpeu augmentée. C'est un signe d'une grande importance pour le diagnostic, et je ne l'ai jamais vu faire défaut.
Ramollissement ducerveau. — Soit à l'état aigu, soit à l'état chronique, il se traduit le plus souvent par des phénomènes de paralysie dont le mode de production diffère sensiblement de l'hémorrhagie cérébrale, mais qui, une fois développé, lui devient d'une ressemblance complète.
176 ArrLiGATiONS DE L'iÎLECTRIGlTK.
Dans les ramollissemenLs, la maladie se traduit par la manifestation d'une hémiplégie du col du corps opposé au côté du cerveau où siège la lésion ; il y a cependant trois circonstancesdans lesquelles la paralysie ne présente pas ces caractères, ce sont les suivants:
Dans quelques cas de ramollissement aigu, il y a des phénomènes de contracture ou des convulsions qui précèdent et accompagnent les phénomènes de paralysie.
Dans certaines formes de ramollissement chronique, il y a une paraplégie. Enfin, dans certains cas de ce genre, il n'y a pas de paralysie proprement dite, mais un affaiblissement général du système musculaire.
Mettant de côté ces modes tout exceptionnels de manifestation du ramollissement, nous dirons que, dans tous les cas de paralysies symptomatiquesdecette lésion cérébrale, la contractilité électro-musculaire est parfaitement conservée. Mais il faut l'étudier à une époque encore peu éloignée du début de la maladie ; car, à mesure qu'on s'éloigne -du début de l'affection, Tatrophie musculaire et rinfiltration graisseuse des fibres musculaires diminuent et finissent par faire disparaître cette contractilité. Il est, du reste, un fait digne d'être noté, c'est que l'atrophie et la dégénérescence graisseuse du tissu musculaire se produisent plus rapidement dans les paralysies, suites de ramollissement, que dans celles qui sont la conséquence des hémorrliagies cérébrales.
Des tumeurs et des produits accidentels développés dans le cerveau. — Je range sous ce titre des maladies bien différentes les unes des autres; il y a peu de choses à dire ici relativement aux applications de l'électricité qu'on peut tenter dans ces maladies, et les généralités très courtes que je présentci'ai ici s'appliqueront à ces différentes espèces, c'est-à-dire aux produits les plus différents qui peuvent se développer dans le cerveau.
Quels sont donc ces produits?
DES PAIIALYSIES. 177
On peut y ranger les tumeurs d'origine inflammatoire si bien décrites par Lallemand : a, les tumeurs fibreuses ou autres analogues; 6, les tumeurs cancéreuses ; c, les tumeurs tuberculeuses ; d, les tumeurs des os du crâne saillantes à l'intérieur; e, les kystes simples; f, les kystes hydatiques.
En dehors des symptômes propres et caractérisant d'une manière spéciale chacune de ces espèces, il est un certain nombre de phénomènes morbides que l'on peut considérer comme propres à toutes ces variétés de tumeurs. Cesphénonnènes sont les suivants :
1° Une céphalalgie dans un point fixe et déterminé, toujours le même, et présentant de temps en temps des exacerbations qui s'accompagnent fréquemment de vomissements.
2° Une diminution de la vue dans le plus grand nombre des cas, et quelquefois, mais plus rarement, de l'ouïe.
â° L'intelligence reste quelquefois intacte ; dans d'autres cas, elle s'affaiblit d'une manière notable.
Il" Des attaques convulsives survenant de temps en temps ressemblent quelquefois à de véritables attaques épileptiques ; elles peuvent être considérées comme le résultat de congestions sanguines qui se font autour des produits accidentels.
5° Une paralysie complète ou incom.plète et en général progressive du côté du corps opposé à la tumeur.
Ces symptômes, qui ne sont pas les seuls, sont cependant ceux sur lesquels il est le plus important d'insister, et qui permettent, autant qu'on peut le faire en pareil cas, d'établir le diagnostic, et ce sont donc eux qui conduisent à conseiller ou à proscrire d'une manière absolue l'emploi de l'électri* cité. Ces symptômes divers, c'est-à-dire la paralysie dans quelques cas, les contractions, les convulsions locales et générales sont, la plupart du temps, la conséquence des lésions secondaires qui se développent autour de ces tumeurs ; telles sont les congestions, les hémorrhagies, les ramollissements,
les indurations, les suppurations. Lorsqu'il existe une paralysie symptomatique d'une tumeur cérébrale, la contractilité musculaire est en général parfaitement conservée dans les muscles paralysés, et elle augmente lorsque cette paralysie s'accompagne de convulsions ou de contractions.
Pour terminer ce qui est relatif aux tumeurs cérébrales, je signalerai ce dernier fait, c'est que toutes les fois qu'il existe une paralysie consécutive à une compression cérébrale de nature quelconque, telle que tumeurs osseuses du crâne, tumeurs de la dure-mère, accumulation de sérosité dans la grande cavité de l'arachnoïde, etc., etc., la contractilité électro-musculaire est toujours conservée intacte.
2° Lésions de la moelle épinière.
Les paralysies considérées sous le rapport des lésions de la moelle épinière ou de ses enveloppes qui leur donnent naissance, peuvent être divisées en deux classes : dans la première, on doit placer les paralysies symptomatiques d'une compression de la moelle; dans la seconde, les paralysies qui sont la conséquence d'une lésion du tissu médullaire luimême.
a. Paralysies symptomatiques d'une compression de la moelle, — La compression de la moelle peut être produite par les lésions suivantes : une déformation du canal osseux, une tumeur ossiforme ou de toute autre nature siégeant dans le tissu osseux ou les méninges, faisant saillie dans le canal médullaire et comprimant le cordon rachidien sans le détruire et le désorganiser. L'accumulation de sang ou de sérosité dans la cavité arachnoïdienne ou dans le tissu sous-arachnoïdien peut encore produire ce même résultat.
Ces compressions diverses produisent des paralysies plus ou moins complètes et dont l'intensité est en rapport avec rétendue de la lésion, son intensité et son action sur le tissu
nerveux médullaire. Tant que cette cause de compression n'a. pas détruit, ramolli ou atrophié le tissu médullaire, les membres paralysés présentent pour caractère d'avoir conservé leur contractilité électro-musculaire. Cette conservation a une grande valeur pour le diagnostic et même pour le traitement. La contractilité électro-musculaire est au contraire abolie lorsque le tissu médullaire , sous l'influence de la compression, a subi une altération quelconque.
En résumé, lorsqu'il y a une simple compression de la moelle, la contractilité électrique est conservée, et cette conservation indique que la cause amenant la compression étant enlevée, la contractilité volontaire serait capable de revenir.
b. Paralysies symptomatiques de lésions de la moelle, — Ces lésions sont à peu près exclusivement constituées par le ramollissement aigu et le ramollissement chronique de la moelle épinière. Je m'occuperai donc à peu près exclusivement de ces deux maladies malheureusement si fréquentes.
Myélite aiguë. — La myélite aiguë compte parmi ses symptômes les plus caractéristiques, des phénomènes de paralysie dans les membres inférieurs, et quelquefois dans les membres supérieurs. Je ne sais s'il est entré dans l'esprit de quelque médecin d'administrer l'électricité en pareille circonstance ; ce que je puis dire, c'est que rien ne serait plus irrationnel ; bien plus, je crois qu'on ne pourrait qu'aggraver les symptômes et donner un caractère beaucoup plus sérieux à la maladie. Je me fonde pour émettre cette opinion, sur un certain nombre de faits, à l'égard desquels j'entrerai dans quelques développements en traitant des ramollissements chroniques.
Cette myélite aiguë peut conduire aune myélite chronique, et par conséquent à une paraplégie persistante. Ce cas, rentrant dans la section suivante, je n'en parle ici que pour mémoire.
Myélite chronique [ramollissement chronique), — ' Le
180 APPLICATIONS DE l'ÉLECTPJGITI' .
ramollissement chronique est malheureusement une maladie bien commune et que Ton observe tous les jours ; la paraplégie est le phénomène morbide le plus général, le plus important par lequel elle se traduit. D'un autre côté, la paraplégie peut aussi se manifester indépendamment de toute lésion médullaire, et les effets de l'électricité sont tout autres dans cette dernière que dans la première. Il est donc important d'entrer ici dans quelques détails un peu circonstanciés.
Les symptômes de ramollissement chronique confirmé sont les suivants :
1° Douleur dans un point de la région vertébrale correspondant ordinairement à la partie de la moelle qui est le siège du ramollissement. Cette douleur ne se manifeste souvent que sous l'influence de la pression ou bien d'une percussion légère de la région correspondante ; elle s'étend circulairement autour du tronc, et étreint le malade comme dans une ceinture. Cette constriction circulaire, à peine indiquée chez quelques malades, estchez d'autres une véritable ceinture de fer qui les gêne à un point considérable, et peut même s'opposer à la liberté de la respiration.
2° Engourdissement et fourmillements dans les muscles qui sont le siège de la paralysie, c'est-à-dire dans les membres inférieurs. Ces symptômes ont ici une importance réelle ; ils précèdent en général la paralysie ; quelquefois, en même temps qu'ils se montrent, on observe déjà un peu de faiblesse dans les membres.
3° Douleurs musculaires. Les douleurs dans les muscles qui sont plus tard envahis par la paralysie sont rares dans le ramollissement chronique; elles peuvent cependant exister.
k" Paralysie permanente dont le siège et l'étendue sont en rapport avec le siège du ramollissement.
Dans le ramollissement de la région cervicale et de la partie supérieure dç la région dorsale, il existe une paraly-
DliS PAlULYSrES. 181
sie progressive des quatre membres qui quelquefois se complique à la fin de la paralysie des muscles respirateurs. Dans le ramollissement de la région dorsale, au-dessous de la naissance du plexus brachial et dans celui de la région lombaire, il y a seulement paralysie des membres inférieurs (paraplégie).
On observe quelquefois une véritable paralysie ascendante, ce fait est assez rare ; il consiste dans un ramollissement siégeant à la région dorsale inférieure et se traduisant par une paraplégie et toutes ses conséquences. A une certaine époque, les membres supérieurs commencent à devenir le siège de fourmillements et d'engourdissements, et plus tard ils sont atteints d'une véritable paralysie. En pareille circonstance, l'autopsie a quelquefois démontré que le ramollissement s'était étendu de bas en haut, mais il n'en est pas toujours ainsi, et cette paralysie ascendante doit alors être attribuée à une action réflexe de la moelle.
5° Dans le ramollissement chronique, la paralysie de la vessie est un symptôme sinon constant, du moins très fréquent ; elle se traduit d'abord par une paresse très grande dans l'émission des urines, et quelquefois une véritable rétention ; plus tard , par une émission involontaire de ce produit de sécrétion. On sait que le premier cas a lieu lorsque le corps seul de la vessie est paralysé, et le deuxième avec la paralysie du col de cet organe.
6° La paralysie du rectum est encore un des symptômes du ramollissement de la moelle parvenu à un certain degré; d'abord la constipation, ensuite l'issue involontaire des matières fécales, traduisent cet état paralytique du rectum.
7" La sensibilité de la peau présente des variations très grandes, dont on n'a pu jusqu'à présent se rendre compte ; dans quelques cas, elle reste intacte ; dans un grand nombre, elle est diminuée plus ou moins, ou anéantie. En tenant compte de ces variations on peut toutefois admettre d'une
manière générale que dans la n:iajorité des cas, l'anesthésie est proportionnelle au degré de la paralysie musculaire, qu'elle diminue à mesure que cette dernière augmente, et enfin qu'elle s'anéantit lorsque cette paralysie est complète. 8° L'intelligence, à moins de complication, est intacte. Tels sont, à part quelques phénomènes secondaires dont il est inutile de parler ici, les symptômes du ramollissement chronique ; il y a toutefois quelques observations à faire touchant leur évolution et leur enchaînement.
Ces phénomènes morbides divers diffèrent d'abord par leur intensité. Il y a une grande échelle à parcourir entre la simple faiblesse musculaire et la paralysie complète, entre une faible anesthésie et une anesthésie complète.. La production de ce phénomène est en rapport avec le degré, l'étendue et l'ancienneté de la lésion.
La considération de l'évolution de la maladie a une importance réelle relativement au sujet qui nous occupe ; on doit, en effet, établir à cet égard les distinctions suivantes : Il y a d'abord une première série de cas dans lesquels les symptômes du ramollissement chronique succèdent plus ou moins rapidement à ceux du ramollissement aigu.
Dans une seconde série, on doit ranger les ramollissements chroniques proprement dits, pour lesquels il faut tenir compte des phénomènes suivants ;
a. La période de développement ou l'évolution de la maladie pendant laquelle les phénomènes morbides, d'abord peu caractérisés, augmentent peu à peu d'intensité, jusqu'à ce qu'ils atteignent un maximum quelconque en rapport avec l'étendue et l'intensité de la lésion. En général, tant que la lésion angmente et d'étendue et d'intensité, l'accroissement des symptômes ne cesse pas d'avoir lieu, et cet accroissement est une circonstance pathologique, sur laquelle nous nous appuierons pour établir l'époque à laquelle on doit instituer le traitement.
b. Uétat stationnaire. La stationnante des symptômes a lieu lorsque la lésion médullaire reste stationnaire, ou même lorsqu'elle subit un travail de réparation et de cicatrisation ; elle peut durer toute la vie, et aboutir, soit à une nouvelle augmentation de symptômes, soit à quelque complication qui emporte les malades.
c. La période de décroissance ou d'amélioration des symptômes; malheureusement on l'observe rarement et on la considère presque comme une exception.
Lorsqu'elle existe, elle peut succéder, soit immédiatement à la période d'accroissement, soit ne survenir qu'après un certain temps d'état stationnaire.
Au milieu de 4ous ces phénomènes caractéristiques du ramollissement chronique et dans les périodes diverses qu'il peut présenter, on devait rechercher ce qu'était devenue la contractilité électro-musculaire. Plusieurs expériinentateurs se sont occupés de ce sujet, et leurs opinions ne concordent pas toutes entre elles.
Marshall-Hall, en établissant que la contractilité électromusculaire était augmentée ou au moins conservée intacte dans les paralysies symptomatiques des affections cérébrales, avait annoncé qu'il en était tout autrement dans les paralysies symptomatiques des affections médullaires, et que, dans ces dernières, la contractilité électro-musculaire était abolie. M. Duchenne admet, d'après ses propres expériences, la vérité du fait annoncé par Marshall-Hall.
H y a, je crois, une singulière exagération à prétendre établir cette proposition d'une manière absolue. En effet, si la proposition du médecin anglais est vraie en général, il y a de nombreuses distinctions à faire pour les cas particuliers.
J'ai étudié la contractilité électro-musculaire dans les nombreux cas de maladie de la moelle qui se sont présentés dans mon service depuis six ans, et je suis arrivé aux résultats suivants :
iSIl APPLICATIONS DE lYîLECTRICITÉ,
Le degré OU l'intensité de la contractilité électro-musculaire est en raison directe de la conservation du mouvement volontaire. Quand il n'existe qu'un peu d'affaiblissement, qu'une paralysie légère et très incomplète des membres, il n'y a qu'une simple diminution de la contractilité électromusculaire. Si la paralysie est complète, et si le mouvement volontaire est aboli d'une manière absolue, la contractilité électro-musculaire est également anéantie d'une manière absolue.
On peut donc regarder comme parfaitement exacte cette proposition, que le degré de la contractilité électro-musculaire est en raison directe du degré de conservation des mouvements volontaires. •*
3° Lésion des nerfs.
Toute lésion matérielle d'un nerf du mouvement ou d'un nerf mixte, si cette lésion est d'une certaine intensité et a pour effet de le détruire et de le désorganiser, anéantit le mouvement et quelquefois même le sentiment dans les muscles auxquels ce nerf se distribue.
Les lésions capables de produire un tel effet sont nombreuses, et il est à peine utile de les rappeler ici : la névrite aiguë et chronique, la solution traumatique des nerfs, la compression d'un nerf par des tumeurs de diverses natures, la destruction des nerfs compris dans des foyers de suppuration, des eschares gangreneuses ou des cancers, les tumeurs siégeant dans les nerfs eux-mêmes. Voilà bien des causes qui peuvent produire la paralysie du mouvement dans les muscles auxquels se distribuent les nerfs.
M. Duchenne a étudié d'une manière spéciale les paralysies traumatiques des nerfs mixtes. Voici les principaux résultats auxquels il est arrivé.
Toute lésion traumatique d'un nerf mixte occasionne un trouble plus ou moins grave dans l'état de la sensibilité des
DiiS PARALYSIES. 185
mouvements volontaires et de la nutrition des muscles qui sont sous sa dépendance.
Les troubles de la sensibilité et de .la contractilité électromusculaire constituent une étude intéressante à faire. Quand toutes les fibres d'un nerf ont été atteintes et désorganisées par la lésion, la contractilité électro-musculaire des parties auxquelles se distribue ce nerf est anéantie. Quand toutes les fibres d'un nerf n'ont pas été détruites, il peut se faire que les mouvements volontaires soient anéantis, et cependant que la contractilité électro- musculaire soit conservée partiellement ou intégralement. C'est dans ces derniers cas qu'on peut espérer laguérison au moyen de l'électricité.
Il peut se faire encore que certains muscles qui ne paraissent pas atteints dans leurs mouvements volontaires aient perdu leur contractilité électro-musculaire, cela me semble assez singulier, et les faits cités par M. Duchenne sont loin de m'avoir convaincu. Ce médecin ne peut s'empêcher luimême de trouver singulier la coïncidence de ces deux faits : abolition des mouvements volontaires sans lésion du nerf, et conservation de la contractilité électro-musculaire. Il croit en trouver la cause dans une sorte de solidarité entre tous les nerfs d'un même membre. Si l'un d'eux vient à être gravement lésé, il y a non-seulement un trouble dans la motilité des muscles auxquels il se distribue , mais encore dans d'autres muscles dont les nerfs sont intacts.
Tout ceci n'est qu'une hypothèse.
Quant à la sensibilité électro-musculaire, M. Duchenne établit qu'il faut que la lésion des nerfs soit profonde pour que les muscles aient perdu complètement leur sensibiUté. Cela est encore plus vrai pour la sensibilité cutanée.
Quant à la déduction thérapeutique, elle découle des faits précédents. On peut résumer de la manière suivante les conclusions auxquelles M. Duchenne est arrivé. D'après ce médecin, les muscles qui ont perdu leur contractilité et leur
sensibilité électrique par suite d'une lésion des nerfs qui les animent sont bien souvent incurables ; au moins faut-il un temps très long pour obtenir une influence heureuse de l'action de l'électricité localisée.
Quand ces muscles doivent guérir, on observe souvent dans le début de l'électrisation localisée une hyperesthésie des muscles et des nerfs atteints, ce qui alors constitue un signe favorable. Un des premiers effets de l'électricité localisée est de faire disparaître le refroidissement des parties auxquelles se distribue le nerf lésé.
11 y a ici une observation à faire. D'après M. Duchenne, il y a souvent une différence de 5 à 6 degrés entre le côté sain et le côté malade, c'est-à-dire la partie paralysée. Or ceci est tout à fait une erreur ; les expériences de MM. Becquerel et Breschet, et bien d'autres depuis, ont démontré que jamais pareil phénomène n'arrivait dans les membres paralysés. Non-seulement le fait est matériellement inexact, mais même l'induction physiologique ne permet pas de soutenir une pareille hypothèse. La circulation capillaire et la calorification ne sont pas, en effet, sous la dépendance des nerfs mixtes dans la vie de relation.
Continuons l'exposé des idées de M. Duchenne ; l'électrisation localisée exerce une action sur la nutrition des muscles auxquels se distribue le nerf lésé et le membre augmente de volume; cette proposition est-elle encore bien réelle?
Le retour des mouvements volontaires est toujours précédé de celui de la tonicité musculaire; bientôt après, la contractilité volontaire reparaît à son tour, quoique lentement et graduellement; l'action thérapeutique de l'électrisation localisée paraît se manifester d'autant plus vite dans un muscle que ce dernier est plus rapproché du centre nerveux.
Enfin, la dernière conclusion de M. Duchenne, si elle est vraie, ébranlerait, comme il le dit lui-même, certaines vérités fondamentales de la science. La voici :
La lévsion de la contractilité électro-musculaire persiste après la guérison, malgré le rétablissement des mouvements volontaires.
Je dis, si cette conclusion est vraie; car rien n'est plus douteux, je n'ai jamais eu occasion d'observer rien de semblable : conservation ou rétablissement des mouvements volontaires d'une part, et de l'autre, abolition de la contractilité électro-musculaire. Cette conclusion est plus facile à avancer qu'à démontrer, et M. Duchenne s'est sans doute fait quelque illusion à cet égard.
M. Duchenne pense que dans la majorité des cas, les paralysies consécutives aux lésions traumatiques des nerfs peuvent être guéries par l'électrisation localisée. C'est encore une proposition bien hasardée, et lui-même semble de cet avis quand il dit : « Je crains bien que la proportion des guérisons des paralysies traumatiques que j'ai déduites des faits recueillis dans ma pratique paraisse exagérée à certains praticiens; je crains encore qu'ils n'obtiennent pas exactement les mêmes résultats ; qu'on n'en accuse pas la faradisation localisée, mais seulement les difficultés sans nombre d'un traitement qui exige beaucoup de temps et de patience. »
Quant à moi, voici les résultats des faits que j'ai pu observer ;
Dans les cas de blessures, déchirures, contusions, compressions des nerfs produites sous l'influence de causes diverses, les muscles auxquels se distribuent ces nerfs sont la plupart du temps atteints d'une paralysie, quelquefois complète, plus souvent incomplète des mouvements volontaires. Leur sensibilité , souvent intacte , est quelquefois diminuée ou même anéantie d'une manière complète.
En étudiant en pareil cas l'état de la contractilité et de la sensibilité à l'aide des courants électriques, on arrive aux résultats suivants :
188 AL'FMCATIÛIN'S Dii L'Él-iiGTiUClTJS.
Dans un grand nombre de cas, l'état des contractions volontaires et celui de la contractilité électro-musculaire marchent ensemble; ainsi, quand tous les filets d'un nerf sont détruits, il y a abolition complète du mouvement volontaire, abolition de la sensibilité et extinction de la contractilité électro-musculaire; en pareil cas, la guérison me semble impossible, et pour qu'elle s'opérât, il faudrait admettre que les anastomoses des branches nerveuses des nerfs sains et des nerfs malades sont des agents de transmission tels, que les premières communiqueraient aux secondes l'excitation cérébrale dont elles ont reçu l'influence. Ce fait peut exister, mais il n'a pas été démontré.
Dans le cas de lésion incomplète d'un nerf, c'est-à-dire dans le cas où tous ces filets nerveux ne sont pas détruits, deux choses peuvent arriver :
i° La paralysie des mouvements volontaires est complète, la sensibilité quelquefois diminuée, est la plupart du temps conservée, mais la contractilité électro-musculaire est intacte ou seulement légèrement diminuée ; ce cas, sans être rare, s'observe quelquefois. C'est aux filets nerveux restés intacts que la conservation de la contractilité électro-musculaire est due ; alors on peut guérir, seulement le traitement est fort long.
2° La paralysie des mouvements volontaires est incomplète ; la sensibilité est peu diminuée ou conservée intactej la contractilité électro-musculaire quelquefois un peu diminuée, est également conservée intacte. La guérison de pareils faits est certainement encore plus possible que celle des précédents, en admettant que les fibres du nerf lésé restées saines transmettent les mouvementset la contractilité électromusculaire.
Cette deuxième catégorie de faits ne différait de la première que par une seule circonstance : c'est que, dans le premier cas, la portion lésée du nerf agissait sur la partie
DES PAUALYSIHS. 1S9
saine, de telle manière que les moiivemeats volontaires étaient seuls anéantis, tandis que la contractilité électrorausculaire était conservée ; pour les seconds, au contraire, celte même influence sur les mouvements volontaires des filets restés sains n'avait pas lieu.
Maintenant, y a-t-il des cas dans lesquels, à la suite d'une lésion des nerfs, il y ait conservation ou récupération des mouvements volontaires et persistance de l'abolition de la contractilité électro-musculaire ? Non, il ne peut en être ainsi, et cela n'est pas. On s'expliquerait alors difficilement le rôle des courants électriques, et l'on ne comprendrait pas comment l'électricité pourrait, dans le même muscle, rétablir en même temps les mouvements volontaires sans toucher à la contractilité électrique.
B. Paralysies s^^npathiqnes de lésions organiques siégeant ailleurs que dans le système nerveux.
Ces variétés de paralysie n'ont été bien étudiées que dans ces derniers temps, et bien qu'elles soient assez fréquentes, il en était à peine question il y a quelques années. On doit à M. R. Leroy (d'Étiolles) d'avoir bien fait connaître cette classe de paralysies essentielles dans un travail qui a été couronné par l'Académie de médecine» Nous allons exposer de quelle manière on peut résumer l'état de la science à cet égard.
Toutes les maladies aiguës ou chroniques des reins, des uretères, de la vessie, et même de l'urèthre, peuvent s'accompagner d'une paralysie qui se manifeste surtout dans les membres inférieurs, et qui n'est en aucune manière due à une lésion matérielle de la moelle épinière et de ses enveloppes : la néphrite aiguë et chronique, la néphrite calculeuse, les diverses espèces de pyélite, la cystite aiguë ou chronique, le catarrhe vésical ; dans quelques cas même, l'uréthrite aiguë et l'uréthrite chronique. Je doute cependant qu'elles puissent
produire ce résultat sans s être propagées au moins à la vessie.
Ce genre d'affections est beaucoup plus commun chez l'homme que chez la femme. Il est assez difficile d'expliquer son mode de production. Comment les souffrances des organes génitaux urinaires influent-elles sur les fonctions de la moelle épinière de manière aies anéantir? Faut-il invoquer l'influence de la maladie sur les filets des grands sympathiques et les anastomoses de ces derniers avec les filets des nerfs rachidiens? C'est ce qu'il est difficile de dire, et la discussion de cette question sorti ait complètement de notre sujet. Je me borne seulement ici à constater le fait positif, l'existence d'une paraplégie sans lésion du tissu de la moelle, développée sous l'influence d'une maladie aiguë ou chronique des voies urinaires.
Les maladies des organes génitaux de la femme peuvent quelquefois produire des paralysies sympathiques analogues à celles que nous venons d'étudier. Ces organes, toutefois, semblent jouir sous ce rapport d'une influence beaucoup moins grande que celle des organes urinaires proprement dits.
Un jeune docteur, dans sa thèse inaugurale, a regardé les paralysies symptomatiques des diverses maladies de l'utérus comme assez communes chez la femme, et il en a rapporté quelques exemples. Je suis loin, certes, de contester ces faits, mais je les regarde comme beaucoup plus rares qu'il ne le pense, et dans les nombreuses observations de maladies de l'utérus que j'ai recueillies, il n'y eut que deux faits que Je puisse tout au plus faire rentrer dans cette catégorie.
Les maladies de l'utérus qui peuvent amener ces paraplégies sont la métrite aiguë, la métrite chronique, surtout quand cette dernière est accompagnée d'abaissement ou de version. L'inflammation des ligaments larges, celle de l'ovaire peuvent encore produire ce résultat.
Examinons maintenant les caractères de ces paraplégies sympathiques des maladies des voies génito-urinaires, caractères bien étudiés, ainsi que je l'ai dit, par M. R. Leroy (d'Étiolles).
Les paralysies dont il s'agit ici sont beaucoup plus communes à la suite des maladies chroniques que des maladies aiguës de l'appareil génito-urinaire. Quelquefois elles débutent en même temps; la plupart du temps, cependant, ce n'est qu'au bout d'un certain temps de leur existence qu'on observe le commencement du développement delà paralysie.
L'intensité de la paralysie est ordinairement en rapport avec l'étendue et l'extension de la lésion de l'appareil génitourinaire. Rarement elle est complète, cependant il y en a quelques cas. Ces paraplégies suivent en général les phases de la lésion matérielle primitive. Elles croissent, diminuent ou restent stationnaires avec elle. Si l'une guérit, les autres guérissent également, mais cette terminaison n'est pas une règle absolue, on voit quelquefois des paraplégies même complètes survivre à des maladies des voies urinaires complètement guéries.
Dans l'espèce de paraplégie que nous étudions, la contractilité électro-musculaire des muscles paralysés est toujours conservée parfaitement intacte. C'est même là un des caractères les plus importants à constater pour le diagnostic.
Pour terminer cette esquisse, nous dirons que M. R. Leroy (d'Étiolles) a rassemblé un certain nombre de faits dans lesquels on a eu occasion de pratiquer l'autopsie de sujets qui avaient succombé atteints en même temps d'une maladie des voies urinaires et de paralysie, et dans lesquels l'autopsie n'a révélé absolument aucune altération dans le tissu de la moelle.
Il est une série de faits qui pourrait toutefois induire l'observateur en erreur et dont je dois dire ici un mot.
Je crois tout à fait à l'existence de ces paraplégies sympto-
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matiques des maladies des voies génito-urinaires, mais il y a une chance d'erreur qu'il n'est pas toujours facile d'éviter.
Dans les paraplégies de causes les plus diverses et tout à fait indépendantes de maladies des reins et de la vessie, il arrive un instant où la rétention d'urine devient un des symptômes de la maladie. Alors, à la suite de cette rétention , survient quelquefois de l'incontinence des urines ; on voit ensuite se développer une sécrétion surabondante de mucus vésical d'abord, puis l'alcalinité des urines, qui en est la conséquence, amène la production d'une cystite chronique qui peut conduire à une pyélite et à une néphrite chronique. Or, en pareil cas, ces phlegmasies chroniques de la vessie et des reins sont la conséquence de la paraplégie et nullement son point de départ.
11 faut, dans un pareil cas, étudier avec soin l'évolution des accidents, bien constater ceux qui se sont montrés les premiers afin d'assigner à chacun leur rôle véritable. Il faut surtout apprécier en pareille circonstance la conservation ou l'abolition de la contractilité électro-musculaire qui peuvent contribuer beaucoup à éclairer le diagnostic.