C. Paralysies syniptonsatiqiaes de maladies générales
Ces paralysies sont de plusieurs espèces, et il est nécessaire d'établir à cet égard plusieurs sous-variétés.
Nous étudierons successivement :
1° Les paralysies symptomatiques d'une névrose;
2° Les paralysies rhumatismales ;
3° Les paralysies symptomatiques d'un affaiblissement général de l'organisme ;
li" Les paralysies symptomatiques d'une intoxication.
l" Paralysies symptomatiques d'une névrose.
Les névroses qui peuvent se traduire symplomatiquement par des paralysies musculaires, sont, en première ligne,
DES PARALYSIfiS. 193
l'hystérie ; viennent ensuite l'épilepsie, certaines variétés de chorée, la catalepsie. La première est de beaucoup la plus fréquente.
Paralysies hystériques, — Les paralysies hystériques, connues depuis longtennps, n'ont cependant été bien étudiées que dans ces derniers temps, et c'est à des auteurs modernes, parmi lesquels nous citerons MM. Briquet (1), Beau, Sandras et Bourguignon (2), etc., que l'on doit une connaissance plus exacte de cette variété si curieuse des paralysies.
Les paralysies hystériques sont ainsi appelées parce qu'elles ont pour caractère essentiel de se développerexclusivement chez des femmes hystériques ; de coïncider avec un certain nombre d'autres phénomènes nerveux auxquels on a donné également ce nom, et spécialement avec le sentiment de boule hystérique; enfin d'alterner, de succéder ou d'être remplacé par ces mêmes phénomènes nerveux.
Les paralysies hystériques du mouvement sont très variées et peuvent présenter différents types. Ainsi on peut observer une paraplégie, cas assez commun ; une hémiplégie , circonstance plus rare ; la paralysie isolée d'un membre ou d'une partie d'un membre, qui constitue le cas le plus fréquent.
Il est assez difficile de comprendre leur mode de production ; aussi a-t-on cherché à s'en rendre compte au moyen d'explications théoriques que nous allons examiner.
M. R. Leroy (d'Étiolles), dans son mémoire sur les paraplégies essentielles, a consacré un chapitre étendu aux paralysies, et spécialement aux paraplégies hystériques; il proposait l'explication suivante de leur mode de développement. L'observation ayant appris que les paraplégies
(1) Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie, 1859, 1 vol. in-8.
(2) Sandras et Bourguignon , Traité pratique des maladies nerveuses^ 2" édit., 1860, t. 1, p. 188.
hystériques succèdent le plus souvent aux attaques convulsives, surtout quand ces dernières ont été violentes et prolongées, ces paralysies seraient dues, suivant cet auteur, à l'absence plus ou moins prolongée de l'influx nerveux après une dépense exagérée et rapide de cet agent. De même on voit les excès vénériens produire l'anaphrodisie et l'impuissance, et les travaux excessifs de l'esprit entraîner des désordres intellectuels; de même on voit toute exagération extrême d'une fonction physiologique causer la paralysie momentanée de cette fonction,
M. Valérius de (Gand), qui a publié une fort bonne analyse critique du travail de M. Leroy (d'Étiolles), a fait observer que cette théorie était inexacte, attendu qu'il lui était arrivé bien des fois de guérir par l'électrisation, immédiatement après une attaque d'hystérie convulsive, des paralysies de tous les muscles d'un bras ou d'une jambe. Or, si la paraplégie avait été le résultat d'une dépense exagérée de l'influx nerveux, les membres paralysés auraient eu besoin d'un certain temps, plusieurs heures au moins, pour redevenir aptes à être guéris, soit par l'art, soit par la nature. Du reste, M. Valérius a vu, comme tous les médecins, des paralysies graves de nature hystérique survenir en dehors des attaques.
M . Valérius pense qu'il peut y avoir deux manières d'expliquer les paralysies hystériques. D'après lui, on peut supposer qu'elles sont dues à une déviation de l'influx nerveux occasionnée par la maladie dont le caractère serait de détourner l'influx nerveux d'un organe pour le porter sur un autre. Il expliquerait ainsi la guérison quelquefois si rapide de ces affections. Dans cette hypothèse, l'utilité de l'électricité pour la guérison de ces paralysies pourrait s'expliquer en admettant qu'elle agit par la douleur dont son application est accompagnée.
La seconde explication proposée par M. Valérius consiste
à attribuer la paralysie hystérique à un trouble survenu dans l'état électrique des muscles paralysés et que l'électricité galvanique ferait disparaître. Ce trouble consisterait dans l'affaiblissement de la polarité électrique de ces muscles, polarité qui donne naissance aux courants propres de ces organes, et dont l'existence aurait été démontrée par les travaux de M. du Bois-Raymond, de Berlin. Tout ingénieuses que puissent paraître ces deux explications, on ne saurait les considérer autrement que comme des hypothèses dont l'utilité est même fort contestable. ■ Pour rendre compte des effets de l'électricité dans ces sortes de paralysies, il est beaucoup plus important de rechercher quels sont les caractères principaux des paraly^ sies hystériques, qui sont assez nets et assez faciles à déterminer.
1° Les paralysies hystériques ne correspondent à aucune lésion appréciable du cerveau ou de la moelle épinière^ caractère qu'elles ont de commun avec toutes les paralysies nerveuses proprement dites.
2° Il existe chez les individus qui présentent ces espèces de paralysies et en dehors d'elles un état nerveux particulier qui domine la scène, et tient évidemment sous sa dépendance ces mêmes paralysies : c'est l'état hystérique chez la femme, ou bien chez l'homme, chez lequel ces affectionssont beaucoup plus rares, un état névrosthénique qui présente d'assez grandes analogies avec l'hystérie,
3» Les caractères les plus importants des paralysies hystériques se tirent de leur mode de production, de leur manière d'être proprement dite, et enfin de leur évolution.
Rien, en effet, de plus irrégulier que leur début, leur marche et leur terminaison. Elles se montrent tantôt lentement, progressivement, d'autres fois subitement ou d'une manière instantanée, presque toujours à la suite d'une impression nerveuse quelconque un peu vive.
Rien de plus variable non plus que leur ^intensité : tantôt faibles, incomplètes, d'autres fois absolues, tantôt passant rapidement et sans causes de l'un à l'autre degré dans un sens ou dans l'autre.
Leur mobilité, leur disparition brusque d'un point pour se montrer dans un autre, la variété très grande de leur siège, sont encore des caractères importants des paralysies hystériques. On peut signaler encore les variétés très grandes que Ton observe dans leur mode de terminaison. Quelquefois tenaces et rebelles aux médications les plus énergiques, on les voit ensuite disparaître spontanément et à l'instant pour ne plus reparaître ou bien pour récidiver plus tard dans le même endroit ou dans un autre point de l'organisme.
Il" Les paralysies hystériques diffèrent entre elles sous plusieurs rapports que nous allons rapidement examiner.
Siège. — La forme paraplégique est certainement la plus commune. L'hémiplégie hystérique.^ au contraire, si elle existe, est fort rare : on l'observe souvent localisée ; telle est la paralysie d'un membre ou même d'un système de muscles d'un de ces membres, comme les fléchisseurs ou les extenseurs. D'autres fois un seul muscle est atteint, c'est ce que l'on voit pour les muscles des membres, pour les muscles moteurs oculaires, etc.; quelquefois ce senties muscles de l'articulation des sons ou les muscles de la mastication.
Intensité. — L'intensité des paralysies hystériques varie beaucoup, et l'on peut observer toutes les variétés depuis le simple affaiblissement jusqu'à une paralysie complète.
Complications. — La paralysie hystérique s'accompagne souvent d'une des diverses variétés d'anesthésie ; l'hyperesthésie peut aussi coïncider avec elle, mais c'est un phénomène plus rare. Des mouvements convulsifs ont été quelquefois signalés comme compliquant des paralysies hystériques et siégeant dans les muscles paralysés. Ce fait doit être fort rare et je ne l'ai jamais observé.
Début. — La paralysie hystérique peut débuter de plusieurs manières, tantôt rapidement, tantôt subitement, dans d'autres cas lentement et progressivement. La plupart du temps, les premiers phénomènes de paralysie ne se montrent qu'après une attaque convulsive d'une certaine intensité. Mais cette paralysie une fois développée, puis disparue, il est moins rare de la voir reparaître sans une attaque convulsive antérieure. Un des grands caractères des paralysies hystériques est de pouvoir disparaître souvent rapidement et quelquefois même en quelques minutes ; constatons de plus que si elles jouissent de cette propriété, elles peuvent aussi reparaître de même.
La contractilité électro -musculaire est constamment conservée intacte dans les paralysies hystériques qui ne sont pas trop anciennes. Quel que soit le degré de cette paralysie, qu'elle soit légère , d'une médiocre intensité , ou bien complète, les courants électriques développent des contractions de même énergie dans les muscles sains et dans ceux qui sont paralysés. Il y a un fait assez intéressant à noter, c'est que la sensibilité est très variable dans les différents cas de paralysie. Dans des paralysies en apparence semblables et complètes, développées chez des sujets différents, on voit tantôt la sensibilité musculaire exaltée et les courants électriques développer une vive sensibilité , tantôt cette même sensibilité rester à un degré très modéré, tantôt être abolie complètement. Aucune circonstance physiologique ou pathologique ne peut rendre compte jusqu'à présent de ces différences dans des cas à peu près semblables.
La contractilité électro-musculaire peut-elle diminuer ou disparaître dans des cas de paralysie hystérique? Je ne l'ai jamais observé; cependant, je ne doute pas que ce fait ne puisse être constaté dans des cas de paralysie très ancienne et dans lesquels il aurait pu survenir comme résultat final une atrophie ou une dégénérescence graisseuse des muscles. Je ferai observer toutefois qu'on doit regarder la paralysie
hystérique comme une de celles dans lesquelles on observe le plus rarement l'atrophie et l'infiltration graisseuse des fibres musculaires. Tel est le résultat des nombreuses observations que j'ai faites sur la paralysie hystérique. Althaus, dans son excellent travail, formule ainsi son opinion relativement aux conséquences auxquelles est arrivé M. Duchenne dans la paralysie hystérique :
«Suivant M. Duchenne, dans tous les cas de paralysie » hystérique l'excitabilité électrique des muscles est normale, » mais la sensibilité électro-musculaire (c'est-à-dire la sen- » sation excitée par la contraction électro-musculaire) est » presque totalement ou même totalement détruite. Sous ce » rapport je ne puis pas être d'accord avec M. Duchenne. » En effet, j'ai trouvé que dans un certain nombre de cas de » paralysie hystérique , tant paraplégie qu'hémiplégie, l'ex- » citabilité musculaire était considérablement diminuée, spé- » cialement dans les cas où l'affection présentait une longue » durée. Dans les cas récents, les assertions de M. Duchenne » étaient généralement vraies. »
2" Des paralysies rhumatismales.
On a beaucoup parlé de l'emploi de l'électricité dans les paralysies rhumatismales, mais, avant tout, il est indispensable d'expliquer ce qu'on entend par cette expression.
Lorsqu'un muscle ou un système de muscles , à la suite d'un refroidissement, devient le siège d'une douleur très vive, qui augmente par le toucher et par le moindre mouvement qui est du reste presque impossible, ce muscle ou ce système de muscles est considéré comme atteint de rhumatisme musculaire aigu. La conséquence de cette sensibilité et de cette douleur est l'abolition du mouvement, qui n'est bien souvent que momentanée et à qui l'on a fréquemment donné le nom de paralysie rhumatismale. Sx l'on cherche à faire pénétrer
des courants électriques dans ces muscles ainsi malades, on y détermine une vive douleur, qui démontre que dans le rhumatisme musculaire la sensibilité musculaire profonde est exaltée et qu'elle est devenue morbide.
Lorsqu'à l'aide d'agents thérapeutiques divers, d'émissions sanguines locales, d'émollients, de vésicatoires, etc., on s'est rendu maître de la douleur, et lorsque la contraction musculaire est devenue d'abord à peu près indolente, puis tout à fait insensible , le mouvement volontaire reprend dans ces muscles : d'abord un peu difficile , ce mouvement augmente ensuite d'intensité, puis finit par être rétabli complètement, ce que nous voyons tous les jours et dans la majorité des cas.
Mais , à côté de ces faits si communs , il en est d'autres beaucoup plus rares , on peut même dire tout à fait exceptionnels, dans lesquels les choses se passent d'une manière différente.
Sous l'influence d'un traitement approprié, ou bien spontanément, la douleur musculaire diminue et disparaît peu à peu , la sensibihté morbide décroît et finit par être nulle, mais le mouvement musculaire volontaire ne reparaît pas. L'aJffection rhumatismale a déterminé dans le tissu musculaire une modification dont nous ignorons la nature, et qui suspend la contraction musculaire.
C'est à cette abolition momentanée ou permanente de la contraction musculaire que l'on est convenu de donner le nom de paralysie rhumatismale qui , une fois développée, peut disparaître spontanément. D'autres fois, cette paralysie cède à des agents thérapeutiques de diverses natures ; quelquefois enfin elle est permanente et dure indéfiniment.
Il est d'un grand intérêt pour le malade de pouvoir combattre vigoureusement ces paralysies rhumatismales; car, abandonnés à eux-mêmes, les muscles paralysés s'atrophient presque toujours ; parfois cette atrophie se fait rapidement,
200 ArPLICATlOISS Dii l'élecxr[cité.
et une fois produite et compiète, elle se trouve au-dessus des ressources de l'art.
La paralysie rhumatismale ainsi entendue peut affecter tous les muscles du corps. Elle en atteint soit un seul , soit plusieurs, soit un certain nombre d'une même région ou d'un même membre ; il serait difficile de passer en revue les nombreux muscles qui deviennent le siège de cette affection et d'exposer les nombreuses combinaisons qui peuvent se faire.
Dans les paralysies rhumatismales , une des principales variétés consiste dans une paraplégie véritable dont le mode de développement, les symptômes et l'évolution ne diffèrent en rien des affections du même genre classées parmi les rhumatismes.
On a étudié la contractilité musculaire dans les muscles atteints de paralysie rhumatismale. M. Duchenne a donné comme caractères : 1° la conservation de la contractilité électro-musculaire dans les muscles paralysés; 2° l'augmentation de la sensibilité musculaire profonde sous l'influence des courants électriques.
Alors il existe une confusion qui tient à ce qu'on n'a pas commencé par établir ce qu'on devait entendre par paralysie rhumatismale et qu'on n'a pas suffisamment distingué les principales espèces. En effet, lorsque la douleur rhumatismale musculaire existe encore forte ou faible, il n'y a pas le moindre doute , la sensibilité musculaire profonde est augmentée et la contractilité électrique est douloureuse ; mais quand cette douleur musculaire , développée spontanément ou par des mains étrangères, a disparu, et qu'il n'y a plus que la paralysie rhumatismale proprement dite, il est positif que la contractilité électro-musculaire n'est pas douloureuse : j'ai observé trop de faits de cette espèce pour ne pas rétablir d'une manière générale.
DES PAi'.ALYrfJES. 201
3° Paralysies symptomatiques d'un affaiblissement général de l'organisme.
Il en existe trois variétés :
a. Les paralysies consécutives aux fièvres;
b. Les paralysies symptomatiques des anémies ;
c. Les paralysies symptomatiques de grandes déperditions organiques.
a. Paralysies consécutives aux fièvres. — Les grandes pyrexies laissent quelquefois à leur suite des paralysies plus ou moins étendues et spécialement des paraplégies. A la suite de la rougeole et de la scarlatine, ces paralysies sont rares; on les voit surtout à la suite des fièvres typhoïdes dont la durée a été très longue , la forme grave et adynamique. Quelquefois incomplètes, elles sont le plus rarement incomplètes. La contractilité électro-musculaire y est conservée parfaitement intacte.
La durée de ces paralysies est en général assez longue , mais elles sont rarement incurables; le plus souvent, avec du temps et de la patience, elles disparaissent progressivement.
A la suite des fièvres intermittentes prolongées, récidivant souvent et ayant produit la cachexie paludéenne, on observe quelquefois le développement d'une paraplégie ; mais une autre influence peut être invoquée ici. En effet , il n'y a pas seulement à considérer l'influence de la pyrexie, mais celle de l'anémie profonde et de l'altération du sang qui n'est peut-être pas sans influence sur la production de la paraplégie.
La contractilité électro-musculaire est conservée.
A la suite du choléra, on dit avoir observé des paraplégies consécutives; ces faits sont encore à vérifier, et je ne saurais me prononcer d'une manière définitive à cet égard.
b. Paralysie sympiomatique d'une anémie. — Les para-
lysies symptomatiques d'un état anémique ne sont plus contestables aujourd'hui. M. Leroy ^d'Étiolles) les a étudiées dans son travail sur les paraplégies essentielles.
C'est en effet sous la forme paraplégique que de telles paralysies se montrent. Elles supposent une anémie déjà ancienne, d'une certaine intensité et négligée.
Les causes de cette anémie peuvent être très différentes les unes des autres; la plupart des cas observés l'ont été "à la suite des influences suivantes : des pertes de sang abondantes et répétées, des hémorrhagies considérables, des diarrhées longues et rebelles , une nourriture insuffisante, une diète trop prolongée, la misère portée au plus haut degré.
Ces paraplégies sont rarement complètes ; le plus souvent elles sont incomplètes. Leur degré est en général subordonné au degré de l'intensité de l'anémie. Elle peut même suivre ses phases ascendantes et décroissantes.
La contractilité électro-musculaire n'est pas toujours conservée intacte, elle est quelquefois légèrement diminuée dans les membres paralysés.
Le diagnostic de ces paraplégies est quelquefois assez difficile, surtout en raison de cette légère diminution de la contractilité électrique que l'on observe dans quelques cas. Cependant, si l'on tient compte de l'existence de l'anémie avec tout son cortège de phénomènes morbides habituels, et de l'absence des signes de maladie de la moelle ou de ses enveloppes, on pourra l'étabHr avec quelque certitude.
11 y a encore toutefois une circonstance dont il faut être prévenu pour le diagnostic, c'est que l'hystérie peut se trouver combinée avec l'anémie. Or, ce cas, qui est loin d'être rare, est celui dans lequel on observe le plus souvent des paralysies. Il est probable, en pareil cas, que les deux causes agissent dans le même sens ; de telles paraplégies sont nécessairement plus rebelles que si leur cause est unique.
c. Paralysies par suite de déperditions organiques. — Ces
paralysies , sans être très communes, ne sont pas non plus très rares. On les rencontre spécialement dans les circonstances suivantes : à la suite de diarrhées abondantes, se prolongeant un temps très long, on les observe quelquefois ; mais c'est surtout après des dysenteries chroniques et dans le cas d'ulcérations chroniques des intestins qu'elles se montrent. Le diabète et la maladie de Bright s'accompagnent parfois de paralysies, mais il est ici une distinction importante à faire. Le diabète, en effet, de même que l'albuminurie sont quelquefois le résultat symptomatique d'une lésion du cerveau ou d'une maladie de la moelle bien déterminée. Or, en pareil cas, la paralysie n'est point le symptôme du diabète ou de l'albuminurie, mais le symptôme de la maladie cérébrale qui a produit ces états morbides des reins» Les flux urinaires simples et longtemps prolongés, sans sucre ni albumine dans les urines, pourraient-ils produire des résultats analogues? Cela est probable, mais on manque de faits positifs pour l'admettre. Les pertes séminales involontaires, la masturbation portée à un haut degré^ les excès repétés de coït sont incontestablement des causes réelles de paralysie, et personne ne pourrait mettre en doute une si fâcheuse conséquence. Il faut cependant observer ici que dans quelques cas la masturbation et les excès de coït agissent en déterminant des lésions matérielles de la moelle épinière et spécialement des ramollissements. C'est un résultat bien démontré et qu'il est cependant assez difficile d'expliquer. Dans une thèse, qu'il soutint à la Faculté en 1859 , un jeune médecin, M. Bourbon, regarde comme causes de ces lésions médullaires qui se développent à la suite des excès de coït, comme l'habitude de pratiquer le coït debout. Il explique ce résultat par le tiraillement répété que subissent les enveloppes de la moelle épinière et la moelle elle-même dans cette position forcée, l'éréthisme nerveux qui l'accompagne et la congestion sanguine qui en est la suite. Cette proposition , pour être
204 APILICATIONS DK l'jÉLEGTIUCITJÉ.
vraie dans quelques cas, n'en est pas moins encore à démontrer dans le plus grand nombre. Il n'y a de positif que ce fait d'une grande importance, à savoir que les pertes séminales abondantes, quelle que soit leur origine, sont une des causes prédisposantes les plus incontestables des ramollissements chroniques de la moelle épinière. Mais en dehors de ces cas, les pertes séminales peuvent également produire des paralysies, sans qu'il existe en aucune manière une lésion matérielle de la moelle épinière ou de ses enveloppes. C'est uniquement de cette dernière série de cas que je veux parler ici.
Telles sont les principales déperditions organiques que l'on peut considérer comme produisant des paralysies indépendantes de toute lésion matérielle de la moelle.
Les paralysies qui se développent en pareille circonstance n'ont pas toujours les mêmes caractères. Elles ne sont d'abord jamais isolées et partielles. Elles se présentent sous deux formes principales : une paralysie générale, occupant les quatre membres ; une paralysie siégeant seulement dans les membres inférieurs. Ces paralysies disparaissent quelquefois spontanément quand elles ne sont pas très avancées et quand la cause qui les a produites a pu être enlevée, mais souvent aussi elles sont incurables et résistent à tous les moyens de traitement.
Les paralysies par suite de déperditions organiques sont tantôt incomplètes, tantôt complètes. Lorsque la cause qui les a produites subsiste , on les voit d'abord incomplètes, augmenter peu à peu et finir par devenir complètes et absolues.
Comme règle générale, on peut établir que dans ces variétés de paralysies la contractilité électro-musculaire n'est pas abolie et est même conservée. Cependant, voici ce qu'il est le plus commun d'observer à cet égard :
Quand les paralysies générales ou les paraplégies sont incomplètes et qu'une partie des mouvements volontaires est
conservée, la contractilité électro-musculaire reste ordinairement intacte, et les muscles répondent par leur contraction au courant électrique qui les traverse. Mais, à mesure que la maladie fait des progrès et que la paralysie devient plus complète ou même tout à fait complète, la contractilité électromusculaire diminue d'une manière très notable, mais elle est loin d'être complètement abolie. Lorsqu'elles deviennent très anciennes, complètes et absolues, la contractilité électromusculaire finit par être détruite.
4» Paralysies symptomatiques d'une intoxication.
Les paralysies par suite d'intoxications étant nombreuses, assez fréquentes et fort mal étudiées , nous allons essayer de les résumer.
Doit-on ranger en premier lieu les intoxications morbides? Je les rappelle au moins pour mémoire. Beaucoup d'auteurs classent, en effet, les paralysies par intoxication parmi les paralysies^qui surviennent comme conséquences des maladies suivantes : la fièvre typhoïde, la rougeole, la variole, la scarlatine, la suette miliaire, le choléra, le typhus, la peste, etc.
Il n'y a pas de raison pour ne pas les ranger dans cette catégorie ; voici, du reste, quels sont leurs principaux caractères : les paralysies qui se développent sous cette influence sont tantôt générales , tantôt caractérisées par une paraplégie, la plupart du temps elles sont incomplètes, plus rarement complètes, elles se prolongent si l'on ne les traite pas d'une manière convenable. La contractilité électromusculaire est en général conservée dans ces diverses paralysies , et cette conservation est même un des éléments les plus précieux du diagnostic.
11 est une autre paralysie par intoxication bien curieuse, bien intéressante, et qui n'a été étudiée que depuis bien peu de temps, c'est la potralysie diphlhéritique.
On la voit survenir aussi bien à la suite des affections pseudo- membraneuses les plus graves que des plus légères et des moins importantes. Elle commence en général par une paralysie du voile du palais. Cette paralysie gagne le pharynx, quelquefois même le larynx ; plus tard, elle occupe les quatre membres et elle est alors générale. On a observé quelquefois en pareil cas des paralysies partielles, mais elles sont beaucoup plus rares.
Les paralysies diphthéritiques sont rarement complètes et absolues. Une partie des mouvements est conservée. Il est rare qu'elle conduise à une terminaison fatale, à moins de complication accidentelle. C'est a^iisi que M. A. Tardieu a observé chez une jeune femme de vingt-deux ans une asphyxie produite sous l'influence d'une paralysie diphthéritique des muscles du pharynx. La plupart des paralysies diphthéritiques guérissent en général spontanément au bout d'un certain temps, qui peut quelquefois s'étendre à plusieurs mois , et même une année et plus.
Dans un fait très remarquable de paralysie diphthéritique qu'il m'a été donné d'observer et qui a guéri spontanément au bout de trois mois, la contractilité électro-musculaire était conservée parfaitement intacte. Je ne doute pas qu'il en soit toujours ainsi.
Les véritables paralysies par intoxication sont celles qui sont le résultat de l'introduction de poisons inorganiques ou organiques dans l'organisme. Je vais en faire un résumé rapide.
Paralysie saturnine. ■ — Parmi les substances minérales, nous trouvons en première ligne le plomb. Qui ne connaît pas les paralysies saturnines et leurs nombreuses variétés ? Leur importance et leur fréquence nous obligent de nous y arrêter un instant.
L'intoxication saturnine produit un certain nombre d'affections différentes , parmi lesquelles on doit signaler avant
tout la colique saturnine, l'arthralgie, l'encéphalopathie saturnine et la paralysie. Ces maladies sont tantôt indépendantes les unes des autres, et d'autres fois se combinent plusieurs ensemble. Quelquefois elles existent toutes à la fois. La paralysie seule doit nous occuper.
La paralysie saturnine est fréquente : M. Tanquerel-Desplanches l'a noté dans 102 cas. Elle est générale, ce qui est rare, ou partielle, ce qui est de beaucoup le cas le plus fréquent. Elle a présenté les sièges suivants dans les 102 cas. On observera que dans ce tableau la paralysie occupa plusieurs fois des sièges différents chez le même sujet.
Membres supérieurs 87
Membres inférieurs . 5
Muscles du tronc . 3
Organes de la voix et de la parole. 31
La paralysie saturnine survient rarement brusquement. Elle est précédée de lassitude, d'engourdissement, de faiblesse dans les muscles qui doivent être atteints. Bientôt leurs mouvements sont incertains.
Il est rare que la paralysie saturnine survienne d'emblée, elle est à peu près constamment précédée de coliques ou d'arthralgie.
Cette paralysie, au commencement de son existence, et alors qu'elle n'est pas encore complète, est accompagnée d'un tremblement et d'une légère agitation des membres, agitation accompagnée de faiblesse. Plus tard, il y a perte complète et absolue des mouvements. Cette paralysie complète et absolue n'est pas toutefois le cas le plus fréquent.
L'existence de paralysies dans des systèmes spéciaux de muscles développe souvent des contractions permanentes dans les muscles antagonistes. De là, des positions vicieuses, des difformités. Les muscles antagonistes contractés ainsi, ne sont pas toujours à l'état sain. Ils ne sont pas autant pa-
208 APrr:iCATiONs de l'électuicité.
ralysés que les autres, mais ils ont presque toujours leur
contractilité un peu affaiblie.
Les paralysies saturnines qui ne guérissent pas, ce qui arrive le plus souvent, amènent les modifications suivantes dans le tissu des muscles qui en sont atteints : les muscles s'atrophient, diminuent de volume, le tissu graisseux interfibrillaire disparaît. A une époque plus avancée, le tissu musculaire éprouve la dégénérescence graisseuse et perd son organisation striée et fibrillaire. Quelquefois le tissu intermusculaire s'infiltre de sérosité.
Que devient la contractilité électrique dans les muscles paralysés ? D'après M. Duchenne, cette contractilité serait abolie d'une manière constante. Suivant lui, on observe l'ordre suivant pour la fréquence des paralysies musculaires saturnines : les extenseurs des doigts, le radius, le cubital postérieur, le long abducteur et le court extenseur du pouce. Jamais, suivant lui, les supinateurs ne sont affectés. 11 peut se faire aussi toutefois que d'autres muscles soient atteints, ceux du bras restant intacts.
Dans les cas où la paralysie saturnine devient générale, M. Duchenne admet que dans les muscles que nous venons de nommer, la contractilité électrique est toujours beaucoup plus complètement abolie que dans les autres muscles.
M. Duchenne a donc établi comme le caractère le plus net et le plus tranché des paralysies saturnines l'abolition de la contractilité électro-musculaire' dans les muscles atteints de cette affection. Ce caractère, établi ainsi d'une manière absolue, ne saurait être accepté. Je me suis Uvréen présence des élèves qui suivaient ma clinique à de nombreuses expériences à cet égard, et voici à quelles conséquences j'ai été conduit :
Dans les paralysies saturnines complètes, et surtout dans celles qui ne sont arrivées h ce degré que lentement et pro-
gressivement, la coiitractilité électro-musculaire est en général abolie d'une manière complète ; les courants électriques font naître à peine quelques frémissements dans les muscles paralysés. Mais ici deux causes peuvent être invoquées pour expliquer une abolition aussi complète. C'est d'abord la nature même de la maladie, c'est-à-dire l'intoxication saturnine ; ensuite l'atrophie qui ne manque presque jamais de frapper les muscles atteints depuis un certain temps de paralysie saturnine.
Lorsque la paralysie saturnine est incomplète, les choses ne se passent pas de la même manière. On peut établir d'une manière générale que le degré de conservation de la contractilité électro-musculaire est en rapport direct avec le degré de conservation des mouvements volontaires.
Avec une légère faiblesse des muscles, la contractilité électro-musculaire est à peu près normale, ou n'est que faiblement diminuée.
Avec une faiblesse beaucoup plus grande, une demi-paralysie par exemple, il y a une diminution notable et proportionnelle de la contractilité électro-musculaire; avec une paralysie complète, elle est abolie complètement.
Telle est l'action la plus réelle des courants électriques dans la paralysie saturnine.
L'état de la contractilité électro-musculaire dans la paralysie saturnine n'est pas apprécié de la même manière par tous les observateurs. Pour M. Althaus que nous nous plaisons à citer souvent, la diminution ou l'abolition de la contractilité électrique dans les muscles atteints de paralysie saturnine n'est pas. due à l'intoxication, mais à l'atrophie musculaire qui l'accompagne nécessairement. Voici, du reste, le passage que je lui emprunte :
« Dans les cas de cette espèce, l'irritabilité des muscles est toujours beaucoup diminuée et souvent entièrement détruite. C'est ce qui arrive, non-seulement lorsque l'atrophie des mus-
des a été la conséquence de rintoxication saturnine, mais aussi lorsque le volume des muscles a été beaucoup diminué, et dans certains cas, l'excitabilité des musclesres te encore affaiblie, même après que les mouvements volontaires ont repris leur force antérieure. »
Paralysies mercurielles. — Ces paralysies se montrent souvent à la suite du tremblement mercuriel et en même temps que lui. Elles sont quelquefois le résultat de rechutes successives de cette atïection, ou bien encore de la persistance très longue de cette même maladie.
Dans deux cas de paraplégie dus à cette cause, qu'il m'a été donné d'observer, j'ai trouvé la contractilité électromusculaire notablement diminuée, mais non anéantie.
Paralysies arsenicales. — A la suite d'empoisonnements par l'arsenic, ou même simplement après l'administration de l'arsenic sous diverses formes, administration faite à trop haute dose ou continuée trop longtemps, on observe quelquefois, bien que rarement, des paraplégies extrêmement rebelles. Je n'ai pas eu occasion d'en observer pour constater ce qu'est devenue la contractilité électrique : il serait cependant curieux de la rechercher.
Paralysies dues à l'intoxication par le cuivre et le zinc. — Elles sont encore à démontrer et leur existence est contestable ; nous n^avons donc rien à en dire ici.
Paralysies par suite d'asphyxie. — Cette espèce nouvelle a été admise par M. R. Leroy (d'ÉtiolIes). Elle ne repose pas encore sur des données suffisantes ; n'a-t-il peut-être pas donné le nom de paralysie à la stupeur, l'engourdissement, la faiblesse, qui persistent souvent quelques heures, un jour ou deux après une asphyxie.
Paralysies produites par le sulfure de carbone. — C'est à M. le docteur Delpech que l'on doit d'avoir publié de bonnes recherches sur les effets du sulfure de carbone sur l'organisme.
Voici le résumé des phénomènes produits chez les ouvriers
qui travaillent dans les usines dans lesquelles on emploie le sulfure de carbone pour la fabrication du caoutchouc. On observe d'abord une céphalalgie plus ou moins vive, un changement dans le caractère, la diminution de la mémoire. Quelquefois ils sont irascibles, agités, violents ; les nuits sont agitées; souvent il y a de l'insomnie, des rêves. Le jour il y a de l'abattement, on observe de l'anxiété, des nausées, des vomissements, un état anémique se développe souvent rapidement. Il y a décoloration de la peau, et des membranes muqueuses, et des bruits de souffle dans les vaisseaux ; la vue et l'ouïe diminuent ; les excrétions sont plus rares ou manquent complètement.
Du côté des membres, il y a des fourmillements, des crampes, des contractures passagères des muscles extenseurs, et plus tard, un grand affaiblissement qui, débutant par les membres inférieurs, s'étend ensuite aux supérieurs. Cet affaiblissement aboutit à la iin à une véritable paralysie, et consécutivement, à l'atrophie des muscles. M. Delpech n'a pas recherché ce qu'était devenue la contractihté musculaire en pareil cas.
Paralysies par suite de Valus des alcooliques. — Cette paralysie a été décrite récemment par M. Lasègue. Elle se rapproche un peu de la paralysie générale des aliénés.
Elle débute en général par un tremblement qu'on observe d'abord dans les mains, et qui gagne les bras, les jambes, les lèvres, la langue. Ces parties sont en même temps plus ou moins faibles et les malades y accusent des fourmillements et de l'engourdissement. Plus tard, l'anesthésie vient se joindre à ces divers phénomènes.
Les organes des sens , et spécialement la vue, l'ouïe , s'affaiblissent, le sens génital disparaît.
La plupart du temps, on observe un subdelirium intermittent, des hallucinations; il devient plus craintif, plus attendrissant et l'intelligence s'abaisse progressivement.
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Un tel état peut encore disparaître et le malade guérir, mais s'il ne se débarrasse pas complètement de sa funeste habitude, il s'affaiblit de plus en plus, la station devient impossible et il ne peut plus se servir de ses mains.
On observe souvent comme complications des soubresauts, des convulsions, et même des accès épileptiformes.
La contractilité électro-musculaire, dans ces cas, est conservée parfaitement intacte.
Paralysies par suite de Vahus du tabac. — Cette paralysie est fort contestée. M. le docteur Revillout, dans une thèse intéressante qu'il a publiée cette année (1859) sur les paralysies, a rapporté deux observations qui pourraient faire admettre leur existence.
On n'a pas cherché à y constater la contractilité électrique. Dans une troisième observation qu'il rapporte d'après M. Duchenne, il en existerait un nouveau cas, il ne dit pas si la contractilité musculaire était conservée. 11 rapporte seulement que l'excitation électrique ne produisit aucun effet pour la guérison du malade.
Paralysies 'produites par quelques végétaux. — M. R. Leroy (d'ÉtioUes) en cite un cas qui ne démontre pas le fait d'une manière irrécusable.
Champignons. — M. Leroy (d'Étiolles)a rapporté deux cas de paralysies incurables développées à la suite d'empoisonnements de ce genre.
D. Des paralysies essentielles.
Les paralysies essentielles sont celles dans lesquelles on ne trouve aucune lésion matérielle du système nerveux, aucune lésion organique plus ou moins lointaine, et de laquelle on puisse les faire dépendre comme affection sympathique, aucune déperdition organique, ni enfin aucune cause générale ni aucune intoxication. Ce sont des maladies dont
l'existence n'est pas encore prouvée, mais cependant que l'on ne saurait nier, en examinant surtout les faits que nous allons passer en revue.
Nous rangeons dans cette catégorie : 1" une paralysie spéciale décrite tout récemment par M. Landry sous le nom de paralysie ascendante aiguë; 2" la paralysie générale avec aliénation ou sans aliénation; 3" certaines paralysies plus ou moins localisées dont il est impossible de déterminer la cause ;/i'' la paralysie nerveuse ou essentielle proprement dite.
a. Paralysie ascendante aiguë (1). — Des recherches cliniques ont conduit M. le docteur Landry à établir un genre nouveau de paralysies : la paralysie ascendante aiguë. Ce médecin en a observé personnellement les faits auxquels il en a réuni cinq qu'il a trouvés. Il y a en somme onze faits pour servir de base à cette histoire.
Dans la paralysie essentielle dite ascendante, la sensibilité et la motiUté peuvent être également compromises ; cependant, en général, les troubles fonctionnels portent surtout sur le mouvement et sont alors caractérisés par la diminution graduelle de la force musculaire, avec flaccidité des membres, et sans tremblement, sans contracture, sans convulsions partielles ou générales ni mouvements réflexes ; dans la presque totalité des cas, la miction et la défécation restent normales ; on n'observe aucun symptôme immédiat du côté des centres nerveux, pas de céphalgie spontanée ou à la pression. Il n'y a pas de délire et l'intelligence est conservée intacte jusqu'à la fin.
Le début de la paralysie est précédé d'un sentiment de faiblesse universelle, et parfois d'engourdissement et de crampes. Dans cjuelques cas l'invasion est brusque. — La paralysie débutant par les extrémités inférieures s'étend rapidement aux supérieures et elle tend à se généraliser.
(1) Nous empruntons la plupart de ces détails à un article de la Gazette des Hôpitaux du 17 septembre 1859.
Les phénomènes déÎDUtant d'abord par les extrénaités des membres inférieurs tendent à se généraliser d'une manière à peu près constante.
i° Muscles moteurs des orteils et des pieds, puis muscles postérieurs des cuisses et du bassin, et en dernier lieu, les muscles antérieurs et externes de la cuisse.
2° Muscles moteurs des doigts, de la main et du bras, muscles du scapulum, et ensuite muscles moteurs de l'avantbras et du bras.
3° Muscles du tronc.
Il° Muscles respirateurs, langue, pharynx, œsophage, etc., la paralysie est alors générale, mais elle est d'autant plus complète qu'on se rapproche davantage des extrémités.
La période de progrès n'est pas de très longue durée. Elle a varié de huit à quinze jours ; elle peut être de deux à trois.
Lorsque la paralysie est à son maximum d'intensité, la mort par asphyxie est imminente. Elle peut être retardée par l'art si elle est traitée convenablement.
Cette paralysie peut rétrograder, et elle présente alors dans cette marche décroissante des phénomènes inverses de ceux qu'elle présentait dans la période de progrès. Les parties supérieures, les dernières envahies, senties premières à recouvrer le mouvement qui reparaît ensuite au bras.
La guérison peut avoir lieu rapidement. Quelquefois elle passe à l'état chronique et l'amélioration se fait avec lenteur. Il peut y avoir des alternatives dans l'amélioration et l'état stationnaire. La mort peut arriver au milieu d'un paroxysme.
M. Landry a étudié les circonstances qui ont favorisé le développement de cette espèce de paralysie.
Trois fois, elle s'est développée dans la convalescence de maladies aiguës : fièvre typhoïde, pneumonie, variole.
Deux fois au milieu d'une dysménorrhée et après suppression des menstrues.
Ce fut une fois le froid, une seconde fois une impression morale qui avaient supprimé les règles.
Dans deux cas, M. Landry constata l'impression brusque du froid. Une fois on l'observa chez une femme convalescente d'une couche. Une fois le malade présentait les signes d'une diathèse syphilitique. Deux fois, M. Landry n'a pu obtenir aucun renseignement sur les causes. Deux autopsies seules ont été faites dans ces cas de paralysie , et on n'a rien trouvé. C'est une paralysie essentielle et sans aucune lésion saisissable du système nerveux. M. Landry pense qu'un certain nombre de cas de morts prétendues subites et dont les symptômes ont pu échapper à l'observation sont des paralysies très aiguës de cette espèce. Ainsi, on pourrait peut-être y placer les morts subites des nouvelles accouchées, la paralysie survenant dans les convalescences des maladies graves.
Il résulte de ces recherches que cette paralysie n'est que l'effet secondaire d'un grand nombre de maladies très diverses ayant pour résultat commun d'épuiser le système nerveux, d'appauvrir la constitution, d'abaisser en quelque sorte le niveau des forces organiques.
b. Paralysie générale. — La maladie à laquelle on a donné le nom de paralysie générale est encore le sujet d'études variées et de discussions approfondies. Les travaux de Bayle et de MM. Brierre de Boismont, Baillarger, et d'autres, ont contribué à élucider son histoire. Voici cependant les points qui sont encore en discussion et dont il est important que nous disions quelques mots pour bien faire apprécier l'influence de l'électricité.
D'abord, quelle est sa cause, son point de départ ? Pour plusieurs auteurs, c'est une lésion cérébrale bien déterminée; ainsi, pour Bayle, une méningite chronique toute spéciale ; pour M. Calmeil, une méningo-céphalite caractérisée spécialement par des adhérences et un ramollissement super-
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ficiel de la substance grise ; pour M. Délaye, une induration, avec atrophie de la substance blanche; pour M. Foville, des altérations très variables qnant à leur nature, à leur intensité, mais siégeant toutes dans la substance blanche ; pour M. Parchappe, un ramollissement de la partie moyenne de la couche corticale (substance grise) du cerveau, produisant un dédoublement de cette couche.
Evidemment, pour être arrivé à des conclusions si dissemblables, il faut qu'il y ait eu soit des erreurs, soit des défauts d'observations, soit des préjugés, qui ont fait trouver telle ou telle lésion.
Mais ce qui vient compliquer la question, c'est que à côté de cesanatomo-pathologistes, il s'en est trouvé et s'en trouve encore tous les jours qui, chez les individus qui succombent à cette terrible maladie, n'ont trouvé aucune altération ni dans le cerveau ni dans les méninges. J'avoue que je suis de ce nombre, j'ai aussi pratiqué l'autopsie de deux sujets ayant succombé à une paralysie générale, et je n'ai trouvé aucune altération, ni dans le cerveau, ni dans la moelle épinière, ni dans leurs enveloppes.
Sous le rapport de l'expression symptomatique les dissidences n'ont pas manqué non plus, et sous ce rapport, les discussions récentes ont montré qu'on pouvait observer quatre formes bien distinctes de paralysie générale.
Première forme. — Elle est la plus rare : la paralysie générale subit toutes les phases de son évolution et conduit le malade à une terminaison fatale sans qu'on observe jamais aucun trouble de l'intelligence. Elle s'affaibht peut-être un peu à la fin.
Deuxième forme. — La paralysie générale se développe en même temps qu'il se manifeste des troubles variés de l'intelligence, troubles constituant les caractères de l'aliénation mentale.
Troisième forme. — La paralysie se développe d'abord ;
et ce n'est que plus tard que se manifestent les caractères de la folie, caractères qui sont de plus en plus tranchés à mesure que la maladie fait des progrès.
Quatrième forme. — Enfin, l'aliénation mentale se développe d'abord, et ce n'est que plus tard que commencent les premiers phénomènes de paralysie qui se prononcent ensuite de plus en plus; les formes dans lesquelles l'aliénation mentale se développe en même temps ou précède la paralysie sont infiniment plus fréquentes que les autres : quant aux deux autres formes, quoique beaucoup moins communes, ce sont cependant celles qu'il est généralement donné d'observer aux médecins qui ne s'occupent pas spécialement d'aliénation mentale. Il m'a été donné d'en observer une quinzaine de cas.
Chez les individus atteints de paralysie générale et dont l'intelligence ne présente pas encore des troubles considérables, on a pu confondre soit avec un ramollissement chronique du cerveau, soit bien plutôt encore avec un ramollissement chronique de la moelle. C'est pour établir à cet égard un diagnostic que MM. Brierre de Boismont et Duchenne ont cherché à employer l'action des courants électriques comme moyen de diagnostic.
Ces deux médecins ont donc étudié avec soin l'état de la contractilité électro-musculaire dans la paralysie générale des aliénés chez un certain nombre d'individus atteints de cette maladie, et ils ont reconnu que cette paralysie se rapproche sous ce rapport de toutes les paralysies de cause cérébrale ; je vais donner le résultat de mes observations.
J'ai observé environ douze cas de paralysies générales toutes bien caractérisées, accompagnées toujours d'une hésitation de la parole et d'un tremblement caractéristique. L'intelUgence n'était pas troublée chez tous, mais chez la plupart, la mémoire était toujours perdue, la paralysie n'était
âl8 APPLICATIONS DE L'ÉLECTRICITÉ.
complète ei absolue que dans trois cas dont deux succombèrent à l'hôpital.
Chez tous ces malades atteints de paralysie complète ou incomplète, avec ou sans tremblement nerveux, la contractilité électro-musculaire était conservée parfaitement intacte, ni augmentée ni diminuée.
Cette conservation constitue un puissant moyen de diagnostic dans les cas où on hésiterait entre la paralysie générale et la paralysie symptomatique d'un ramoUissement chronique de la moelle.
c. Paralysies plus ou moins localisées dont on ne peut déterminer la cause. — On a décrit parmi elles depuis un certain nombre d'années sous le nom de crampes des écrivains une affection bien singulière et qui consiste dans une paralysie incomplète des doigts des sujets qui passent une partie de leur temps à écrire, paralysie d'où résulte pour ces sujets l'impossibilité de continuer l'exercice de leur profession. En pareil cas, la contractilité électro-musculaire est conservée parfaitement intacte.
d. Paralysies nerveuses ou essentielles proprement dites. — En dehors de toutes les variétés de paralysies que nous avons décrites, il y en a qui ne peuvent être rapportées à aucune cause, qui ne font pas partie comme les trois espèces précédentes de variétés à part et qui se reproduisent de temps en temps, qu'on ne sait, en un mot, comment expliquer. Ce sont ces paralysies sans cause appréciable que l'on appelle plus particulièrement encore que les trois précédentes des paralysies essentielles ou nerveuses. On en observe de temps en temps. Cependant elles sont rares. En voici un exemple qui me paraît typique et que je reproduis ici comme spécimen. Je l'ai observé tout récemment.
Jumeau (Âugustine), âgée de dix-huit ans, lingère, est entrée à l'hôpital de la Pitié le 26 octobre 1859, salle Sainte- Geneviève, n° 36.
Elle fut réglée pour la première fois à l'âge de quinze ans. Elle a toujours joui jusqu'à présent d'une très bonne santé, et n'a jamais eu qu'une variole légère il y a deux ans. — Elle se nourrit très bien, et se trouve placée par sa position et par son gain dans d'excellentes conditions hygiéniques.
Le 22 octobre, la maladie pour laquelle elle est entrée à l'hôpital a débuté sans cause aucune. Aucune exposition au soleil, aucune contusion, aucune émotion morale vive. Elle était à faire une course, portant trois caisses garnies de bonnets, et très légères, l'une passée à l'aide d'une courroie autour de l'épaule gauche, les deux autres portées. de la même manière au pli de chaque coude, lorsqu'elle s'est aperçue tout d'un coup que son bras gauche était complètement paralysé. Impossibilité de le remuer, et n'éprouvant aucune douleur nulle part.
Elle se rendit chez un pharmacien qui n'obtint aucun résultat, malgré toutes les frictions stimulantes qu'il employa.
Le 23, le "lli et le 25, le bras est resté complètement paralysé.
Le 26, jour de son entrée à l'hôpital, les mouvements du bras, proprement dits, ont commencé à revenir, et ils sont depuis ce temps à peu près restés stationnaires jusqu'aujourd'hui 011 nous l'examinons.
Le 31, il n'existe qu'une paralysie incomplète ; la malade soulève le bras, mais il retombe aussitôt. Les mouvements des muscles de l'épaule sont possibles, mais faibles ; les fléchisseurs et extenseurs de l' avant-bras ont repris un peu de mouvement. Ce sont les muscles de la main et particulièrement ceux du pouce et de l'index qui ont conservé le plus de faiblesse.
L'examen de tous les autres organes ne montre aucune altération.
A la base du cœur au premier temps un bruit de souffle,
qui devient intermittent dans la carotide gauclie et continu dans la jugulaire droite indique une chlorose.
Aucun accident nerveux, aucune trace d'hystérie.
La contractilité électro-musculaire est non-seulement conservée parfaitement intacte, mais elle paraît même un peu exagérée.
On ne peut diagnostiquer aucune autre paralysie qu'une paralysie essentielle ou nerveuse.
Et dans ce cas, il faut s'appuyer :
- 1° Sur la localisation ou l'isolement de la paralysie ;
2° Sur l'absence de la paralysie de la jambe et du reste du côté gauche ;
3° Sur l'absence de symptômes cérébraux ;
II" Sur l'absence de lésions du plexus brachial ;
5° Sur la conservation de la contractilité électro-musculaire.
Du 26 au 31 octobre, le traitement a consisté dans des courants électriques qui n'ont amené aucune amélioration.
Nous l'avons ensuite traité par une injection de sulfate de strychnine pratiquée au tiers inférieur et antérieur du bras (10 gouttes d'une solution).
Le i^'' et le 3 novembre, on fait de nouvelles injections de la môme quantité du même liquide au tiers supérieur et antérieur de l'avant-bras, et le 8 elle fut complètement guérie,
M. le docteur Gubler dans un travail tout récent lu à la Société médicale des hôpitaux, a cherché à démontrer qu'indépendamment des paralysies symptomatiques des fièvres, des maladies générales et des intoxications, on pouvait aussi observer des paralysies , même générales, à la suite de simples maladies aiguës toutes locales et sans spécificité aucune. D'après ce médecin, on en observerait à la suite d'angines simples, de pneumonies, de dysenteries et de bien d'autres phlegmasies.
Si ces faits se vérifient et se multiplient, il sera intéres-
sant d'admettre cette nouvelle classe de paralysies, mais il y a encore beaucoup à faire à cet égard ; il s'agira de prouver d'une manière plus positive les propositions suivantes :
i° Parmi les phlegmasies locales, est-il bien exact de dire qu'il n'y en ait eu aucune de spécifique ni liée à une cause générale. La dysenterie, par exemple, ne saurait être rangée parmi les phlegmasies simples ; elle est souvent épidémique, quelquefois contagieuse. On l'a encore vue se développer sous l'influence des miasmes paludéens;
2° Ces paralysies sont-elles bien des paralysies véritables et non des affaiblissements organiques momentanés plus ou moins complets. C'est ce qu'il est permis de se demander lorsqu'on voit la plupart de ces paralysies guérir même assez rapidement.
3° Enfin qu'est devenue la contractilité électrique dans ces prétendues paralysies? C'était une étude à faire et son silence doit faire encore jeter un grand doute sur l'existence de ces paralysies.
Attendons donc encore avant d'admettre d'une manière définitive cette nouvelle classe de paralysies.