DEUXIEME PERIODE
Applications dn galvanlstane et des piles à la Bsiédeciue.
Aldini (de Boiogne) publia en 180/i. son Essai théorique et expérimental sur le galvanisme (2 vol. in-8). 11 consacre la première partie k étudier la nature et les propriétés générales du galvanisme; il développe minutieusement toutes ses propriétés et note avec soin l'action de ce fluide sur les nerfs, les muscles, etc., etc.
La deuxième partie est destinée à apprécier les effets du galvanisme sur les forces vitales. H étudie son action sur les animaux, sur les suppliciés et sur le cadavre de l'homme dans le cas de mort naturelle. Ses expériences sont très curieuses, et ceux qui désireraient approfondir cette question devront en lire la description originale.
La troisième partie est intitulée : De r application du galva^ nisme à la médecine. L'auteur étudie d'abord les différences qui existent entre l'administration du galvanisme et celle de l'électricité ordinaire; c'est lui qui, le premier, considéra la pile galvanique comme un appareil contenant en lui-même une série de petites bouteilles de Leyde, et bien entendu il conseille l'emploi de cet appareil de préférence à tous ceux qui jusqu'alors avaient été mis en usage. Pour les maladies de la vision, Aldini applique le galvanisme aux cécités sans désorganisation de l'organe et aux simples affaiblissements de la vue; il employait également l'électricité pour les surdités nerveuses, et il l'appliquait à l'aide d'un appareil perfectionné par lui.
Aldini employait encore le galvanisme chez les noyés, et pour les différentes espèces d'asphyxies, pour la folie, les herniçs, l'étranglement interne, l'aménorrhée, les affections
ilX APPLICATIONS DE l'ÉLECTRICITÉ.
rhumatismales, la sciatique, le goitre, etc. On voit qu'il est question ici des maladies les plus diverses, maladies dans le plus' grand nombre desquelles le galvanisme ne peut évidemment procurer aucune amélioration.
Aldini s'occupe ensuite de l'influence du galvanisme sur les fluides animaux; il entre dans de longues considérations touchant les effets du galvanisme sur l'économie animale. Il y a là quelques faits curieux noyés au milieu de beaucoup d'idées théoriques.
Le deuxième volume d'Aldini contient une suite de mémoires dans lesquels on trouve encore : 1° des conjectures sur l'influence du galvanisme dans les sécrétions animales, 2° des expériences sur les suppliciés, o° des études sur les organes des poissons électriques, li" enfin des expériences sur l'électricité animaje. Il n'y a rien dans tout ceci qui nous intéresse beaucoup.
Sarlandière, dans ses Mémoires sur V électro-puncture et V acupuncture (1 vol. in-8, IS'âS), est le premier qui emploie la pile galvanique qu'il applique à V électro-puncture.
En 1828, Fabré-Palaprat, qui se livrait aux applications de l'électricité à la médecine, donna une traduction de l'ouvrage de Labeaume, intitulé : Du galvanisme appliqué à la médecine (1 vol. in~8). Cette traduction est précédée d'une préface du médecin français, préface dans laquelle il indique d'abord les précautions à prendre dans les applications du galvanisme, et l'emploi du graduateur pour doser l'électricité comme tout autre médicament ; enfin l'usage de l'acupuncture, qui permettait d'appliquer l'électricité avec plus de force et plus de certitude, et de la faire pénétrer dans les organes. M. Fabré-Palaprat donne ensuite le résumé d'un certain nombre de cas de guérisons qu'il a obtenues au moyen de l'électricité : ce sont les maladies les plus diverses, des cécités, des spasmes extatiques (sur lui-même), des apoplexies, des entérites chroniques, etc. Il est évident que si
l'auteur croit avoir guéri tontes ces maladies, il faut qu'il se soit fait une étrange illusion. Nous trouvons, par exemple, la guérison d'une hydro-sarcocèle volumineuse de sept ans de date, guérison effectuée en quelques séances ; la guérison du ténia, de l'épilepsie, de la monomanie homicide, etc.
L'ouvrage de Labeaume, qui vient ensuite, est divisé de la manière suivante : 1° expériences acquises du pouvoir curatif de l'électricité, 2" applications qu'on en peut faire dans chaque maladie, 2>° ses propriétés médicales, li"" le meilleur mode d'administration, 5° les effets immédiats et subséquents, 6° les maladies dans lesquelles l'auteur lui accorde la plus grande efficacité. Ces maladies sont tellement nombreuses qu'elles comprennent presque tout le cadre pathologique ; aussi dirons-nous de Labeaume ce que nous avons dit de Fabré-Palaprat, et le reproche le plus doux que l'on puisse faire à toutes ces prétendues guérisons, c'est d'admettre que leurs auteurs se sont fait d'étranges illusions à leur égard.
MM. Andral et Ratier publièrent en 1831, dans le Dictionnaire de médecine et chirurgie pratiques (15 vol. in-8) un bon article sur Vélectricité. Ils présentent bien le véritable état de la science à cette époque , et une appréciation judicieuse des prétendues guérisons obtenues dans une foule de maladies. On y trouve un résumé des travaux de M. Andrieux sur l'électricité. Ce résumé forme les quinze propositions suivantes :
1° Dans l'état actuel des connaissances, l'électricité produite par différents appareils peut être introduite dans le domaine de la thérapeutique, non pas comme un moyen spécifique applicable à tous les cas sans distinction, mais comme un agent physique extrêmement puissant, dont les effets peuvent être prévus, calculés, modifiés et dirigés avec plus de facilité et de précision que ne le peuvent être la plupart des médicaments connus, et avec lequel on peut susciter
16 APPLlCATiO^S DR l/ÉLECTRICITH.
dans l'économie les phénomènes les plus divers, et, par conséquent, remplir un très grand nombre, d'indications curatives.
2° Mais pour obtenir de semblables résultats, l'électricité doit être administrée d'une tout autre façon qu'elle ne l'a été jusqu'à présent, car la plupart des faits n'ont été qu'entrevus, mal appréciés et mal décrits.
3° La perfection des appareils est de la plus haute importance. En effet, les moindres circonstances suffisent pour varier les résultats d'une manière extraordinaire. Aussi ne peut-on se permettre de succès si l'on ne possède un appareil instrumental complet, et si l'on n'a pas une grande habitude de le disposer et de le faire agir, ce qui restreindra toujours l'usage de l'électricité.
li° Les appareils employés pour produire, ou plutôt mettre en mouvement l'électricité, sont la machine électrique et la pile galvanique. Il convient de les avoir d'une grande aimension, afin de pouvoir disposer d'une quantité d'électricité assez considérable dans le cas où l'on aurait affaire à des sujets peu sensibles à l'impression de cet agent; mais ce qui importe surtout, c'est d'avoir des moyens de régler et de mesurer l'action de l'électricité. La physique les fournira à celui qui saura les chercher; le pendule, le calcul des distances, etc., sont employés dans ce but de diverses manières que nous ne pouvons mentionner ici.
5" L'électricité produite par la pile galvanique paraît être de la même nature que celle qui est dégagée par la machine, au moins si l'on en juge par les résultats; elle produit sur les parties qu'elle touche une stimulation très active, qui semble se transmettre le long des nerfs et qui amène des résultats divers, suivant la nature des tissus sur lesquels on la dirige, comme aussi suivant la nature de l'application et l'activité de l'appareil.
6° De même que la chaleur, l'électricité peut se borner à
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stimuler les parties, on l;icn agir chimiquement sur elles et les désorganiser. Ainsi l'on peut par son moyen produire l'excitation de la peau, sa rubéfaction, sa vésication et même sa mortification plus ou moins étendue.
T Lorsqu'on l'applique aux organes exhalants et sécréteurs, on active leurs fonctions, mais sans en modifier les produits. On fait sécréter à volonté les glandes salivaires et lacrymales, le foie et les reins.
8° Si l'on agit sur les organes contractiles, on les provoque à fonctionner dans le sens qui leur est propre : ainsi, l'on fait contracter à volonté tel muscle ; on provoque l'évacuation des substances contenues dans l'estomac et les intestins, en y activant le mouvement péristal tique, ou bien, au contraire, en y provoquant un mouvement opposé. On peut également opérer artificiellement l'expulsion de l'urine en dirigeant le conducteur sur les parois de la vessie.
9° On a pu même dans quelques cas, en dirigeant l'électricité sur l'utérus, y provoquer une exhalation sanguine.
10° Excepté les cas oii le contact des conducteurs ayant été prolongé, il en est résulté une désorganisation des tissus, les effets de l'électricité ont beau être actifs, il ne reste pas de trace de leur action. Ainsi, après des secousses musculaires telles que pourrait le produire une forte dose de noix vomique, les sujets des expériences ne conservent aucun souvenir de l'impression qu'ils ont reçue.
11" L'électricité peut être dirigée à volonté sur telle ou telle partie, en plaçant les conducteurs sur les principaux troncs nerveux qui s'y rendent, ou bien en y enfonçaiît des aiguilles qui deviennent des conducteurs plus directs.
12° Tandis qu'un médicament introduit dans l'économie détermine des effets qu'il n'est pas toujours facile de prévoir et de calculer, et surtout qu'il est impossible de borner quand ils prennent un développement exagéré, la stimulation électrique peut être portée sur tel ou tel point, y être contenue
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et accrue à volonté, y être suspendue à l'instant même. On peut exciter à volonté une partie sans qu'aucune autre participe à l'excitation, on bien, au contraire, stimuler l'organisme tout entier, en respectant une partie délicate ou malade.
13° Il est facile de concevoir les applications rationnelles que l'on peut faire d'un agent qui se montre à la fois si puissant et si docile, si l'on peut s'exprimer ainsi. Outre les divers degrés d'excitation de la peau qui constituent des moyens d'excitation directe ou convulsive, l'électricité se montrera suivant le besoin, vomitive, purgative, sialagogue, emménagogue. Quel moyen précieux dans l'empoisonnement par les narcotiques, pour débarrasser le tube intestinal des matières vénéneuses qu'il renferme, sans exercer sur lui une action souvent nuisible, comme les vomitifs..
On peut également, dans la paralysie de la vessie, l'employer pour rappeler la tonicité de la tunique musculaire et remplacer l'évacuation mécanique par la sonde, à laquelle on est souvent réduit. Et dans cet état analogue de l'estomac, dans ces dyspepsies atoniques qui succèdent aux gastrites chroniques, et dans lesquelles les aliments ne pouvant pas être poussés par l'action péristaltique affaiblie, subissent l'influence des réactions chimiques, un moyen qui fait contracter les faisceaux charnus sans courir le risque de rappeler la phlegmasie de la muqueuse, n'est-il point à tenter? Dans l'asphyxie, l'électricité s'est montrée efficace ; elle pourrait l'être dans la paralysie indépendante de lésion organique ; et si elle n'a eu que des succès équivoques, cela tient à ce qu'on n'en a pas su tirer le parti dont elle est susceptible. Elle n'a jamais été employée que d'une manière timide et imparfaite.
Cependant, malgré son étonnante énergie, il s'en faut que l'électricité soit un l'emède universel. Dans une foule de cas où son emploi paraissait parfaitement indiqué, elle est
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restée absolument inefficace. Toute la puissance de la médecine dans la guérison des maladies est contestable et problématique.
l/j-O 11 n'y a que les effets immédiats de l'éiectricité sur lesquels on puisse compter. Avec de bons appareils, et en se maintenant dans les conditions identiques, on peut les produire à coup sûr et reproduire autant de fois qu'on voudra. Reste l'art difficile de les appliquer à la thérapeutique.
15° Ici, comme ailleurs, on peut difficilement profiter de l'expérience des autres ; et il est certain que celui qui voudra administrer l'électricité sans s'être familiarisé avec les appareils et sans en connaître par expérience tous les effets immédiats, s'exposerait à la voir entre ses mains, ou rester stérile, ou même devenir dangereuse.
On voit que M. Andrieux avait beaucoup d'idées justes et contribua à restreindre beaucoup le cadre des maladies dans lesquelles on employait l'électricité.
Sarlandière a publié dans plusieurs journaux le résultat de ses observations sur l'emploi médicale de l'électricité.
L'ouvrage de M. Coudret sur V électricité médicale, publié en 1837(1 vol. in-8, fig.) n'est qu'un ensemble d'idées théoriques desquelles l'auteur déduit toute une thérapeutique spéciale. Il ne renferme aucun fait positif qu'il soit utile de rappeler ici.
Dans le Dictionnaire de médecine en 30 volumes, M. Guérard a publié un excellent article sur V électricité, article que l'on consultera toujours avec fruit.
De 1830 à 'J838, de nombreuses applications de l'électricité à la médecine sont faites par beaucoup de médecins tant en ville que dans les hôpitaux.
En 1830, M. Rayer introduit une pile à auges dans son service à l'hôpital de la Charité, et la fait servir à traiter des paralysies de toute espèce.
20 APPLICATIONS DK l'i- LEC rUlClTK.
Magendie prescrit pendant dix ans (de IdSO à 48/iO) de nombreuses applications médicales de l'électricité.
Deux de ses élèves, M. G. James et M. de Piiysaye, ont publié, dans leurs thèses inaugurales, le résumé des résultats vraiment remarquables obtenus par ce célèbre physiologiste dans des cas de paralysies, d'amaurose et surtout dans des névralgies. Je fus témoin à cette époque d'un très beau cas d'amaurose essentielle guérie par l'électropuncture, et de plusieurs cas deguérison complète d'hémiplégie faciale rhumatismale opérée sous les yeux de Magendie.
M. Andral, dès son entrée à l'hôpilal de la Charité, en 1836, fit employer l'électricité dans plusieurs maladies. Pendant mon internat sous lui, en 1839, je traitai spécialement plusieurs cas de paralysie saturnine qui, je dois l'avouer, se montrèrent presque tous rebelles.
Dès cette époque beaucoup de médecins de la ville et des hôpitaux se livraient à ces applications en traitant les paralysies par l'électricité.
Aucun ouvrage spécial ne résuma toutefois les tentatives qui furent faites à cette époque.
On essayait de vérifier toutes les assertions émises du moment qu'on avait commencé à employer cet agent. On voulait rechercher la vérité au milieu des exagérations énormes, singulières et nombreuses, qui avaient été publiées.
On tâtonnait en un mot, avec des appareils incomplets et insuffisants.
A cette époque on faisait usage de piles à auges de 20 à liO couples, plus ou moins chargées, et donnant par conséquent un courant plus ou moins fort à ses deux pôles positif et négatif.
On faisait agir ce courant par interruption, soit que l'expérimentateur pratiquât lui-même les interruptions, soit qu'il employât le pendule imaginé par Fabré-Palaprat.
Ce derniei' appareil tut, du reste, peu en usage, il était
plus siaiplo d'interrompre et de rétablir soi-même le courant à volonté.
Dans toutes les applications on faisait un usage à peu près constant de l'électropuncture , à l'aide de laquelle on localisait parfaitement l'électrisation et l'on pouvait obtenir des effets énergiques, réels et durables.
Les travaux de cette époque sont à peu près complètement oubliés aujourd'hui, faute d'hommes qui s'y soient voués d'une manière spéciale, et qui aient songé à faire valoir les résultats auxquels ils avaient pu arriver : car les succès obtenus alors ne sauraient être mis en doute, et ils n'ont pas été encore dépassés par les résultats les plus récents qu'on ait publiés.
Si l'on voulait bien les chercher on les trouverait du reste consignés dans la plupart des traités de thérapeutique publiés à cette époque, ainsi que dans plusieurs thèses soutenues à la Faculté. Le Traité de matière médicale et de thérapeutique (!*■« édit.) de MM. Trousseau et Pidoux ; le Traité de matière médicale et de thérapeutique de M. Galtier ; le grand Traité de physique de M. Becquerel père; les thèses de MM. G. James et de Puysaye, dont j'ai déjà parlé; la thèse de concours de M. le professeur Gavarret ; celle de M. Regnault pour l'agrégation, l'article Électricité du Dictionnaire de médecine en 30 volumes, de M. Guérard, sont là pour attester que l'on s'occupait beaucoup, pendant toute cette période, des applications de l'électricité à la médecine.
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