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TROISIÈME PÉRIODE

Eimploi des! appareils d'induction.

La construction des appareils de Pixii, en France, de Saxton et de Clarke, en Angleterre, firent espérer des instruments d'une grande énergie et à l'aide desquels on pourrait se livrer désormais à des applications plus faciles, plus nombreuses et plus étendues de l'électricité à l'art de guérir. Plusieurs causes s'opposèrent à ce que ce résultat fût immédiatement atteint. Ces appareils étant tous dispendieux, leur volume étant considérable, leur prix très élevé, leur maniement difficile, on ne pouvait les graduer à volonté, et ils avaient presque toujours une énergie formidable. On en fit donc très peu usage, et aucune publication ne fut faite relativement aux résultats thérapeutiques qu'on a pu obtenir avec eux.

En 1836, M. Masson, en appliquant une roue dentée et des bobines d'induction à une pile, a été l'inventeur du premier appareil d'induction applicable à la thérapeutique. Son appareil est bon, il est encore employé à l'exclusion de tout autre par plusieurs médecins. Son mémoire, publié la même année dans les Annales de chimie et de physique, a été beaucoup trop oublié par les personnes qui se sont occupées depuis d'électricité. Nous ne saurions trop engager les médecins qui se livrent à cette branche de l'art de guérir à en prendre connaissance. C'est véritablement M. Masson qui le premier a conseillé l'emploi de l'électricité localisée sans pratiquer l'électropuncture. Son mémoire est celui d'un physicien et non d'un médecin ; on ne pouvait donc à cette époque lui demander des résultats thérapeutiques.

En 1838, MM. Breton frères construisirent un petit appareil électro-magnétique très peu volumineux, très portatif,

peu dispendieux et d'un usage facile. Cet appareil a été placé par lui dans plusieurs services d'hôpitaux. En 1839, M. Breton me confia un de ses appareils qui me servit à traiter plusieurs paralysies saturnines dans le service de M. Andral. Plus tard (iS/iO), il lui substitua son appareil magnéto-électrique, appareil infiniment préférable et qui se répandit rapidement dans la pratique médicale.

De 18^0 à 1850, le nombre de cas qui ont été traités par les appareils de MM. Breton, tant à Paris qu'en province, est énorme. 11 n'est pas d'hôpital de Paris qui n'ait eu dès cette époque un ou plusieurs appareils dont on faisait un usage journalier. Malheureusement tous les résultats obtenus sont à peu près perdus pour la science. Chacun recueillait une, deux, trois ou quatre observations. On mettait l'électricité en usage dans les maladies les plus diverses, mais aucun médecin ne songea à rassembler un certain nombre d'observations à réunir celles qui étaient analogues, et à exposer les résultats obtenus. Cela est malheureux pour les inventeurs de l'instrument qui n'ont pas pu démontrer ainsi sa supériorité incontestable dans un grand nombre de cas.

Si j'ai insisté ainsi sur la construction de cet appareil, c'est qu'il n'y a pas eu de publication à cet égard, et que je pense que c'est la manière dont il s'est répandu dans la pratique médicale qui a été le signal de la grande extension qu'a prise, dans ces derniers temps, l'application de l'électricité à la médecine.

M. Duchenne (de Boulogne) a fait paraître, en 1852, son premier mémoire sur l'électricité, mémoire suivi de plusieurs autres, et en 1855 son Traité d' électrisation localisée.

M. Duchenne est certainement le médecin dont les travaux ont le plus fait avancer la science de l'électricité médicale et dont le nom y sera attaché de la manière la plus honorable et la plus durable.

Il a mis une sagacité très grande, une persistance des

^h A^PLIGAT10^S Dli L'ÉLECTiaCITÉ.

plus louables dans toutes les études sur l'électricité, li^lles l'ont conduit à des résultats aussi remarquables qu'intéressants, et qui éclairent d'une vive lumière la physiologie et la thérapeutique. Aussi tout médecin qui s'occupe des applications de l'électricité à la médecine doit-il être bien pénétré de tous les résultats auxquels il est arrivé et de tous les principes qu'il a établis.

Sans doute, tout n'est pas parfait dans son œuvre, il y a des exagérations que j'aurai occasion de signaler. Je me trouverai plusieurs fois en contradiction avec lui et je combattrai quelques-unes de ses opinions. Mais ce ne sont que de petites taches qui ne déparent pas Tensemble de ses travaux, ets'ily tient avec un peu trop de ténacité, ce n'estque le résultat de la faiblesse d'un auteur pour l'œuvre qu'il a créée-

Je n'analyserai pas ici les nombreux mémoires qu'il a publiés ni son Traité derélectrisation localisée (1855, i vol. in-8, fig.). Ces analyses se trouveront forcément à chaque instant sous ma plume dans cet ouvrage, et en parler ici ce serait un hors-d'œuvre.

Depuis les mémoires et l'ouvrage de M. Duchenne, il a paru plusieurs travaux sur l'électricité, travaux dont quelques-uns ne sont qu'une paraphrase ou qu'une simple analyse des travaux ainsi que de l'ouvrage de M. Duchenne.

M. Debout a publié , dans plusieurs numéros du Bulletin général de thérapeutique (T. 1x6 à kl, ou 1852 à 1855), de très bonnes analyses des principaux faits découverts par I\J. Duchenne.

M. Bougard a donné, dans trois numéros (juin, juillet, août 1856) du Journal de médecine^ de chirurgie et de pharmacologie de Bruxelles^ un long mémoire sur Véleclricité médicale. Ce mémoire n'est autre chose qu'une analyse pure et simple, avec un peu de critique, du Traité de Célectrisation localisée de M. Duchenne.

M. Guitard (de Toulouse) a fait paraître en l£5/i une

IllSTOKlQUK. 25

Ilisloire de l'électricité médicale , en 1 voL gr. in-lS. C'est un résumé de l'état actuel de !a science à celte époque. On y trouve un historique assez complet, surtout pour ce qui concerne les travaux des auteurs qui se sont occupés des premières applications de l'électricité à la médecine. Je signalerai aussi dans cet ouvrage un chapitre intéressant : c'est le chapitre IV, qui contient un recueil d'observations de guérisons par l'électricité. 11 a choisi ses observations dans un grand nombre de mémoires ou jojjrnaux, et il en a fait un chapitre à part pour ne pas surcharger inutilement son Histoire de l'électricité de faits de détail.

M. Valerius (de Gand) a publié, de '1852 à 1856, plusieurs mémoires sur V électricité médicale. 11 est peut-être le seul auteur qui, tout en reconnaissant la vérité de la plupart des principes établis par M. Duchenne, ait eu de l'originalité et une originalité juste et utile. Je ne saurais donner trop d'éloges à ses différents mémoires que j'ai lus avec un grand intérêt, et dont j'essayerai de faire profiler le lecteur, lorsque les sujets dont il traite se trouveront sous ma plume.

Je signalerai comme une des publications les plus récentes l'article Électricité du Manuel de matière médicale, de thérapeutique et de pharmacie, de M, Bouchardat (3"= édition, 1856-1857, t. 1, p. /i30). Cet article, bien complet, est dû à M. le docteur Morelin.

La Méthode galvano-caustique de M. le professeur Mid- -deldorph (de Breslau) fut communiquée par M. Broca dans un rapport très remarquable, lu à la Société de chirurgie dans la séance du 5 novembre 1856.

M. Desparquets nous a donné sous le titre d'Études sur l'électricité appliquée à la médecine, dans les dilTérents numéros de son journal Y Électricité médicale de 1857 cl de 1858, un petit traité dans lequel on peut puiser d'excellents renseignements sur cette partie de la science.

Ce même journal contient une série d'observations sur le traitement des diverses maladies par l'électricité qu'on peut toujours consulter avec fruit.

On ne lira pas non plus sans intérêt les applications électro-médicales dont M. le docteur Guitard rendit compte dans le Journal de médecine de Toulouse.

Dans la séance du 5 juin 1857, il fut lu à la Société des sciences industrielles, arts et belles-lettres de Paris un rapport sur les appareils électriques de M. E. Rebold. Ses appareils, qui paraissent assez ingénieux par leur simplicité, n'ont conduit à aucun résultat scientifique nouveau.

M. Grenet, en avril 1858, imagina un nouvel appareil galvano-caustique, qui eut quelque retentissement, mais dont l'emploi ne s'est pas généralisé.

M. Briquet a lu à l'Académie de médecine, en mai J858, un Mémoire sur le traitement de la colique de plomb par V électricité cutanée.

M. Gavarret, professeur à la Faculté de médecine de Paris, publie un Traité d'électricité en Ix vol. gr. in-18, fig. Les deux premiers volumes sont consacrés à l'exposition de la théorie physique de l'électricité ; les deux autres contiendront une étude de l'électricité considérée dans ses rapports avec les êtres vivants, et en particulier avec l'homme dans l'état de santé et de maladie, et de plus les applications des propriétés physiques et chimiques de cet agent.

Il vient de paraître tout dernièrement, sous le titre é' Aperçu général de V électricité, un petit traité dans lequel M. Pulvermacher donne une description de tous ses divers appareils, et rend compte en même temps des différents cas dans lesquels leur emploi est indiqué.

Le 13 septembre 1858. le Journal militaire a publié uneinstruction relative à remploi médical de rélectricité dans les hôpitaux militaires de l'intérieur de l'Algérie.

Cette instruction contient un arrêté qui établit la médica-

tion électro-thérapique dans divers hôpitaux militaires qu'elle désigne. Les malades soumis à ce traitement formeront une division distincte et seront sous la direction d'an médecin spécial.

L'instruction rend compte en outre des divers appareils qui serviront à appliquer l'électricité ; elle en donne une description minutieuse ; elle décrit avec détail leur mode de fonctionner et les soins à prendre pour leur conservation. Puis elle indique les règles à suivre dans l'emploi de ces appareils.

Enfin cette instruction donne la liste des maladies auxquelles, dans l'état actuel de la science, on peut opposer la médication électrique. Nous croyons intéressant pour le lecteur de le reproduire ici.

« Les médecins militaires ne se départiront pas, en cette » grave circonstance, de la circonspection qui est à la fois la » tranquillité de leur conscience et la sécurité de l'armée. Ils » se garderont de toute application hasardée de l'électricité » sur l'homme, et n'y procéderont qu'avec la prudente ré- » serve commandée, en même temps, par l'obscurité des lé- » sions à combattre et l'énergie encore mystérieuse de l'agent » à employer.

» Sans leur imposer, dans les indications qui vont suivre, » des limites absolues, le conseil insiste cependant pour qu'ils » ne les dépassent qu'autant qu'ils y seront autorisés positivew ment par des observations consciencieuses et authentiques. » Il ne saurait trop les prémunir contre l'exagération des » résultats heureux, l'atténuation des faits négatifs, et le si- » lence gardé sur les accidents. »

Les affections susceptibles d'être soumises à Faction de l'électricité, forment les catégories suivantes :

« Lésions de la motilité ;

» Lésions de la sensibilité ;

» Altérations de la nutrition.

28 Ain'l.fC\T10NS IMi L'ÉLiiCTlVlCmî.

w En outre de ces lésions, rélectricilé a encore été eiii- » ployéc comme moyen chirurgical.

i° Lésions de la motilité ou des mouvements.

» Les paralysies, qui constituent cet ordre de lésions, peu- V vent dépendre :

» A. De tumeurs développées, soit sur le trajet des nerfs, » soit dans le crâne ou le rachis.

» B. De l'hémorrhagie cérébrale.

» C. Du ramollissement du cerveau.

w D. De lésions de la moelle épinière.

» E. De lésions traumatiques des nerfs.

w Dans le premier cas, l'électricité ne conviendra pas et >; produira même des effets nuisibles aussi longtemps que les » tumeurs ne seront pas enlevées, ce qui est quelquefois posn sible lorsqu'elles ont leur siège à l'extérieur. Si après l'abla- » tion ou la guérison de ces tumeurs, des engourdissements » ou de l'affaiblissement dans la motilité persistent, l'électri- » cité pourra intervenir comme dans les autres cas de lésions » traumatiques des nerfs.

» Dans les paralysies de la seconde catégorie, celles qui w sont produites par les hémorrhagies cérébrales et qui sont » les plus nombreuses de toutes, l'électricité, employée dans » les premiers mois qui suivent l'accident, ne produira que » des effets défavorables et quelquefois désastreux. Il faut » absolument attendre que le foyer sanguin soit cicatrisé, » c'est-à-dire de six à huit mois, et même une année, selon » la gravité du cas. Une complète liberté de l'intelligence et » de la parole, l'absence d'engourdissement, de fourmille- » ments et surtout de contractures plus ou moins douloureu- » ses, sont des conditions indispensables de l'opportunité de w l'excitation électrique.

y> J.orsqac l'époque d'agir est arrivée, si les muscles para-

riîSTORîQîJR. 29

» lysés ne se contractent pas sous l'influenco d'un courant » discontinu énergique, il est inutile d'insister : le mal est » incurable.

» S'ils se contractent, s'ils ont conservé la sensibilité élec- » tro-musculaire, on peut espérer du succès ; mais il faut agir » très graduellement, en éviter avec le plus grand soin les » courants réflexes. Chaque muscle sera électrisé isolément, » et seulement pendant une ou deux minutes ; les réophores » seront maintenus toujours très rapprochés ; les séances se- » ront d'abord de cinq minutes, elles pourront devenir suc- » cessivement plus longues, mais ne dépasseront jamais quinze » minutes; enfin, à la moindre apparition de phénomènes » généraux de contracture, on interrompra le traitement.

» Le danger immédiat qui existe alors consiste dans le re- » nouvellement de l'hémorrhagie cérébrale, ou l'invasion » d'une phlegmasie autour des restes du foyer, accidents aux- » quels des malades ont succombé. Il importe donc de les » avoir toujours présents à l'esprit et de prendre les plus » grandes précautions pour les éviter.

» Ces considérations s'appliquent surtout aux paralysies » déterminées par le ramollissement cérébral. Des médecins » d'une grande autorité ont même établi que l'électricité ne » leur est jamais applicable, tant le danger de réveiller Fina flammation est imminent, et le Conseil de santé partage » leur avis.

V Dans les paralysies résultant de lésions de la moelle épi- « nière, les règles générales de l'application de l'électricité » sont les mêmes que dans les cas précédents. On n'y aura » recours que si, tous les symptômes d'inflammation ayant » disparu du côté durachis, les muscles ont conservé, enpar- » tie au moins, la contractilité électro-musculaire. Danscer- » taines paralysies, celles de nature rhumatismale ou résuly tant d'excès vénériens, par exemple, on peut essayer l'ac- » tien des courants réflexes au moyen des pédiluves électri-

»ques; mais cette action doit être d'abord très faible, » surveillée très attentivement et interrompue h la moindre » apparence de contracture. Elle serait accompagnée de gra- » ves dangers, dans les cas de myélite chronique, persis- » tante à quelque degré que ce soit,

» Enfin, à la suite des lésions traumatiques des nerfs, deux » cas différents peuvent se présenter.

» Si la paralysie est complète, soit pour tous les muscles » animés par le nerf blessé, soit pour quelques-uns d'entre » eux seulement, c'est-à-dire s'ils ont perdu tout à la fois le » mouvement volontaire et la contractilité électro-musculaire, » le traitement par l'électricité n'a que peu de chance de » réussir. Il faut attendre, pour l'essayer» la guérison com- » plète du nerf et l'appliquer alors avec d'autant plus decon- » fiance qu'il n'y a rien à perdre, et qu'il n'est pas très rare «devoir, sous l'influence des courants, la cicatrice devenir » perméable et les fonctions se rétablir,

» Si la paralysie est incomplète, c'est-à-dire si, le mouve- » ment volontaire étant perdu, la contractilité électro-mus- » culaire, ou tout au moins, la sensibilité ordinaire subsiste, » c'est une preuve que le nerf, ou la partie du nerf qui se » rend aux muscles devenus inactifs, n'a pas été désorgani- » sée. Il faut agir alors sur ces muscles le plus tôt possible, » au moyen de l'électricité localisée, afin de prévenir leur » atrophie. Par cette expression, le plus tôt possible, il faut » entendre l'époque où le courant électrique ne surexcite ■ » pas la sensibilité. Il convient de s'abstenir aussi longtemps » que cet effet a eu lieu, à moins de suspendre le traitement » dès qu'il se produit.

>3 La science n'a pas encore prononcé sur le degré d'utilité » de l'électricité contre la paralysie progressive. Comme, » dans cette maladie, les fibres charnues non transformées » conservent leur sensibilité électro-musculaire, on a pensé » que l'action électrique pourrait les préserver de la désor-

HISTORIQUE, Si

» ganisation, au moins lorsque la cause de la lésion paraît ' » locale, tel qu'un travail forcé continu, par exemple. On peut » d'autant mieux alors essayer de l'électricité qu'il n'y a rien » à compromettre ; les séances devront être courtes, et les «courants, toujours localisés, très énergiques.

» 11 existe encore un certain nombre de paralysies spéciales » auxquelles l'électricité a été appliquée avec succès. Quoique » rares dans l'armée, quelques-unes s'y montrent cependant, » et les médecins militaires peuvent avoir occasion de les » observer toutes. Ce sont les paralysies développées sous » l'influence de l'hystérie, de la chlorose, des fièvres graves; » celles qui résultent de l'action de certains toxiques, telles » que les paralysies saturnines ; celles qui sont consécutives » aux rhumatismes ; celle qui a reçu le nom de crampe des » écrivains lorsque, toutefois, elle n'est pas symptomatique » d'une lésion cérébrale.

» Dans tous ces cas, l'électricité sera localisée et appliquée » directement au moyen des réophores humides, ou indirec- » tement sur les cordons nerveux, de manière à stimuler les » muscles paralysés et les nerfs qui les animent.

» En opposition avec les paralysies, on peut placer les con- » tractures, ordinairement rhumatismales, qui sont parfois » traitées avec succès par l'électricité sous forme de cou- » rants, et plus particulièrement par le pinceau électrique. » Dans ce dernier cas, on exerce sur la peau une dérivation » qui a suffi, dit-on, pour faire disparaître quelquefois, en » une ou deux séances, la contracture et la douleur qui » l'accompagne ordinairement. Dans certaines contractures » chroniques, et notamment dans le torticolis, M. Duchenne » a proposé d'électriser les muscles antagonistes. Ce mode » d'appUcation de l'électricité orthopédique est sans incon- » vénient sérieux : mais on ne peut guère compter sur ses «effets.

» En résumé, les règles essentielles et générales du traite-

32 APPLICATIONS DE L'ELEGlRICnÉ.

» ment des paralysies du mouvement par l'électricité sont » les suivantes :

» 1° S'assurer avant tout que les centres nerveux ne sont » pas ou ne sont plus le siège d'aucun travail morbide.

» 2° A cet effet, interroger attentivement tous les symi) ptômes, et explorer avec le plus grand soin la sensibilité » électro-musculaire, en n'employant d'abord que des cou- » rants très faibles, transmis à l'aide de réophores humides. « Ajournez le traitement si cette sensibilité est exagérée, le » poursuivre immédiatement avec vigueur si elle n'est qu'af- » faiblie, et l'interrompre si elle s'exaspère.

» 3° Agir de préférence, autant que les cas le comportent, » au moyen de l'électricité localisée, et éviter, à moins d'in- » dications positives contraires, les courants réflexes.

» Il est à remarquer que, dans les muscles qui ont con- » serve la sensibilité électro-musculaire, les mouvements » volontaires reviennent directement en cas de succès, tan- » dis que, dans les autres, ce n'est qu'après la cessation de » ï'atrophine, qui existe presque toujours, et le rétablisse- » ment de la nutrition, que se réveille la contractilité.

» L'électricité appliquée à lachorée générale ou partielle )■) a paru, dans certains cas, régulariser les mouvements. Ici » les courants réflexes obtenus par l'action exercée sur les » deux pieds, les deux mains ou sur une main et un pied du «même côté; peuvent être nécessaires.. Quoique le petit » nombre de faits observés ne soient pas très concluants, en » l'absence de troubles généraux, il est permis de tenter ce » moyen, mais avec toute la prudence qu'impose l'état peu » avancé de la science sur les résultats qu'on en peut obtenir.

2° Lésions de la sensibilité.

» A. Anesthésie. — Dans plusieurs cas où l'anesthésie pro- )■> duite par le chloroforme ou l'éther menaçait d'entraîner la

uisToniQUiî. S3

» mort, on a pu rappeler les malades à la vie, en faisant » passer un courant électrique discontinu, soit de la bouche » à l'anus, soit d'an des nerfs phréniques à l'autre,

» Des expériences sur les animaux vivants seraient utiles » pour éclairer les médecins sur l'efficacité de ce moyen et » son meilleur mode d'application contre un accident aussi » fatal.

» Ces expériences ne seraient pas moins utiles pour déter- » miner exactement l'action de l'électricité dans les diffé- » rantes asphyxies, celle par submersion particulièrement où » elle a déjà été employée.

» A. l'anesthésie cutanée doivent être opposées les frictions » électriques sur la peau séchée, pour plus de sûreté, avec » de la poudre de rrz ou d'amidon. Ces frictions sont faites » au moyen: 1° de la main électrique à la face; 2° du » cylindre creux ou de l'extrémité du pinceau électrique » promené sur les autres parties du corps.

w Contre l'anesthésie musculaire, maladie dans laquelle le » sujet a perdu la conscience du mouvement qu'il produit, il » faut employer les réophores humides promenés tous deux R sur les muscles affectés.

» Dans tous les casd'anesthésie, les intermittences doivent » être rapides et les courants énergiques.

» Parmi les anesthésies des organes des sens, Tamaurose » et la surdité ont fixé l'attention des praticiens.

» Contre l'amaurose dite essentielle, produite par lapara- » lysie de la rétine ou de la première branche de la cin- » quième paire, Magendie a fait passer directement, au » moyen de l'électro-puncturC;, un courant continu dans le » nerf optique , mais un procédé moins douloureux et moins » compromettant qui a donné des succès, consiste à se ser- » vir des conducteurs humides : un des réophores est alors » placé tout près de l'œil ou contre la paupière supérieure, et » l'autre sur des ramifications de la cinquième paire, à la

Qll APrUGATlONS DE l'ÉLEGTRICITÉ.

» membrane muqueuse buccale par exemple. Ce sont ici des » courants continus très faibles qui doivent être d'abord pré- » férés. Il faut donc supprimer l'appareil à induction et" » attacher directement les réophores aux fils conducteurs de » la pile. On recommande d'appliquer près de l'œil le » réophore positif, lorsque la rétine est insensible, et le M réophore négatif, au contraire, quand il y a encore de la » douleur; mais il n'y a rien d'absolu à cet égard, et l'on » peut, sans inconvénient, varier la direction des courants.

» La surdité résiste beaucoup plus que l'amaurose à l'ac- » tion de l'électricité, ce qui dépend sans doute de ce que les » lésions qui la produisent sont plus variées, plus profondes » et plus souvent mécaniques. Cependant, quoique les ten- » tatives qu'on a faites de ce moyen aient été, jusqu'à pré- » sent, presque toutes infructueuses, en l'absence de médi- » cation plus certaine, il paraît rationnel d'en essayer, A cet » effet, la tête du malade étant inclinée du côté opposé, de » manière à rendre le conduit auditif externe vertical, on » verse dans ce conduit assez d'eau pour le remplir à moitié, » et on y introduit l'extrémité d'un des électrodes de l'appa- » reil d'induction, de manière qu'il ne touche ni les parois » du conduit ni la membrane du tympan ; l'autre électrode , » garni du réophore humide, est appliqué à la nuque. On » doit employer un courant induit très énergique.

» B. Hyperesthésie. — Des douleurs, soit cutanées, soit » musculaires consécutives à l'hystérie ou au rhumatisme, » ont été traitées fréquemment, assure-t-on, avec un succès » rapide : les premières par les courants continus, les se- » c.ondes par l'emploi du pinceau électrique. Selon plusieurs » médecins, il ne serait pas rare de voir un lombago, ou toute » autre douleur rhumatismale chronique, disparaître par ce >j moyen en deux ou trois séances. On est porté à penser » que la fustigation électrique, pratiquée avec énergie sur » la partie antérieure et supérieure du thorax, produirait

» d' excellents effets dans l'angine de poitrine. M. Duchenne » a obtenu, par ce moyen et par la douleur atroce résultant » de l'application simultanée des deux électrodes sur le ma- » melon, la cessation subite d'un accès de cette cruelle ma- » ladie, et graduellement l'éloignement, et enfin la cessation » des accès. L'électricité appliquée par le même procédé » conviendrait encore dans l'asthme nerveux. Elle serait non » moins bien indiquée dans certains rhumatismes fixés sur » les parois de la poitrine ou le diaphragme, et menaçant » les malades d'une mort imminente^ qui a lieu quelquefois » par asphyxie,

» Les névralgies sont les maladies les plus anciennement » traitées par l'électricité. Les courants continus, obtenus en » supprimant l'appareil à induction, sont le mode d'applica- » tion qui réussit le mieux contre elles ; les réophores à. cap- » suies seront munis d'épongés mouillées, le réophore néga- » tif sera appliqué à la racine du nerf, et l'autre promené sur » les ramifications douloureuses.

» On a conseillé, sous le nom de méthode hyposthénisante, » dans le traitement des névralgies, de faire circuler des » courants continus ou discontinus dans les ramifications » douloureuses des nerfs. Les premiers de ces courants doi- » vent être préférés. Le réophore correspondant au pôle » positif est placé, dans ce cas, sur le point du tronc nerveux » le plus rapproché du centre, et le réophore du pôle négatif » à quelque distance plus bas, ou promené sur les ramifi- » cations douloureuses. Magendie employait les aiguilles e( » en a obtenu de bons résultats. Les courants continus en » sens inverse, c'est-à-dire le pôle négatif correspondant à la » racine du membre, et le positif aux ramifications, déter- » minent des douleurs plus vives, mais ne sont pas, dit-on, » moins efficaces. Quant aux courants discontinus, par cette » considération qu'ils sont alternes, la position relative des » deux réophores perd son importance.

3G Ari'L!GArio.\s de l'électricité.

» il a déjà été dit que ce mode d'électrisation n'a pas « donné des résultats favorables à M. Duchenne. D'autres )j médecins se louent cependant de son emploi. Des faits bien » observés décideront seuls la question. On doit tenir compte, « toutefois, de cette remarque, que l'électricité ne calme les » les douleurs qu'après avoir épuisé la sensibilité nerveuse y en la surexcitant. C'est donc un quitte ou double, qui ne » doit être employé qu'avec une grande circonspection.

â** Altération de la nutrition,

« Les faits relatifs à l'emploi de la médication électrique, » dans les cas de tumeurs ou de productions organiques » anormales, sont encore trop peu nombreux pour qu'il soit » possible d'en déduire des règles précises sur la nature des » altérations auxquelles on peut l'opposer.

» Toutefois, on y a recours dans les cas d'adénites cer- » vicales chroniques et indolentes, de goitres mous ou solides, » non douloureux, et de quelques autres afiections analo- » gués. L'électro-puncture a été presque toujours employée » de préférence comme exerçant une action plus énergique » et plus directe sur les tissas profonds. On peut introduire » plusieurs aiguilles jusque dans la substance de la tumeur, » et mettre successivement les électrodes en rapport avec » elles. On peut encore ne faire agir qu'un électrode sur les » aiguilles et promener le réophore humide de l'autre pôle » sur les différents points de la tumeur. D'autres procédés » ont été préconisés encore, mais ils sont compliqués et n'ont » pas l'efficacité de l'électro-puncture. Les courants con- 'j tinus énergiques conviennent mieux alors que les courants « discontinus. Quelques bons résultats paraissent avoir été >j obtenus par celte médication, qui ne présente d'ailleurs « aucun danger.

HISTORIQUE. â7

[l° Aj^plications à la chirurgie.

» A. Les anévrysmes sont les maladies chirurgicales pour w le traitement desquelles l'électricité a été appliquée le plus n souvent et avec le plus de succès. Le nombre de guérisons » obtenues par ce moyen était, en 18/i.5, de onze sur dix-huit » cas ; depuis, on a compté sur neuf opérations huit guérisons » et un insuccès, pas de mort. L'électricité a surtout réussi » dans les anévrysmes du pli du coude, succédant à des sai- » gnées malheureuses. Rien ne s'oppose à ce qu'on y ait » recours, non-seulement dans ces cas, mais toutes les fois » que la tumeur ne peut être soumise à la compression ou à » la ligature.

» Le procédé qui réunit le plus de chances de succès con- » siste à introduire, aussi haut que possible, une aiguille » jusqu'au centre de la tumeur, et à appliquer, sur la partie » inférieure de celle-ci, une plaque reposant sur un disque » en flanelle, de même étendue, et imbibée d'eau salée ou » légèrement acidulée. L'aiguille doit être mise en rapport » avec le pôle positif de la pile, et la plaque avec le pôle né- » gatif. Cette prescription est essentielle, car l'intervention » des pôles aurait pour résultat, d'après des observations qui » paraissent exactes, d'empêcher la formation du caillot » dans le sac anévrysmal. La séance aura une durée de 10 » à 15 minutes, selon les sensations du malade et les effets » produits.

» Avant l'opération, le cours du sang devra être suspendu » dans la tumeur, par une compression suffisante exercée » au-dessus et au-dessous d'elle. On s'en tiendra k l'une ou » à l'autre s'il n'est pas possible de les exercer toutes deux ; » dans ce dernier cas, on commencera toujours par la pre- » mière.

û8 APPLICATIONS D

» Soit parce qu'elles s'échauffent sous l'influence des cou- » rants , soit qu'elles transmettent l'électricité aux parties » qu'elles traversent, les aiguilles déterminent souvent la » formation de petites eschares dans ces parties. On prévient » cet inconvénient assez sérieux en les recouvrant, jusque » près de la pointe, avec de la gomme laque ou tout autre » vernis isolant.

» La plaque peut être remplacée par une seconde aiguille B introduite inférieurement au voisinage de la tumeur, sans » y pénétrer, mais de manière à la faire traverser par le » courant.

» On peut encore introduire dans la tumeur quatre ou six V aiguilles réunies par moitié, au moyen de deux fils de laiton » qui communiquent avec chacun des conducteurs de la pile. » On obtient ainsi un courant divisé, moins énergique pour » chaque aiguille, mais plus disséminé dans la tumeur.

» Après l'opération, les aiguilles sont retirées; la corn- » pression supérieure exercée sur l'artère est maintenue à » un degré modéré; l'inférieure est immédiatement en- » levée.

» Si la tumeur a acquis de la consistance, et mieux encore, » si elle est devenue solide, on soutiendra les caillots au » moyen d'une compression directe médiocre, à laquelle on » associera les réfrigérants et les résolutifs.

» Ce moyen peut être efficace, lors même que la tumeur » n'a éprouvé que peu ou pas de changement, car on a observé » des guérisons consécutives après huit ou dix jours.

» Lorsqu'une première séance a été complètement infrnc- » tueuse, on peut y revenir, à huit ou dix jours d'intervalle, » une seconde, une troisième et une quatrième fois, si aucun » accident ne se manifeste,

>^ B, Des tumeurs érectiles ont été traversées avec succès, w en divers sens, par de longues aiguilles qui ne doivent pas » se toucher, et sur lesquelles on fait agir successivement les

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» conducteurs de la pile. D'après les observations citées pré- » cédemment, il serait peut-être préférable de n'agir sur ces » aiguilles qu'au moyen des conducteurs du pôle positif et de » promener sur différents points de la tumeur, soit le godet » garni de l'éponge mouillée, soit le bouton électrique recou- » vert de peau également mouillée, communiquant avec le » pôle négatif.

» L'action des aiguilles portée jusqu'à la cautérisation dé- » termine des douleurs vives et des désordres profonds qui » ne sont pas nécessaires, la solidification du sang dans la » trame de la tumeur suffisant généralement à la gué- » rison.

» C. Introduite depuis quelques années seulement dans la » science, le galvano-caustique n'y a pas encore acquis le » droit de domicile. On comprend que, dans quelques cas » spéciaux, où la cautérisation est reconnue nécessaire, il » puisse paraître préférable de l'opérer par l'électricité plutôt » que par tout autre moyen. Le bouton électrique, convena- » blement préparé, peut en effet être porté froid et appliqué à » loisir contre la partie qu'il s'agit de cautériser et qui l'est » effectivement avec autant de rapidité que de sûreté par » l'action instantanée d'une pile suffisamment puissante.

» On a pu détruire, par ce procédé, des tumeurs et des ul- » cérations du col de l'utérus, de l'intérieur du rectum et » d'autres cavités accessibles aux instruments.

» Les mêmes raisons ne sauraient être invoquées en faveur » de la cautérisation électrique employée pour l'ablation destu- » meurs externes, cancéreuses et autres; celles des polypes, » la cautérisation des vaisseaux dans le cas d'hémorrhagie, la » résection de la luette, celle des amygdales, les amputations » des membres, etc.

» Cette extension du procédé électrique à presque toute la » chirurgie opératoire ne saurait soutenir un examen sérieux ; » et dans les cas mêmes d'une application plus rationnelle,

AO APPLICATIONS DE l'jSLECTRICITÉ. '•I-A.^

» dont il a été d'abord question, les faits sont encore trop peu » démontrés pour inspirer une grande confiance. Les autres » moyens ne manquent pas d'ailleurs pour obtenir les mêmes » résultats, et, en les employant selon les règles établies, ils » satisfont aux besoins. Ce ne serait pas sans de graves incon- » vénients que les chirurgiens militaires se déshabitueraient » de s'en servir, pour y substituer l'action de machines spé- » ciales compliquées et d'une grande puissance, qui ne pour- » raient être que très rarement à leur disposition. »

Cette notice pourrait soulever de nombreuses critiques ; elle n'est qu'un extrait bien résumé des principales idées de M. Duchenne, et on a fait une abstraction de tout ce qui avait été fait en électricité avant, en même temps, et depuis lui. Les lecteurs voudront bien se mettre en garde contre quelques-uns de ces conseils ; ils trouveront dans des détails ultérieurs la discussion des faits que je prétends contester et qui concernent spécialement les névralgies, les atrophies et plusieurs autres maladies. Lorsqu'on rédige une instruction pour un corps aussi éminent que celui des chirurgiens militaires, il faut de l'impartialité et rendre justice à chacun.

1859. — Le dernier ouvrage qui a paru à Londres sur V électricité appliquée à la thérapeutique est celui de M. le docteur Âlthaus(l). 11 renferme des documents intéressants, et il est parfaitement au courant de la science ; je ne saurais donc trop en recommander la lecture ; je le mettrai à contribution dans la troisième partie des applications de V électricité à la thérapeutique.

(1) J. AUhaus. A treatise on médical electricity, theoretical and practical ; and its use in the treatment of paralysis, neuralgiœ, and other diseuses. London, 1859, 1 vol. in-8.

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