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HISTORIQUE

plus différents entre eux. D’une matière vaseuse sont sortis, mais au bout d’un bien long temps , des produits remarquables par leur solidité , leur dureté , leur éclat et leurs brillantes couleurs.

Il n’y a que quelques arts mécaniques, dont même les plus simples essais étaient entièrement inconnus aux premiers hommes , qui puissent donner des produits où la matière , presque nulle en valeur, acquiert par la main et le génie de l’homme un immense prix ; il y a telle grande pièce de Poterie qui a acquis par cette application de la science , du génie et de l’adresse , une valeur mille fois plus grande que celle de la matière qu’elle renferme.

Ce sont là les remarquables caractères qui frappent dans les arts céramiques , et qui les distinguent au premier coup d’œil des autres arts.

Nous allons examiner maintenant d’où vient le nom de Poterie, à quels usages les produits différents de l’art céramique étaient destinés , quelle importance cet art avait dans les anciens temps, et quels progrès il a faits depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours.

§ 1. — Étymologie du nom.

Le mot Poterie vient du latin poturn ■ il n’indique ni la forme ni la matière, mais l’usage. C’est le nom , chez les Latins, du Vase à boire.

Keramos (vipaji-o; ), dont nous avons fait cérame et céramique, est le nom grec des Poteries ; il ne signifie ni la nature de la matière , ni son usage , mais la corne des animaux qui était la matière et la forme originaire des Vases à boire (1), forme conservée ou directement ou par imitation dans plusieurs Vases de différentes matières qui, dans les repas, servaient à boire. On les voit sans presque aucune altération de forme dans la représentation des repas antiques, ou avec de nombreuses altérations dans les Vases nommés rhylon, qui sont des cornes

{ 1 ) On lui donne une autre origine qui ne me parait pas si naturelle : Céramus, fils de Bacchus et d’Adriadne , était considéré comme l’inventeur de la Poterie (D. de Luykes, Mém. de la Soc. Archéologique, t îv, page k des Mém. particuliers).

HISTOIRE. USAGES

dont l’extrémité est remplacée par une tête de bœuf , de chien , de sanglier, de bélier, d’aigle , de griffon , etc.

On faisait des heramos d’argent ou de tout autre métal ou matière.

Ce nom , appliqué d’abord à des Vases à boire en Poterie ou terre cuite, a été étendu à l’art du Potier lors même qu’il façonne et fabrique des objets qui n’ont aucun rapport avec des Vases , tels que des tuiles. La Céramique était uil quartier d’Athènes où se trouvaient de grandes fabriques de tuiles et de briques. Ce mot a été employé par les anciens bien plus souvent dans l’acception de Vase ou objet de terre cuite que dans tout autre sens, riaton dit que la céramique doit avoir été un des premiers arts, etc.

Le Jîerameus des Grecs était 1 ejigulinus des Latins, le topfcr des Allemands , le P o t i e r des Français , le potter des Anglais.

Le lutum figulinum et le creta figulina étaient notre argile à Poterie.

§ 2. — Usages des Poteries dans l'antiquité.

Les produits des arts céramiques et les produits de luxe, encore plus que les objets d’usage , ont présenté tous les genres d’intérêt dont les monuments puissent être susceptibles.

Des nombreuses applications de cet art aux habitudes de la vie , la plus commune et la plus répandue est sans aucun doute celle qui a pour objet les usages domestiques ; c’est la plus variée dans les temps moyens et dans les temps actuels 5 mais c’est , de toutes les parties de l’histoire de cet art , la moins connue , et c’était peut-être la moins pratiquée dans les temps anciens. Gn sait peu de chose sur les formes et la matière des Vases employés par les peuples de l’antiquité aux usages domestiques, parce qu’il ne reste presque aucune pièce de ces ustensiles fragiles , et que le plus grand nombre des Vases qui ont traversé cette longue suite de siècles présentent une texture perméable qui devait les rendre très-peu propres à ces usages.

Les monuments, et surtout les scènes représentées sur les Vases en terre qui avaient une autre destination , conservés par l’effet

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même de cette destination , sont presque les seuls matériaux qui puissent servir à nous fournir quelques notions sur cette partie domestique de l’histoire des arts céramiques. On y voit des coupes à boire , des plats et plateaux propres à recevoir des fruits et des aliments , mais point ou presque point de Vases convenables pour faire chauffer des liquides ou cuire des aliments. C’est aux temps modernes , et on peut même dire aux temps les plus modernes, dans les contrées européennes, qu’il faut reporter la fabrication de Vases propres à remplir efficacement ce dernier objet.

Usages religieux et funéraires des Vases. — Mais il est Une autre destination des produits de l’art céramique , destination qui n’est certainement venue que longtemps après la première , et qui , par son importance , a donné à ces produits un grand intérêt et les a fait parvenir riches d’instruction et en nombre immense jusqu’à nous : c’est la destination religieuse donnée aux Vases de terre par un grand nombre de peuples de l’antiquité et sur toute la terre. Ces Vases, sur lesquels je reviendrai lorsque je traiterai de la classe de Poteries à laquelle ils appartiennent, ont fourni des notions nombreuses et d’un vif intérêt sur l’histoire , la religion , les usages et les costumes des peuples qui les avaient consacrés aux dieux et enfermés dans les tombeaux. Cet usage religieux est la cause de leur conservation : si on ne les eût placés que dans les temples ou dans les chapelles des maisons, ils auraient éprouvé le sort des Vases domestiques et très-peu eussent échappé aux ravages du temps.

Il n’en est pas ainsi des Poteries modernes : la plupart sont consacrées principalement aux usages domestiques de tous genres, c’est bien certainement leur destination la plus étendue. Le nombre des nièces faites pour servir d’ornements n’est point comparable à celui des objets fabriqués pour l’usage.

Chez les anciens c’était le contraire , les Poteries avaient la plus religieuse et la plus noble destination. Le nombre des Poteriestrouvées dans les tombes de tous les peuples anciens, européens, Scandinaves, slaves, germains, gaulois, celtes, étrusques, grecs, et aussi dans celles des américains, péruviens, chiliens, mexicains, est incalculable 5 c’est qu’on n’avait reconnu rien déplus inaltérable

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qu’un Vase de terre pour rester presque éternellement comme hommage à celui dont on portait la dépouille matérielle dans la tombe , et c’est en effet ce que nous trouvons ordinairement de mieux conservé dans les tombes. Les armes de métal , les médailles sont toujours plus altérées que les Vases , même les moins cuits, quand les affaissements du sol, que d’assez solides constructions n’avaient pu éviter, ou des accidents que les anciens n’avaient pas prévus , ne sont pas venus les briser.

Je donne quelques figures qui font voir leurs dispositions, dans presque tous les lieux où on les a remarqués et figurés.

La planche i représente,^, i et 2, l’intérieur de deux de ces tumulus si communs dans le nord de l’Allemagne, et sur lesquels je donnerai quelques détails à l’article de la Poterie tendre m a 1 1 e. Les figures 3, 4 et 5 de la même planche , et celles 1 , 2 et 3 de la planche 11 , offrent d’autres exemples du placement des Vases dans les tombeaux ou près du personnage qui a été enterré , et , quand le corps a été brûlé , elles montrent la disposition des Vases qui accompagnaient l’Urne dans laquelle on avait recueilli les cendres et rassemblé les ossements. C’est à l’article des Poteries à pâte tendre lustrée grecques et romaines, que je parlerai des circonstances remarquables de cette position suivant les pays et les temps. On verra , ainsi que je l’ai annoncé plus haut, combien cet usage était répandu sur toutes les parties du globe , et que nous ne connaissons réellement bien que les Poteries qui ont été conservées par cette sorte de consécration. On verra qu’elle a été presque générale , accompagnée de circonstances qui ne sont pas aussi différentes entre elles qu’on aurait pu le présumer en considérant l’éloignement des lieux, la diversité des peuples dans leur langue , leurs coutumes et leur religion. La céramique ajoutera cet argument à tout ce qu’ont dit les philosophes sur certains dogmes religieux communs à toute l’humanité.

Usages honorifiques. — Prix. — On destinait aussi les Vases à faire partie des prix qu’on donnait aux vainqueurs dans les différents exercices publics : plusieurs étaient célèbres et portaient des noms qui prouvaient le cas qu’on en faisait. On cite le Vase de Nestor, le Vase Prusias , le Vase Seleucus , la Coupe d’Arcésilas ,

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le Vase de la Chasse , etc. D’autres étaient connus par des emplois moins nobles , mais extraordinaires , ou cités pour leurs grandes dimensions; j’en donnerai des exemples à leur lieu. Un grand nombre de médailles ou monnaies béotiennes, athéniennes, etc. , en portant pour type un Vase surmonté d’une chouette et mis ainsi sous la protection de la divinité qui présidait aux sciences et aux arts , confirme l’importance que les anciens attachaient à cet art du Potier.

Ces destinations honorables, données aux produits de l’art céramique, avaient imprimé à cet art et à ceux qui le pratiquaient une certaine importance et beaucoup de considération. Il y eut partout et surtout en Grèce des Potiers célèbres , dont les noms nous ont été transqiis par les historiens et les poètes ; je les citerai en traitant de la classe de Poterie qu’ils fabriquaient.

Cette haute considération s’était conservée chez les Romains , où cependant les usages de la Poterie étaient moins relevés. Numa établit un collège pour la communauté des Potiers. Pline énumère avec admiration les produits de cet art, et dit que le luxe de la Poterie était monté à un tel degré, qu’un Vase de simple terre avait coûté à l’empereur Vitellius aoo sesterces (*), et qu’à la vente à l’enchère des effets d’Aristote on vendit 70 plats de terre. On voit, chez les Israélites, dans la généalogie de la tribu de Juda, une famille de Potiers qui travaillait pour le Roi et demeurait dans ses jardins.

Usage* domestique*. — Il ne faut pas croire cependant que ce fût l’unique emploi des objets fabriqués en terre cuite , plusieurs de ces objets servaient aux usages domestiques. Un grand nombre étaient façonnés en lampes , d’autres étaient employés dans les, opérations culinaires ou dans les repas ; mais il n’en faut pas conclure que les innombrables Vases à boire, énumérés par Athénée et par d’autres auteurs , fussent tous en Poterie , le plus grand nombre était en métal et même en métaux précieux trèsrichement décorés, peut-être même émaillés (*).

Mais ce qui tend à me faire admettre que l’emploi le plus ordi-

P) D’Hancauville dit que ces Vases si chers étaient des Vases grecs peints, ce procédé de peinture étant perdu ou inconnu des Romains du temps de Pliue.

(*) Dussieüx.

hjstoiAe des arts céramiques.

naire que nous faisons de nos Poteries était très-restreint chez tous les peuples anciens, c’est le faible degré de cuisson que leurs Poteries ont reçu et la porosité, la perméabilité, qu’elles ont conservée et qui devait les rendre très-peu propres à contenir des liquides ou des matières graisseuses fondues et chaudes. J’ai essayé un grand nombre de ces Poteries dans ce but , et on apprendra, par les détails que je donnerai ailleurs, que tout vase ancien, même grec, qui n’a point ce vernis d’ornementation qu’on donnait à certains d’entre eux, laissait suinter l’eau plus ou moins promptement de toutes parts ou au moins des parties qui n’avaient pas été recouvertes de ce vernis si mince.

Ce que je dis ici s’applique plus particulièrement aux Poteries très-anciennes du nord de l’Europe , aux Poteries étrusques et même aux Poteries grecques ; et cependant, jusqu’au temps de l’empire macédonien (‘) , on ne se servait à table, suivant Athénée, que de Vases de terre; mais les Grecs, devenant plus somptueux , Cléopâtre , femme de Philippe , voulut imiter ces Vases en argent et en or. On nomma A érarnos, de leur ancienne origine, cette vaisselle d’or et d’argent (*). Quant aux Poteries romaines, déjà plus cuites que les précédentes , elles pouvaient être employées à beaucoup d’usages domestiques.

§ 3. — Secours que les produits céramiques prêtent ù rhistoire et à la littérature .

La facilité avec laquelle l’argile prend toutes sortes de formes sous la main du Potier, la fragilité des Vases, ses plus beaux ouvrages, ont fourni de nombreux sujets de comparaison aux écrivains de l’antiquité , et surtout à ceux dont le style élevé pouvait s’enrichir de métaphores.

Les Vases de terre sont dans les Écritures le symbole de la faiblesse et de la fragilité humaine. Ainsi , dans la Bible :

« Le Seigneur dit à Jérémie ; — Allez et descendez dans la mai-

» son d’un Potier . J’allai dans la maison d’un Potier, et je le

» trouvai qui travaillait sur la roue , en même temps le Vase qu’il

(l) Environ 350 ans avant l’ère chrétienne.

(*) Athénée, lit. vr, chap. ni.

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