APPLICATIONS LITTÉRAIRES
» faisait se rompit, et aussitôt il en fit un autre . Maison
» d’Israël , ne pourrai-je faire de vous ce que le Potier fait de )) son argile, etc. » (Jérémie, chap. xvm, v. 1, 3, h et 6; trad. de Lemaistre de Sacy, 1701.)
« Je briserai ce peuple et cette ville comme le Vase de terre est » brisé et ne peut plus être rétabli. » (Ibid., chap. xix, v. 11.)
On verra, à l’histoire du tour à Potier, combien de citations et de comparaisons cet ancien instrument a fournies aux écrivains.
Ces comparaisons nous apprennent , sur la partie matérielle de l’art , des faits que nous ignorerions, les anciens n’ayant donné aucune description des procédés de leur industrie.
Quelquefois aussi ces comparaisons s’appliquent à des sujets moraux. Horace dit, en parlant d’un poëte ambitieux qui se vante d’un ouvrage qui se réduit à peu de chose :
. Amphora cœpit
Institui : currente rotâ cur urceus exit ? (*)
Percy , d’où je tire cette citation , et qui était un chirurgien très-érudit, en conclut que Y Urceus était un très-petit Vase qu’il compare au Cadus , petite Amphore.
Application à l’histoire des peuples. — Les Poteries fournissent en outçe à l’histoire ancienne et à l’archéologie , des ressources d’un genre tout particulier, même lorsqu’elles ne présentent pas , comme sur les Vases grecs peints, les sujets si variés qui développent presque entièrement l’histoire de la religion, des guerres, du gouvernement, des usages civils et domestiques des peuples. La nature de leur pâte, leur mode de façonnage, le style de leurs formes et de leurs ornements , sont généralement constants che? les anciens peuples , si éloignés de la versatilité des peuples modernes, soumis à tous les caprices des modes, cet instrument destructeur de tout caractère national 5 ces particularités suffisent souvent pour donner des lumières sur les peuples qui habitaient les pays où l’on trouve ces Poteries. — M. Féret , conservateur de la bibliothèque de Dieppe, regarde les Poteries comme fournissant des caractères d’époque souvent plus précis que les médailles , parce que fabriquées sur les lieux mêmes elles n’ont pu être aine*-
(') IIorat • De Arle poet , rers. 21.
nées de loin, et , se fondant sur ce principe, il considère comme de l’époque de l’invasion romaine dans les Gaules les Poteries gallo-romaines, les Vases à pâte noire et à façonnage grossier, qui étaient enfouis dans des tourbières ou enterrés dans desTumulus de 1 8 à 20 cent, de hauteur sur la côte de Limes , près Dieppe.
§ Â. — Progrès successifs de l'art céramique.
Les progrès des arts et ceux de la civilisation , qui marchent nécessairement de front, en ajoutant aux productions de l’art céramique des qualités solides et brillantes , les firent s’étendre au delà des ustensiles de ménage , et même sortir de leur destination sévère et religieuse : elles devinrent des objets d’une utilité plus variée dans l’économie domestique, des objets de luxe et même d’apparat dans l’ameublement des personnages marquant par leur rang ou par leur richesse -, mais on peut dire que ce perfectionnement , si considérable et si subit dans la nature des pâtes et des couvertes des Poteries , ce changement si remarquable dans leur destination est tout récent , du moins en Europe. La perméabilité des Poteries anciennes, qui est leur grave défaut, s’est maintenue pendant très-longtemps -, nous verrons dans le second livre comment, sans rendre la pâte plus compacte que celle desVases antiques, nous parvenons, par une glaçure très-facile à mettre, à corriger, du moins en partie, l’inconvénient de la perméabilité.
On n’a connu, que je sache, en Europe, avant le xie siècle, aucune Poterie à pâte compacte, imperméable et dure comme les Grès -, aucune Poterie à pâte aussi solide que celle de la Faïence proprement dite , excepté les Vases en Poteries sans glaçure de l’île de Milo, aucune Poterie à vernis de plomb ou à émail d’étain étendu également sur de grandes surfaces comme ceux des Faïences. Les Porcelaines européennes, même celles qu’on peut appeler artificielles (porcelaines tendres), ne remontent pas beaucoup au delà du xviii6 siècle (1690), et les Faïences fines dites terre de pipe ou Faïences anglaises sont d’une origine encore plus récente.
La découverte ou l’introduction en Europe, de ces deux sortes
LEURS PROGRÈS. 1 i
de Poteries, la Faïence et la Porcelaine, a tellement frappé les peuples et les princes contemporains, que ces belles productions céramiques sont devenues dès leur origine un objet recherché, un objet d’un grand luxe , et d’un luxe si marqué et si particulier à la classe des hommes riches et puissants , que les princes se sont emparés de cette fabrication, non pas pour en faire un monopole productif, mais pour en faire la matière de leur faveur, de leur grâce et le signe de leur générosité.
Lorsque Luca délia Robbia à Florence, vers i43o, Orazzio Fontana à Pezaro, vers i54o, découvrirent et portèrent tout de suite à un haut degré de perfection, la belle Faïence connue alors sous les noms de Majolica , de Terra invetriata (ce furent les premières Poteries qui se firent remarquer sur la terre depuis les dernières Poteries romaines rouges) (‘), les ducs de Toscane, et notamment le duc Quidobaldo de la Rovera, admirant ces belles productions, en favorisèrent la fabrication par tous les genres d’encouragements. Les artistes les plus habiles du temps, fournirent des dessins de formes et de sujets, d’habiles peintres les exécutèrent, et cette Faïence qui porta, dit-on, le nom de Porcelaine d’Italie, devint pour les ducs de Toscane un objet digne d’être donné par eux aux personnages du plus haut rang, j*ux souverains mêmes. On cite les artistes qui travaillèrent au beau service dont le grand-duc fit présent à l’empereur Charles-Quint. Cette Faïence fut très-recherchée et très-chère, parce que des hommes habiles dans tous les genres, concoururent à sa .fabrication. Mais lorsqu’à la mort de Guidobaldo elle fut livrée au commerce , il fallut la donner à bas prix ; alors tout ce qui tient aux arts du dessin, à ce qu’on appelle le mérite ou la perfection dans les arts , dut être et fut négligé, parce que le commerce fait peu de cas de ce genre de mérite qu’il faut payer cher et qui produit peu. Cet art tomba dans les métiers; mais si ces Faïences perdirent ce genre de mérite et d’illustration, le perfectionnement industriel resta et ses éléments furent transportés en France et dans toute l’Europe (2). Ber-
(*) La porcelaine de Chine n’a paru en Europe au plus tôt que vers 1500.
(5) On reviendra sur ce sujet en lui donnant les développements techniques et historiques convenables , à l’article de la Faïence émaillée.
nard Palissy, à peu près dans le même temps, c’est-à-dire vers i53o, chercha et trouva après des peines et des dépenses infinies, cette partie brillante par ses couleurs et ses reliefs colorés de Part du faïencier, qui avait pris naissance en Italie et qui venait de s’y perdre.
François Ier et Henri II son successeur, sans faire pour cet illustre Potier et pour sa fabrication, tout ce que le duc Guidobaldo avait fait pour les Majolica, l’encouragèrent néanmoins.
La découverte de la Porcelaine , ou plutôt l’introduction de la fabrication de cette Poterie chinoise en Europe , Poterie bien plus solide et bien plus brillante que la Faïence, et susceptible de recevoir tous les genres d’ornements imaginables, produisit vers le commencement du xvme siècle le même étonnement, le même mouvement dans les arts du dessin, que celui que la Faïence avait fait naître auxv' siècle. Les princes voulurent de même s’attribuer la fabrication presque exclusive de cette belle Poterie, ou du moins en honorer les produits par des encouragements de toute espèce et par la plus noble destination ; elle fut pour eux, comme elle l’est encore, un des objets les plus précieux des présents royaux et diplomatiques.
Une troisième découverte, entièrement européenne, fit naître en Angleterre, vers le milieu du xvme siècle, une sorte de Poterie tout à fait différente des précédentes, et dont on ne trouve quelque exemple qu’en France et en Chine, cette souche antique de tous les arts céramiques : c’est la Faïence à pâte fine et dure, à glaçure transparente , presque créée , ou au moins mise en grande vogue par Wedgwood, et portée par cet illustre Potier, à un degré de perfection tel, qu’on n’a pu faire oublier sa Faïence qu’en en créant une autre encore plus dure et plus belle. En effet, elle avait par sa solidité , sa légèreté et son imperméabilité des qualités techniques supérieures à la Faïence italienne ; mais n’ayant pas eu comme celle-ci la prérogative d’être la première Poterie à vernis brillant et blanc qui ait paru après les Poteries rouges et noires des anciens, ne pouvant pas présenter comme la Porcelaine cette dureté, cet éclat, cette richesse de couleurs et de décoration qui caractérisent un meuble du plus grand luxe, elle n’a pas eu à sa naissance la célébrité royale des deux autres