ÉGYPTE, MATTES ET LUSTRÉES
aurait pu lier cette glaçure avec cette pâte, ne leur était pas connu, et que, placée sur leur Poterie de première et deuxième sorte, elle aurait ou bouillonné, ou grésillé, ou serait tombée en écailles. Les Égyptiens, qui faisaient bien le verre, mais assez mal la Poterie, avaient probablement découvert la glaçure bleue de cuivre avant de savoir si elle pourrait aller sur leurs pâtes céramiques-, ils ont donc été obligés d’en inventer une particulière qui pût recevoir et retenir ce beau verre; ils ont alors composé comme excipient cstte pâte presque entièrement siliceuse et poreuse, n’ayant d’argile que ce qui était indispensable pour qu’on pût la manier et la façonner, pâte à laquelle les antiquaires ont appliqué le nom de Porcelaine.
Les Égyptiens plus rapprochés de nos temps, mais ayant encore conservé quelques traditions de leurs anciens arts, ont continué dans les ne et me siècles, sous la domination romaine, à faire leur glaçure vert de cuivre et à l’appliquer sur de véritables Poteries à pâte grossière et assez tendre. On voit dans la collection égyptienne du Musée royal une lampe dont la forme a plus de rapport avec le style romain qu’avec l’égyptien , couverte d’un brillant vernis vert , mais bien moins beau que les glaçures vertes et un peu bleuâtres des anciennes Poteries égyptiennes. Elle est représentée PL xxi,
fis- 9-
Le façonnage de ces Poteries était , en Égypte , très-différent dans l’antiquité, de celui qu’on pratique actuellement. Les figures tracées sur les murs des hypogées de Thèbes et de Beni- Hassan, qu’on peut rapporter, les premières , entre le xvme et le xixe siècle avant J.-C., et les secondes au xixe siècle, nous ont donné des notions très-curieuses sur la fabrication de ces Poteries depuis le marchage de la pâte jusqu’à la cuisson des pièces.
J’ai déjà parlé de ces figures si intéressantes , et cité les planches (*) qui les représentent, aux articles des différents procédés
(') Traité, PI. m, déjà cité à l’article du Tournage chez les Anciens, p. 10, et de leur Forme de Four, p. 26.
508 POTERIES TENDRES, FINES
qu’on y voit; mais je dois réunir ici toute la série des opérations.
On voit, PI. m, la série complète des opérations du façonnage et de la cuisson. La figure i représente deux ouvriers marchant la pâte ; la figure a un ouvrier la relevant pour faire le ballon, que l’ouvrier,^. 3, porte aux deux tourneurs,/*^. 4 et 5. Le tour est ce que nous appelons une toumette. On voit sur un autre tableau comment il la fait aller-, c’est avec la main gauche qu’il donne une forte impulsion à la table du tour afin que le mouvement qu’elle a acquis soit assez puissant et assez durable pour que le tourneur puisse finir sa pièce. L’ouvrier, /?g\ /\, détache du ballon la quantité de pâte nécessaire pour la tasse qu’il veut faire : le second tourneur a percé le ballon et fait le dedans et le dehors de la tasse ou du vase avec l’index et le pouce opposés l’un à l’autre, et, comme je l’ai déjà fait remarquer, p. 1 9 , il prend et donne alors à son bras une position et un arrondissement, le même que celui que prennent nos tourneurs pour une semblable opération.
La figure 6 représente le four cylindrique avec sa bouche latérale et son foyer inférieur dans lequel l’enfourneur-cuiseur met le bois; il est en feu. La figure 7 fait voir très-vraisemblablement le défournement ; la bouche du foyer est de l’autre côté. L’enfourneur monte sur une pierre pour retirer, par l’ouverture supérieure du four, les pièces cuites et les remettre à un autre ouvrier, ce qui doit faire supposer que ces fourneaux avaient au moins 2 mètres de hauteur.
11 y avait quelques couleurs sur les tableaux des tombeaux qui représentaient cette opération; M. Champollion les a copiées, et elies viennent à notre aide pour compléter cette explication.
Tant que la pâte et les pièces ne sont pas cuites , elles sont colorées en gris foncé ; mais celles que l’enfourneur,^. 7, retire du four étant cuites, elles ont pris la couleur rouge que j’ai dit être en général celle des anciennes Poteries égyptiennes.
Les vases placés à côté de la figure 3 , et entre les deux tourneurs, sont ceux dans lesquels les Potiers mettent l’eau pour mouiller leurs mains et tenir leur pâte dans un état de mollesse convenable au façonnage.